‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 2)Chapitre 63 sur 111 · RUE SAINT-FIACRE · texte numérisé non relu

RUE SAINT-FIACRE

faisait quelquefois avec M. de Jumilhac, le gouverneur de la Bastille ; mais l'un et l'autre étaient fort contrariés que M. de Sartines, le lieutenant-de-police, fût h même de leur demander peu de jours après comment ils s'en trouvaient et sût aussi bien qu'eux en quel endroit s'était dressé le couvert, quelles tilles en avaient été tout le contraire de la pièce de résistance et à quelle heure on s'était séparé. N'y avait-il donc, pas moyen de soustraire leurs fredaines aux investigations des limiers de la police ? M. de Curis, n'en ayant pas trouvé, prit enfin le parti de supporter ce qu'il ne pouvait empêcher et proposa encore h son ami de faire ce qu'on appelait alors des soupers de filles. — Volontiers, répondit M. de Jumilhac, mais à la condition que M. de Sartines en soit.

Au 46 demeurait la Hecquet, chez laquelle s'engageaient force parties galantes, dont elle battait et rebattait les enjeux. Celte pourvoyeuse distinguée avait aussi au faubourg Saint-Laurent une petite-maison pour les soupers. L'avocatgénéral Séguier ne mettait pas moins à profit que ces MM. de la Ferme-Généiale, la variété des ressources de la Hecquet, chez laquelle ce magistrat fut rencontré le 2 avril 1760. Il y avait déjà fait acte de présence dans les quatre nuits précédentes et Virgile lui-même eût perdu son latin à lui dire : Quintam fuge.

Rue Poissonnière, (i)

A Derbais, marbrier du roi, fut adjugé, en 1686, un grand terrain qui longeait le Rempart, c'est-îi-dire le Boulevard, à partir de la rue des Poissonniers. C'était une portion de la Vallée-aux- Voleurs, dans laquelle on avait détroussé les passants et qui devait à un autre genre de licences le synonyme de Champ-aux-Femmes ; sous les mêmes qualifications avait été connu, dès l'an 1290, un chemin hors de ville, bordant ce territoire, qui dépendait lui-même du Clos-aux- Halliers, fief dit aussi des Masures-de-Saint- Magloire. Le passage des marchands de marée et l'agrandissement de la ville avaient érigé le chemin, sous une désignation nouvelle, en une rue de Paris qui comptait déjà 44 maisons et 10 lanternes à la fin du xvn'' siècle ; seulement elle empiétait un peu sur notre rue du Petit-Carreau.

Les Derbais étaient alors propriétaires du n° 35 actuel et la veuve Misson du 37. Daniel Gittard, architecte du roi, qui avait travaillé à Saini-Jacquesdu-Haut-Pas et à Saini-Sulpice, disposait du 26. Un sieur Milieu, dont la propriété s'étendait jusqu'à la rue du Sentier, jouissait probablement du 21, auquel de belles ferrures et un balcon, donnant sur une grande cour, gardent l'air d'un hôtel de traitant et où des plaques de cheminée portent le millésime 1660.

Cette dernière maison se trouvait habitée plus

(1) Notice écrite en 1861.

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