Î RUE CORVISART, ETC
guère; les cadres de l'effectif sont à remplir tout le long de l'ancien jardin des Cordelières, et il y a d'autres lacunes pour témoigner de la même prévoyance.
En revanche, le 52 est une construction à plusieurs corps, qni donne aussi sur le Boulevard, flanquée d'un clos par-ci et d'un jardin anglais par-là. C'est un ancien hôtel Neubourg, déjà visible sur le plan de Turgot du côté de la rue Groulebarbe; le terrain pour le moins en avait dépendu du clos Payen. D'autres Neubourg que la famille palatine de Bavière, devenue électorale en 168S et issue de la maison ducale de Deux- Ponts, ont pu jouir de cette villa suburbaine. La bonne femme qui en dispose depuis la première république a commencé, sous la Restauration, à y blanchir le linge des Hospices, et la même buanderie coule toujours ses lessives.
Aveuue des Cliaiiips-Ëlysees. (i)
Notes pour empêcher de les confondre avec ceux dont la Fable fait le séjour exclusif des âmes vertueuses.
En 1618 Marie de Médicis crée, sur d'anciennes cultures de maraîchers, la promenade du Coursla-Reine, que d'abord ferment des fossés et des grilles. Veis 1670 se plantent les quinconces, ainsi que la grande allée du Roule, dite depuis l'avenue des Champs-Elysées. Au Rond-Point se jette le pont d'Antin sur un égout, en Tannée 1719, et la promenade h celte époque sert toutes les nuits de repaire aux déclassés, qui n'ont pas encore la ressource de se mettre révolutionnaires de profession. Malheur aux petits bourgeois de Chaillot qui s'y attardent! Les arbres cachent nuitamment des bras crochus, qui agrippent le passant, l'entraînent et le fouillent au moins jusqu'aux chausses ; quelquefois même l'allée des Veuves (4) en fait réellement une de plus. Toutefois il se suit bientôt dans le faubourg Saint-Honoré des hôtels qui projettent sans interruption un cordon de jardins sur l'avenue Gabriel, cette lisière des Champs-Elysées, et l'hôtel /l'Argenson, séparé de l'Elysée-Pompadour par l'avenue Marigny, contribue, avec un petit nombre d'autres hôtels, avec le Colisée, avec la Folie-Beaujon et avec la Folie Marbeuf, à border de jardins particuliers ce parc de tout le monde aux grandes allées,
(1) Notice écrite en 1859.
(S) Avenue d'Antin.
aux carrés disposés pour les jeux de paume, de quilles et de ballon, dont les abords sont embellis pompeusement par Louis XV. Un monument en . l'honneur de Marat et de Le Peletier y surgit, sous la Convention, mais tombe avec la tète de Robespierre. Puis la place Louis XV, devenue place Louis XVI à titre d'expiation, et les Champs- Elysées se tiouvent concédés il la Ville par Charles X, mais à la condition qu'elle y dépense d'abord 2,300,000 francs.
A ce prix-là se sont régularisés des alignements, rajeunies des allées et aplanies des inégalités, sur toute l'étendue de la promenade, en même temps que s'améliorait la viabilité de l'avenue qui la partageait en deux. Mais c'est la révolution de 1830, et non pas la première, qui en a fait un lieu relativement sûr ii la lueur des réverbères ; jusqu'alors il fallait être brave et bien armé pour y passer h minuit avec sécurité. Lh pourtant commençaient et finissaient, depuis la première pousse, toutes les réputations qui tenaient essentiellement Il l'équipage, comme si elles mangeaint au même râtelier, et les amours y menaient déjii ce train. Le Longchamps de la mode s'y prolongeait d'une semaine-sainte à l'autre et s'y prolonge encore pour des pèlerines et pèlerins mondains, dont les révolutions n'ont fait qu'accroître le nombre. Seulement un palais de l'Industrie, des théâtres, des cafés, des parterres, des jets d'eau décorent et animent la promenade qui, depuis l'Exposition universelle, a perdu le caractère d'un spacieux boulevard parisien, pour devenir en plein air le caravansérail du monde entier. Quand l'avenue fêtait la saint-Charles ou la saint-Louis, il s'y dressait des pavillons du haut desquels saucissons et poulets se jetaient h la foule, pour laquelle des fontaines de vin coulaient en bas. La saint- Napoléon fait autrement ses libéralités ; mais rien
n'estcomparable à ses resplendissantes illuminations, qui n'attirent pas aux Champs-Elysées que des badauds de leur pays. Malgré cette extension internationale, il y aurait vraiment ingratitude h oublier que l'Elysée, le Colisée, Beaujon, Marbeuf et d'autres jardins d'hôtels avaient déjà donné sous l'ancien régime, avec la Seine, leur magtiitique encadrement ii l'ancien Cours-la-Reine.
