RUE DE LA MICHODIÈRE
la Porte-Saint-Martin. L’habitation que la comtesse avait eue en de meilleurs jours est à-présent l’hôtel Molière, que tient Mlle Maxime, lasse elle-même du théâtre, après avoir joué du Racine et du Corneille, non sans quelque talent, â l’Odéon, puis à la Comédie-Française. Pauvre Mme de Lannoy!
Il y a environ six ans que Mme Montgolfier, veuve de l’aéronaute, est morte, à l’âge de 104 ans, rue de la Michodière, n° 4. Mffie Boulanger, de l’Opéra-Comique, a eu longtemps un autre appartement dans cet immeuble, qui date de l’origine de la rue.
Le président d’Armenonville, qui était de la même famille que le garde-des-sceaux Fleuriau d’Armenonville, demeurait au n° 8 vers le milieu du règne de Louis XVI. Entre le président et M. Flandin, sénateur, maintenant propriétaire de l’immeuble, il doit y avoir place notamment pour le comte de Breteuil sur les titres de propriété. Comme on a gardé l’habitude de voir en ce 8 le logis seigneurial 1 de la rue de la Michodière, les érudits du voisinage affirment que l’ancien prévôt des marchands y a joui de l’appartement de M. Lambert de Sainte-Croix, ou de celui de M. Billault, conseillergénéral du département de la Seine : sur ce le quartier se mécompte. Nous gagerions, par contre, que cet immeuble, à la porte duquel s’élèverait la porte Gaillon, si elle n’était pas démolie, a fait partie de l’hôtel de Deux-Ponts.
M. de Montigny a été propriétaire au coin de la rue de Hanovre, quand elle n’était encore qu’une impasse. La duchesse de Deux-Ponts, mère du roi Max de Bavière, disposait alors du n° 20 et d’une autre propriété, que faisait remarquer naguère l’établissement des Bains chinois. La construction pittoresque de ces jolis bains ne donnait-elle pas comme un spectacle, à l’angle du boulevard ?
Eue de la VilIe-l’jEvêque et rue Cambacérès,
naguère
de la Ville-l’Évêque. (i)
La Ville-Ï Evêque. — Choix fait 'parmi ses Citadins depuis son Origine jusquà nos Jours.
S. E. l’archevêque de Paris, qui honore de sa souscription le présent recueil de notices, entre ici sur un territoire qui a appartenu à ses prédécesseurs ; les évêques de Paris en avaient pourtant déjà inféodé, avant le xme siècle, certaines portions, aussi bien que certains de leurs droits locaux, moyennant une redevance seigneuriale. Un notable bourgeois y disposait, sous Charles VI, d’un grand logis que le roi d’Angleterre, durant l’occupation anglaise, lui retira, afin d’en gratifier son propre chancelier, lequel avait nom Jean Le Clerc. Un autre bourgeois, nommé Jacques Carnet, vendait vers le milieu du XVIIe siècle à Henri Trésor, maître-peintre, domicilié rue de la Monnaie, 2 arpens et 10 perches de marais, qui tenaient à, l’égout de la ville, sur le terroir.de la Villel’Évêque, en ce temps-là plus campagne encore
(1) Notice écrite en 1860. Le second côté de l’équerre que formait encore la rue de la Ville l’Evêque ne s’en est détaché que depùjs, sous le nom du jurisconsulte Cambacérès, prinee etarchi-chancelier du premier empire . Le nouveau boulevard Maiesherbes avait déjà fait perdre à la même rue ses premiers numéros.
que ville. Les évêques, puis les archevêques ont conservé sous leur censi ve jusqu'à la grande révolution la plupart des maisons que nous revoyons dans la rue.
Les noms correspondant à ces propriétés, sur Y Atlas des plans de la censive de Y archevêque de Paris , commencé sous Y archiépiscopat de monseigneur de Beaumont , par Rittmann et Junié , et terminé par ordre de monseigneur Antoine-Eléonor-Léon Le Clerc de Juigné , archevêque de Paris , duc de Saint-Cloud , pair de France , par Junié , son ingénieur-géographe, sont les noms suivants:
Droite : — Les religieuses de la Ville-l’Evêque ; l’église, le presbytère et le cimetière de la Madeleine ; la fabrique de la Madeleine ; Le Clerc; Trudon ; Colin de Coligny ; Gérard; Alexandre; Louvet; Froment; de Marbeuf ; Crépin ; les héritiers Du Belloy; Langiboust-Dupin ; de Francueil ; Vassé, sculpteur ; Drouet ; Houdon, statuaire ; Froment ; Glinet ; Ligné.
Gauche: Milon Dayré ; d’Espagrac; l’école de charité de la Ville-l'Évèque ; d’Auvray ; Chevenny de la Chapelle; Buret; Corbelin ; de Surgères ; Chéron ; de Laborde ; Camus ; de Castellan ; Cretey ; Mme Hélanchouan.
Les bénédictines de la Ville-l’Evêque devaient leurs deux maisons et leurs 13 arpens, domaine donnant en face de la rue qui porte ce nom et puis longeant la rue de la Madeleine, à Catherine d’Orléans-Longueville et à Marguerite d’Orléansd’flstouteville, sa sœur. On y avait placé, pour commencer, dix religieuses de l’abbaye de Montmartre; mais, dès 1647, le monastère fut érigé en prieuré indépendant. Les sœurs de ce couvent étaient au nombre de 50, dans le dernier siècle ; pour y prendre le voile, il fallait une année de noviciat et six mois de postulance, qui revenaient ensemble à 450 livres, et la dot ordinaire variait
de 5 à 6,000. L’arcade de la rue de l’Arcade, qui s’appelait rue de Pologne au-delà, reliait les deux jardins des dames de la Ville-l’Évêque.
Bien que l’église actuelle de la Madeleine fût déjà commencée quand le diocèse de Paris avait M. de Beaumont pour chef, il n’est pas question d’elle dans le recensement que nous reproduisons ci-dessus : ses colonnes se trouvaient encore sans chapiteaux quand la Révolution vint y interrompre des travaux qui n’avaient suivi jusque-là qu’une marche déjà très-lente. Une autre église, sous le même vocable, avait été fondée comme chapelle par Charles VIII ; celle-là était une . annexe, pour le faubourg Saint-Honoré, de l’église Saint-Germainl’Auxerrois.
Le marquis de Marbeuf, neveu du gouverneur de l’île de Corse, avait pour femme la sœur de la marquise de Lévis. Son hôtel devait être le 30. N’y avait-il pas eu pour prédécesseur, sous la Régence, Renault, receveur-général des domaines des princes de Conti? Ce Renault, n’en doutez pas, occupait deux hôtels, que séparaient de la rue d’Anjou la maisonnette d’un maçon et un hôtel occupé par l’abbé de Roquépine, locataire de Bellèle. Le même abbé tenait de Saillot, sur l’autre rangée et un peu plus haut, un autre hôtel en location. Deux jardiniers, avec leurs deux marais, venaient après le propriétaire Bellèle, puis le comte de Marcellus, payant loyer à Mongin, puis un tonnelier, puis Roland, secrétaire du roi.
Mais la maison doyenne de la rue de la Villel’Evêque, qui n’allait pas avant 1807 au-delà de celle de Penthièvre, alors Verte, est vraisemblale 9, qui ouvre sur la rue d’Anjou. Le plan de 1714 la souligne de cette légende : M. de Lorraine . Cela ne signifiait-il pas : maison de l’abbé de Lorraine, évêque de Bayeux? Le droit d’aînesse
ne pourrait guère lui être disputé que par l’ancien hôtel de Boufflers, qui remonte à 1706 et dont la porte se trouve de nos jours au n° 28 de la rue d’Aguesseau. Le baron d’Espagnac, fils du gouverneur des Invalides, a vécu dans l’autre sous Louis XVI, et le comte de Langeron avait alors le n° b de notre rue. Le 3 nous représente, également à' titre rétrospectif, un hôtel Colbert-Chabanais, quoique celui de Rouault fût probablement le même en 1787. Le 3b avait été occupé soixante années plus tôt par Pajot do Froncé. Quant à la maison bâtie par Boullée pour M. Alexandre, avec un péristyle à quatre colonnes, elle appartenait au marquis de Colonge et répondait au n° bb en 1783 : indications données par une planche delà 'Topographie de Paris à la Bibliothèque impériale.
Le marquis de Forbin des Issarts, que ses opinions royalistes mettaient en évidence lors de la rentrée des Bourbons, portait sur sa carte de visite cette adresse : rue de la Ville-l’Evêque, n° 28. Dans le quartier aristocratique du Faubourg- , Saint-Honoré les partisans de la royauté légitime étaient en plus grand nombre que ceux de l’Empire. Mais le parti républicain y a toujours compté lui-même quelques représentants. Amar, l’un des plus sanguinaires conventionnels, n’a-t-il pas passé des années au b4 de la rue qui nous rend ses comptes?
Au 26 a résidé le maréchal Suchet ; à sa porte s’arrêtaient souvent les passants, pour entendre chanter les vêpres en fausset par des perroquets qu’il avait fait dresser à cet exercice. Le banquier Bartholdi a acheté de Suchet. Deux escaliers à balustres de pierre se remarquent, quant à présent, dans cet hôtel, passé en d’autres mains ; ils pourraient faire prendre un jour l’hôtel Suchet pour
une construction du xvie siècle, si nous n’étions pas là pour dire que ce temps-ci les a vu mettre à la place d’escaliers à rampes de fer.
