‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 2)Chapitre 104 sur 111 · RUE DES NOYERS · texte numérisé non relu

RUE DES NOYERS

Il nous est donc encore loisible d'y reconnaître deux maisons séculaires qui ont appartenu au collège de Lisieux, en face de la rue des Lavandières. Du même côté se présentait, sur la fin de l'ancien régime, l'entrepôt général des cartes de la marine du roi, sous la direction de Desauche, et alors les trois dernières maisons, après lesquelles venait la rue Saint-Jacques, étaient à Léonard, à Dubuisson, à Desprez, imprimeur.

Parmi les maisons, au contraire, que remplace le macadam du boulevard, nous en eussions signalé deux, situées près de la place Maubert : l'une et l'autre s'étaient partagé l'enseigne de la Pommede-Pin, qui nous paraît sentir le cabaret. Mais deux autres adresses de ce genre, que donna pour la rue des Noyers un guide des amateurs, en l'an 4692, étaient celles de Payen, traiteur, au Petit-Panier, et d'un de ses confrères, sous le signe du Loup.

Rues des Deux-Portes. (i)

Des ruelles qui se fermaient la nuit, aux deux extrémités, comme les squares de notre temps, quelques-unes ont tiré leur nom des instruments de cette clôture. Celle de la paroisse Saint-Andrédes-Arts est déjà enterrée sous le macadam du boulevard Saint-Germain : de profundis!

L'index d'un autre bras de rue rappelle encore, près de l'Hôtel-de- Ville, les deux portes qui l'enfermaient au couvre-feu, et ce bras avait naguère pour bracelet l'arcade d'une maison, au coin de la rue de la Tixéranderie : anneau d'alliance brisé par la grande rue de Rivoli, qui emportait bien autre chose avec ! Deux hôtels bâtis pour le fermiergénéral Bastonneau tombaient du même coup. Mais la petite rue des Deux-Portes-Saint-Jean, en convolant, a élargi le lit de ses secondes noces : des omnibus y circulent plus à l'aise que les litières d'autrefois. Elle n'a pourtant reculé qu'un de ses deux côtés et demem'e accolée de l'autre h un îlot du Paris séculaire, par une maison d'origine très-bourgeoise, à l'angle de la rue de la Verrerie. Deux modestes constructions attenantes rient également sous cape d'avoir échappé à la Saint- Barthélémy immobilière dont le signal est parti du palais voisin, curieux de dégager ses abords. Ces maisons reblanchies, pittoresques bien que sans ornements et populaires quoique ennemies des révolutions, sont comme des revenants, qui protestent contre l'unité rectiligne, à laquelle tout

(1) Notice écrite en 1859,

près de là ont été sacrifiés la place de Grève et le marché Saint- Jean.

La reine Blanche de Navarre, veuve de Philippe de Valois, passait l'année 1391 dans un séjour qui régnait à la fois rue des Deux-Portes-Saint- Jean et rue du Coq-en-Grève. Cet hôtel de Navarre tut aliéné en 1417 par Catherine d'Alençon, veuve de Pierre de Navarre.

Ghaussard, versificateur et professeur, habita cette rue des Deux-Portes étant secrétaire de la mairie de Paris, puis du comité de Salut public. L'aff'reux Chaumette aussi, ce pi-ocureur de la Commune dont Hébert fut le digne substitut.

Dans l'ancien quartier de l'hôtel de Bourgogne, voici la rue des Deux-Portes-Saint-Sauveur, que vit planter le xni* siècle, mais qui n'était pour commencer qu'un arbuste, ne s'élevant pas au-dessus de la rue Saint-Sauveur. On eijt même pu la classer, dans la fiore des rues parisiennes, parmi les belles-de-jour, tleurs de liseron dont la nuit ferme la corolle. Sur sa tige vint s'enter l'o'il d'une première branche, qui partait de la rue Pavée et qui cessa, une fois greftee, de s'appeler comme le fruit qui succède à la rose de l'églantier : ainsi se réhabilitait une ruelle, que de vilaines mœurs avaient flétrie de la dénomination de Grattecui au moyen-àge. Puis, à la fin du xvir siècle, la rue des Deux-Portes-Saint-Sauveur se prolongea encore jusqu'à celle Thévenot ; mais le nouveau bout s'en appela pour un temps rue Neuve-des-Deux-Portes .

Les propriétaires de l'ancienne étaient en 1703, sur le côté droit :

De Turménies, garde du Trésor royal, au Saumon. — De Louvancourt. — Jouault. — Les hospitalières de Saiute-Catherine, hôtel du Grand-Cerf, avec seconde porte rue Saint-Denis. — De la Neuville. — Vieillard,

maison et jeu de paume. — Le duc de CoisliH, au premier augle de la rue du Renard. — Valbaiu, second angle. — D''* de Bragelonne. — Aubry, receveur-général des finances de Rouen, avec une autre porte sur la rue Saint-Sauveur et une autre encore sur un cul-desac. — La fabrique de l'église Saint-Sauveur, au premier angle de la rue Saint-Sauveur.

Le susnommé Turménies eut son fils pour successeur au Trésor; sa fille épousa M. Bayez, puis M. de Laval. Le passage du Grand-Cerf nous montre assez où était riiôtellerie à cette enseigne. M. de Coislin, M"" de Bragelonne et M. Aubry jouissaient personnellement de leurs propriétés respectives. De leur temps, la veuve de l'avocat Galliot avait une maison sur l'autre ligne, au coin de la rue Pavée; M. de Nainvilliers, une autre, au second coin de la rue Saint-Sauveur ; M'"^ Liber, la famille Cholois, MM. Souleroy et Blanchard, les quatre suivantes, et il n'y en avait plus qu'une, au coin de la rue Thévenot.