Par delà le Rond-Point, deux lignes d'hôtels luxueux, mais ceux-ci de création moderne, font conduite à l'avenue, dite précédemment de Neuilly, jusqu'à la barrière de l'Étoile, qui est menacée elle-même de reculer jusqu'au Bois-de-Boulogne. Ce quartier de Paris devient, et comment en douter? le faubourg Saint-Germain du règne de Napoléon III.
Deux constructions anciennes, y faisant exception, appartenaient aussi aux rues d'Angoulôme (i) et de Berri; nous en parlons dans les notices attectées à ces rues. M"*' Contât habita l'un des deux hôtels, avant le comte de Marescalchi, ambassadeur d'Italie. L'autre fut édifié pour la fine M'"" de Langeac par Chalgrin, et Barthélémy y peignit le plafond du salon qui donnait sur ce qu'on appelait alors le Grand- Cours. Chalgrin, architecte de Louis XVI et de Monsieur, comte de Provence, aimait éperdùment sa femme ; cette passion tout-à-fait légitime, mais qu'il n'était pas de mode au xvm'' siècle d'afficher, donna lieu au jeu de mots que voici : sans i il n'y aurait que chagrin.
Vis-à-vis se projetaient les jardins de Chaillot, formés par M. de Janssen, homme instruit, bienfaisant et philosophe, qui était baronnet anglais et qui mourut à un âge avancé le 2 décembre
(1) La rue d'Acgoulême-Saiut-Honoré est actuellement de Morny,
1780. On remarquait dans son vaste enclos, quand M'""' de Marbeuf en prit possession, un saule de Babylone au tronc de 84 pieds de circonférence. Le comte de Ghoiseul-Goutïier, favori de l'impératrice Catherine, acheta le jardin Marbeuf et y réunit des curiosités monumentales, qu'il avait recueillies dans son ambassade h Constantinople. L'arbre qu'on y admirait alors était un cèdre du Liban, contemporain de celui du Jardin-des-Plantes. Converti en jardin public par ordre de la Convention, l'ancien Marbeuf devenait Idalie; un hyppodrome y fut même disposé. Puis des maisons remplacèrent les taillis, dans un quartier nouveau, qui s'agrandit ensuite aux dépens du Jardind'Hiver, création du règne de Louis-Philippe.
On pourrait croire que l'hôtel qui porte le chiffre 44 date de la fin du siècle précédent; mais le docteur Villette, acquéreur d'une portion du Colisée, y a fait bâtir cette maison au commencement de la Restauration. Postérieur encore est un petit hôtel que possède, près la rue d'Angoulême, la baronne de Montalleur, y succédant à l'architecte Ducret, qui l'a bâti.
Au 70 un marchand de chevaux s'est établi sous le premier empire, et jusque-là les maquignons passaient sans s'arrêter dans les Champs-Elysées. La belle pelouse que laisse voir la grille du 74 ! Une pension de garçons y était tenue, sous Charles X, par Pierre Blanchard, qui écrivait et publiait des livres pour les enfants ; au même endroit avait été transférée précédemment la pension de demoiselles que dirigeait M™^ Campan, auteur d'un Traité de l'Éducation des Demoiselles et de mémoires sur Marie-Antoinette. Et, comme si ce n'était pas encore assez de titres h la spécialité de la littérature d'éducation, Bouilly, des Contes à ma Fille, et \2i famille du poète Legouvé fréquentaient aussi la maison. La large porte du 78 ouvrait sur
l'hôtel d'un prince régnant, le duc de Brunswick, avant qu'une révolution lui enlevât l'exercice de la souveraineté. A ce prince succéda, comme propriétaire, M. le comte de Caumont-Laforce, aujourd'hui duc, et qui s'est fait construire un autre hôtel en face de l'ancien jardin Beaujon. Le 99 et le 101 ne remontent guère qu'au commencement du présent siècle. A la place du 109, qui appartient à la rue du Château-des- Fleurs aussi et à la rue des Vignes (i), il s'élevait, sous Louis XVI, un bâtiment dont il reste un corps par-derrière, et une échoppe à bière y attenait, que fréquentaient en ce temps-là les habitués du promenoir de Chaillot. On appelait ■ainsi la promenade en terrasse que Chaillot accolait à l'avenue des Champs-Elysées.
