‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 2)Chapitre 80 sur 111 · RUE DE CHARENTON. .V.Q · texte numérisé non relu

RUE DE CHARENTON. .V.Q

trente ans plus tard, selon d'autres historiens, et nous concluons de celte contradiction qu'elles ont eu par-là un établissement provisoire, avant de s'y installer d'une façon détlnitive. De leur chapelle, sur la rue Moreau, la première pierre ne fut posée que le 2 juin '167!2, par la chancelière Le ïellier, et elles avaient acqui> deux ans plus tôt une maison avec jardin h l'encoignure do ladite rue, après un court séjour dans le fiiubourg Saint-Jacques, le tout sous la conduite de M""' Jernigan, abbesse. Leur ci-devant propriété fut criée en trois lots aux enchères des 7 et 17 vendémiaire an vin.

Au 80, qui vient après d'autres masures, ses contemporaines, nous remarquons encore une porte bâtarde, à ciutre bas, qu'a rappetissée sans doute l'exhaussement du sol après coup : l'ancienne édilité de Paris était pourtant avare de ces surprises. N" 90 et 92 : façades du temps de Louis XVI, qui semblent avoir toujours été celles de deux grandes fabriques. La principale de la rue, en l'année 1769, était une manufacture de tabatières de carton verni. Mais au-delà c'est encore la culture qui domine, à droite comme à gauche ; les ustensiles de ménage d'occasion y sont l'article de commerce le plus en évidence, et les chantiers en moins grand nombre que ces étalages de rebut.

Le chemin de fer de Vincennes monte à cheval sur la rue près du n" 202, où des plantes potagères sont cultivées dans l'ancienne Folie-Rambouillet. Celle-ci, autrement dite jardindeReuilly ethôtel des Quatre-Pavillons, fut créée sous Louis XIV par le financier Rambouillet, qui n'appartenait nullement à la famille d'Angennes de Rambouillet, mais qui eut pour neveu notre maître Tallcmant des Réaux. Son tils, Rambouillet de la Sablière, administrateur des domaines du roi, tournait galamment le madrigal et avait une femme savante, mais d'esprit, qui s'est immortalisée par la protection qu'elle a

accordée à Lalbntaine et au voyageur Dernier. Le jardin a clé célèbre avant M""^ de la Sablière ; d'iieureuses dispositions, des IVuiLs d'élite, des tlc'jrs h profusion en ont fait tout de suite une des curiosités de Paris : les dames de la place Royale, sous prétexte de le visiter, y acceptaient des rendez-vous, et l'amour y jouait aux quatre coins. Le clos était carré, avec un pavillon à chaque angle et une maison au milieu. Sur un grand nombre d'allées, il y en avait que bordaient des palissades et d'autres que des arbres ombrageaient ; la plus longue menait à une terrasse en vue de la Seine. Les grands seigneurs et le roi lui-même faisaient demander au jardinier de ses fruits. Verger et cour d'amour, la Folie-Rambouillet a, qui plus est, des états de service diplomatiques : les ambassadeurs des puissances étrangères non catholiques, celui du roi de Siam comme celui du souverain des Trois-Royaumes, s'y rendaient et y stationnaient, en attendant les carrosses de la cour, pour faire leur entrée solennelle. Delaunay, gouverneur de la Bastille, n'eut qu'indirectement les restes de ces ambassadeurs et de M. de Masangy ou de Martangis : le clos était déjà réduit et l'agréable sacrifié h l'utile par la transformation de bocages et de parterres en potagers. Il en survit encore la porte principale, avec son petit guichet grillé, et le logement du jardinier, avec deux croisées bien ferrées.

En l'année d720 étaient propriétaires:

Ledit Masangy ou Marlangis, au clos de Rambouillet, affermé à divers maraîchers : 24 arpens, 935 toises de superficie, comportant 1 maison, 4 pavillons, 4 serres et 4 logis de jardiniers. — Le même, pour 1820 tnises de la même provenance et situées immédiatement auaessus, avec 2 autres corps-de-Jogis. — Grassin, directeur di la Monnaie de Paris, marais à la suite aboutissant

RUE DE CHAUENTOX. 571

rue de Bercj', avec des jardiniers pour localaires. — Renauld, caissier du Trésor royal, maisot. etjardin : 281-2 toises. — Vantenzie, ile7n : 3077 toises. — Un jardinier. — Un autre jardiniei. — Langelée, avocat: propriété qu'il occupe. — La veuve Gourniau. — Lagucrre. — Un jardinier. — Un vacher. — Un jardinier. — Enfin un cabaretier.

Que si riiôtel où faisaient aijticliambre les ambassadeurs proteslanis avait été choisi par le roi le jour même où il révoquait l'édit de Nantes, on eût pu croire à son intention de réveiller pour eux un souvenir comminatoire. L'ancienn.ç vallée de Fécamp, dont sortait le clos de Raml30uillet, avait été notoirement le théâtre d'un massacre de réformés, revenant tant à pied qu'en carrosses de leur prêche de Charenton, le "26 septembre i621. Il est vrai que celte criminelle exécution avait eu pour mobile le vol et pour auteurs une bande de brigands, échappés de la forêt de Bondy, qui savaient enrichis par le commerce la plupart des religionnaires du temple de Charenton.

Mais nous voici îi la barrière devant laquelle l'omnibus dépose ses derniers voyageurs. Notre ambassadeur protestant dit que l'aspect en est triste et trouve étrange que tant de gens viennent s'y amuser, le lundi, en noyant dans le vin leur raison sur une route qui mène îi Charenton ! Cette porte de Paris n'avait pourtant pas tort de se mettre en fête un jour du mois de juillet de l'année 1800 : par-là rentrait le premier- consul en ville, peu de temps après la victoire de Marengo, et les acclamations de la foule ouvraient la marche ! La barrière de Charenton en a gardé le nom de Marengo jusqu'en 1813.

Rue Cliarlciiiiiffiic et rue Esiiiliai'd,

IVeiive-*8aiiit->Anastase. (i]

Le pourtour d'une ancienne poterne.

Vers la lin du grand règne, un président, sieur de ChàteaLgiron, recevait les visites, les paniers d'œufs et les chapons lins des plaideurs, dans l'hôtel respectable qui porte le n" 18; la cour en est fermée sur la rue par un mur, que surmonte un balcon h jolie balustrade en fer. C'était souvent le jour de l'an pour les juges de cette époquelà, sans que les étrennes engageassent leur conscience, l'usage autorisant la robe à faire bon accueil aux bourriches, que depuis on a remplacées par de simples cartes de visite. Gomme président, 31. de Châteaugiron recevait toute l'année; mais comme seigneur, c'était le premier mai, jour pour lequel il se rendait dans sa terre, située près de Rennes. Une singulière coutume voulait que chacun de ses vilains lui apportât après la messe, sur lepont-levisdu château, et en présence du bailli, sous peine de perdre la jouissance de ses fruits pendant l'année, une ceinture de laine bigarrée, dite la ceinture du berger, et qu'il

(1) Notice écrite en 18r>S, avant que la ruelje Neuve- Saiut-Anastase reçut le nom de J'iiistorien Ègiuhaid, secrétaire de Charlemagne.

chantât en même temps une chanson qui com^ mençait ainsi :

Belle bergère, Dieu vous gard, Tant vous êtes belle et jolie ; Le fils du Roi, Dieu vous sauve et gard. Vous et la votre compagnie ; Entrez, je suis en fantaisie...

Les procureurs qui habitaient le l2o et le 20 de la même rue regardaient comme très-superflu ce nombre immense de ceintures, et ils se contentaient de remplir la leur sans musique. Gilles Charpentier, trésoner-général de l'ordre de Saint- Louis, léguait vers le même temps à Jean Charpentier, conseiller du roi, le n" 21, où il reste un bel escalier h rampe de l'er ; M. Charpentier de Sainsot, qui s'en défit en 1823, avait eu pour prédécesseur Charpentier de Foissel. Du même côté se présentait à l'envers, pendant les derniers siècles, le couvent de VAve-Maria, maintenant caserne.

Dans le passage Charlemagne, qui met la rue Saint- Antoine en com.munication avec la nôtre, on vous parlera de la reine Blanche, bien que la jolie tour, cage d'escalier h vis, et les sculptures qui s'y remarquent soient d'un siècle postérieur au XilP. Les reines avaient alors tant de logis qu'elles voyageaient par étapes dans Paris et aux environs, en se trouvant partout chez elles. La rue de la Fausse-Poterne-Saint-Paul, aïeule de celle Charlemagne, a pu recevoir la mère de Louis IX, près de la fausse porte de l'enceinte de Philippe- Auguste qui se trouvait derrière le lycée Charlemagne actuel ; mais il n'y a de certitude que pour une résidence princière. Ce lycée, l'un des quatre créés par la loi du l"' mai 1802, n'a donné que trentehuit ans après son nom à la rue et au passage. Celui-ci n'avait jamais dépendu de l'ancienne

5Ti RUE CHARLEMAGNE, ETC.

maison professe afïectëe au lycée et s'était ouvert avant la révolution de Juillet. Les jésuites s'étaient établis sous Henri III rue Saint-Antoine, dans un hôtel Rocliepot et Damville, que le cardinal de Bourbon avait acheté pour eux de la duchesse de Montmorency. Or Damville avait eu pour frère l'amiral do Coligni, dont les états de service pouvaient avoir inspiré le choix des attributs de marine qui figurent parmi les sciilplurcs extérieures de ce reste d'hôtel historique. Mais l'église Saint- Paul-Saint-Louis, bâtie par les jésuites, qui se sont agrandis en l'année 1618 par des acquisitions nouvelles, tient la place de l'hôtel Rochepot. La tourelle survit II ce qui a été reconstruit de l'ancien hôtel Aubriot pour l'amiral de Gravillc sous Louis XII.

