‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 2)Chapitre 61 sur 111 · RUE TURENNE · texte numérisé non relu

RUE TURENNE

sur laquelle un bâtiment à elles alignait 4 toises de façade. Ce monastère se composait en premier lieu des révérendes mères: Marie de Saint-Françoisde-Paule, prieure, Marie-Bernardine de la Conception, Marie-Madeleine de Saint-Bernard, Marie-Anne de Saint-Joachim, Marie-Opportune de Sainte- Gertrude, Marie-Scolastique de Jésus, toutes religieuses de l'Adoration-perpétuelle-du-Saint- Sacrement-de-l'Autel, « maintenant établies rue Neuve-Saint-Louis, Marais du Temple, à l'hôtel de Turenne. » L'hôlel confisqué par la Nation sur les ci-devant religieuses a valu le nom de Turenne à la rue Saint-Louis depuis l'an IX jusqu'à la Restauration. Une congrégation de franciscaines a fait bcâtii', à la place de l'église du couvent, Saint-Denis-de-Saint-Sacrement, qui est livré au culte depuis l'année 1835.

On appelait déjà Marais du Temple jusqu'à l'ancien jardin des rois lorsque l'hôtel Turenne, dont le terrain en provenait aussi, entraiten religion. Mais ce n'était pas eticore le quartier vaste qui depuis se q'ualihe le Maiais. M""' Cornue), dont les bons mots faisaient les délices de la place Royale, en était presque lorsqu'elle habitait le Marais du Temple, c'est-à-dire entre la place Royale et le Temple, où le xvn" siècle était si bien représenté. Celte tille de Bigot, intendant de M. de Guise, était la seconde femme de Cornuel, qui avait senti naître son amour pour elle le jour même de l'enterrement de la première Le nom du mari semblait le prédestiner à une disgrâce qui ne lui fut pas épargnée ; il finit donc par en prendre son parti, et M-"* Cornuel de dire : — Les cornes sont comme les dents, elles ont du mal à percer

et après on en rit Mais si l'esprit dans ce

ménage, comme dans beaucoup d'autres, venait de la femme, ce n'était pas sous le régime dotal ; Cornuel en eut sa part dans la communauté. Il

NAGUÈRE SAINT-LOUrS-AU-MARAIS. 295

était déjà vieux, très-vieux quand un accident de voiture le jeta, au péril de ses jours, dans le même fossé que deux filles toutes jeunes, qui, lestement relevées, l'aidèrent 'ui-mème h se tirer de là ; en les remerciant il ajoutait : — Pauvres enfants, nous étions tous les trois du même âge il y a deux minutes !

Le 56 et le 60 ont abrité le chancelier Voysin, dont M'"^ de Maintenon avait fait la fortune, et qui eut d'Aguesseau pour successeur aux sceaux. La famille de Jumilhac en a disposé, avant ou après le comte d'Erlacli, colonel de gardes-suisses ; le marquis de Jumilhac commandait en 1791 la garde constitutionnelle de Louis XVI. Mais ce n'était plus l'ancien parc royal et encore moins l'ancienne culture Sainte Catherine qu'on y foulait aux pieds ; c'était la superficie des plus anciens Marais du Temple.

De ce territoire proprement dit dépendait le terrain vendu par les hospitalières de Saint-Gervais à Barthélémy de Bissi, et n'avons-nous pas vu Villedo en transporter 265 toises à Lefèvre de Caumartin ? Les propriétaires qui s'y suivaient entre les rues du Parc-Royal et Sainte-Anastase, vers l'an 1780, étaient : Dubreuil, Hocquart, Brunet d'Évry, Dassy de Beaudreville, Gesly, le comte de Voisenon et Richard.

Sur l'alignement opposé, au coin de la rue du Pont-aux-Choux, Yvonnet, seigneur de Bammeville, avait laissé, sous la Régence, à sa fille, femme d'Amyot d'Inville, conseiller aux Aides, une maison accotée à celle du commissaire Cailly et adossée à celle de Blanchard. Le monastère des filles du Calvaire, fondé en 1640, se présentait, mais non de face, entre cette rue du Pont-aux-Choux et celle des Filles du-Calvaire (Vieille-du-Temple).

La rue Boucherat n'avait servi de prolongement à la

Ïd6 RUE TURENNE, ETC.

rue Saint-Louis, sur les Marais du Temple, entre les rues Vieille-du-Temple etCliarlot, qu'au beau milieu du règne de Louis XIV. Jean Beausire, architecte du roi, maître-général, contrôleur et inspecteur des bâtiments de la Ville, qui avait dirigé les travaux pour l'établissement d'un nouvel égout, avait aussi spéculé sur les terrains mis en valeur par l'ouverture de la rue Boucherat, et Michel Bicher, entrepreneur de bâtiments, avait fait de même à la suite. Sous le règne suivant, une propriété â M. Louis de Monmerqué précédait immédiatement la fontaine de celte rue, qui ne s'est ajoutée à l'autre qu'en 1881. Bloin, valet-de-chambre de Louis XIV, avaitil habité la même maison? Nous pensons que c'était plutôt le n° 94, qu'on dit lui-même ancien hôtel Boucherat. La fille de Mignard, avant que le roi signât â son contrat de mariage avec le marquis de Feuquières, était publiquement entretenue par ce Bloin. Il rendit le dernier soupir dans le Marais, nous ne savons plus h quelle date ; mais peu importe, redirait Théophile,

Et dans les noirs flofs de l'oubli Où la Parque l'a fait descendre, Ne fut-il mort que d'aujourd'hui, II est aussi mort qu'Alexandre.