Sous le premier empire aussi, nous eussions rencontré, au premier étage du 38, la princesse d’Aremberg, fille du duc de Brancas-Lauragais ; au second, Mme de Balbi, née Caumont de Laforce, qu’avait aimée Monsieur, comte de Provence, et qui était plus joueuse que les cartes; au troisième, la duchesse de Fleury, née Coigny, et Mme de Saint-Geniès, avec son fils. Presque en face demeuraient la princesse de Bauffremont et la duchesse de Damas, entre l’hôtel du comte de Larochefoucauld-Surgères et celui où demeurait la comtesse d’Avaux, ainsi que le comte Joseph de Ségur, ci-devant colonel des dragons de Ségur, devenu auteur dramatique : leur habitation est maintenant l’hôtel à l’enseigne de la Ville-de- Paris. On remarquait encore à cette époque la marquise de Seignelay, née Béthune, un peu audessous de l’hôtel Surgères ; Mmo de la Briffe, à l’ancien hôtel Pajot de Froncé, où son gendre, le comte Molé, lui succéda ; le baron Denier, intendant militaire en chef, au 31, et le comte Dupont, lieutenant-général, au 45. Mais plus de Yassé, plus de, Houdon, comme avant l’ouverture des derniers États-Généraux ! x
Yassé, que ce fût le père ou le fils, avait de la réputation comme sculpteur-ornemaniste ; son atelier s’était ouvert en sa propre maison, et Houdon, le premier statuaire de son époque, s’était établi dans les mêmes conditions un peu plus haut : le talent donc à deux pas du génie î Mais Houdon avait quitté la rue de la Villel’Evêque pour une rue de Philadelphie, la statue de Washington lui ayant été commandée. En revanche, l’histoire contemporaine ajoute deux
fleurons littéraires et politiques à la couronne de souvenirs que nous tressons et à laquelle nous mettons en ce moment la dernière main. M. de Lamartine réside au 43 ; M. Guizot naguère était au 8.
Rue Vieille-d u~Temple, (i)
Rencontre de Henri IV avec trois Procureurs. — Les Dames de Saint- G er vais. — La Tourelle. — Le Chevalier du Guet. — Bigot. — Les Comédiens du Marais. — Hôtel Salé. — Caumartin et Villedo. — Hôtel d'Êpernon. — Les d'Hozier.
— Le M is de Ponceau. — L'Évêque de Strasbourg .
— Le Pâtissier de l'Imprimerie impériale . — Hôtels La 7'our-du-Pin, de Rieux , d'Effiat% d'Argenson. — Série de Bourgeois. — M. de Montigny. — Le Soleil-d'Or.
Henri IV, en chassant un jour près de Grosbois, quitte la chasse, pour se mettre en quête d’autres aventures, et arrive tout seul à Créteil. Comme c’est l’heure du dîner, il entre dans une hôtellerie, où l’attire le fumet déjà savoureux d’un rôti, dont il a le plaisir de voir une broche se dégainer.
— A qui destinez-vous cette pièce ? demande le nouveau-venu.
— C’est un morceau de roi*, répond l’hôtesse ; vous vous flattez, messire le passant, si vous vous en léchez d’avance la barbe. Je n’en ferai pas tort au dîner que je sers à trois procureurs, parmi lesquels se trouve maître Lubin, aussi gourmand qu’il est madré ! Ces gens-là, on les craint à jeûn plutôt qu’à table : il fait bon les tenir par la gueule !
— Dites aux trois procureurs, réplique l’inconnu,
(1) Notice écrite en 1860.
RUE VIEIL LE-DU-TEMPLE
qu’un gentilhomme fatigué, qui a faim, demande une petite place au bout de la table en payant son écot.
— Vous n’êtes pas dégoûté, remarque la messagère, qui se charge à la fois de la commission et du plat.
Mais l’un est mieux reçu que l’autre. L’impertinent triumvirat fait répondre qu’un couvert de plus dérangerait le nombre impair qui convient à leur appétit, à leur menu, à leur esprit de corps, et qui, du reste, plaît aux dieux. Blessé au vif, le convive éconduit ne se sent plus ni faim, ni soif; mais il tient à punir un manque de courtoisie allant jusqu’à la cruauté, et il s’écrie :
— Ventre-saint-gris ! ma mie, vos trois compères sont si peu complaisants que je me vois forcé de recourir aux provisions d’une dizaine de gens mieux appris, auxquels je faussais compagnie. Envoyez un garçon au-devant d’eux, sur la route de Villeneuve ; il y distinguera sans peine un cavalier à casaque rouge, auquel il suffira de faire savoir que le maître du grand cornet l’attend ici.
Inintelligible pour l’hôtesse, ce message est mieux accueilli que le premier. M. de Vitry, en effet, ne tarde pas à rejoindre le roi, avec des hommes de sa suite. Les convives réfractaires à l’hospitalité sont entraînés, pour dessert, à Grosbois, où ils reçoivent les étriyières.
Maître Lubin de rentrer fort penaud, après cette partie de plaisir, dans son logis de la rue Vieille- Barbette. Ainsi s’appelle en ce temps-là une section de la rue Vieille-du-Temple, construite dès 1250, et où se trouve de nos jours plus d’un logis du temps de Henri IV. Outre le procureur que ce prince a fait étriller, le n° 56 a eu pour propriétaires sous l’ancien régime: Dodun, contrôleur-
RUE VIEILLE-DU-TEMPLE
général des finances, Desplaces, notaire, Bouzaingaut, marchand de vins.
Au commencement de la Révolution, un reste de l’ancienne porte de l’hôtel Barbette se remarquait encore en face du 55, entre le couvent des hospitalières de Saint-Athanase, dites les dames de Saint-Gervais, et la rue des Francs-Bourgeois. Des bâtiments survivent de cette maison religieuse, qui ne se ferma qu’en 1791 ; elle occupait le territoire actuel du marché des Blancs-Manteaux, mais s’étendait, en outre, depuis la rue des Francs-Bourgeois jusqu’à celle des Rosiers. A l’occasion du renouvellement d’une reconnaissance censuelle, dû au grand-prieur de France, à cause de sacommanderie du Temple, par ces dames de l’hôpital de Saint-Gervais, vers le milieu du siècle dernier, sœur Marie d’Étampes, , prieure perpétuelle, sœur Marie-Anne Rabel, souspmieure, sœur Anne Auvray et sœur Anne-Louise Germain s’assemblaient au parloir du couvent au son de la cloche, en la manière accoutumée, pour y parler de leurs affaires temporelles ; cette déclaration était relative à la propriété qu’elles occupaient, acquise en 1655 des créanciers du marquis d’O, surintendant des finances sous Henri III et Henri IV. Or l’hôtel d’O avait été auparavant celui d’Adjacet. Les nos 50 et 52 n’appartenaient eu rien à ces religieuses: cens était payé par Quentin, contrôleur des rentes de l’Hôtelde-Vilie, pour le premier, et par Laville, maîtremaréchal, pour le second.
Par exemple, ne confondons pas cette porte de l’hôtel Barbette avec l’ancienne porte urbaine du même nom, située à l’extrémité du quai des Ormes. La rue Vieille-du-Temple s’est dite aussi de la Porte Barbette, à titre de pseudonyme : sa première désignation avait été simplement rue du Temple. Du séjour d’Étienne Barbette, voyer de Paris, maître des monnaies et prévôt des marchands
RUE VIEILLE-DU-TEMPLE
sous Philippe-le-Bel, une tourelle subsiste dans ' notre rue, tout près de l’ancienne étude du procureur Lubin ; mais ce n’est pas tout ce qui reste de l’hôtel, ou plutôt du palais Barbette. Gomme elles deviennent rares à Paris, les tourelles dont les lucarnes prennent jour sur cinq ou six siècles î Un épicier, qui jouit de celle-là, compterait plus d’un prédécesseur dans son magasin d’encoignure ; une boutique y existait déjà quand la maison appartenait à Brunet de Chailly, président en la chambre des comptes sous Louis XIV. Voici les successeurs du président: dame du Tillet, née Brunet; du Tillet, marquis de Villarceaux, président au parlement, dont le fils, maître-des-requêtes au conseil du roi, a hérité ; puis Mathis, secrétaire des finances, qui possédait au même temps le n° 66.
Aux Pommereu, famille de grande robe, a été le 64, dont la porte, la cour carrée et le jardin rappellent encore qu’il a payé d’autorité. Le chevalier du guet y résidait en 1691, et il comptait parmi ces amateurs d’objets rares et de prix qu’on traitait alors de curieux , comme on les appelle en ce temps-ci les amateurs.
Marie de Lionne, veuve de Perrochel, seigneur de Grande, a vendu le 74, en 1676, à Bigot, père d’un contrôleur des gardes suisses, qui a été lui-même prédécesseur de Claude Menant, payeur de réntes.
Encore moins de prétentions à la jeunesse dans le 86, où se tient le bureau de placement des ouvriers de la maréchalerie. La vieille communauté des maréchaux-ferrants, avec saint Éloi pour patron, aurait pour le moins le même âge ; mais son bureau, au dernier siècle, était rue des Grands-Augustins. En revanche, la maison modeste que vous voyez attenait à un jeu de paume dans lequel se sont établis, au commencement du
414 RUE VIEILLE-DU-TEMPLE
règne de Louis XIII, les comédiens dits du Marais, qui venaient de l’hôtel d’Argent, rue de la Poteriedes-Arcis, et qui ont été jusqu’à rivaliser avec la troupe de Molière, avant de s’installer au faubourg Saint-Germain avec les comédiens de l’hôtel de Bourgogne.
Le maréchal de Villeroi n’habita que postérieurement l’hôtel Salé, qui englobait le 94 de la rue Vieille-du-Temple, mais que représente principalement l’école Centrale, rue des Coutures-Saint- Gervais.
Avant de passer à deux autres rues de Paris, les noms Caumartin et Villedo appartenaient à deux hôtels, entre la rue des Coutures-Saint- Gervais et celle Saint-François (î). Le 100, où les belles galeries de Ringo, fabricant de bronzes, n’absorbent qu’une portion du jardin, a été Caumartin et surtout d’Épernon. Les La Valetted’Épernon, moins en faveur près des premiers Bourbons qu’à la cour des derniers Valois, étaient pourtant restés en vue. Gomme le d’Épernon d’Henri III, celui qui gouvernait la Guienne craignait encore, sousLouis XIII, de reconnaître un autre supérieur, un autre maître que le roi : ne rappelait-il pas un courrier, qui avait déjà fait trente lieues, pour effacer ces mots, votre très-humble , à la fin d’une lettre adressée au cardinal de Richelieu, qui ne lui avait donné que de Y affectueux ? Était-ce trop pour un tel personnage de posséder l’un près de l’autre deux petits hôtels et un grand? L’un des trois, le 106, a été restauré, dans le cœur du xvme siècle, au profit de Charles du Tillet de la Boussière, membre d’une famille connue dans les lettres et au parlement. Un café occupe le fond
(1) De ladite rue SainUFrançois et de deux autres on a fait la rue Debelleyme,
RUE VIEIL LE-DU-TEMPLE. 415
et le jardin de cette propriété, où a fini en 1847 la vie deRousselin Corbeau de Saint-Albin, fondateur du Constitutionnel. Une haute fenêtre, couronnée d’un fronton, en décore l’entrée ; mais on a tellement gratté l’écusson comporté par le tympan qu’on en a fait un trou, sans compter qu’une enseigne remplace un balcon dont la porte se trouve décapitée. En ajoutant le 108 aux deux autres, nous ne désignons pas encore tout ce qui survit de l’hôtel d’Épernon. L’un d’eux, sous le premier empire, était probablement l’hôtel Barnout, qui se numérotait 118.