Charles V en "avait fait les frais pour Hugues, Aubriot, prévôt de Paris, dont le prédécesseur avait été Jacques de Paci, en sa maison des Marmouzets. La confiscation avait mis le roi en possession de l'hôtel du prévôt disgracié, et Charles VI l'avait vendu à Pierre de Giac, chancelier de France, dont Louis duc d'Orléans avait été le preneur. L'image du Porc-Épic, arborée alors sur la porte, était l'emblème d'un ordre institué parce prince, qui avait donné ledit manoir à Jean duc de Berri, en échange des Tournelles, et Jean de Berri en avait gratifié Jean Montaigu, surintendant des finances, saisi et décapité en 1409 pour crimes de sortilège et de malversation, n>ais réhabilité dans sa mémoire au bout de trois années. Guillaume de Bavière, comte de Hainaul, partisan du duc de Bourgogne, tout en n'étaiit qu'usufruitier ;"! vie de l'ancien hôtel Aubriot, y avait précédé, au XV' siècle, son gendre Jean de Bourgogne, duc de Brabant, et le connétable Arthur de Ilichemont, dont la femme, Marguerite de Bourgogne, y était passée d'une vie dans l'autre. Ensuite Bobert d'Estouteville avait refait du logis celui

du prévôt de Paris, en en remplissant les fonctions, et pareillement son fils Jacques après lui. Louis Malet, dit l'amiral de Graville, renouait lui-même le fil d'une autre tradition : il était arrière-pelit-fils de Jean Montaigu. Son gendre, Pierre de Balzac, baron d'Entraigues, vendit à Guillaume Legentilliomme. Puis il y eut division. Mauran, conseiller du roi, n'était propriétaire en 1608 que de la moitié ; le reste appartenait dans le coui's du même siècle et du suivant à la famille parlementaire de Jassaud, qui eut aussi le n" 9 de la rue.

Cette autre propriété, si elle ne comptait encore que pour une dans les 12 reconnues en 1714 à ladite rue. n'en a pas moins fait trois, réunies en 1784 par Pierre de Jassaud, seigneur de Bournonville, ancien officier du roi. Une origine plus reculée y est parfaitement attestée par une tour, encore en faction du côté de la caserne, et par un escalier, pourvu jusqu'au premier d'une élégante rampe de fer, à laquelle font suite des balustres de bois. Jassaud de Bournonville en tenait une portion de M"'' de Benoimont, dont la famille Taillandier avait eu le père pour acquéreur, et un autre corps-de-bâtiment lui venait de Jean Pantaléon, vicomte de Buttler, capitaine au royaldragons. Plusieurs grands-oncles de Buttler, qui descendaient de Robert, duc de Normandie, avaient été généralissimes des armées de la Grande- Bretagne ; la reine Elisabeth avait eu un enfant d'un membre de ladite famille, son cousin au cinquième degré, et ce fils avait suivi Jacques II en France. M"" de Jassaud, dont la mère était née Boischantel, avait en se mariant 200,000 livres, dont l'apport était constitué en totalité ou en partie par cette maison, dans la censive et mouvance de l'Archevêché, et par celle dont nous parlions lout-à-1'heure.

Le 9 et le 7 ne sont même pas les seuls qui

se donnent pour d'anciennes dépendances du prétendu séjour de la reine Blanche. Mais des prêtres de l'église Saint-Paul, démolie sous la République, ont tellement habité la rue qu'on l'en a dite longtemps des Prêtres-Saint-Paul. Les deux premières maisons qu'ils y trouvaient h droite en venant de la rue Saint-Paul appartenaient à la fabrique de leur église ; les trois d'en face, aux hospitalières de Saint-Gervais.

Le fanatique athée Naigeon a pourtant demeuré daiis la petite rue Neuve-Saint-Anastase, originairement ruelle Saint-Paul, qui donne dans l'ancienne rue des Prêtres : ce disciple de Diderot, auteur d'un Dictionnaire de Philosophie, a édité des opuscules du baron d'Holbach. Du côté droii de la ruelle formant équerre, les susdites religieuses étaient propriétaires de ce qui donnait aussi rue Saint-Antoine.

Rue Chariot, (i)

Chariot. — Michel Sigeon. — Les Cambis et les Sourdis. — Les Gruyn. — Les Capucins. —

M. de Brévannes. Nestor Roqueplan. — Le

Coadiuteur. — Ji. de Charnacé. — M. Debelleyme. — M . de Turménies. — Autres Nobles et autres Vilains. — Les Polignac et les Colt-ert. — Les Berlin. — Les Pâtés d'Anguilles. — Sébastien Cramoisy. — Van Rabais. — Bayard. — V Oculiste. — J/""" de Lamotte. — M. de Mascarani. — Noces, Festins, Parties fines.

De la rue Chariot, qu'on a dite aussi d'Angoumois, font partie depuis I80I celles de Berri ei d'Orléans, qui s'étaient ouvertes comme elle en l'année 1626. La Tynna dit, en son Dictionnaire des Rues de Paris, que des maisons bâties pour Claude Chariot, paysan languedocien qui était devenu un riche tinancier, l'impatronisèrent dans sa rue. Ce traitant, adjudicataire des gabelles et des cinq grosses fermes, acheta en Guyenne la terre de Fronsac, titre d'un duché créé par Henri IV pour le comte de Saint-Paul, de la maison d'Orléans-Longueville, et qui passa plus tard dans celle de Richelieu. Nous retrouvons, d'ailleurs, au financier du Marais deux parents : Joseph Chariot, seigneur de Prinzé, conseiller au Chàtelet, échevin de la ville de 1635 à 1637, sous la prévôté de Michel Maureau, et Pierre Chariot, échevin trente-quatre années plus tard. Il est assez probable que le paysan parvenu a spéculé sur le terrain de beaucoup des hôtels

(1) Notice écrite eu 1858.

dont nous allons parler; mais il aurait eu pour associé Michel Sigeon, h qui le grand-prieur de France avait accensé un quartier de la culture du Temple: aucun Chariot ne ligure que nous sachions dans les actes relatifs à cette opération considérable, qui remonte à l'année 1608.

Le n" 3 appartenait, dès la fin du règne de Louis XV, à un fabricant d'étoffes, et un avocat, M. Hutin, en disposait avant 89 ; toutefois cette propriété, dite Verheyen, avait dépendu d'un multiple lîôtel Montmorency, gigantesque corps démembré au XVI'' siècle et dont cette côte avait été tirée pour former l'hôtel de Sourdis. L'impasse de Sourdis, ancienne ruelle quia relié, en décrivant un angle droit, la rue d'Anjou à celle d'Orléans, sépare encore le 3 du o, autre survivance du séjour des Sourdis, donl le crédit n'avait été que rafraiclii par Gabrielle d'Estrées, nièce d'une marquise de Sourdis, qui était née Babou de la Bourdaisière. René d'Escoubleau de Sourdis, capitaine de 50 hommes d'armes, s'était jeté dans la ville de Melun, que sa bravoure avait gardée à Henri III, qui lui en avait su gré; il avait épousé Anne de Rostaing, et de ce lit étaient sortis les grands j)ropriétaires dont nous parlons. La même famille a donné deux évêques de Bordeaux, dont l'un portait la pourpre.

M. Gruyn, qui se rendit possesseur du second des deux hôtels Sourdis, était sans doute Charles Gruyn, sieur des Bordes, fils d'un cabaretier enrichi h la Pomme de-Pin. Or il se débitait précisément du vin à cette enseigne dans la rue d'Orléans en 1691. Le marquis Villeron de Camijis, lieutenantgénéral et ambassadeur en Angleterre, épousa quand même M"'' Nicole Cruyn, fille d'un garde du Trésor royal, et elle eut pour second mari La Vieuville, marquis du Saint-Chamans. Un fils du premier lit fut au moins maréchal-de-camp et vendit en 1766 h Julie Derbais, épouse non commune

RUF. CEIARLOT. 579

en biens de Langlois, ancien intendant des finances, non-seulement cette propriété, mais encore le n" 8, petit hôtel Cambis, sur la ligne duquel la première maison de la rue appartenait à Legrand, fabricant d'étoffes de soie rehaussées d'or et d'argent. Les Cambis, tout en servant dans les armées, avaient une bibliothèque et cultivaient les lettres : la baronne d'x\igremont, née Cambis, leur en avait donné l'exemple au xvi'^ siècle.

La rue n'était encore qu'en projet quand les capucins du Marais s'y établirent, sous Louis XIII, à la place d'un jeu-de-paume, et l'église Saint- François, qui était la leur, nous dit où. L'établissement avait pour fondateurs,' avec le capucin Athanase 3Iolé. qui était frère de Mathieu Mole, procureur-général, puis premier-président, puis garde-des-sceaux, le duc d'Elbeuf et Regnault, quartinier de la ville. Mais le jeu-de-paume ne leur suffisant pas, les pères ii deux reprises rachetèrent du terrain à côté; les trois propriétaires qu'ils remplaçaient étaient Clozier de Juvigny, gentilhomme de la chambre, le marquis de Bournonville et le sieur Matice. On les reconnaissait de loin ii leur longue barbe, au capuchon pointu de leur manteau. Sous Louis XVI, leur père temporel était Mahiou, conseiller du roi ; leur sacristain, Louis de Bapaume, et le gardien du couvent avait nom Emmanuel de Douay : ces trois représentants renouvelaient, sans se douter que cela se fît {^'our la dernière fois, la reconnaissance du droit de cens h la Commanderie du Temple.