Rue de Mironiénil. (i)

Percée au commencement du règne de Louis XVI sur un terrain qui appartenait à Armand- Gaston Camus, avocat, propriétaire de l'hôtel Beauvau, cette rue eut pour parrain Hue de Miroménil, garde-des-sceaux, sous le ministère duquel fut abolie la question. A ladite s'ajouta la rue Guyot, ouverte deux années après à la diligence de Senneville, Aubert et de Lettre. Deux autres crues poussèient en 1813 et en 1826 cette voie de communication jusqu'à la rue de Valois.

Au moment de la première de ces trois annexions, tout un côté de la rue Miroménil appartenait au susnomméCamus, h l'exception d'une seule propriété enclavée entre deux des siennes et qui était acquise à Bigonet. Cinq propriétaires de l'autre côté de la rue semblent avoir dicté dans le même temps leurs noms à quelque scribe, qui les aurait écrits d'une manière encore moins irréprochable que celle-ci: D'Orgemont, la baronne d'Alleps ou le comte de Camille, Marcelin et de Casiellan, le marquis Andrault de Langeron, On remarquait pourtant, avant 89, un hôtel de Roquefeuil dans cette rue.

(1) Notice écrite en 1861. La rue Miroménil n'était encore coupée ni par les boulevards Hausmann et Malesherbes, ni par la place formée an bout de la rue de Laborde, ni par les rues oe Rovigo et de Lisbonne. Elle ne s'est également prolongée que depuis entre la rue de Valois, qui s'ajoutait à celle de Monceau, et le boulevard des Batignolles.

298 RUE DE MIROMENIL.

Notre collecteur de documents locaux a trouvé, pour sa part, au fond du n" 33, un pavillon décoré de bas-reliefs, avec un arbre qui a été planté avant que l'architecte Le Camus de Mézières dessinât l'hôtel de Beauvau. Le duc de Noailles avait été antérieurement propriétaire du terrain occupé dans le faubourg Saint-Honoré par l'hôtel Castellane et par les immeubles voisins ; mais la construction du susdit pavillon date encore de ])lus loin, il n'en faut pas douter, puisque son ancien escalier, qu'on a gardé dans un grenier, est bel et bien à balustres de bois.

Les sculptures beaucoup plus apparentes du n" 53 représentent deux voitures à trois corps, h quatre chevaux, et rien n'y manque, pas même les noms de ces voilures, !a Laure et VÉHsa. L'administration des gondoles parisiennes, diligences pour Nanterre, Versailles, Marly et Saint-Germain, s'y établissait en 1824 et construisait, pour se faire des remises, le hangar qui est vis-à-vis. A ces voitures, qui ne menaient qu'à la campagne, il en succéda d'autres qui conduisaient les gens jusque dans l'autre monde. Mais les Pompes funèbres n'eurent leur garde-meuble, leur vestiaire, leurs écuries et leurs remises dans la rue de Miroménil que jusqu'en 1853.

Contentons-nous, par conséquent, d'un fiacre pour nous transporter

Rue Saint-Fiaere. (i)

Celle-ci, déjà connue en 1630, mais sous le nom de rue du Figuier, sortait-elle d'un petit fief Saint-Fiacre? Ou le sieur Fiacre y fonda-t-il le service des voitures qui ont gardé ce nom dans le vocabulaire usuel ? Des écuries et remises pouvaient y rester subordonnées à ce bureau de la rue Saint-Martin auquel convenait si bien l'enseigne de Saint-Fiacre et qui se tint plus t?rd rue du Faubourg-Saint-Denis. Lesdits carrosses de louage étaient déjà au nombre de 1800, avant que la concurrence des cabriolets de place, vers 4770, en renvoyât pas mal sous la remise. Le tarif était alors : 25 sols pour la première heure, 20 pour les heures suivantes, 24 pour une course.

La rue Saint-Fiacre a été fermée pendant un siècle par deux grilles, qui paraissent deux portes bien murées sur le plan de Paris en 1739. La plupart des propriétés qui la bordaient ayant leur entrée principale ailleurs, on ne comptait encore à la tin du règne de Louis XIV que 4 maisons qui appartinssent à la rue au même litre exclusif que ses 2 lanternes ; elle n'avait pourtant rien perdu depuis dix ans, époque où M"<' Mouilleron, propriétaire du n" 2, ou du vi"A, tenait à M"'" Canaple, celle-ci à Dumesnil, chantre à l'Opéra, Dumesnil à l'avocat Baudin et Baudin à DeMeulle. Le jardin de ce dernier empiétait sur l'ancien fossé de la ville, où commençait également le jardin de l'abbé Dufour, qui, tout en allant jusqu'au Boulevard,

(1) Notice écrite en 1861.

Page 1