Cette rue devint autrement financière quand les actions du Mississipi commencèrent à circuler : des banquiers en achetaient ou prenaient à bail les principaux hôtels. Parmi ceux où l'agiot d'alors fit élection de domicile, signalons le 31, dont la rampe de fer, les boiseries et les médaillons servent d'ornement actuel ii une pension dirigée par M. Challamet. On y répétait h huis-clos la comédie de la hausse et de la baisse : des ressorts^ à secrets n'ouvraient qu'en plusieurs temps les doubles portes, où des enfants ne jouent plus qu'à cache-cache. La maison de banque de M. Delaborde, maire de l'arrondissement avant 1830, était au 20, déjà livré au même genre d'affaires sous la Régence et maintenant imprimerie Malteste.

Néanmoins le n" 9, qui est sujet à reculement,

abrita MM""' de Camargo, et elles ne portaient pas un nom tout-à-fait d'emprunt, ayant eu pour grand'mère M""' de Camargo, noble espagnole, bien que leur père, appelé Cuppi, fût maître de danse et de musique à Bruxelles. Quand ces danseuses n'avaient, l'une que 18 ans, l'autre 16, le comte de Melun les avait fait enlever, comme des pensionnaires de couvent, dans la nuit du 10 au 11 mai 1728, et déposer dans son hôtel desCoutures- Saint-Gervais. L'aînée fut chantée par Voltaire, en petits vers qui la comparaient à M'"" Salle, avec laquelle elle partageait le sceptre de la danse.

Au 13 et au 15, qui ne faisaient pas deux et où avait demeuré aux trois-quarts du siècle précédent le fils de la marquise de Matharel de Fiennes, née Bigot de Marligny, M. de Magnanville, garde du Trésor, entretenait sa maîtresse aux dernières années du régne de Louis XV.

Au 29 ou au 36, qui ne manquent pas de rampes en fer battu, a demeuré la D"^ Paganini, première danseuse de Lisbonne, qui avait débuté à la Comédie-Italienne : on disait cette grande femme excellente pour les gambades, mais voilh tout.

En 1780, l'ancienne maison de M"* de Bragelonne était au marquis du Chàtelet, celle d'Aubry h M. de Launay, et celle de la fabrique Saint- Sauveur en formait deux. Puis M. Osmond et M. Langlois avaient chacun deux propriétés et M. de Sainte-Marie l'avant-dernière.

Rue du Petit-Pont. (i)

Le Petit-Pont, qu'il a fallu rebâtir plus d'une fois depuis l'époque de la domination romaine, menait au petit Châtelet, qu'on a démoli en 1782, et à la rue du Petit-Pont, qui commença k être connue dans le cours du xn'= siècle.

En cette rue, dont la longueur ne dépasse guère celle du pont, on dînait, du temps de Boileau et de Golletet, à la Rose-Rouge. Mais c'est de l'autre côté, le droit, que les maisons ont toujoiu's eu le plus d'importance. A des immeubles qui s'y suivent ont trait les notes que voici :

16H5: — Philippe Lécuyer, propriétaire, à la Pommede-Pin. — Jean Savary, à l'image de Saiut-Jean. — François Hersau, marchand-drapier, à l'Etoile-d'Or. — Adrien de Croissy et Guillaume Engrand, au Grand- Cornet. — Louis Brochant, seigneur d'Orangis, à Saint- François-de-Paule. — Boucher, au Panier-Blanc, ci-devant à la Clef-d*Argent, maison à l'encoignure de la rue Saiut-Séverin.

1768 : — Brizard, maître-maçon, à la Madeleine. — Delahaye, officier du roi, k la Pomme-de-Pin. — Les pères lazaristes, à Saint-Jean. — Aubertin, greffier honoraire, à la Perle, ci-devant à Saint-François-de- Paule. — Louis-Etienne Chabenat de Bonneuil, conseiller au parlement, propriétaire du chef de sa femme, née Boucher, au Chat-qui-Ecrit, ci-devant au Panier-Blanc.

Le fief Outre-Petit-Pont, qui appartenait à l'archevêque, se composait du fief des Rosiers, dont l'évêque de Paris n'avait donné qu'une portion à la Sorbonne en 1284, et de plusieurs autres.

(1) Notice écrite "eu 186'1.

Rue Amyot,

NAGUÈRE

du Puitsoqui-Parle, et rue Laroiuig^uière,

NAGUÈRE

des Poules, (i)

La dénamination de celle-ci dale de l'époque où la poule au pot du paysan préoccupait un roi de France ; mais elle fut dite aussi du Châtaignier pendant les troubles de la Ligue et du Mûrier pendant ceux de la Fronde. Les basses-cours et les jardins n'y manquaient pas : aujourd'hui encore il en reste. Celle-là dut son nom, sous Henri III, à un puits et à son écho. On passe toujours devant le puits à l'angle des deux rues ; seulement il ne parle plus, il est bouché.

La propriété contiguë au Puits-qui-Parle n'avait pas d'autre enseigne, et elle appartenait à René Bertignon, au commencement du règne de Louis XIV ; puis elle fut annexée à la Tête-Noire, maison de la rue des Postes ("i), qu'on abattit ensuite. Le couvent des augustines de la rue des Postes n'était pas plus étranger à celle du Puits-qui-Parle.

(1) Notice écrite en 18G1. La rue des Poules n'avait rien encore de commun avec le professeur de philosophie, seniiraenlal disciple du sensualiste Condillac ; Ja rue du Puits-qui-Pàrle, pas davantage avec l'éminent traducteur de Plutarque.

(2) Présentement rue Lhomond.

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