En vertu d'un arrêt de la cour des Aides, rendu en l'an 1634 contre Nicolas, de Villantrois, Claude Corneille, secrétaire d'État, entrait en possession du 7, dont la paroisse était Saint- Jean-en-Grève, et qui passait plus tard de Pariot, procureur-général au parlement de Rouen, h Le

Pileur de Brévannes, conseiller au parlement de Paris. Après l'hôtel Brévannes venait l'ancien hôtel de Retz, où Nestor Roqueplan, dont les yeux s'y sont ouverts h la lumière, croit avoir eu pour prédécesseurs le célèhre chef de parti et d'autres Gondi de Retz. Le fait est qu'au moment où le rétablissement de l'ordre, après les troubles de la Fronde, n'empêchait pas le cardinal de Retz d'être arrêté, l'hôtel s'appelait comme lui, et que la résidence de Pierre de Gondi, duc de Retz, et de Beaupréau, pair-de-France, n'y fiiit pas doute. François-Emmanuel de Bonne de Créqui, duc de Lesdiguières et de Retz, le laissait en l'année 1678 h Locamus de Bligny, premier-président, auquel succéda le marquis de Bligny, maréchal-de-camp, dont le fils, capitaine aux gardes, vendit en 1750 ù Brion, marquis de Marolles. Après le fils de ce dernier vint la famille de Gharnacé, le règne de Louis XVI finissant. Dès-lors était fermée la ruelle du Maine, sur laquelle cette maison et les. suivantes avaient une seconde issue, et qui donnait sur la ruelle de Sourdis.

En la rue manufacturière dont le passé nous préoccupe, les magistrats ne manquaient pas, avant la Révolution ; dans leurs robes ont été taillées des tabliers en plus grand nombre. Toutefois elle a conservé pour habitant jusqu'en 1848 le président du tribunal civil de la Seine, M. Debelleyme. Pas une porte qui ne fût ouverte, entre la voie publique et le cabinet du magistrat, pour si peu qu'il eût à donner une signature ! Des vraies audiences se tenaient donc au 10, succursale de la 1"^ Ghambre. Cette maison de verre n'en fut pas moins investie un jour de guerre civile, en juin 1848 ; des plaideurs, qui gardaient rancune d'une ordonnance de référé, introduisaient l'instance de l'émeute chez le président, qui se trouvait alors au Palais, et cette circonstance fut un rappel au

devoir : les plus menaçants vauriens reculaient devant le viol du domicile d'un absent qu'ils auraient été certainement les premiers h aborder sans le saluer. L'bôtel, du reste, a vu passer plus d'une révolution, et la sérénité plus ([ue séculaire de ses êtres paraît n'en avoir pas soull'ert. Son jardin, sa cour vaste, ses salons décorés de peintures et dorés étaient au service de M. Lcleu, l'un des conseillers du roi Louis XV et son avocat au bureau des tinances. M. de Turménies, garde du Trésor royal, plein d'esprit et d'usage du monde, avait eu la maison auparavant.

Presque en face, que trouvons-nous? Une propriété que Thouin, jardinier en chef du jardin du roi, tenait des tllîes de Moncbeny, qui l'avait établie h la lin du xvn'- siècle. Au même temps remonte l'occupation de l'hôtel contigu à la maison Debelleyme par Mesliand, conseiller au parlement, prédécesseur ou successeur de Bruno, comte d'Agay, intendant de justice, police et linances d'Amiens; Claude Lecomte, trésorier de France, en avait joui antérieurement, et Guillaume Brossier, trésoriergénéral de l'Extraordinaire des guerres, pas plus tard qu'en l'année 1(346. Quoi de la maison suivante, qui iait le coin de la rue de Poitou? Jamais sa porte n'a été carrossable; maio une jolie rampe de ter battu se retrouve dans son escalier, et Boula de Montgodefroy, contemporain de M. d'Agay, en descendait, lorsqu'il allait siéger en parlement.

La porte cintrée du 24 replie ses deux battants sur un ancien bôtel, occupé par le maréchal marquis de Pérignon en i81S, par l'avocat Manuby du temps de M. Boula, et bâti pour Robert Godefroy, receveur-général des linances de Picardie dès l'année 1610 ou 1615. Car un certain nombre de maisons s'élevaient aussi dans cette portion de la rue Chariot avant môme qu'elle portât légale-

ment sa dcnominalion de rue de Berri. L'une de celles qui s'alignaient plus haut avec la maison Godefroy avait éié au comte de Villars et bâtie par un sieur Rousseau, cessionnaire de Michel Sigeon.

Ne remarquez-vous pas, un peu plus loin sur la même ligne, un hôtel dont la porte cintrée, répondant au cliilfi'C 28, est du temps de la Fronde, et à l'ombre duquel un petit jardin se dissimule? Dans la seconde moitié du siècle xvn, Robinot de Bérancourt disposait de cette propriété, qui était, soixante ans plus tard, au président Ue la Garde, père de la marquise de Polignac. Aussi bien le poète saint Sidoine Apollinaire parle déjà, au V*' siècle, du château seigneurial des Polignac dans le Vélay, comme de sa maison paternelle ; il en résulte qu'au xvnr- Apollinaire de Polignac, évéque de Meaux, premier aumônier de la reine, honore dans saint Sidoine un de ses grands-oncles. L'aumônier de la reine, le marquis de Sainte-Hermine, gentilhomme d'honneur du comte d'Artois, ainsi que sa tèmme, née Polignac, et la marquise de Balincourt, née aussi Polignac, comme héritiers de M"'^ de la Garde, épouse du marquis de Polignac, premier écuyer du comte d'Artois, vendent l'hôtel à Brillon de Saint-Cyr, maître-des-comptes.

Non loin de là, mais sur l'autre côté de la voie, ont eu pignon, dans des proportions plus modestes, Robineau d'Ennemont, substitut du procureurgénéral, et De la Noue, valet de garde-robe de Louis XVL Un autre immeuble, le 21, qui, sous le rapport de l'âge, ne le cède pas à la rue, a servi de résidence aux Colbert, comtes de Mauievrier, qui l'avaient reçu d'un oncle, nommé Martin Plufort, lequel avait traité, quatre mois avant de mourir, en l'année 1672, de deux maisons pour les fondre en une seule : la vie de leur parent, l'illustre ministre de Louis XIV, s'est prolongée

cinq ans de plus que celle de .Martin Plufort. Le jardin de celle habitation a l'rat émisé parderrière avec ceîui de l'iiôlel Berlin, qui, tout en étant de la rue d'Anjou, comporlait sur celle de Berri qualre maisons avec une seule porte, en 1760. Les bureaux s'y tenaient des Parties- Gasuelles, dont Berlin garclait le trésor, et il avait le salon des plus hospitaliers. En amour mênie ce linancier ne négligeait pas le casuel, bien qu'il eût pour maîtresse à demeure M"'' Hus, de la Comédie-Franraise, dont le mobilier coûtait 500,000 livres. I! tenait la propriété de Berlin de Blagny, son prédécesseur aux Casuelles, qui l'avait achetée presque toute en 1640 de Lelèvre, trésorier-général de la maison de la reine. Le même bien avait appartenu h une Lefèvre, femme de Philippe de la Vieuvilie, grand-audiencier de France; à Bautru, marquis de Nogent, et originairement à Jean Colon, conseiller au parlement. Toutefois, sur une place de même provenance, trois bâtiments donnant en notre rue se sont édifiés au commencement du wu" siècle pour François Barbon, payeur de rentes de l'Hôtel-de-Ville.

Les n"' 31 et 33 ne font qu'un dans le principe, puis se trouvent divisés en trois ; au-corpsde-logis principal on arrive alors par l'avenue qui sépare l'une de l'autre deux moindres constructions par-devant, et Ghuppin, trésorier-général du Marc-d'Or des ordres du roi, en jouit personnellement vers 1730. L'avocat Chaulotte l'y a précédé. Une porte du marché des Enfants-Rouges est tout près.

Annonce insérée dans le Livre commode en 1692 :

« Le sieur Grand'jean, maître-pâtissier de Melun, connu par ses excellents pâtés d'anguilles, en fait des envois en province. Le prix est depuis 1-2 livres jusqu'à,

48. Il faut s'adresser à lui rue des Oignons à Melun, ou au sieur Jamineau, rôtisseur, rue de Berri au Marais. »

Propriétaire alors un peu avant la rue de Bretagne: Sigot. L'une des encoignures de ladite a fait partie d'un terrain vendu en 1610 par Sigeon à l'imprimeur Sébastien Cramoisy. Depuis 1687 la fille de Lenoir, trésorier de France h Caen. est veuve du président Maupeou, qui a remplacé au n" 50 Jean de l'Écluse, trésoriei-de l'Extraordinaire; elle garde la maison jusqu'en 1714. Puis la veuve de Gomont, conseiller aux Aides, Puibieux, Despériers de Fresne, Cazalis, écuyer du petit-commun du roi, et Rolland de Juvigny y parlent successivement en maîtres. Près de la présidente et de son temps, Jean- Frédéric Douin de Vaudreuil, vicomte de Linze, est propriétaire, sans y vivre. Mais la maison de qualité qui suit était double en 1633 pour Jean de Montreuil ; elle abrite en 1780 Salomon Van Robais, qui a fondé la manufacture royale de draps d'Abbeville.