(1) Maintenant l'une est rue Bassano et l'autre rue Vernet.
Rue Boissy-cFAn^las,
EX CK QUI s'kn appelait naguèrp;
Rue de» Cliaiups-Él.ysces. (i]
Grimod de la Reynière. — A/"'= Lorjjhelin. — Pelet de la Lozère. — Lagrenée. — Junnt. — Les Diamants de la Couro7ine. — M. Rousse.
Le fermier-général Grimod de la Reynière, qui devint administraleur-général des Postes, s'était d'abord enrichi dans les fournitures de l'armée du maréchal de Soubise, pendant la guerre de Sept-ans, à l'issue de laquelle il s'était fait bâtir un magnifique hôtel. Le cercle Impérial en paye le loyer à l'État et y succède h l'ambassade de Turquie, qui venait elle-même après celle de Russie: 5, lue des Champs-Elysées. Le financier Grimod y a fait décorer un grand salon sur les dessins de Clérisseau, i)eintre du roi, premier architecte de l'impératrice de Russie, et y a réuni une belle collection detablcaux de l'école française, d'estampes i-ares et de bronzes. Le jour même où il épousait M"'' de Jarente, nièce d'un évêque auquel étaient connues de fastueuses amours, il demandait à Malesherbes, son beau-Irère : — Croyez-vous qu'elle me rende heureux ? — Cela dépend, répondit nettement le plus honnête homme de son temps î Cela dépend du premier amant qu'elle aura.
L'unique fruit de cet hymen fut un garçon
(1) Notice érrile en 1858. Le présidonl de la Convention qui avait montré une si héroïque fermeté, dans la journée du ]or prairial an ni, n'était encore le patron m de la rue des Chainps-Élysées, ni de celle de la Madeleine.
assez osé pour dire souvent à sa mère qu'elle s'était diablement mésalliée en épousant le lils d'un charcutier. Le jeune Alexandre Grimod de la Reynière, bien avant la prise de la Bastille, se moquait des grands airs toujours affichés dans sa maison, dont il aurait voulu que les armes fussent un cervelas sur champ de gueules. — Pourquoi ne pas acheter une charge de conseiller ? lui disaient ses amis. — Parce qu'étant juge, répondait le jeune homme, je commencerais par condamner mon père pour l'argent qu'il a mal acquis. En me faisant avocat, je ne pourrai que le défendre.