Le 126, hôtel bien conservé, appartenait «à cescomtes d’Hozier dont la dynastie a régné de seconde main sur toute la noblesse, en ne fixant que trop de ses titres. Du temps même ou la charge dejuged’armes semblait^ héréditaire dans cette lignée de généalogistes, on était déjà fort habile à arracher par le crédit, ou à s’octroyer soi-même, par l’acquisition d’une terre, un allongement de nom patronymique soit par-devant soit par-derrière; mais la noblesse d’épée était la seule dont. on fît toujours cas. Aujourd’hui, l’on a peine à croire héréditaires les qualifications nobiliaires d’une origine postérieure à la judicature spéciale des d’Hoziqp.
De la Brosse, marquis de Ponceau, avait vue, en 1652, sur les rues Vieille-du-Temple, Saint- Louis et de Bretagne à la fois (i). Sa propriété en embrassait une moindre, qui tenait l’angle de la rue de Bretagne et qui appartenait à Mlle Sensse, fille mineure d’un procureur-tiers référendaire au parlement.
Deux frères Américains ont fait construire le 113, qui donne également rue Saintonge. C’était une
(1) Cette rue Saint-Louis est à-présent Turenne.
416 RUE VIEILLE-DU-TEMPLE
dizaine d’années avant que Tallien fondât son club dans l’hôtel élevé en 1712 pour le cardinal de Rohan, évêque de Strasbourg, membre de f Académie-Française. Ce palais-cardinal, où est Plmprimerie impériale, avait le même jardin que l’hôtel dç Rohan-Soubise, qu’occupent les Archives de l’Empire: la promenade en était publique avant la Révolution. La bibliothèque des Illustres, réunie par De Thou, augmentée par le président Ménars, puis acquise par le cardinal, remplissait le rez-dechaussée.
De quels pâtés, de quelles brioches l’Imprimerie impériale fait-elle une consommation perpétuelle? Si quelqu’un lisait ce qu’elle imprime, nous irions aux renseignements; par malheur, les rapports qui sortent de ses' presses sont si nombreux et si volumineux que pas un domestique de conseiller d’État ou de sénateur ne se laisse arriérer d’un mois pour les faire mettre au pilon. \}w pâtissier de l'Imprimerie impériale , titre arboré sur sa devanture, utilise plus en détail les épreuves et les maculatures, reliefs des festins officiels delà typographie voisine. Sa boutiqne se rattache au 7o, ancien hôtel La Tour-du-Pin. La fille du marquis de Merville a apporté cette propriété à Bertin, son mari, trésorier des parties casuelles, beau-père de Latour-du-Pin, marquis de Gouvernet, lieutenantgénéral des armées de Bourgogne pour le comte de Charolais, qui commandait en chef cette province. Dutartre, trésorier des bâtiments du roi, avait là ses appartements en 1787.
Plus bas, un souvenir évoque cette date plus reculée : 4 novembre 1407. Les gens du maréchal de Rieux entendent des cris pendant la nuit : des assassins masqués ont déjà fui, au grand galop de leurs montures, lorsqu’on ramasse, au coin de la rue Barbette, le corps inanimé et mutilé du duc d’Orléans, frère du roi. Le cadavre du prince est
RUE VIEILLE-DU-TEMPLE
porté chez le maréchal et le lendemain aux Blancs- Manteaux. L’hôtel de Rieux donne justement rue Vieille-du-Temple et rue des Blancs-Manteaux. Les Anglais le confisquent, en l’année 1421, sur Pierre de Rieux de Rochefort; après quoi, en diverses mains, il se morcelle. Une portion en reste à Mme Hardy, qui la vend à Amelot de Biseuil en 1638, et une reconstruction a lieu : l’espace étant long, mais étroit, le plan de Cottard y dispose en enfilade quatre cours. Postérieurement le logis a pour maître Louis Letellier, architecte du roi, contrôleur des bâtiments de son domaine de Versailles. Les ambassadeurs de Hollande en font leur résidence ensuite, et le voilà qui de nos jours répond au chiffre 47! Une porte en chêne bien travaillé, d’autres sculptures et des cadrans solaires, qu’a établis un carme, le père Sébastien Truchet, frappent l’attention du passant ; ils ont mieux résisté à l’action du temps, au grand air, que les peintures dont Vouet, Vien, Van-Boucle, Dorigny et J. -B. Corneille avaient orné l’intérieur.
Les archives du 43, dont l’origine peut bien être identique, offrent ces noms : des Bragelonne, puis Mottet, gentilhomme ordinaire du roi. Tout, entre ladite rue des Blancs-Manteaux et celle de Paradis (i), appartenait aux blancs-manteaux. M. de Villy, en 1780, était propriétaire au coin de la rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, et les autres propriétaires, entre ladite rue et celle Saint-Antoine, se trouvaient :
MM. le*, marquis de Méailles, Janet, Fromageau, Courtin, Gillet, Courbée de Quincy, Bailly, de Lagarde, Duché, Saiget, Souplet, Thierry de Bussy, Hétion.
Chez le marquis, ou bien près delà, M. de
(1) Maintenant des Francs-Bourgeois.
RUE VIEILLE-DU-TEMPLE
Montigny entretenait un cabinet d’histoire naturelle. La même propriété, ou aussi peu s’en faut, a dû être cotée hôtel de Vilbraye.
Pour Antoine Coiffier de Ruzé d’Effiat, maréchal de France, surintendant des, finances, auteur de différents écrits, ont été édifiés un grand et un petit hôtels encore en pied, nos 26-28-30: Cinq-Mars, le favori de Louis XIII, et Charles Coiffier, abbé d’Effiat, étaient deux des fils de ce maréchal. Claude Le Peletier, prévôt des marchands en 1668, puis contrôleur-général des finances et ministre d’État, a acquis de la famille d’Effiat. Enseveli à l’église Saint-Gervais, il a laissé cette propriété à des magistrats Le Peletier de Saint-Fargeau, qui s’y sont succédé.
Le 24 est du XVIe siècle. Les Voyer d’Argenson ont-ils passé par-là? L’impasse d’Argônson dit presque non, en gardant le reste d’un autre hôtel qui date d’aussi loin et qu’elle aurait, eu pour homonyme. Un membre de cette famille, contemporain de Cinq-Mars, fut magistrat et fut ambassadeur. Son petit-fils, qui créa la police politique par l’invention des lettres de cachet, passa de la lieutenance de police à la présidence du conseil de l’intérieur et y joignit la chancellerie de France ; comme il était l’un des quarante, il a reçu rue Vieille-du-Temple les visites intéressées des candidats académiques, à chaque vacance de fauteuil. Il y a probablement eu grand et petit hôtels d’Argenson. Celui qu’on désignait encore sous ce nom quand M. Frochot était préfet de la Seine, comptait dans la rue Vieille-du-Temple comme n° 26.
Bien que les cabarets, en général, tiennent moins de place que les hôtels, on retrouverait peut-être dans cette rue, en y regardant de plus près, le Soleil-d’Or, où venait souvent boire Préville, premier comique de la Comédie-Française, avec sou ami Clairfontaine.
Ta Rue Béranger,
NAGUÈRE
De Vendôme,
et le Boulevard du Temple, (i)
L'Intendant de Paris. — M. Delahaye. — La Spéculation de Jean Beausire. — Le Mis de Grosbois et de Saint-Priest. — Le C te de Narbonne. — Les Filles du Sauveur. — Le Jeu de Paume. — Le Boulevard du Temple en 1652, en 1739, en 1785, en 1803, en 1810 et en 1860.
Sous la commanderie du grand-prieur Philippe de Vendôme, à la fin du xvne siècle, la rue de Vendôme s’ouvrait sur un terrain provenant du prieuré du Temple. Au comte d’Artois, successeur de Philippe de Vendôme, appartenait encore dans cette rue, au moment de la Révolution, le n° 19, qui dépendait de l’hôtel Boufflers, sis daus l’enclos du Temple.
Berthier de Sauvigny, intendant de la généralité de Paris, avait, dans sa propre maison, mais aux frais du roi, ses bureaux et son domicile rue de Vendôme. L’hôtel avait pu être Beausire. Indubitablement le fermier-général Durey d’Arnoncourt y commandait en 1752, et l’une des deux propriétés
(1) Notice écrite en 1860. La formation de la place du Château-d’Eau, aux dépens de la moitié des numéros •pairs du boulevard du Temple et de plusieurs de ses numéros impairs, n’était que décidée, et la rue de Vendôme ne portait pas encore le nom de l’illustre habitant qu’elle avait perdu depuis peu d’années.
LA RUE BÉRANGER, ETC
latérales lui appartenait aussi, l’autre étant plus petite et au charpentier Godin. Mme Lamotte, née La Ferté, avait alors sur la même rangée deux maisons, dont la première n’était séparée que par une ou deux de la seconde, qui avait de l’importance et qui touchait à la maison de la fontaine, rue du Temple, également en la possession de Mmo Lamotte. M. Bertliier de Sauvigny était neveu d’Orry, contrôleurgénéral des finances ; il avait épousé la fille de M. Durey d’^rnoncourt. Adjacent à l’Intendance de Paris, du côté de la rue du Temple, était en un temps le bureau des carrosses pour Beauvais et pour Fontainebleau L’hôtel de l’intendant a passé plus tard au comte Friant, général de l’Empire, dont la Restauration accepta tout d’abord les services, mais qu’elle dut mettre hors des cadres après le revirement des Cent-Jours. C’est actuellement la mairie du IIIe arrondissement.