Saluons encoi-e le 58 et le 60,. comme si l'on avait absolument raison d'y voir l'ancien séjour du chevalier Bayard. Après cette accolade courtoise, ouvrons la lice h quelques dates qui ne donneront sans doute pas sans étonnement l'une contre l'autre. N'est-ce pas sous Charles VÏII, Louis XII et François 1"=' que le titre de chevalier sans peur et sans reproche fut glorieusement gagné par Pierre du Terrail, dit Bayard comme une terre qu'il possédait en Dauphiné? Or le Terrier delà Gommandetie du Temple constate que Sigeon, deux ans avant la mort de Henri IV, prit à cens le terrain sur lequel s'érigea l'immense hôtel dont nous parlons, régnant d'abord jusqu'à la rue de* Bretagne et qui avait alors trois portes, trois çorps-de-bâtiment, aux ordres de Millot, secrétaire

RUE CHARLOï. ô85

de la chambre du roi, et de Durey de Sauroy, trésorier à l'Exlraordinaire des guerres, qui, par suite d'arrangemenis de famille, s'appela du Terrail, comme sa mère, proche du chevalier Bayard. De là vient toute la confusion. Les hoirs du trésorier furent, au milieu du xvni*" siècle, Marie Durej- de Sauroy, femme de Timoléon duc de Cessé, et Joseph Durey de Sauroy, marquis du Terràil, maréchal-de-camp et auteur de plusieurs romans. Celui-ci avait épousé M""- de Crussol d'Uzès de Montausier ; il fonda avec elle un prix annuel à l'académie de Dijon et il fit jouer des pièces de sa façon sur le théâtre privé de son château, h Épinay. Le marquis laissa la propriété de la rue Chariot à son neveu, le duc de Cossé-Brissac, gouverneur de Paris, qui eut pour acquéreur, en 1775, le baron de Wenzel, déjà propriétaire de la maison qui vient après. C'est ainsi que l'hôtel Bayard, comme on l'appelle dans le quartier, n'est qualifié que Sauroy dans les actes. Mais combien peu de traces a conservées cette demeure du séjour de ses premiers hôtes ! M. Durand, ancien notaire, a depuis marqué son passage au n° 58 en faisant racler les dorures, bijoux domestiques sur lesquels on perd plus encore que sur les bagues renvoyées à la fonte. Aux peintures, qui ne pouvaient s'enlever, il semble que ce propriétaire en ait voulu, tant elles sont dénaturées ! Aussi que reste-t-il ? Des murs, une pièce à panneaux sculptés, les boiseries d'une chambre h coucher et puis un balcon de pierre, qui domine une portion de jardin affectée aux ébats d'une pension de demoiselles.

Quant au baron du Saint-Empire Michel Wenzel, il était oculiste de LL. MM. impériales et britanniques; il exerçait son art, n° 62, dans un édifice digne de sa clientèle étrangère et acheté de la marquise des Réaulx; cette dame se l'était fait adjuger en vertu d'un décret poursuivi sur

les héritiers du colonel de Bragelogne en 1763. Jusque-lù l'origine est aristocratique et justifie le luxe d'une rampe de fer, que porte crânement l'escalier, comme les maîtres portaient l'épée du gentilhomme. Il n en est pas moins vrai que Gaultier, maître-perruquier, avait vendu au colonel le tiers ou le quart de ce bien de ville. Au surplus, combien de maisons avaient, d'un hôtel h l'autre, pour détenteurs des marchands et des artisans ! Près des rues de Bretagne et de Normandie, la rue Chariot donnait droit de bourgeoisie Il Huyot, menuisier, ii Dezègre, ancien marbrier, à un liquoriste de la rue Saint-Antoine et à un marchand-de-vin de la rue des Martyrs, acquéreur du marquis de Sourdis. Sébastien Cramoisy n'y avait élevé des constructions que pour les revendre, comme le font des spéculateurs chaque fois qu'une voie nouvelle se livre à la circulation. Les affaires démocratisaient ainsi la propriété, la bourgeoisie n'étant que l'élite du peuple, bien avant la révolution de 89!

Richer, maçon, avait construit h ses risques et périls, dès 1614, deux maisons contiguës, un peu avant la rue de Forez ; la plus petite était cédée plus tard par Triperet, trésorier-général de la police, à Bernier, échevin, qui la transmettait aux Boulogne, maîtres-maçons, puis architectes ; la plus grande avait eu de même pour détenteur Raimond d'Albert, lieutenant-de-police. Dans le n" 57 voyons l'hôtel Boulainvilliers, où fut généreusement recueillie une jeune hlle, qui descendait de la maison royale de Valois, par un fils naturel de Henri II, et qui devint M""" de Lamotte. La marquise de Boulainvilliers, femme du prévôt-de-Paris, en prenant sous sa protection une enfant que ses parents avaient abandonnée, était loin de prévoir la triste célébrité que l'affaire du Collier de la reine vaudrait à sa protégée.

Au-delà de la rue de Forez, une grande maison était aonnée à l'Hôtel-Dieu en 1662 par Jacques Josse, conseiller du roi, lieutenant au Grenier-iisel ; néanmoins elle appartenait dans le siècle suivant à J, B, Léger Truitie de Vaucresson, otîîcier supérieur. Était-elle ou n'était-elle pas le susdit hôtel Boulainvilliers?

En 4695, pour faire place à la rue de Vendôme et au Boulevard, appelé le nouveau Cours, ainsi que pour prolonger la rue Chariot de ce côté, un échange de terrain se consentit entre : le grand-prieur de France et les religieux du Temple, d'une part; les prévôt et échevins de la ville et M"e Le Trolleur, d'autre part. Claude Bosc, seigneur d'Ivry-sur-Seine et prévôt-des-marchands, donna d'abord son nom au bout de rue. Sur ce point, deux hôtels appartenant à Jean-Baptiste Beausire et à sa femme, née Le Trolleur, avaient un jardin en commun et payaient le cens, non plus au commandeur du Temple, mais au chapitre de Sainte- Opportune. Une de ces grandes maisons porte présentement le n« 83; Gabriel Desègre en traita avec Beausire; Fargesse avec Desègre, et le marquis de Mascarani avec Fargesse en 1750. Riche personnage, n'en doutez pas, que messire François-Marie de Mascarany, marquis de Paroy, président en la cour des Comptes au milieu du xvni'' siècle! Il avait acheté 325,000 livres au prince de Carignan la seigneurie de Chàteau- Chinon, et la valeur de cette terre, érigée en comté, triplait entre ses mains. L'autre maison, celle qui a fait place à de modernes bâtisses, fut acquise par Malo, seigneur de Sérizy et conseiller au parlement.

Le restaurant Bonvalet, ci l'angle du Boulevard, n'était encore qu'un petit cabaret en 1830. Le Cadran-Bleu, à l'autre coin, datait du siècle précédent ; cet -établissement mémorable de Lebaigue,

successeur d'Henneveu et prédécesseur de Bancelin, n'en avait pas moins commencé par être bouclion à bière dans une maisonnette à M. delà Vieuville, censive de Sainte-Opporlune. La réputation de ton crû bordelais, ô Chariot, seigneur de Fronsac, n'était pas encore venue jusqu'en ta rue.

Rae Chaiioinesse. (i)

Dans quel chapitre de chanoines elle fut prébendée et comment s'amortit son bénéfice.

Pour éviter quelques redites, conseillons d'abord au lecteur de recourir à la monographie de la rue Basse-des-Ursins, avec laquelle des maisons à deux portes marient la rue Chanoinesse : elles font deux lits, il est vrai, mais assez bon ménage pour qu'ils se touchent ! Le cloître Notre-Dame formait comme une autre île, comme une autre cité du moins, dans l'île de la Cité. Outre que ses rues demeuraient h la charge de MM. du chapitre, quant aux boues et lanternes, la censive des chanoines qui en possédaient les maisons s'étendait à 38 rues ; la censive de l'archevêque de Paris, en sa qualité de chef du diocèse, li 500 rues, et comme prieur de Saint-Éloi à 59. Le bailli du Palais-de-Justice n'exerçait de semblables droits qu'en 8 rues, hors du Palais. La juridiction de l'archevêque ne se bornait, d'ailleurs, pas à l'Officialité, justice diocésaine, dont tout le tribunal se composait d'un officier, d'un promoteur et d'un greffier ; il y eut aussi la Temporalité, dont le juge, exerçant au nom du même prélat, connaissait des appellations des sentences rendues en matière civile par les officiers des justices des terres de l'Archevêché. Au débouché de la rue Chanoinesse sur celle de la Colombe, la porte des Marmouzets servait d'entrée primitivement au cloître, qui, au

(1) Notice écrite en 1858.

surplus, se fermait le soir, de chaque côté, la veille encore de l'ouverture de l'Assemblée nationale, dont la première séance était tenue à l'archevêché. Grâce à un bref de Benoît VII, confirmé par lettres-patentes du roi Lothaire vers l'an 980, les maisons canoniales pouvaient être vendues par les chanoines à l'un de leurs collègues ; le droit d'en disposer a été étendu à toutes les classes d'héritiers et d'acquéreurs par la loi du 24 juillet 4790 sur le traitement du clergé {art. 27), à charge pour les détenteurs de payer au Domaine national, entre les mains du receveur du district, le sixième de la valeur des immeubles, suivant l'estimation qui en serait faite.

La chapelle Saint-Aignan, dont nous avons déjà parlé, dissimule ses restes au n" 26 sur la rue Chanoinesse. Elle est gothique ; les débris s'en négligent, nos antiquités nationales passant bien après les romaines. Que ne s'agit-il d'un fragment de borne milliaire ! la conservation ofllicielle en serait requise par l'archéologie, qui en ferait un petit monument. Saint-Aignan était l'une des 52 églises que l'on comptait dans la Cité; on y disait secrètement la messe pendant la Révolution, qui avait converti la cathédrale en un magasin de tonneaux.

Une façade à large seuil cintré sépare cet immeuble d'une autre propriété, dont la porte d'entrée est ferrée de grosses têtes de clous. Encore une médaille dont la rue parallèle a le revers ! Cette maison à deux façades, qui a été peu de temps divisée, Louis Augustin Viet, chanoine, la cédait, par acte passé le 2 prairial an lu chez M^ Dosne, moyennant 100,000 livres en assignats, au citoyen Ambroise Séjourné ; le vendeur tenait la maison de son propre frère, Pierre- Bernard Viet, aussi chanoine, suivant conditions stipulées entre eux et agréées par le chapitre de

l'église de Paris aux termes d'un acte capitulaire du 6 avril 1785.