L'avocat offre ensuite un grand dîner, dans l'hôtel de son père, ù ceux de ses confrères qui fourniront le mieux leurs preuves de roture ; d'autres fois il invite pêle-mêle abbés, mousquetaires, charcutiers, h la condition de se présenter tous la tête nue, sans épée et sans décoration. Il se livre néanmoins aux lettres, d'abord en ce qu'elles ont de compatible avec la bonne chère et la gaieté, mais aussi d'une façon plus sérieuse qu'au Caveau. On ne sert à ses déjeuners du mercredi et du samedi que du café au lait, des tartines et les écrits nouvellement mis au jour. Une ibis que le droit de succession le rend toutà-fait maître de la place, la table de Grimod de la Reynière est constamment ouverte aux beauxesprits, qui lui font la réputation de gourmand illustre et généreux, pendant que mille focéties et mascarades continuent à le signaler comme original au premier chef. M"'- Contât et d'autres actrices participent à ces fêtes, mais qui n'ont pas toujours pour décoration principale les emblèmes de la profession de son grand-père. Une fois, entre autres, il tend de noir la salle à manger, et derrière chacun de ses invités une bière fait l'office de servante. Domitien n'a-t-il pas, du reste, joué un tour encore plus funèbre à des
sénateurs et à des chevaliers, chacun desdits convives de l'empereur trouvant devant sa place une colonne sépulcrale et y lisant son nom à la lueur d'une lampe de tombeau? L'amphytrion plus voltairien que Voltaire imagine, un autre jour, d'éprouver l'ati'eclion de ses amis, en faisant adressera chacun d'eux une lettre de faire-part dans la forme ordinaire, qui les prie d'assister à ses prétendues funérailles. Beaucoup manquent à l'appel et se contentent de regretter sa table, où ils n'auront plus leur couvert ; ceux qui viennent pour rendre au défunt les derniers devoirs, trouvent un cercueil placé devant la porte et les domestiques en grand deuil. On se lève même pour se rendre h l'église ; mais soudain une porte s'ouvre derrière le mort, qui ressuscite, et avec lui une nappe somptueusement chargée, avec autant d'assiettes (|u'il a encore de vrais amis. La Révolution n'en enlève pas moins à Grimod la majeure partie de sa fortune. Force lui étant de diminuer son train, quel meilleur moyen trouverait-il d'éclaircir de nouveau le nombre de ses amis que de se faire journaliste! De 1803 h 1812 il a encore pour parasites d'Aigrefeuille et Camérani, ainsi que le docteur Gastaldi ; il préside un nouveau jury de sa création, qui prononce sur les découvertes culinaires, et il écrit ÏAlmanach des Gourmands, qui le fait accueillir h la table de Cambacérès. En 18l4 il se relire h Villiers-sur-Orge, dans son château.
Au 8, qui tient la place de l'ancien magasin de marbres du roi, le [iremier empire voit prospérer la pension de M"*^ Lorphelin, ancienne institutrice des quatre filles du prince Victor de Broglie sous Louis XVL Cette maison d'éducation allant de pair avec celle que dirige M'"^ Campan, ci-devant femme de chambre de Marie-Antoinette, qui est déjà chargée de l'éducation de plusieurs princesses Bonaparte, M""^ Campan fait attaquer l'établissement
rival du sien par un des rédacteurs du Journal des Débats. On reproche à M"*" Lorphelin d'élever ses pensionnaires trop pour le monde et surtout de leur faire jouer la comédie ; il est vrai que les représentations données de loin en loin par ces demoiselles obtiennent en ce temps-là tant de succès que l'élite de la société intrigue pour y assister. Le maréchal comte Serrurier, qui vote en 1814 la déchéance de Napoléon, cesse toutefois en 1816 de gouverner les Invalides ; remplacé dans ce poste par le duc de Coigny, il se retire où étaient naguère M"* Lorphelin et ses élèves. Puis, à la fin du règne de Charles X, c'est l'hôtel du duc de Raguse. Nous y voyons mourir, en l'année 1841,1e comte Pefet de la Lozère, ancien membre du conseil des Cinq-Cents, où il s'est constamment montré le défenseur des libertés de la presse, et l'immeuble appartient encore de nos jours à l'ancien ministre des finances du même nom, homme d'État aux vues libérales, mais d'application conciliante.
En face, voici le n" 9, habité sous l'ancien régime par le prince de la Trémoille, époux de la veuve du prince de Saint-Maurisse. Anselme Lagrenée, peintre de chevaux, fils et neveu de peintres, a disposé de la même propriété. La belle M"'= Bazire avait quitté de bonne heure la Comédie-Française, pour partager le nom de cet homme de plaisir, le plus aimable des membres de sa fiimille, victime du choléra en 1832.
Au 12, où demeurent maintenant les princes do Beauvau, nous eussions rencontré en son temps le général Junot, duc d'Abranlès, mari d'une femme d'esprit. Moins dépourvu de goût que d'instruction, Junot aimait les livres, les belles éditions, les manuscrits précieux, les gravures en première épreuve, et cette passion rendait insuffisants les grands revenus dont il jouissait; sa bibliothèque
fort curieuse lui coûtait encore plus cher que son hôtel, ci-devant à la marquise de Cauvisson, bien qu'il en eût fait un palais. Les deux colonnes qui en décorent le seuil datent de cette restauration. D'ailleurs, un vieillard nous rapporte de visu que ledit hôtel, acheté par la liste civile, a servi à l'exposition des diamants de la Couronne, qu'on montrait tous les mercredis. Quant h M""^ de Cauvisson, elle avait eu pour voisins les d'Andlau, prédécesseurs probables du comte Pelet.