Le fermier-général Marin Delahaye tenait de son père, Salomon Delahaye des Fossés, qui avait été fermier particulier de M. de la Roche-Guyon, deux maisons de cette rue, 5 et 7, et il habitait la première. Ses neveux, car il avait deux frères, ont hérité de ses richesses. Les maisons Delahaye avaient été à Michel de Roissy, receveurgénéral des finances de Bordeaux, qui les avait acquises en 1736 de Jean Pujol, greffier du conseil privé. Et Pujol avait fait bâtir sur des places qui provenaient de Gabriel Dezègre et de Michel Richer, maître-maçon, ce dernier comme cessionnaire de Berger, conseiller du roi, payeur de rentes, qui avait eu directement pour vendeur Jean Beausire.
Une spéculation considérable avait été faite sur les terrains, dans le quartier du Temple, par Jean Beausire, et le succès n’avait pas répondu assez promptement à son attente pour que ses créanciers ne vendissent pas, en son lieu et place, les lots restés vacants. L’importance du personnage
LA RUE BÉRANGER, ETC
n’était-elle pas en rapport, au surplus, avec celle de son entreprise? Jean Éeausire, conseiller du roi, maître-général des bâtiments de S. M., pontset-chaussées de France, garde de la juridiction des bâtiments et maître-des-œuvres, garde et ayant charge des fontaines publiques de la ville de Paris et contrôleur de ses bâtiments, avait acquis des prévôt et échevins, le 17 août 1695, toutes les places vaines et vagues depuis la berge de la petiteavenue du Calvaire jusqu’au au point de la rue du Temple où se tenaient les commis de la barrière. Ce maître des bâtiments et son fils, Jean-Baptiste-Augustin Beausire, furent dans la suite « chargés de faire le toisé de toutes les maisons à porte cochère étant hors de l’enceinte de la ville de Paris et dans les faubourgs d’icelle, en exécution des lettres-patentes du roi données le 18 juillet 1720 et réglant les limites de ladite ville. »
Les créanciers de Jean Beausire avaient notamment cédé des terrains de la rue de Vendôme à Gabriel Dezègre, dans la sous-spéculation duquel s’étaient intéressés Jacques Malo, conseiller au grand-conseil, Pierre Savalette, Jean Pujol et Abraham Peyrenc. Celui-ci, au n° 3, était l’auteur des propriétaires Peyrenc de Moras, maître-des-requêtes de l’hôtel, et Peyrenc de Saint-Priest, conseiller au parlement, qui eurent pour héritier le ministre d’État Peyrenc de Moras, marquis de Grosbois et de Saint-Priest. M^e de Boismilet et M. de Meulan, son gendre, ne furent que des locataires pour ce ministre, à qui succéda Bergeret de Trouville, directeur des finances du roi, comme propriétaire de ladite maison et d’une autre contiguë, donnant rue Chariot. Ainsi s’explique le mieux du monde que le 3 et 5 aient l’air des deux moitiés d’un même hôtel. Le premier de ces deux immeubles est qualifié hôtel d’Arbonne dans une
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espèce de Guide imprimé en 1813 ; il n’y a que lapsus dans le texte s’il s’agissait de l’habitation du, comte Louis de Narbonne, ambassadeur à Vienne, ancien ministre de la guerre. Un appartement de l’autre maison recevait, au milieu de l’année 1857, le dernier soupir de Béranger, le pKis grand chansonnier de tous les temps.
A Savalette, à Malo, aux Dezègre avait été aussi bien remplacement du 83 de notre rue Chariot, élevé par Charles Poullain, sculpteurmarbrier, directeur de l’académie de Saint-Luc.
Le maître-général des bâtiments du roi avait fait commencer pour son propre compte l’édification de l’hôtel qui chevauche sur l’autre angle de la rue Chariot ; Dezègre en avait pris possession avant l’achèvement' des travaux.
Les filles du Sauveur, dont la communauté avait été fondée par Mme Desbordes pour procurer un asile de repentir aux femmes de mauvaises mœurs, occupaient, rue de Vendôme, une construction quadrilatérale depuis 1704. Les religieuses .hospitalières de Saint-Thomas-de-Villeneuve dirigeaient, dans les derniers temps, l’établissement. Le général baron Darriule, qui était parti simple soldat de son village, dans le Béarn, n’entra là qu’en propriétaire et bien après le départ des sœurs: son compatriote Henri ÏV eût préféré s’y présenter avant. En l’année 1825 on a percé le passage Vendôme, sur les deux ailes duquel il reste des corps du bâtiment inauguré parles filles du Sauveur.
Entre la rue de Vendôme et le boulevard du Temple s’allonge l’étroit théâtre Déjazet. Le public dans la salle n’a pas ses coudées franches, ce qui n’empêche pas de jouer sur la scène des pièces à spectacle, avec trucs, changements à vue, agréments hydrauliques, suspension de femmes et feux
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de Bengale. Heureusement l’esprit est. de la partie, et surtout de la repartie, lorsqu’on en revient au simple vaudeville. Aussi bien, il feut en convenir, le meilleur acteur de Paris est à-présent M"e Déjazet. Il y a peut-être vingt années qu’elle ne progresse plus dans son art, mais elle n’a jamais mieux chanté, plu3 galamment troussé un compliment, mieux mimé un sous-entendu : elle dure, et tous les autres passent. De la maison où se donne son spectacle la façade sur le boulevard est de plus ancienne origine que toutes celles des théâtres d’en face : la salle elle-même tient la place de l’ancien jeu de paume du comte d’Artois. L’architecte Bellanger y avait ménagé à monseigneur de petits appartements sur le boulevard : anti-chambre, salle à manger et salle de billard au rez-de-chaussée, salons de jeu et chambre à coucher au-dessus. Il y avait, de l’autre côté, des remises et une écurie pour b chevaux,. La propriété appartenait à Charnière, paulmier du prince, et le président Paris en avait une contiguë.
Jean-Baptiste Secrétain, écuyer, sieur de la Pommeraye, porte-manteau du roi, avait acheté en 1707 des créanciers de Jean Beausire et de sa femme, née Letrolleur, un terrain tenant au domaine des filles du Sauveur.
La même année avait vu le marquis de Saint- Hérem, gouverneur et capitaine des chasses de Fontainebleau, pareillement entrer en possession d’une villa, instaurée par feu Michel David sur deux places, la première acquise de Jean Beausire, sur la rue de Vendôme, et l’autre de Jean Pigal, menuisier, sul" la rue du Temple. Le marquis y tenait à Savary d’une part, à Corquoison de l’autre, et son jardin régnait en terrasse sur le Cours, c’est-à-dire sur le boulevard du Temple.’
Des deux propriétés attenantes à l’hôtel Saint- Hérem, celle qui formait l’encoignure mesurait
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ses 60 toises, et la porte bastionnée du Temple, démolie en 1684, avait empiété sur son territoire. Jeanne Claude Pathuy, fille majeure, en devint avant peu propriétaire et ne tarda pas elle-même à vendre à Maximilien Titon, chevalier, seigneur du comté de Châteauneuf, inspecteur-général des fabriques et magasins des armes, demeurant à l’Arsenal.
Mais puisque le boulevard du Temple est sur le point de perdre ce qu’il a de plus caractéristique, avec la moitié de son autre rive où se pressent sept autres théâtres, aidons à prononcer son oraison funèbre en rappelant les principales de ses transformations depuis l’an 1652.
Quatre moulins, à cette date, surmontent une butte entre la porte du Temple et ce qui sera un jour le passage Vendôme ; rien de plus n’est visible sur l’une et l’autre rives. Le plan de 1739 n’y montre encore tout le long de la rue de Vendôme que les murs de quelques jardins et deux maisons, dont une grande, où se trouve aujourd’hui le restaurant Bonvallet. Quatre ou cinq autres, moins importantes, bordent alors le Cours, entre la rue Chariot et celle des Filles-du-Calvaire; mais il n’en existe que deux du côté qui touche aux fossés du Temple, celle du marchand de vin Hain^selin, dont le petitfils sera limonadier, et une autre, contiguë à cette construction d'encoignure, sur la rue du Faubourg du-Temple. Tout le terrain qui suit, en allant jusqu’au point où s’ouvrira plus tard la rue de Crussol, a été adjugé en l’année 1716 par la Ville à Brossard, jardinier-fleuriste, qui le cultive. Brossard vend à Judith Prévost, femme de Mathurin Chavanne, procureur du roi, et leur fils, Jacques Chavanne, conseiller au parlement, en fait des lots.
Cependant l’hôtel Chavanne a surgi près delà première couple de bâtisses; le magistrat en transporte la propriété, en 1775, à religieux seigneur
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Claude Rouvroy de Saint-Simon, chevalier de Malte, grand’croix de l’ordre. Celui-ci meurt, n’ayant pas longtemps joui. Jacques François^ Le Bailli d’Argenteuil, procureur -général de V ordre de Malte , receveur du vénérable commun trésor au grandprieuré de France , et en cette qualité ayant droit de recueillir les dépouilles des religieux frères qui décèdent dans ledit ordre , et tous leurs^ rentes , biens , meubles et immeubles , passe contrat de la propriété, dès 1778, à Joseph François Foullon, comte de Morangis. Louis-Bénigne-François Berthier, intendant de Paris, a pour beau-père ce conseiller d’État, commandeur et secrétaire-greffier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis, et tous les deux sont au nombre des premières victimes de la Révolution. Des vainqueurs de la Bastille hissent Berthier à la lanterne, après lui avoir fait baiser la tête isolée de Foullon, qui vient de subir le même sort. Cet adieu, intermède d’un supplice à l’autre, ne relie-t-il pas historiquement l’hôtel de la rue de Vendôme à celui du boulevard du Temple? N’ont-ils pas eu le même deuil à porter, tant le second message de mort a suivi de près cejui dont il semblait l’écho? Sur les débris de l’nôtel Foullon Alexandre Dumas a élevé le Théâtre- Historique, aujourd’hui Théâtre-Lyrique.
Que si nous passons en revue les autres acquéreurs de Jacques Chavanne, nous trouvons, immédiatement après Foullon, Jean Guillaume Curtius, peintre et sculpteur de l’académie de Saint- Luc, dont le cabinet de figures de cire était célèbre : Tuffaut, son successeur, montrait aussi une chemise portée par Henri IV.