Le même Séjourné achetait dans la même étude, le 28 vendémiaireanv, l'hôtel voisin, dont l'adresse alors se donnait : Cloître Notre-Dame, \V 'il, et où nous retrouvons deux escaliers à halustres de chêne. Dans un appartement qu'a occupé, en ces dernières années, l'abbé 3Iontès, aumônier-général des prisons, figurent, au premier étage, des boiseries avec encadrements, cinq dessus-de-portes peints à l'huile, emblèmes des arts libéraux, et des glaces surmontées d'attributs dorés en relief, tels que triangles, livres, serpents. Des ornements du même style décoraient le rez-de-chaussée, habité depuis. 1792 jusqu'au règne de Charles X par Bouilly de Dorée, ancien procureur, puis avoué. Cette propriété est encore ù la disposition du petitneveu de M. Séjourné, qui l'avait prise des héritiers Radix. Le chanoine Jacques-Louis-Radix, conseillerclerc au parlement, la possédait lui-même en vertu d'une délibération capitulaire du 17 mai 1776, pièce en latin constatnut que Devienne, chanoine, s'était démis en laveur do Radix, autorisé h jouir de la maison sa vie durant, ou jusqu'à ce qu'il fût promu h un évêché. Parmi les hoirs de ce dernier, nous remarquons Marie-Charles Radix, veuve de Jean-Baptiste Talon, mort conseiller au parlement en 1772, et elle avait pour enfants : 1" Antoine-Omer Talon, qui avait émigré, et dont, par conséquent, la part héréditaire revenait au Domaine, duquel l'avait rachetée un autre membre de la famille; 2" Marie-Geneviève Talon, épouse divorcée du ci-devant marquis de Yillaines, exempt des gardes-du-corps; 3" Marie-Victoire Talon, mariée au ci-devant marquis d'Escorches de Sainte Croix, enseigne aux gardes-françaises. Parmi les ayantdroits du défunt chanoine figurait aussi un de ses frères, Claude-Maximilien Radix de Sainte-Foix,

ancien ministre plénipotentiaire de Louis XVI près du prince de Deux-Ponts, et l'émigré Malbec, un de ses neveux.

En remontant à l'origine de cette propriété Radix, ne trouverions-nous pas qu'elle n'en a fait qu'une avec le vieux manoir qui répond au 18, côté de la rue Chanoiaesse, et que nous avons vu au 9 dans la rue Basse-des-Ursins ?

Le 16 se rapporte à cette résidence de Racine que nous avons restituée soigneusement h la même rue inférieure.

Le plus ancien corps-de-logis du 10, qu'on a remis à neuf, passe pour avoir servi de séjour au vindicatif chanoine Fulbert, oncle d'Héloïse. Le revenu cessa d'en être une prébende ecclésiastique lorsque l'immeuble fit retour à la Nation, substituée au chapitre, et il en était de même pour tous les immeubles du cloître, qui n'avait reçu jusque-là qu'à titre de locataires les laïques. Dans celui où nous en sommes le receveur des Consignations avait son bureau sous l'ancien régime. Ramet, ministre des linances, le lit mettre aux enchères, l'an vi, en vertu d'un arrêté pris par le Directoire exécutif.

M. de Saint-Marsault, préfet de Seine-et-Oise, dispose du 8, qui d'ancien hôtel de chanoine est devenu le siège de l'état-major des pompiers.

De l'autre côté de cette rue, qui n'est pas toujours aussi large que la porte de ses hôtels, le 10 a dans ses titres de propriété jusqu'à un édit de Charlemagne, qui accorde des immunités à tous les habitants du cloître. Des vignes y grimpent sur les murs ; une rampe de fer, jusqu'à l'ancien logement de l'abbé Gatignon. L'immeuble est dans la même famille depuis 1808.

Dans un renfoncement voici le 17, qui, comme

tous les numéros dont nous venons de parler, a pu être l'une des maisons capitulaires dont le cardinal de Retz fit son quartier-général, en y rassemblant ses amis pour les opposer aux partisans de Mazarin ; mais de ce bien de main-morte canonial nous ne savons pertinemment rien d'antérieur aux dispositions légales qui l'ont émancipé en 1790.

Rue dos Clianlrei^.

AbélariJ, ILMuïrîe habitèrcni res lieux :

alexandrin naguère inscrit sur la muraille rue des Chantres, n"!. La maison ayant été refaite en 1849, cette légende Hgure encore sur sa l'a<;ade, mais du côté du quai Napoléon. On lisait, de plus, à l'intérieur :

Ahélard, Hélo/sr, 1118,

et quel curieux ne sentait pas son cœur battre en franchissant les degrés de l'escalier en spirale au pied duquel les deux amants avaient échangé leurs adieux ! Muet témoin de leurs embrassements, une porte est encore la même n-2. On ne l'ouvre plus, et c'est depuis longtemps qu'elle paraît condamnée, comme si la jalousie en avait poussé les verroux quand l'autre embrasure encadrait le couple, qui devait à l'amour de la trouver encore trop large ! Deux petits supports en pierre flanquent celle-ci, et la sculpture en date de sept siècles : piédestaux de statuettes qui ont bien l'air d'attendre Héloïse et Abélard ! Dans le fait, un pont a longtemps mis en communication avec le bâtiment qui n'est plus celui qui reste, mais qui prend ouverture sur la rue Basse-des-Ursins. Un petit jardin, du côté de la rivière, bordait la maison démolie, où se trouvait, dit-on, sur un des pas de vis de l'escalier, le cabinet de travail d'Héloïse. Aux livres qui n'y manquaient pas

(1) Notice écrite en 185;

faisaient tort des paroles d'amour, puis des baisers à ces paroles.

On ne voit plu3 que des protils de maisons dans cette petite rue des Cli&ntres. Mais la condamnation de sa dernière porte n'est pas une injure de plus pour le héros, en son vivant assez puni de l'amour que l'héroïne partageait. Les chantres de la cathédrale, beaucoup moins amoureux qu'ivrognes s'il faut en croire le Lntri;i de Boileau, ont été, au plus tard, dans le cours du xvr siècle les dénominateurs de la rue, où ils demeuraient. Ceux d'îi-présent, pour habiter encore la même rue que leurs devanciers, se rendraient coupables d'escalade ; mais la police a pris ses précautions, en y faisant placer trois becs de. gaz, dont la lueur protège en aîle de sombres bâtiments dont la face est ailleurs.

Hue Chapon, (i)

Le Demi-Monde sous Louis XV. — Les Capons. — Le Cimeiière. — 1714.

Une jolie femme, qui lit parler d'elle pendant les derniers lustres du règne de 'Louis XV, était fille de Guynebault, marquis de la Minière. Ce gentilhomme, rejeton d'une famille prolestante du Poitou, avait hérité trop jeune de 25,000 livres de revenu, s'était ruiné, puis avait abjuré, puis avait épousé la iiUe de sonjardinier, avec laquelle il vivait déjà : une pension, sa dernière ressource, ne lui permit pas d'élever grandement ses trois enfants. L'un des trois obtint une compagnie, mais quitta la milice pour vivre d'expédients, et des deux autres, qui étaient lilles,la cadette entra comme pensionnaire aux Carmélites de la rue Saint-Jacques. Le marquis ayant cessé de vivre en laissant des procès à suivre, sa veuve eut à faire des démarches près de M. de la Valette, intendant de Dijon, et du procureur-général, et de l'avocat-général. Ne réussissant pas toute seule à se les rendre favorables, elle alla prendre dans un couvent de Provins sa fille aînée, qui était sur le point d'y prononcer des vœux. Deux beaux yeux de jeune fille sont un tel avocat que la mère dut à cet appel plus de succès qu'en premiè.re instance. La novice au retour tombant malade, il fa'llut reculer la prise de voile. M. Nivers, le médecin du couvent, ne remit sur sa tige cette rose de Provins, passée lys, et ne lui restitua ses vives couleui'S qu'en horticulteur passionné : la con-

(1) Notice écrite en 1858.

valescence ne fleurit que pour s'épanouir en grossesse. M"* de la Millière fut prise en pension par Nivers, médecin décrié au parloir, mais d'autant plus demandé aux alentours par toutes les malades. Par malheur, il était marié, et M"^'' Nivers, qui ne pouvait plus douter qu'entre l'arbre et l'écorce il y avait eu place pour le doigt, était loin d'en prendre son parti, regardant comme fruit défendu celui qu'elle n'avait pas porté.

La jeune mère fut obligée de se réfugier à Paris, chez M. Bellissen, procureur aw Chàtelet, père d'une de ses amies de couvent, qui demeurait rue Saint-André-des-Arts, et elle n'y revint pas à bien. Un jour même la police l'accusa d'un vol commis chez une marchande de modes. Il y en avait bien assez pour que le procureur interdît à cette lille l'entrée de sa maison ; seulement il avait pour beau-fils M. de Mandeville, lieutenant au régiment de Rouergue, qui, n'y regardant pas de si près, la recueillit î^vec amour. Protégée qu'elle était toujours par le procureur-général, elle dut à son crédit une dot de 1:^,000 livres, provenant d'un legs confié à ce magistrat, mais destiné par la stipulation du testament à faciliter le mariage d'une demoiselle de condition mal partagée du côté de la fortune. Le lieutenant épousait M"'' de la Millière, en se parant d'un titre de marquis que d'Hozier lui élit marchandé. Il y avait, en effet, une terre de Mandeville près Bayeux ; mais, sous Louis XVI, le comte de Trévières jouissait de cette tiefferme, incorporée dans son comté. Deux autres Mandeville, ceux-là marquis, avaient successivement gouverné Dieppe ; mais ils étaient alliés aux familles d'Aligre, Mortemart et Colbert. La pseudo-marquise, en tout cas, appartenait déjà au demi-monde, que le nôtre n'a pas plus inventé que la poudre.