Qui si nous remontons au plan de Turgot, pour voir les choses de plus haut, des murs et des chantiers n'avaient pas encore fait ))lace en 1739 aux hôtels dont nous venons d'ébaucher l'histoire. Presque tout le terrain, du côlé des numéros pairs, avait eu pour propriétaire Paul Duparan, seigneur en Brie et conseiller du roi Louis XIV, puis Noël Odeau, puis le célèbre Law. La rue s'appelait de la Bonne-Morue et finissait à la porte du Cours-la-Reine, en 1714, après avoir porté antérieurement, comme simple chemin, la dénomination de l'Abreuvoir-l'Evéque. Toutefois, dès le milieu du xvii« siècle, il avait été bâti du côté précité une maison à deux corps, à quatre étages, fi deux boutiques et à l'image de Sainte-Anne, pour Rousse, conseiller du roi ; les actes la désignaient comme sise au faubourg Saint-Honoré, en la grande rue, où donnait sa porte principale. Mècre, lieutenant de cavalerie, en était propriétaire lorsque des lettres-patentes de Louis XV, en 17o7, donnaient à la rue son nom actuel, en prescrivant l'alignement qui coupait en écharpe ladite propriété, et ordonnaient l'établissement de l'égout qui grouille encore sous le trottoir. A la place de cette construction, doyenne à coup sûr delà rue, deux autres maisons s'élevaient sous la Restauration.
Rue fies Charbonniers et rue Beriliollot, des Charbonnlers-Saint-Ularcel* (i)
L'une des deux donne rue de Charenton, au faubourg Saint-Antoine ; 1 autre, rue des Bourguignons, au faubourg Saint-Marceau.
Celle-ci date de 1540, en tant qu.e chemin des Charbonniers, qui demeura quelque temps encore inhabité ; mais Henri IV eût pu y appliquer l'un des grands mots qui l'ont fait populaire : « Charbonnier est maître chez soi. » De son règne datent le 4 et le 6, masures déjà vides, qui ne demandent plus que le coup de grâce. A l'enseigne des Trois-Chapelets a e^lé le 7. Le 9 tient bon, il porte ses deux siècles avec une certaine aisance : maison de petite bourgeoisie. Au 48 Fructidor vint s'y cacher Dussault, qui avait rédigé avec Fréron Y Orateur du Peuple, feuille rivale de celle
(1) Nolicp écrite en 185S. L'avenue Daume&nil et 1« Tiaduc du chemin de fer de Vincenues croisaient déjà celle dos deux lues des Charbonniers qui garde sa dénomination ; mais les travaux de voirie n'^' étaient pas achevés comme au boulevard Mazas. qui dépassait déjà cette rue dans un sens presque parallèle à l'avenue et au riaduc La rue qu'on a dédiée depuis à un trrand chimiste ne commençait qu'à c^lle de l'Arbalète ; elle part maintenant de celle des Feuillantines, prolongement donné à un cul-de-sac ; son élargissement, bien Q'i'il ait épargné quelques maisons qui se regardent au milieu du nouveau parcours, ^lorte son embouchure un peu plus à gauche que naguère sur la ci-devant rue des Bourguignons, tronçon actuel du boulevard Arago.
de Marat, et la découverte de sa retraite le contraignit à en cherciier une autre; mais le 18 Brumaire lui permit de quitter l'incognito, pour concourir, non sans éclat, à la rédaction des Débats. Une fabrique de poterie succède à un jardin, n" 12, et l'école des Frères, qui fait vis-àvis, tient elle-même la place d'une serre. La maison contiguë aux classes n'a plus rien, Dieu me pardonne ! qui seule le sac à charbon ; on y vit et on y respire sans poussier qui monte h la gorge. Un jardin s'épanouit encore derrière la muraille du 14, dont la seconde porte est rue des Bourguignons. Mais du temps de Buffon c'était bien autre chose : on venait jusqu'à la rue des Charbonniers-Saint-Marcel rien que pour la pépinière de Descemet, fleuriste du collège de Pharmacie et de Monsieur, frère du roi. Un hôtel de la Noblesse y portait, qui plus est, le n" 20: école formant par l'éducation nobiliaire des officiers pour l'artillerie, le génie et la marine. Néanmoins notre rue et celle des Bourguignons étaient privilégiées, comme une portion de celle de l'Arbalète, en ce que les ouvriers pouvaient s'y passer de maîtrise.