Nicolas-Médard Audinot, avec son théâtre de TAmbigu-Comique, inauguré le 9 juillet 1769, n’était séparé de Curtius que par une grande maison: cet entrepreneur de spectacle commença par faire travailler des marionnettes, puis des enfants, et
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les enfants grandirent, comme sa fortune. Après un incendie, en 1820, le théâtre de l’Ambigu changea de place : les Folies-Dramatiques, à deux ans de là, prenaient l’ancienne. Audinot touchait, d’autre part, à son émule Nicolet.
La troupe de cet autre directeur portait le titre des Grands-danseurs-du-roi depuis qu’elle avait été jouer devant Louis XV, chez Mme Dubarry, en 1772, c’est-à-dire six années après la prise de possession de sa place au boulevard. Les entr’actes étaient remplis chez Nicolet par des équilibristes, qui se flattaient d’aller toujours de plus fort en plus fort, et Taconnet, tout en faisant fureur dans les rôles à tablier, composait une partie des pièces. Après la mort du directeur, dont la femme avait été belle, même dans le rôle de Jeanne d’Arc, qu’elle était loin de remplir à la ville, son spectacle se convertit en théâtre de la Gaîté. Ribié, qui en devint directeur en 1795 et l’appela quelque tèmps théâtre d’Émulation, habitait une maison dont la physionomie est demeurée la même en ce temps-ci, le n° 58: ce parvenu, ruiné trois ou quatre fois, a signé avec Martainville la pièce du Pied de mouton , dont le succès fut énorme et qui fit de l’acteur Dumesnil un niais par excellence. Au reste V Almanach des Spectacles de 1791 parlait ainsi du théâtre Nicolet:
« Ce spectacle est d’un genre tout-à-fait étranger aux autres; on y allait autrefois pour y jouir d’uDe liberté qu’on ne trouvait nulle part ailleurs. On y chantait, on y riait, on y faisait une connaissance, et quelquefois plus encore, sans que personne y trouvât à redire; chacun y était aussi libre que dans sa chambre à coucher. Aujourd’hui la bonne compagnie commence à changer un peu le ton de ce spectacle. >*'
Au milieu du règne de Louis XVI, les théâtres d’Audinot et de Nicolet font encore partie des
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Jeux du boulevard du Temple ; mais ceux-ci comportent en plus grand nombre des places vagues réservées plus loin aux parades des Bobèches et des Galimafrés, dont les salles de spectacle se taillent dans la toile à matelas, et des maisons exploitées par des pâtissiers, débitants de vin ou de bière. Le plus gros propriétaire y est Poilloux de Saint-Mars, seigneur du Petit-Saint- Mars, gentilhomme du duc d’Orléans, à cause de sa femme, Antoinette-Julie Chavanne, fille du conseiller au parlement.
Établi en face du café Turc, le limonadier Savrillat aura bientôt Émery pour successeur : sa maison a été fondée par Liédat sur un des lots de Jacques 'Chavanne. Vient à la suite Jacques- Julien Bancelin, marchand de vins traiteur, à titre d’adjudicataire de la maison de Leprince, pâtissiertraiteur, exproprié sur les poursuites de Lapostolle, son créancier et son confrère Le jardin de Bancelin prend un peu plus d’espace que les tonnelles des maisons adjacentes; c’est l’établissement qui rivalise avec le Cadran-Bleu, 3u coin de la rue Chariot, où Fanchon la vielleuse chante les couplets de Collé, de Piron, et où l’un des Bancelin remplacera lui-même Lebaigue, successeur d’Henneveu.
Croyez-vous, au surplus, que ce Cadran-Bleu ait toujours eu le rang de cabaret de premier ordre? Il a commencé par n’être qu’un bouchon de bière, dans une maisonnette appartenant au comte delà Vieuville, puis à Jean Bapst, ainsi que la maison d’à-côté, rue Chariot. L’établissement doit sa • transformation à une clientelle nouvelle, que lui fournit encore le champ de foire permanent dont il est le pavillon de refuge par excellence. Avant la Révolution, les plus grands seigneurs n’aimaientils pas à prendre leur part des plaisirs populaires ? Malgré cela, le directoire secret de l’insurrec-
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tion du 10 août tient sa seconde séance au Cadran- Bleu, et c’est d’une maison habituée aux parties fines, aux soupers d’après le spectacle, aqx dîners et aux bals de noces, que part nuitamment le mouvement qui décidera, le lendemain, du sort de la monarchie.
Charonnat, marchand de vins traiteur, possédait aussi deux maisons vis-à-vis de la rue Chariot, et Gaudy, mercier de la rue des Prêtres-Saint- Germain-l’Auxerrois, en a acheté une. Dans laquelle des deux s’est ouvert le théâtre des Elèves-del’Opéra le 7 janvier 1779? La même salle a été depuis celie des Variétés-Amusantes, du Lycée- Dramatique, du Panorama-Dramatique et Lazari. Mais le nom de l’arlequin Lazari a été repris par un nouveau ihéâtricule du voisinage, en l’année
Bancelin, frère du précité, était en face du Cadran-Bleu. Suivaient Piat, pharmacien, et la veuve Alexandre, tenant le café Ozouf, puis Pawson, fabricant de papiers peints à Londres, dont la succursale à Paris avait pris la place d’un café. Delahogue, qui avait tenu ledit café, était propriétaire de deux maisons plus loin, séparées l’une de l’autre par la propriété d’un tiers. La façade de la dernière, se tournant dans le sens de la rue de Crussol, regardait la Bastille, qu’elle ne devait plus longtemps voir; le bal delà Galiote, ayant là son entrée, n’en a dansé que plus à l’aise, mais tout auprès d’un corps-de-garde, conduisant à d’autres prisons moins réservées aux grands seigneurs.
La liberté des théâtres, proclamée en 1791, a attiré au boulevard du Temple un si grand nombre de spectacles que Brazier lui-même en oublie, dans son ouvrage sur les petits théâtres. Le livre de ce vaudevilliste confond à tort le Jardin-Turc avec Paphos, dit aussi le Jardin-des-Princes, au
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ci-devant hôtel Saint-Hérem, que touchait, pendant le Consulat, une manufacture de porcelaine tenant l’angle de la rue du Temple. Des bals se donnaient à Paphos ; mais c’était principalement une maison de jeu. On voyait alors réunis sur ce boulevard la Gaîté, l’Ambigu, le théâtre des Nouveaux- Troubadours, les Délassements-Comiques (spectacle fondé sous Louis XVI, mais plus près de l’hôtel Foullon que le petit théâtre actuel du même nom) ; les Variétés-Amusantes, le Théâtre-sans-Prétention (qu’avait créé un grimacier et où se molliraient surtout des marionnettes ; Mme Saqui plus tard y dansait sur la corde ; ce sont maintenant les Délassements-Comiques); le cabinet de CurtitfS (transféré où se trouvent à l’heure qu’il est les Funambules), Paphos, le Jardin-Turc, le Colisée, le Jardin-d’Hébé, la Galiote, le jeu de paume de Cacheux et de Martinet; plus les cafés lyriques de la Victoire, Yon, des Arts, Hager et Godet. Presque à l’entrée de la rue du Faubourg-du-Temple se donnaient en ce temps-lâ les représentations équestres du cirque Astley, puis Franconi, qui ne s’est installé sur notre boulevard #qu’en 1827. De nombreux pâtissiers, en outre; vendaient, d’un côté et de l’autre, des galettes avec un grain de sel, des croquets et des échaudés, qui donnaient soif, rien qu’à les voir : les marchands de coco de s’en frotter les mains.
Un décret de 1807 ayant réduit le nombre des théâtres, le boulevard du Temple s’en est ressenti défavorablement. Il n’avait déjà que trop perdu de saltimbanques, de grimaciers, de diseurs de bonne aventure et de chanteurs en plein vent. Néanmoins, près du Château-d’Eau, près de la Galiote et devant les théâtres, il en restait pour charmer les ennuis des bonnes d’enfants, que laissaient désœuvrées les guerres lointaines de l’Empire.
Il y en avait encore assez pour faire arriver en
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retard certain employé, dont c’était le chemin pour se rendre aux Droits-Réunis, rue du Temple. Français de Nantes, qui était à la tête de cette administration, épargnait ordinairement toute réprimande à ses surbordonnés, qui cultivaient, pour la plupart, les lettres; mais celui-là en abusait si fort que le directeur-général entreprit une bonne fois de lui donner, comme on dit, un savon.
— Monsieur le comte, répondit l’employé, si je viens tous les jours trop tard, ce n’est pas mauvaise volonté, c’est la faute d’un polichinelle, dont les lazzis et les gambades me retiennent au passage, sur le boulevard du Temple; quand je m’arrête devant lui, je n’en ai pas pour moins d’une heure.
Mais alors, répliqua Français de Nantes, vous avez dû m’y rencontrer souvent.
Et la semonce en resta là.
Hue Saint-Dommique. (i)
Voyage en zigzag à travers la rue et l'Histoire.
En parlant de la route du Simplon, creusée à coups de pioche et de canon par les soldats de Napoléon, Charles Nodier laissait échapper une exclamation de regret : — Le malheureux, il m’a gâté les Alpes!... Mais il n’y a pas grand’chose à gâter dans certains quartiers de Paris, par exemple le Gros-Caillou ; la commission municipale actuelle peut y envoyer son armée, démolisseurs suivis de terrassiers, sans faire pousser un soupir à l’ombre de Charles Nodier, qui demanderait • grâce au moins pour le Marais et le quartier Saint-Paul, Pile Saint-Louis et la Cité, la montagne Sainte-Geneviève et le faubourg Saint-Germain. Qu’un feuillet vermoulu s’échappe de ces livres tout grands ouverts, il a été lu si longtemps que deux pages nouvelles, avec bien plus de marge, en seront comme 'l’annotation, dans laquelle vit encore l’esprit du texte. Mais passer au pilon, comme de méchants ouvrages, tant de volumes à la fois, qui ont suffi à faire de Paris une bibliothèque sans égale, ce n’est bien mériter ni des époques auxquelles remontent des souvenirs si peu respectés, ni de la nôtre, qui en perd
(1) Notice écrits en 1860. Postérieurement la rue Saint-Dominique, dont le premier tiers toutefois reste intact, a été débordée par le percement, le prolongement ou l’élargissement des boulevards Saint-Germain et Latour- -Maubourg, de l’avenue Bosquet, des rues Solfér.ino, Bellechasse, Jean-Nicot, Amélie, Malan, Cler et du passage de l’Alma.
l’espoir de léguer à son tour quoi que ce soit qui dure.