M. de Moras, qui voulait du bien h la belle,

pourvut son mari d'un brevet de capitaine dans les Indes ; seulement l'officier s'arrêta en Orient, rebroussa chemin et passa aux mousquetaires noirs. M'"" de Mandeville était une brune piquante, grande, bien prise, avec de beaux yeux ; nous l'avons vue au pastel, quai Voltaire. Comme elle ressemblait, ainsi faite, à Louis XV, n'était-ce pas le moins qu'elle eût sa petite cour? Elle monta du moins sa maison, avec trois laquais à grande livrée, rue Chapon, 16. Malheureusement, l'esprit de cette fille du monde, comme OU disait alors des lemmes galantes à l'usage de gens du monde, ne brillait guère, et Nivers, son amant de province, avait perdu lui-même à la regretter le peu qu'il en avait : ce malheureux, pour jouer un dernier lour k son épouse légitime, \xw^ lois sa maîtresse envolée, s'était pendu dans sa chambre à coucher.

L'ancienne demeure de la Mandeville est maintenant au pouvoir d'un grand ortevi-e de la rue Saint-Martin, M. Detouche. La plupart des numéros pairs, dans cette région de la rue, qu'occupent surtout des fabricants de boiseries, sont des anciens logis de magistrat, maisons dans tous les cas bâties sur des terrains donnés à cens par les dames de l'hospice Sainte-Catherine, et que l'administration générale des hospices a mises en vente au commencement du présent siècle. Leur maître à tous est l'ancien hôtel de Jean-Bart, n"'* 2 et 4, propriété d'une magnifique ampleur ; mais nous y entrerons une autre fois par la porte principale, rue du Temple, 115.

Entre la rue du Temple et celle Beaubourg, la notre s'intitulait d'abord Robert-Begon et dès le xm'' siècle Capon. On appelait capon sous Philippele-Bel tout membre de la communauté des juifs, dite societas Capommi, et le mot venait de capo, chapon. Les archevêques de Reims, dont l'hôtel se trouvait placé en cette rue au moyen-âge, se

plaignaient fort qu'elle fût au nombre des rues affectées h la prostitution ; ils n'en avaient pas moins pour successeurs dans ce quariier mal famé les évêques de Chàlons.

Un de ceux-ci, M. de Marchaumont, céda en 1619 la maison de ville, qui était aussi celle de son chapitre, ii des sœurs carmélites qui, depuis deux ans transfuges du faubourg Saint-Jacques, s'étaient contentées rue Chapon d'un logement qui ne leur suffisait plus. Catherine de Gonzague et de Clèves, veuve de Henri d'Orléans, duc de Longueville, les aidait de sa bourse, ainsi que le prince, tils de cetle duchesse douaiiière; la reine Anne d'Autriche contribuait aussi à l'établissement en cette rue d'un second prieuré et couvent de la Sainte-Mère de Dieu, ordre de Notre- Dame du Mont-Carmel. Les religieuses en étaient au nombre de 40 il y aura tantôt cent ans, et leur dot ordinaire montait h 8000 livres, outre que la prise d'habit en coûtait 1000 et le noviciat 3000. Elles ne recevaient pas d'élèves ; mais il y avait place pour de grandes pensionnaires, grâce ei des acquisilions et ii des constructions supplémentaires. Plus de la seconde moitié de ce qu'enserrent les rues du Temple et Beaubourg entre celles Chapon et Montmorency était occupé par ce monastère, qui servait de refuge à des femmes nées pour le monde, mais curieuses de mourir deux fois pour ainsi dire. La rue Montmorency en bordait principalement les jardins ; l'hôtel à façade ornée de sculptures, rue Chapon 13, en dépendait. Des bâtiments conventuels, vendus le 23 prairial an v, il reste même la plupart et jusqu'à des murs de l'église, dans un immeuble de la rue Beaubourg : sous le Directoire on y dansait, puis on y jouait la comédie.

En l'année 1714 la rue Chapon comptait entre les rues du Temple et Transno)iain, aujourd'hui

GOO RUE CHAPON.

Beaubourg, 26 bâtiments, dont l'un était l'hôtel du lieutenant-criminel, au-dessous des Carmélites ; mais il y en avait 27 dans ce qui de la rue actuelle s'appelait encore du Cimetière-Saint- Nicolas-des-Champs, entre les rues Transiionain et Saint-Martin.

La cour de Saint-Martin-des-Champs servait d'abord de cimetière à la paroisse Saint-Nicolas ; mais dès le siècle xni l'espace y manquait à la fosse, et le cimetière fut transféré dans un clos, donné à cette paroisse par les religieux de Saint- Martin-des-Champs, puis affecté à l'Hôtel-Dieu. L'entrée en était rue Transnonain, vis-à-vis l'hôtel de Ghâlons, plus tard couvent des Carmélites. Le curé et ses paroissiens étaient engagés à percer une rue, pour conduire à l'asile mortuaire, et elle porta son nom ; tel est l'état-civil de cette voie de communication, réunie à la rue Chapon en i8ol. En y procédant à des réparations, tout dernièrement, n° 31, n'a-t-on pas retrouvé des ossements qui pouvaient être ceux d'un sujet de Philippe-Ie-Bel ?

Rue Chartière* (i)

Une petite statue de Henri IV se remarquait encore sous le règne de son quatrième successeur au coin des rues chartière et Fromentel : que voulait dire, je vous le demande, cette tigure de roi vaillant, mais qui n'était pas un grand clerc, au milieu des collèges de la montagne Saint-Hilaire ? Impossible d'y voir autre chose que le monument commémoratif d'une de ses campagnes amoureuses. Redites-nous donc, échos savants, quelles leçons de galanterie vint prendre le héros d'Arqués et d'ivry dans les parages de la pédagogie ! Car les maîtres en cette faculté, fussent-ils barbons, apprennent jusqu'à la fin plus qu'ils n'enseignent. La tradition multiplie à cœur-joie les rendez-vous d'amour que donnait Henri IV, et elle se plaît, qui plus est, à divulguer que la même maîtresse en a reçu sur tous les points de la grand'ville. Nous surprenons donc la belle Gabrielle jusque dans la rue Fromentel, et ce n'est pas en chaise à porteurs qu'elle a dû monter si haut. L'auberge auguste II citer, après tant d'autres, dans l'odyssée des amours de Gabrielle, était pourvue d'écuries, dont les voisins encore nous montrent la porte dans la petite rue Chartière, n° 11. Le collège des Jésuites étant derrière, mauvaise place, très-mauvaise pour l'auteur de l'édit de Nantes, si celle compagnie n'était pas bannie de France depuis l'assassinat de Henri III ! Un édit la rappelait, du reste, six ans après la promulgation de l'autre.

(1) Notice écrite en 1858.

602 RUE CHÂRTIERE.

Les montures de ce relais ne venaient pas plus que leurs maîtres dans le quartier écolier pour y mordre au latin; mais elles avaient litière et râtelier dans l'ancien collège de Gocqueret. Le plein exercice de ce collège, mitoyen avec celui de Reims, avait été supprimé en 1551, par sentence de la faculté des Arts, et des bcâtiments en avaient été vendus vingt années après à des particuliers. Il paraît néanmoins que, du côté de notre rue, une maison conserva le nom de Gocqueret assez longtemps. Le précité n" M, dont une coquille décore la porte cintrée, se qualifie encore collège de Gocqueret sur le plan de la ville en 16o!2. Gent-vingt-sept ans plus tard, d'après Hurtaut, en son Dictionnaire de Paris, pas pluà de principal que de boursiers; mais une manufacture de carton exploite alors l'ancien collège.

Au reste, la statuette du chef de la dynastie des Bourbons regardait de près le puits Certain, au bas de la rue Ghartière. Ge puits, ressource précieuse pour le mont Saint-Hilaire avant qu'on y fît venir de l'eau d'Arcueil, avait été foré par les soins de Robert Gertain, curé de Saint-Hilaire, puis principal de Sainte-Barbe, sous le règne de Henri IL De là venait une vieille enseigne de pâtissier, que nous avons vue à côté, sur la défunte place Gambrai : Au Puits-Gertain.

Presque toutes les maisons de cette rue du xni* siècle appartinrent à des collèges, les occupant ou les donnant en location. Les ruines qui devraient porter à-présent le n" 8, dépendaient du collège de Marmoutiers, créé en 1329, avec le collège du Plessis, et vendu en 1641, au prix de 90,000 livres, pour agrandir le collège des Jésuites, avec l'agrément du cardinal de Richelieu qui, comme abbé de Marmoutiers, restait supérieur du Plessis. Amador-Jean-Baptiste de Vignerod, bientôt pourvu de la même abbaye, céda ensuite à la maison de

RUE CHARTIERE. G03

Sorbonne, pour faire plaisir à son oncle, le cardinal de Richelieu, le droit de supériorité sur le Plessis, en s'y réservant la collation aux bourses. Le collège de Clermont ou des Jésuites, aujourd'hui lycée Louis-le-Grand, longe toujours une bonne portion de la rue; on y revoit son ancienne chapelle, bâtiment rond, aujourd'hui classe de chimie. C'est depuis le règne de Louis XIV que cette maison a aussi englobé l'ancien collège du Mans, fondé en lol9 sur les rues de Reims et Chartière par le cardinal Louis de Rourbon, dans l'hôtel des évêques du Mans, puis transféré, non saiis procès, à l'entrée de la rue d'Enfer.