L'autre rue des Charbonniers a porté la désignation de Clochepin, et d'abord celle du Portau-Plâtre. Elle a changé du blanc au noir ; ce n'est pourtant pas une rue politique. Son n" 25 se reconnaît sur la grande carte de 1739 : cette maisonnette ouvrait dès-lors sur la rue de Charenton, mais il y attenait un jardin longeant la petite rue. Une jolie lille, nommée Rose-Marie, que le maréchal de Soubise avait lancée dans la circulation galante, et qui, au lieu de monter en grade, ce qui eût été difficile, avait ffni, de chute en chute, par s'affoler d'un simple mousquetaire de la 2'" compagnie, casernée rue de Charenton, logeait dans cette maison en 1757, et de chagrin elle s'y jeta dans le puits: elle avait vu la veille
défiler, sous sa fenêtre, ceux des mousquetaires noirs qui venaient d'assister à la funeste bataille de Rosbach, et une recrue occupait dans les rangs la place de son dernier amant, frappé d'une balle sous les yeux du premier. Les prières suprêmes de l'église n'étant pas accordées à Rose-Marie, les soldats qui avaient retiré son corps du puits l'inhumèrent pendant la nuit. Puis, pour purifier ce coin de rue de la souillure qu'y avaient imprimée, disait-on, le genre de vie et le genre de mort de cette lille, on mit dans la maison voisine, qui se bâtit vers le même temps, présentement n" 23, une petite statue de la Sainte- Vierge, dans une niche que chacun peut revoir. Le reste de la rue des Charbonniers-Saint- Antoine, en 1739, n'était encore que marais.
Rue do Cbareiiton. (i)
L'Omnibus. — Les Mousquetaires noirs. — Les Enfants Trouvés. — 1720. — L'Abbaye. — Les Filles Anglaises. — Les Fabriques. — Le Clos de Rambouillet. — La Vallée de Fécamp. — La Barrière.
Celte rue, qui embrasse tant d'immeubles, n'a pas toujours eu sa longueur. Elle finissait à la petite rue de Reuilly, pour s'appeler de la Planchette jusqu'à celle Montgallet, quaud le reste en était rue de la Vallée-de-Fécamp, k cause d'un terrain, le Bas-Fécamp, sur lequel elle s'était formée au xv<= siècle. M. Rousseau, notre éclaireur, s'est engagé dans cette longue rue sur l'impériale d'un omnibus ; c'était le moyen de voir les choses de haut. La mobilité de ce poste d'observation n'a pas empêché le voyageur de prendre ses notes, comme s'il était h pied. Mais des rames ne suffisent pas au jardinage ; il faut aussi que les petits
(1) Notice écrite en 1858. La rue qu'elle concerne, depuis que la Barrière a reculé jusqu'aux Fortitications, comprend une rue de Charentoii qui ne faisait pas encore partie de Paris. L'avenue Danmesnil la croise, qui plus est^ avec le chemin de fer de Vinceunes
Î'our terrasse, que borde aussi, mais de moins, près, a rue Mouigallet. Un peu plus bas, la rue Erard, naguère peine rue de Reuilly, rayonne au même carrefour que la rue Rambouillet, que la nouvelle rue Chaliguy, d'abord de lEmpereur, et que la nouvelle rue Crozalier. Plus bas encore, mais uu peu au-dessus du boulevard Mazas et de la rue Beccaria, naguère de Beauvau, le passage Abel-Leblanc a pris la place d'une allée ae jardin.