Le Gros-Caillou, par lequel nous entrons dans la rue Saint-Dominique, a bien plus à gagner qu’à perdre au prolongement d’un nouveau boulevard, qui paraît hésiter pourtant à la franchir. Un passage César, qui n’est pas reconnu officiellement, suffit, en attendant, à relier ce boulevard à la rue de Grenelle : une construction séculaire, qui n’est pas d’un aspect commun, sert d’ouverture audit passage. Une grande maison, située encore plus loin des habitations historiques qui bordent notre rue au quartier Saint-Germain, a appartenu à Larive, qui était à la Comédie-Française le premier des acteurs tragiques avant que Talma l’éclipsât. Près de ce n° 192 se trouve l’hôpital militaire, fondé par le duc de Biron pour les gardes-françaises en 1765.
De quel bâtiment plus ancien chercher les restes ou la place, à cette extrémité de la rue? La carte de Paris et de ses faubourgs suburbains en 1724 n’y signale rien au-delà de la boucherie des Invalides, grand carré peu distant de l’esplanade des Invalides, mais donnant rue Saint-Dominique au Gros-Caillou, du côté de nos numéros impairs.
L’hôtel des Invalides avait été bâti, sous Louis XIV, entre le Gros-Caillou et le faubourg Saint- Germain, avec lequel finissait encore la ville au milieu du XVIIIe siècle. C’est le temps où Colbert de Fienne, marquis de Maulevrier, vendit au marquis d’Herbecourt, une grande maison, tenant à celle Darsy et à un terrain au marquis de Broglie, près la barrière, entre la rue Saint-Dominique et celle de l’Université. Ledit vendeur, en se mariant, avait reçu ce bien de sa mère, née Henriette de Froulay de Tessé, fille d’un ambassadeur qui passa les, dernières années de sa vie aux Camaldules.
Également entre le Cours, touchant à l’esplanade
des Invalides, et la rue de Bourgogne, un document topographique de 1744 place sur la même ligne les hôtels de Mirepoix et de Caraman, en regard de ceux de Monaco, de Seignelay et de Comminges. Le marquis de Mirepoix a été promu la même année lieutenant-général, sur de brillants services en Italie ; il n’a passé que plus tard duc et maréchal de France. Le comte de Caraman, que M. de Mirepoix avait pour voisin, était petit-fils de Riquet. Mais voyons ce que d’autres notes nous indiquent dans la section où nous en sommes de la rue Saint- Dominique.
Il nous y faut un hôtel d’Auvergne, bâti pour Le Camus des Touches, commissaire-provincial d’artillerie, qui mourut en 1713: ne serait-ce pas l’une des phases du 102 ? Un hôtel Monaco, habité sous Louis XV par l’abbé Arnauld de Pomponne et sous l’Empire parle prince de Wagram, puis augmenté par le baron Hope' avec une magnificence dont M. le baron Seillière ne dément pas la tradition : 129-131-133. Une petite église de Sainte-Valère : la place en a été englobée par l’hôtel Hope. Un cabaret, que tenait la femme Martin, entre les hôtels Pomponne et Comminges : mémoire. Ledit hôtel de l’évêque de Comminges, qui passa en 1752 des représentants de Guillaume Tambonneau, chanoine de l’église de Paris, au duc d’Estouville, hôtel où Mme Fanny de Beauharnais reçut plus tard Cubières, Lalande, La Harpe, Lacépède, Dalayrac et tous les étrangers de distinction, puis résidence du maréchal Reille : c’est-à-dire le 127. Enfin une maison où le maréchal Davoust, prince d’Eckmüll, rendit le dernier soupir en 1823, et qui avait été vendue en 1753 par Eynard de Ravannes audit duc d’Estouteville, y touchant par-derrière à S. A. S. Mlle de Sens : aujourd’hui c’est le domicile du duc de Périgord, au coin de la rue de Bourgogne.
Les deux autres angles de cette rue de Bour-
gogne ont été occupés l’un par M. de Lignerac et ultérieurement par le médecin Corvisart, l’autre par la princesse Louise-Élisabeth de Bourbon, douairière de Conti. Celle-ci avait payé en l’année 1733 400,000 livres, sans compter le vingtième pour droit d’ensaisinement, à la duchesse Mazarin, née de Mailly, en premières noces marquise de la Yrillière, son hôtel, établi par le président Duret, sur le dessin d’Aubry ; seulement elle y avait ajouté une maison, venant de l’abbé de Broglie. Le maréchal de Richelieu y a été au nombre des successeurs de la princesse ; mais il a bientôt cédé la place aux Loménie de Brienne, qui en ont fait un rendez-vous de beaux-esprits, de savants et d’artistes, tels que Buffon, Chamfort, Marmontel, Malesherbes, Condorcet, Turgot, Morellet, Suard, Helvétius, Piccini, David. Une des premières scènes de la Révolution en a-t-elle moins pour théâtre la rue Saint-Dominique? La soirée du 24 août 1787 voit des attroupements se former aux abords de l’hôtel du ministre Brienne, avec des torches menaçantes, qui ont déjà brûlé en effigie le garde-des-sceaux démissionnaire Lamoignon, sur la place Dauphine ; le chevalier du guet et le maréchal de Biron, gouverneur de Paris, ne restent maîtres du terrain qu’en faisant renverser, au milieu des ténèbres, les séditieux à coups de baïonnettes. Sous le consulat, Lucien Bonaparte acquiert la propriété, mais il ne la garde pas personnellement au-delà de 1804 ; Mme Laetitia Bonaparte en fait, sous l’Empire, le palais de Madame-Mère. Distinguons toutefois dans dans cette ancienne maison princière un grand et deux petits hôtels : ceux-ci séparent de la rue de Bourgogne celui-là, résidence actuelle du ministre de la guerre. Des lettres d’or, qui recommencent à luire sous le voile du badigeon, restitueront au-dessus de la porte du n° 92, si quelque nouvelle
couche n’y met pas ordre, l’ancienne inscription « hôtel de Richelieu. »
Quant aux bureaux intérieurs du ministère, ils occupent le ci-devant couvent des filles de Saint- Joseph ou de la Providence, lequel a (eu pour fondatrice Mlle de Létang et pour bienfaitrice Mme de Montespan : beaucoup d’orphelines pauvres y ont été élevées dans la piété et initiées au travail de l’aiguille.
Sous le règne de Louis XVI surgirent 80 et 82 : Ménager, menuisier, les ajoutait alors à un hôtel préexistant au coin de la rue Belle-Chasse. Le salon de Mme de Mirbel, un charmant peintre, n’y était pas indigne de faire suite, sous Louis- Philippe, aux bureaux d’esprit échelonnés par le xvme siècle dans la rue dont nous vous parlons.
Du couvent de Belle-Chasse, prieuré de chanoinesses du Saint-Sépulcre, il survit rue Saint- Dominique le n° 81, dit le pavillon d’Orléans, où Mme de Genlis, vers la fin du règne de Louis XVI, a continué l’éducation de la princesse Adélaïde et' de ses frères : c’est là qu’eltë recevait les hommages de Pétion, maire de Paris. Le fond des nos 69, 71, 73 et 75 a dépendu du mpme établissement. Les religieuses s’y étant transférées de Philippeville, en l’année 1635, sur l’emplacement que leur donnait le traitant Barbier, on avait commencé par les appeler filles œ BarUer.
Du temps de l’abbé de Pomponne, les hôtels de Varange ville et de Neufchâtei marquaient entre le couvent de Bellechasse et la rue du Bac ; mais, dès 1744, on y remarquait celui de Poitiers, probablement à l’évêque de Poitiers, puis ceux de Guerchy ^et de Châtillon, pendant que l’hôtel Broglie rivalisait, du côté opposé, avec l’hôtel Molé.
Parlons d’abord du n° 74. Emplacement vendu en 1704 par le président Duret et par Thérèse Rouillé, veuve du marquis de Noailles, en secondes
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noces duchesse de Richelieu, à Charles-Amédée de Broglie, comte de Revel, lieutenant-général, gouverneur de Condé. Celui-ci a pour cessionnaire Poullain de Beaumont, payeur des rentes de l’Hôtelde-Ville, qui fait continuer la construction sous la conduite de Boffrand. Le maréchal François de Broglie, comte de Buhy, rachète peu de temps après la propriété, qu’il laisse à son fils, directeurgénéral de la cavalerie, ambassadeur en Angleterre, etc. Le comte Chaptal habite cet ancien hôtel Broglie, sous l’Empire.
Le président que nous venons de citer était le petit- neveu d’un médecin de Henri III. Son grand’père,DuretdeChevry, président en a chambre des Comptes, disait qu’il fallait tenir le bassin de la chaise-percée à un favori du roi, pour l’en coiffer s’il était disgracié.
A moi, Auvergne ! Ce mot suprême du chevalier d’Assas ne fera-t-il pas reparaître le colonel du régiment sauvé par son héroïque dévouement? Mais le seul danger à courir serait pour cette fois d’y voir double. N’ai-je pas déjà reconnu en cette rüe un^résidence à la famille de la Tour-d’Auvergne, de laquelle fut membre Turenne^et qui formait uue branche de celle Bouillon? Maintenant, voici un autre hôtel dont le prince d’Auvergne a certainement donné, en l’an 1720, 425,000 liyres à Mme de Maulevrier, et qui touchait l’hôtel Broglie. Pourtant le cardinal de Tencin, ministre sous Louis XV, a aussi habité la maison, et M. de Ville, lieutenant de la vénerie du roi, l’a vendue à la maréchale de Nangis-Brichanteau. En ce temps-là M. de Soyecourt et le duc de Béthune-Sully avaient, celui-ci un passage, celui-là une belle entrée, entre les hôtels d’Auvergne et Molé.
Aussi bien, dans le groupe de propriétés dont il s’agit, le territoire provenait de l’abbaye Saint- Germain, en ce qui longeait la rue Saint-Domini-
que, comme de l’université de Paris du côté de la rue de l’Université.