Enfin nous rencontrons à notre époque^ depuis le n° 13 jusqu'au a" 19, des murs et des corpsde-logis faisant partie d'une école préparatoire aux écoles du gouvernement, annexe de la maison de Sainte-Barbe. C'est bel et bien l'ancien collège de Reims, dont notre Histoire de Sainte-Barbe rapporte l'origine. L'institution en périclitait, sous la Régence, quand M*^' François de Mailly, archevêque de Reims, la releva. Les plus vieux bâtiments qu'on y retrouve datent de 1745 ; mais cette reconstruction, qui coûta 7i2,000 livres, endetta si fort les boursiers qu'il n'en restait plus qu'un qui pût être défrayé en 1763, et c'est alors que les petits collèges perdirent leur autonomie. Toutefois diverses fondations avaient fait Reims propriétaire de 11 maisons, dans les rues de Reims, des Sept-Voies et Chartière. On en tira, après la réunion, environ 1,000 écus par an, en y prenant vingt locataires, et le revenant-bon servit encore de provision pour 8 bourses h Louis-le-Grand, érigé en chef-lieu de l'université de Paris.

Rue de Cliaroiiue. (^1

Le Vin des Funérailles. — La Croix Fauhin. — La Folie- Lâchai se. — Les Filles de Sainte- Marthe. — 1720. — M. Rieiissec. — La Maison de Santé. — L'Acteur Guyon. — La Famille Chevet. — La Maieleine-du-Trainel. — La Duchesse d'Orléans. — Les Filles de la Croix. — Notre-Dan%e-de- Bon-Secours. — La Vocation de la Particule. — Richard Lenoir. — M""- Ledru- Rollin. — L'hôtel Mortagne. — Vaitcanson. — 1760. — Une Cour-des - Miracles .

La classe ouvrière, à Paris, conserve religieusement l'usage de boire, après chaque enterrement, un coup qui ne peut plus être à la santé que des survivants. Le petit et le grand Charonne ont des cabarets, où se boit hors barrière le vin des funérailles, et le Père-Lachaise ne les laisse pas chômer. Une rue ramène ensuite au faubourg Saint-Antoine la famille qui compte un membre de moins, escortée de voisins ou de voisines, de compagnons ou de compagnes d'atelier, et quand on se sépare, chacun emporte la consolation d'avoir rendu tous les derniers devoirs au défunt ou à la défunte. Cette rue longue et manufacturière n'était encore qu'un chemin au xYii*^ siècle.

Les droits d'entrée des vins, pied fourché, Domaine, barrages et poids le Roy s'y payaient, SOUS

(l) Notice écrite en 1858. La rue Keller, le boulevard du Prince-Eugène et l'avenue Philippe-Auguste n'augmentaient pas encore le nombre et l'importance des affluents de la rue de Charonne.

Louis XIV, au premier angle de la rue de la Muette (i), et les laissez-passer se donnaient à l'autre encoignure pour ce qui n'était pas sujet aux droits. Entre les deux se dressait la croix Faubin, au milieu du chemin de Charonne, qui n'était pas encore à cette extrémité une avenue funéraire, bordée de mausolées et de couronnes d'immortelles à vendre Montlouis, maison de campagne donnée par le roi à son directeur François d'Aix, dit Lachaise, provincial de la compagnie de Jésus, ressemblait assez peu au grandissime cimetière actuel pour qu'on l'appelât parfois Folie-Lachaise,

Plus tard la communauté des tilles de Sainte- Marthe s'établissait h la fois rue de Charonne, rue de la Muette et rue de la Roquette. Ces religieuses, qui ne prononçaient pas de vœux, donnaient gratuitement de l'instruction aux filles pauvres. Mais en l'année 17!20 la dernière porte cochère de notre rue sur cette ligne s'ouvrait et se fermait habituellement pour 31. Lemoine, auditeur à la cour des Comptes ; la pénultième pour le comte d'Igny, et les trois précédentes pour la famille de Lignières, Brunet de Rancy père et fils, bourgeois originaires de Beaune, et Desprez, curé de Saint-Landry.

La propriété de l'un deux devint l'hôtel Chàteauneuf; celle d'un autre, la petite-maison du marquis de Chabanais. La moitié de celle-ci était acquise, sous Charles X, par M. Rieussec, ancien fournisseur des armées, lieutenant-colonel de la 8""' légion, qui fut l'une des victimes de Fieschi dans l'affaire du boulevard du Temple. De l'hôtel Chabanais provient aussi la maison de santé du D'Archambault, successeur de Bel homme, au n^lGl. Cet établissement, fondé en 1768 par Belhomme

(1) Maintenant tronçon de la rue des Boulets.

père et consacré au traitement des affections cérébrales, se convertit sous la Terreur en prison adoucie pour la ducliesse d'Orléans, mère de Louis- Philippe, M"'' Lange, de la Comédie-Française, l'avocat Linguet et Portails père. Plus tard l'acteur Guyon y rendit le dernier soupir : il avait perdu la raison en bonne fortune, un soir que M"'' Rachel l'avait engagé à dîner avec Samson, avec Piégnier, sachant bien que ces deux derniers, dont les noms étaient sur l'alfiche, laisseraient de bonne heure l'amphytrionne en tète-h-tète avec son troisième invité.

Un hôtel vis-à-vis appartenait à la famille Chevet, qui l'avait fait bâtir : des serres-chaudes y perpétuaient la production du jardin, qui fournissait des primeurs à la montre de ces éminents marchands de comestibles.

Une fcibrique dont le chef, ancien maire du 8'" arrondissement, est b neveu de Richard Lenoir, occupe en partie, n" iOO, l'ancien couvent des religieuses de la Madeleine-du-Traînel, vendu aux enchères du 5 brumaire an x. Cette communauté, fondée au Traînel, en Champagne, vers le milieu du siècle xn, fut transférée rue de Charonne en 1634; Anne d'Autriche y posa la première pierre de la chapelle. Le gar'de-des-sceaux d'Argenson lut aussi l'un des bienfaiteurs de celte maison, soumise à la juridiclion de l'archevêque de Paris. Une autre duchesse d'Orléans, avant de s'y retirer, en augmenta beaucoup les bâtiments, qui comprenaient aussi le n" 102; elle occupait, sous la Régence, deux des quatre maisons du monastère. Rrunost, intendant du duc d'Orléans, en habitait une autre immédiatement au-dessus ; nous la croyons celle qu'avait fait construire rue de Charonne, verslTlO, ÎNourry, sieur de Croixfonlaine, gentilhomme ordinaire de' la chambre du même prince, et qui couvrait, son jardin compris, 2 arpens.

Au-dessous dudit couvent, un autre avait déjà,

entre autres portes, une porte monumentale que nous remarquons encore, et il conserve, chose rare, jusqu'à sa destination. Les sœurs de la Croix, de l'ordre de saint Dominique, y sont rentrées en 1817 ; mais c'est seulement depuis quelques années que leur position y est légalement déterminée : elles n'ont que l'usufruit de cette propriété, que s'est réservée le Domaine. Leur territoire était beaucoup plus vaste avant la République ; mais on ne l'avait pas aliéné pendant le quart de siècle où elles avaient cessé d'en jouir. Leur sanctuaire gardait le cœur de M"'' Ruzé d'Effiat, fille du maréchal, aux dépens de laquelle s'était établie la maison, près de la tin du règne de Louis XIIL Ces religieuses, protégées également par la duchesse d'Aiguillon, n'avaient fait précédemment que des essais de résidence dans la rue Matignon-du-Louvre. dans la rue Plâtrière, dite aujourd'hui Jean-Jacques-Rousseau, et tout d'abord au faubourg Saint-Marceau. La fondatrice, mère Marguerite de Jésus, s'était concertée avec la baronne de Neuvillette pour convertir le poète Cyrano de Bergerac, au commencement de sa dernière maladie; mais le libertin, averti, eut le temps de se faire transporter à la campagne, chez un cousin, sous prétexte de changer d'air. Il n'en fut pas moins enterré chez les sœurs de la Croix.

" Cite de Bon- Secours, » nous dit en face un écriteau qui attire les regards. Cet immeuble et les deux immeubles qui le touchent ti droite et à gauche, s'inféodaient au prieuré de Notre-Damede-Bon-Secours, créé au commencement des troubles de la Fronde par dame Claude de Bouchavanne, veuve de Vignier, conseiller du roi, et mis sous la conduite de sa sa'ur, Madeleine-Emmanuelle, religieuse au couvent de Notre-Dame de Soissons.