RUE DE CFIARENTON. 5C7
pois poussent. Beaucoup de vieux bâtiments, plus ou moins refaits, qu'exploitent principalement des ébénistes, bordent la partie intérieure de la rue, bien que l'on n'y trouvât encore qu'un petit nombre de constructions avant le règne de Louis XV. Le n" 10, qu'on est en train de démolir, date au moins du xvi'' siècle. Le 20 remonte ii la même époque ; sa porte cintrée est assez basse pour qu'aucun grenadier de noire temps ne la Iranchisse, tête nue, sans se baisser : preuve nouvelle que, depuis Louis XII, la taille du moins n'a pas décru. Au 24, vieilles ferrures, grande porte cintrée. Une croix indique h peine, pour les passants, qu'au Ibnd de la cour du 26 est l'église Saint- Antoine, ancienne comme chapelle, contiguë en effet h l'hospice des Quinze-Vingts. Cet ancien hôtel des mousquetaires noirs, éditié en l'année 1701, fut vendu 450,000 livres aux Quinze-Vingts et passa de caserne hôpital en 1780.
En face des Mousquetaires il n'y avait encore que des chantiers en 1739. Maintenant plusieurs passages communiquent, sur cette rive, avec le faubourg Saint-Antoine, notamment la cour de Bourgogne, véritable cité ouvrière, avec bâtiments uniformes, à l'intérieur desquels chaque pièce forme aisément logement i\ part, et le tout semble avoir fait partie ou d'un couvent ou d'un hospice : les petits carreaux. des lénêtres et la margelle d'un puits supprimé attestent, dans tous les cas, une origine séculaire. Que risque-t-on d'y voir une des dépendances de l'ancien hospice des Enfants- Trouvés, remplacé de nos jours par l'hôpital Sainte-Eugénie ? La première pierre de ces Enfants- Trouvés fut posée en 1669 par la reine Marie- Thérèse ; mais l'établissement d'une succursale place du Parvis-Notre-Dame prouvait, dès l'année suivante, l'insuffîssance de cet hôpital, qui vraisemblablement fut agrandi. Toutefois ce n° S9 n'a-t-il pas
fait corps avec une maison fondée dans la rue du Faubourg-Saint-Antoine en 1646, sous le titre de la Providence, par le prêtre Antoine Barberé, mais qui ne durait déjà plus au milieu du siècle suivant ? En tout cas, les Enfants-Trouvés donnaient par-derrière sur la rue de Charenton en 1720. A la rive gauche de la rue s'appliquait alors ce relevé :
Un tapissier, propriétaire à l'angle de la rue du F sLuhourg-Sainl- Antoine, — De Beau fort, maitre-descomptes, avec entrée rue du Faubourg. — Pacqué, bourgeois, item. — Leclère, charron, item. — De Grandchamp, avec un brasseur pour locataire. — Le? D'i's Bou* rassée. — Un marchand-de-vin. — Un charpentier. — Un brasseur. — L'hôpital des Enfants-Trouvés. — M"» Chaumont, propriété quadruple, avec entrée par la rue du Faubour(]. — M"* d'Epinay, son habitation, en face de laquelle commence le clos Rambouillet. — Un boulanger.
— lia veuve Petitfils. — Un plombier. — Un mercier. — Baslin. — Josse. — Oudinguez. — Un boulanger. — La veuve Parisette. — Un maître-mâçon. — Un boulanger.
— Un vigneron. — Une jardinière. — De Lavalette, chef de cuisine du duc de Rohan, 261 toxses. — Badin, géomètre. — Un menuisier. — Un jardinier. — Un carrier. — Un boulanger. — Un jardinier. — Un gagnedenier. — Un vitrier.
Si ce tableau était complet, l'abbaye royale de Saint-Antoine y profilerait au moins des arbres, à un plan même qui ne serait pas le dernier : son jardiii verdoyait à partir de notre n° 103, D'ailleurs, Richer de Rhodes était propriétaire en 1715 au bout de la rue de Charenton, même côté.
Sur l'autre rive, au confluent de la rue Moreau, nous abordons à ce qui reste d'un couvent de Bethléem, qu'occupaient des filles anglaises. Ces religieuses de la Conception s'étaient réfugiées derrière la Bastille dès 1635, dit l'abbé Lebeuf;