La famille Roussereau avait cédé au maréchal de Roquelaure de quoi bâtir un grand hôtel, commencé par Lassurance et achevé par Leroux en 1726; les princesses de Léon et de Pons, nées Roquelaure, en avaient eu du président Molé, quatorze ans après, 460,000 livres, et les tenants y étaient alors M. Rosnier de la Moisson d’une part, la duchesse de Lesdiguières d’autre part. Et c’est aux héritiers de la duchesse de Créqui-Lesdiguières, née de Durfort-Duras, qu’avait succédé moyennant finances, en 1747, le duc de Béthune-Sully, entre M. Molé et M. Desmaisons, L’ancien hôtel Molé, qui se décomposait en un grand et un petit, est maintenant occupé par le ministère de l’Agriculture et du commerce, dont les bureaux vont englober, en outre, l’ancien hôtel Bosnier, plus anciennement du Lude.
Or de Cotte avait établi le plan de ce dernier sur la demande du président Duret, qui a été incontestablement le plus gros propriétaire de son temps dans la rue. La duchesse de Roquelaure du Lude n’y avait été, que la locataire de Duret ; puis la division de l’hôtel avait fait place simultanément à la comtesse de Cosnac et à M. Rémond de Montmort. Les deux moitiés s’en étaient rapprochées pour recevoir M. Bosnier, acquéreur du président en 1726 au prix de 300,000 livres, et ensuite son fils, Bosnier de la Moisson, l’un après l’autre receveur-général des Etats du Languedoc. Le maréchal Kellermann, duc de Valmy, y a fixé postérieurement ses pénates.
Dans l’immeuble contigu, qui fait angle sur la rue du Bac, Mme Vanas et M. Bernard ont précédé M. de Boulogne, fermier-général, dont nous avons retrouvé le principal ‘hôtel rue du Bac, mais qui
avait installé ses bureaux dans cet hôtel d’à-côté. Barras en a disposé sous la Restauration. L’auteur dramatique Ravenot s’y était formé chez M. de Boulogne, qui l’avait eu pour premier commis.
Germain Boffrand serait content de l’état de conservation d’un de ses ouvrages s’il revoyait un hôtel à cour ovale qui reste l’une des perles du superbe collier que porte la rue Saint-Dominique. Ce n° 67 a tour-à-tour abrité M. Amelot de Gournay, ambassadeur, le maréchal de Montmorency-Luxembourg, le prince de Tingry, M. de Guerchy et Mme d’Haussonville. Il a été acquis du président Amelot de Gournay, en 1725, par ledit maréchal de Montmorency et la maréchale, née de Harlay. Leur fils, prince de Tingry, qui plus tard fut aussi le maréchal de Luxembourg, et que Jean-Jacques eut pour protecteur, vendait dans le milieu du même siècle au comte de Guerchy, qui fut l’un des vainqueurs de Fontenoi, puis ambassadeur en Angleterre, cette propriété, où il était.en mitoyenneté d’un côté avec les religieuses de Bellechasse, de l’autre côté avec la comtesse de Rupelmonde et par-derrière avec les religieuses de Panthemont.
A la marquise de Varangeville ont succédé, dans l’immeuble adjacent, la maréchale de Viilars, la marquise de Rupelmonde et les d’Uzès.
Lassurance, au 63, a travaillé pour le marquis de Châteauneuf, qui était d’une branche de La Ferté-Senneterre. Le marquis de Béthune a vendu cette grande maison, en l’année 1719, au comte de Châtillon, ultérieurement nommé duc et gouverneur du Dauphin, le fils de Louis XV. Le baron de Breteuil, ambassadeur et ministre du roi qui vint après, habita à son tour l’ancien hôtel Châtillon.
Et à quelques pas de là M. Labédoyère, frère du colonel, a eu son père pour prédécesseur, dans l’une des ci-devant dépendances du couvent de la Visitation-Sainte-Marie.
En allant de la rue du Bac à la rue des Saints-Pères, avant la Révolution, les premières maisons qu’on voyait à droite appartenaient aux pères jacobins ; puis en venait une à l’Hôtel-Dieu, une à l’hôpital de la Charité, et voici quels étaient les autres détenteurs de la propriété foncière sur la même ligne : Mœe Espolard, le comte de Béarn, la Charité, le comte de Puysieux, Leclère, le président Saint-Lubin, François Bougainville, d’Ormesson, de Chanteloup et Masson.
Les jacobins s’étaient établis les premiers dans la rue qui portait le nom de saint Dominique, dont ils suivaient la règle réformée. Il appert d’une reconnaissance, passée en janvier 1718 devant le prévôt de Paris par les révérends pères Melchior Lhermitte, prieur, Lage, sous-prieur, Crouseilhes, Raisson et plusieurs autres religieux-profés des frères prêcheurs, dit$ jacobins, du noviciat-général établi en ladite rue, que ce monastère avait été fondé l’année 1631. Lefébure et Pigeard, marchands bourgeois, avaient alors vendu aux religieux de l’ordre, en ce lieu même, avec un clos de 7 arpens, une maison, qui s’y trouvait sise rue des Vaches, près de la butte du Moulin; plus une place, même rue, de 262 toises 1/2, y compris la largeur de la rue du Bac, et de tout cela 66 toisés seulement provenaient du Pré-aux-Clers. L’église Saint-Thomas-d’Aquin est l’ancienne chapelle du couvent; la rue du même nom, son avenue; le musée d’artillerie, son cloître.
Les* jacobins de la Révolution, lorsqu’ils eurent été expulsés du ci-devant couvent des jacobins de la rue Saint-Honoré, puis de la salle du Manège aux Tuileries, transférèrent leurs séances dans l’église Saint-Thomas-d’Aquin, jusqu’à ce que leur club fût encore'fermé par Fouché. Dulaure, qui en faisait partie, qui même y était membre du comité épuratoire, avait son domicile rue Dominique, n° 48 actuel, c’est-à-dire dans une des
maisons qu’avaient bâties les religieux. Réduit souvent à se cacher, il préféra passer en Suisse ; mais, le 18 frimaire an ni, il fut rappelé au sein de la Convention, avec beaucoup de ses collègues détenus. Les temps orageux de son crédit avaient si peu fait la fortune de cet historien de Paris que Français de Nantes lui rendit service en le gardant comme sous-chef aux Droits-Réunis, de 1808 à 1814.
Vis-à-vis de l’ancienne avenue des Jacobins, M. le duc de Luynes fait suite aux héritiers de Marie de Rohan, duchesse de Chevreuse, dont l’influence ne fut pas perdue pour les affaires de son temps. Cette femme célèbre par son esprit et sa beauté avait épousé le connétable Charles d’Albert, duc de Luynes, avant Claude de Lorraine, duc de Chevreuse. L’hôtel def Luynes est encore le séjour grandiose établi au XVIIe siècle par Le Muet.
M. de la Prontière, qui résidait sous Louis XIV dans la même rue* y avait réuni une bibliothèque, qui ne valait pas le cabinet des livres au château du Louvre, mais qui comptait pour les lettrés, comme celle des religieux jacobins.
Entre l’hôtel de Luynes et la rue Saint-Guillaume se revoient et l’ancienne habitation du marquis d’Avrincourt, colonel de dragons, qui épousa Mlle d’Osmond, et un hôtel Mortemart, originairement construit pour le compte de l’Hôtel-Dieu, et un ancien hôtel d’Asfeld, postérieurement Réthune. Dans ce dernier, M. Thayer a également pour devancière une femme dont la célébrité était due à son esprit et à celui des hôtes brillants qu’elle recevait, Mlle de Lespinasse, fille naturelle d’un Tencin ; elle s’était d’abord nstallée, avec Mme du Deffant, sur un autre point de la rue, dépendant de la communauté de Saint-Joseph.
Le plan de 1714 désigne comme hôtel Matignon le n° 11 de notre époque, d’Onsembray entre temps, mais qui porte encore le premier de ces deux noms sur le plan de 1744.
Peu d’années avant cette dernière date, la comtesse de Gergy avait acquis de la famille de l’épicier Buteux une grande maison; elle y tenait au duc de la Force sur la rue Saint-Dominique et à elle-même sur la rue Saint-Guillaume» en ce qui s’en appelait des Rosiers.
Quai des Célestins. (i)
Notre vin de Falerne. — Les Fieubet . — Les Villas
de Saint-Germain- en- Laye sous Louis XIV. —
Les Nicolaï. — M. de Mareuil. — Rançonnette.
— Les Célestins.
Ne disons jamais de mai des maisons de rapport, nous trouverions trop d’incrédules: ô méchant buveur d’eau, s’écrierait-on, tu médis de l’ambroisie ! Mais chacun comme il peut remplit son verre, et sans mépriser la piquette, qui a la quantité pour elle, nous préférons à ce vin fugitif, et qui n’est pas de .garde, celui qui représente à notre époque le vieux falerne d’Horace, Torquato consule. Si vieux, répliquent les convives réalistes, qu’il en estx éventé, qu’il a perdu sa force! C’est égal, jY reconnais le crû de la Campanie, l’essence fumeuse, mordante et suave qui distingue encore du villum et de la vappa, piquettes aigres-douces des Romains, la langueur suprême du falerne. S’il y a, du reste/une limite d’âge pour le vin généreux, elle est bien moins rapprochée de la jeunesse que l’âge de plaire pour les faibles humains. Ninon et Richelieu n’ont eu que par exception le mérite de se faire aimer au-delà de la soixantaine. C’est autre chose pour les maisons à souvenirs, comjne pour les monuments de l’art ; elles gagnent jusqu’au dernier moment quelque chose à vieillir, et si nous retrouvions le nid d’Adam et Eve, il nous inspirerait à coup sûr plus d’intérêt encore qu’à eux-mêmes,
(1) Notice écrite en 1958.
QUAI DES CÉLESTINS. 443
soit avant, soit après le péché. Il y a bien à porter en compte pour l’architecture, la peinture, la sculpture et la dorure, l’œuvre du temps, qui les dégrade ; mais les restaurations font encore plus de tort depuis qu’elles exhaussent les façades, en supprimant force jardins et presque autant de cours. Quel bonheur quand la maison historique ne cesse pas d’être reconnaissable, au travers des additions modernes qui visent à cuber le revenu de l’immeuble !