Les monastères de filles, allez-vous dire, pullulaient donc dans ces parages? J'en conviens, et les plus grandes dames, les plus distinguées à

coup sûr, participèrent, pendant plus d'un siècle, à ces sortes de fondations, après avoir plus ostensiblement attaché leurs noms aux passes-d'armes et aux tournois durant le moyen-àge. Plus tard, les femmes supérieures étaient reconnues aux dédicaces de livres qu'on leur offrait; elles créaient alors des salons, et la réputation en était faite par l'esprit, un hôte favori, qui n'y parlait pas le plus haut, mais que ménageaient les personnages les plus riches, les plus inlluents, les plus nobles. Depuis que l'industrie moderne et les incessantes préoccupations de la Bourse tiennent les femmes du monde en dehors de ce qu'on y fait de capital, elles ne cessent plus que dans leurs chambres à coucher d'être étrangères aux progrès de la production, et elles ne figurent plus que par calcul aux colonnes du passif, pour une consommation de luxe équivalente aux prétentions de crédit en affaires qu'affichent ainsi leurs époux. Où retrouver, je vous prie, leurs couleurs, c'est-à-dire quelque signe d'initiative, de résistance ou de médiation qui soit la leur, au milieu des lices financières où elles n'ont armé personne chevalier? Les plus ardentes, les plus fines, les moins patientes, les sensibles et les agissantes, m'apprendrez-vous l\ quoi elles se rattrappent dans notre société actuelle? Que la plupart de ces recrues nouvelles de la bonne compagnie aient, encore mieux que leurs devancières, l'œil sur les dépenses de l'office, sur leurs cahiers de musique, au piano et sur l'honneur de leurs maris, d'accord ; que non-seulement ces dames, mais encore ces demoiselles fassent acte de présence à tous les bals de charité et placent même à l'envi les billets des loteries du baron Taylor, je le veux fort! Mais une autre ambition encore agite, il faut le reconnaître, les innombrables ménages des parvenus, et presque tout l'esprit des mères, avec celui des filles, y passe. Les

moins actives s'en remuent, comme les mélancoliques y rêvent ; les impatientes s'en torturent ; les plus heureuses disent : M'y voilà!... L'idéal est pour toutes, presque sans exception, non plus un mari, mais un nom; la blonde jeune. tille trouve déplorable celui que son excellente mère subit elle-même en rougissant; la veuve en a deux, au lieu d'un, qui lui inspirent la même horreur. Où trouver un titre, fût-il nu, une particule nobiliaire, no fût-elle qu'au milieu d'un nom h compartiments, mais qui ne rappelle plus la source des Ilots de soie et de dentelles, ne transiormant que la personne? Ancien régime ou Empire, que m'importe ! magistratui'e ou gabelles, qui le saura ? Mais, pour l'amour de Dieu et de ma dot, il me faut une carte de visite, et qu'elle n'ait plus rien de commun avec le chocolat, l'indienne, le notariat, la houille, la cote de la Bourse! Ainsi parlent, de seize à soixante, les plus enviées et les plus provocantes, entre les prétendues disponibles, et tout le reste pour elles, même l'amour, à plus forte raison la vertu, ne vient qu'après. Vocation de la particule, tu recrutes dans la bourgeoisie du temps présent un bien grand nombre de novices ! On voyait, au contraire, des princesses de naissance, à l'époque deg raftinés, s'appeler sœur Madeleine ou Marthe îi Bon-Secours.

Un peu au-defsus de ce monastère, quand la duchesse d'Orléans résidait en regard, les religieuses anglaises de la rue de Charenton avaient affermé à un maraîcher un terrain, coniigu d'autre part à une vigne. Au-dessous, le sieur de Rouen, bourgeois de Paris, était propriétaire. Les bénédictines mitigées de Bon-Secours prenaient des dames en pension, et fallait-il que ces religieuses eussent bonne réputation pour qu'on leur coniiàt néanmoins des femmes enfermées à la requête de leurs maris, par conséquent difficiles à garder

et qui étaient l'objet d'une surveillance à part ! Église et couvent, reconstruits par l'architecte Louis de 1770 à 1780, furent aliénés par l'État les 21 floréal an VIII et 5 brumaire an X. Richard Lenoir y organisa bientôt une filature de coton, et c'est pourquoi son nom reste au passage voisin. Napoléon l"', avec des membres de sa famille, se rendit à une fête chez ce grand manufacturier. — L'un et l'autre, lui dit-il, nous avons livré une rude guerre à l'industrie anglaise, mais jusqu'ici le fabricant a été plus heureux que l'empereur.

La révolution de Février et les journées de Juin 1848 avaient tellement déprécié les immeubles que M"'' Ledru-Rollin, femme d'un membre du gouvernement provisoire, fit une excellente affaire, le 19 août , en se rendant adjudicataire de l'hôtel de Bon-Secours, n° 97, avec un grand terrain, et de l'hôtel Richard-Lenoir, n" 95, plus d'autres bâtiments et terrains, pour 612,500 francs. Le boulevard du Prince-Eugène, qui va passer par-là, rapportera à la propriétaire plus encore que la manufacture de papiers peints et les autres ateliers qui remplacent l'école du Commerce, qu'on y voyait sous Louis-Philippe.

Je ne m'explique guère pourquoi len° 77, dont l'édifice se délabre, est traité de la vieille Pension par les commères du quartier. Elles nous apprennent aussi vaguement que le 57, petit hôtel à façade bien sculptée, fut habité par une princesse: en tous cas, il a fiiit la paire originairement avec le 55, école primaire au temps du Directoire.

Qui de nous, d'ailleurs, eût deviné que la rue de Charonne était aussi orléaniste ! Ses oratoires féminins ne la purifiaient encore qu'imparfaitement des petites-maisons qui se multipliaient aux environs; mais c'est pour le Palais-royal qu'elle faisait surtout pénitence. L'hôtel Mortagne, outre qu'il

pouvait aussi être la création de Nourry, otïicier du prince, a relevé pour sûr du même palais. Aussi bien de plus ancienne date la seiî;neurie de Mortagne changeait de mains : le maréchal Goyon de 3Iatignon, prince de Mortagne, l'avait vendue aux Loménie, et le cardinal de Richelieu l'avait acquise, après cela, pour la laisser î^i son petit-neveu, avec substitution au profit des aînés. Le comte de Mortagne, premier écuyer de la duchesse d'Orléans, avait acheté en 1711 une grande maison h jardin, qui n'a perdu son nom qu'en le laissant h. une impasse. Mais les pelils-soupers du temps de la Régence ont principalement tlori pour l'ambassadeur de Portugal, locataire de îyi""^ de Mortagne. La propiiété mesurait alors 2166 toises. Aux religieuses anglaises de la rue Saint-Victor appartenaient deux maisons plus bas, ;i l'endi'oit où la rue de Charonne oblique, avec une seconde porte rue de la Roquette.

L'hôtel 3Iortagne, dessiné par Delisle, eut pour habitant M. de Vaucanson, célèbre mécanicien, dont les Canards sont la pièce la plus connue, mais qui en créa beaucoup d'autres. Poursuivi et menacé par un groupe d'ouvriers, à Lyon, il inventait pour s'en venger, une machine avec laquelle un âne fabriquait une étofle à fleurs. Dans une intention beaucoup moins malveillante, il fournit à Marmonlel, pour la première représentation de Cléopâtre, un aspic remuant, qui sifflait ens'élanrant sur le sein de l'héroïne. Malheureusement le succès du truc ne lit pas celui de la pièce. — Comment trouvez-vous cette tragédie ? demandaiton à l'un des spectateurs. — Ma foi, je suis de l'avis de l'aspic, répondit-il.

Mort en 1782 et enterré à Sainte-Marguerite, Vaucanson avait donné son cabinet à la reine ; rr.ais les intendants du commerce réclamèrent les pièces relatives aux manufactures. Vandermonde,

mathématicien et musicien, adopt;i les idées de la Révolution, qui l'avait trouvé directeur du cabinet de Vaucauson. Le Fliîteur et le Joueur d'échecs passèrent alors eu Allemagne, et les autres automates de la collection se dispersèrent en même temps. Quant à Vandermonde, il coopéra, en 1793, avec Bertholet et Monge, h un Avis aux ouvHers en fer, sur la composition de l'acier, par ordre du comité du Salut public, et ce iactum était le résultat de longues expériences foites rue de Charonne. L'empereur logea à l'hôtel Vaucanson des peintres, qui en fur'.Mit congédiés, à ce qu'on dit, pour cause d'inconduitc, et Grégoire, artiste en son genre, mais qui travaillait sur le velours, s'y mit à la tête d'une manufacture, que visita en 1814 l'empereur d'Autriche. On y rencontre de nos jours un décorateur-ornemaniste, et très-souvent des amateurs viennent saluer, dans ce n° 51, l'ancienne demeure du grand mécanicien. Sa porte majestueuse, sa Inrgecour et ses sculptures offrent un aspect de l'autre siècle ; il reste même une petite portion du grand jardin qui s'étendait jusqu'à la rue de la Roquette, bu côté opposé, M""^ Marguerite-Thérèse Potier de Fougerais, veuve de François de Launay, sieur de la Normanderie,, était propriétaire à l'angle delà rue du Faubourg- Saint-Antoine, en 1760, à la place de sa mère, Geneviève Levassor, lille et héritière de Jacques Levassor, avocat en parlement. A la maison attenait une Cour-des-Miracles, peuplée de marchands de vieille ferraille et qui avait été h André Flory, écuyer, sieur de Lessart.

Ruo Cliauciiat. (i)

M. de Vitrolles. — La Présidente Pinon. — M. Bruyère. — Maisons Cuisinier et Davillier. — La Ferme. — il/"'' Chamerov.

En 1779, le vidame Jean-Joseph de la Borde, seigneur de la Ferlé, conseiller-secrétaire du roi, maison et couronne de France et de ses finances, préside à la formation d'une petite rue, dont le parrain est Jacques-Chauchat, avocat, conseiller du roi, éclievin de la ville de Paris. Celui-ci se rend acquéreur du château de Becquet, h. Deuil près Montmorency, sous le premier empire ; mais il n'en est ([ue plus loin d'habiter la rue, en quelque sorte sa filleule. Celui-lù, tout au moins, y séjourne pendant quelque temps, dans ce n° 9, dont l'encoignure sur la rue de Provence s'arrondit en un agréable pavillon. M. de Vitrofies, gendre de M. de FoUeville, occupe l'hôtel sous la Restauration, et combien tout Paris, lors de l'avénemenl de Charles X, s'étonne du silence qui se fait toutà-coup autour du nom de M. de Vitrolles, l'hôte assidu du pavillon Marsan ! Il est vrai que cet agent du prince de Tafloyrand a servi avec zèle la famille royale, lorsqu'il y avait du danger à le

(l) Notice écrite eu 1858. La rue de la Grange-Batelière ne se prolongeait pas encore jusqu'à la rue Cliauchat, à laquelle, d ailleurs, le prolongement de la rue Lafayette a l'ait psrdre trois ou quatre immeubles dans le haut.

Page 1