Nos compliments sont dus à M. le comte de Lavalette, ancien rédacteur en chef de Y Assemblée Nationale , en ce qu’il préside avec un goût d’artiste au rétablissement d’un vieil hôtel, 6, quai des Célestins, qui méritait de ne pas déroger. Une campanille, qui donne à l’édifice quelque apparence monacale, n’est que la cage d’un charmant belvéder, d’où s’étend une vue admirable. La galerie de balustres qui couronne presque la maison et les statues qui la rehaussent si bien, sont-elles d’hier, ou du fait de Hardouin-Mansart, qui a déjà restauré l’hôtel? -Nous penchons pour l’époque actuelle; en tout cas, c’est une véritable renaissance. Ledit Mansart est mort l’année 1708, et nous avons sous les yeux une gravure de 1680, dont l’auteur est Pérelle, qui représente la maison de M. de Lavalette, avec son double pavillon par-devant, mais décapitée de l’auréole que lui font cette balustrade, ces figures de plein-relief et ce petit clocher à jour.
L’hôtel a porté les noms de Combourg et de Fieubet; il a été bâti, lui aussi, sur l’emplacement du royal manoir de Saint-Paul, qui ouvrait de même sur le quai et que les rois avaient abandonné pour celui des Tournelles, avant que François Ier en cédât â Jacques Genouillac, dit Gaillot, grandmaître de l’artillerie, de quoi établir son arsenal. Anne de Béthune, veuve de Timoléon Beauvert, baron de Cournay, fille ou petite-fille du baron
QUAI D1$S CÉLESTINS
de Moncrif, a vendu la maison en 1558 à Henri de Senneterre, ministre d’État. Gaspard de Fieubet, baron de Launac, conseiller-secrétaire du roi, l’a achetée de ce dernier, et c’est précisément à l’église des Célestins, dont le cloître est occupé de nos jours, au coin de la rue de Sully, par la caserne des Célestins, que les secrétaires du roi faisaient dire leurs messes et célébrer leurs cérémonies, depuis Charles Y ; ils étaient tous de la paroisse, qu’ils habitassent ou non le quartier.
Fieubet a été nommé chancelier de la reine Anne d’Autriche, en l’année 1671. Auteur de petits vers bien faits, qui avec lui couraient les ruelles, c’était un homme de plaisir, marié et puis veuf sans enfants, d’une politesse d’esprit fort agréable aux gens de lettres dont il aimait la société, ami surtout de Saint-Pavin, auquel il fit cette épitaphe :
Sous ce tombeau gît Saint-Pavin :
' Donne des larmes à sa fin.
Tu fus de ses amis peut-être;
Pleure ton sort avec le sien.
Tu n’en fus pas? Pleure le tien,
Passant, d’avoir manqué d’en être.
La villa du chancelier de la reine florissait à Saint-Germain-en-Laye et lui donnait pour voisins de campagne: Jean-Antoine de Mesmes, comte d’ Avaux; Bontemps, premier valet-de-chambre du roi; Claude-Antoine de Saint-Simon, marquis de Courtomer; le cardinal prince de Furstenberg, évêque de Strasbourg; le maréchal d’Aubusson, duc de Roannais et de la Feuillade ; le maréchal de Durfort-Duras, duc de Lorges, neveu de Turenne; Louis de Bouchet, comte de Jlontsoreau, marquis de Sourches, prévôt de l’hôtel-du-roi, grand-prévôt de France; le duc de la Vieuville et Turenne. t
La maison de campagne de Gaspard de Fieubet
QUAI DES CÉLESTINS
resta vacante, comme sa maison de ville, lorsqu’il se retira aux Camaldules, près de Grosbois, où il trépassa en 1694.
Sa sœur Élisabeth avait épousé Nicolas de Nicolaï, premier président en la cour des Comptes, et ce mariage avait occasionné la division de la vaste propriété : les Nicolaï, pour leur part, avaient pris possession du n° 10 d’à-présent, qui ne remonte qu’aux Fieubet : il y reste un remarquable escalier du style Louis XIII, ainsi que des grilles de fenêtres, que marque la lettre N. Morte en 1656, la présidente Nicolaï a laissé une fille unique, mariée à Louis de Rocliechouart, duc de Mortemart, pair de France, lieutenant-général des armées du roi; celle-ci, une fois veuve, a fait donation de l’hôtel, pour qu’il ne sortît pas de la famille, au président Jean de Nicolaï, marquis de Goussainville, lequel a eu pour héritier son fils. Le marquis de Nicolaï a vendu en l’année 1770 à Pigory-Delavault, pensionnaire du roi, ladite portion de l’ancien hôtel Combourg, donnée alors en location à François Romieu, trésorier-général du sceau de la Chancellerie, époux de Mlle Moncrif. Mlle Pigory, femme Lemert ier, y a succédé à son père. En 1854, le même immeuble a servi d’atelier pour l’habillement de la garde impériale; puis on a procédé à une réparation, qui en fait une résidence confortable.
Quant à l’hôtel Fieubet proprement dit, il était échu à Anne de Fieubet, conseiller au parlement, frère de la duchesse de Mortemart. Paul de Fieubet, fils d’Anne et magistrat également, est mort subitement sous ce toit en 1718. La génération suivante a vu la petite-vérole enlever à un second Gaspard de Fieubet, tout aussi prématurément, sa femme et puis son fils, inhumés à l’église Saint- Paul, dans une sépulture de famille. Le second fils de Paul, héritier de la propriété après la mort du fils aîné, avait uni sa fille à Mathias Raoul,
QUAI DES CÉLESTINS
comte de Gaucourt, maréchal-de-camp, dernier propriétaire du chef du chancelier : les Gaucourt, souche de vieille noblesse, avaient longtemps porté, comme écuyers du roi pour ainsi dire par droit héréditaire, le titre d 'enfants d'honneur du roi. L’ancien hôtel Fieubet s’appelait Mareuil en 1813. M. de la Haye des Fossés en était propriétaire sous la Restauration et l’habitait avec son gendre, M. Boula de Mareuil.
Au reste, le quai des Célestins a gardé plus de deux maisons des siècles qui nous ont précédés. J’en atteste la vieille rampe de fer qu’on retrouve au n° 16 et la belle porte-cochère, ferrée de grosses têtes de clous, qui se remarque au n° 22. Y demeure M. Rançonnette, paysagiste recommandable, qui a aussi voué un culte d’artiste à tout ce qui survit du vieux Paris. Des caves subsistent sous le n° 20, qui ont appartenu au séjour de Saint-Paul. Quant au 24, il communique avec l’hôtel de la Vieuville, dont il a toujours fait partie, mais qui donne surtout rue Saint-Paul.
Les célestins, dont l’ordre avait été institué par le pape Gélestin Y au xme siècle et introduit en France par Philippe-le-Bel, avaient un monastère près d’Orléans ; Charles Y en fit venir six religieux dans un bâtiment de la place Maubert, qu’avaient abandonné les carmes, et puis les rapprocha plus encore de sa personne, en taillant leur part dans les jardins de son palais de Saint-Paul, où il posait la première pierre de leur église en l’an 1367. Le duc d’Orléans y fonda une chapelle expiatoire à la suite d’un sinistre, qui avait failli coûter la vie à Charles VI : un incendie avait éclaté au séjour d’Orléans, dans le bourg Saint-Marceau, qui n’était pas encore un faubourg de Paris, pendant une fête donnée au roi, le 30 janvier 1392, par la reine Blanche, veuve de Philippe de Valois. Les Trois Grâces de Germain Pilon, soutenant
QUAI DES CÉLESTINS
une urne où étaient placés le cœur de Henri JI et celui de Catherine de Médicis, illustraient principalement cette chapelle ; une colonne aussi s’érigea à la mémoire de François II, et une autre urne conserva le cœur du connétable Anne de Montmorency, non loin du tombeau du duc d’Orléans et de Valentinede Milan, son épouse. D’autres monuments du même genre enrichissaient l’église, notamment le cénotaphe de l’amiral Chabot, par Jean Cousin, celui du duc de Rohan-Chabot, pùr Auguier. La corruption s’étant introduite dans l’ordre des célestins, il fut supprimé en 1778.
L’autorité forma cinq ans après dans l’ancien monastère un hospice médico-électrique, sous la direction de Ledru, dit Cornus, que Louis XV avait nommé professeur de physique des enfants de France. L’électricité était appliquée avec succès au traitement des maladies nerveuses par ce physicien, que popularisèrent des séances consacrées à des expériences amusantes et aux premiers spectacles de fantasmagorie. L’institution de l’abbé de l’Épée pour l’éducation des sourdsmuets fut/ transférée aux Célestins en 1785. La Révolution emporta en son musée des Monuments- Français ceux de la ci-devant église, qui, transformée en magasin de bois de charonnage, brûla quelques années plus tard, et dont les restes se convertirent ultérieurement en un quartier de cavalerie.
Rue Portefoin. (i)
Les Enfants Rouges. — Les nos 2. et 4 de la rue Molay, 1, 2, 3 et 5 de la rue Portefoin ont appartenu à l’hôpital des Enfants-Rouges, fondé pour de petits orphelins, au milieu du xvie siècle, par Marguerite de Navarre, sœur de François Ier : l’église de cette maison fermait la rue des Enfants- Rouges à l’angle de la rue Portefoin.
Nos 4 et 6 : — le sieur Leduc de Vilvaudé propriétaire, sous Louis XV.
N° 7. — Il est de tradition qu’une actrice en possession de renommée a demeuré sous ce toit ; mais les titres venus jusqu’à nous ne portent que les noms suivants : Desestre, contrôleur de rentes de l’Hôfel-de-Ville, acquéreur des héritiers de l’abbé de Beauvillier, duc de Saint- Aignan.
N° — Émery d’Amboise, grand-prieur de France, donna cette maison en 1529 aux religieux de Sainte-Marie-du-Temple, pour acquitter une fondation qu’il avait faite dans leur église. Ces religieux en consentirent bail emphytéotique au profit de Pierre Charpentier, en 1722. L’enseigne s’y trouvait alors de la Croix-de-Malte.
N° 11. — On prétend que la rue Portefoin s’est appelée des Poules en 1282 ; mais nous répondons beaucoup mieux du nom de Richard-des- Poulies et de celui des Enfants-Rouges, qu’elle partagea avec la rue voisine. On dit aussi que Jean Portefin s’y disposa un grand logis ; en ce
(1) Notice écrite en 1860.