‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 3)Chapitre 11 sur 66 · RUE DES MAÇONS · texte numérisé non relu

RUE DES MAÇONS

Le failli» de» Thermes. — La Confrérie du bâtiment. — Les Petite collèges. — Le Sieurs de la Verrière* — Le Recors de Mamarin— Rose. — Trelltaard. — Dulaure.

Jaillot lui-même n'est pas toujours heureux dans ses recherches historiques. Ne lui suffit-il pas de découvrir qu'un Le Masson, bourgeois de Paris, vivait au xiir* siècle, pour en faire le doyen des habitants et le fondateur de la rue des Maçons? Les bâtiments et los cours des Thermes de Julien s'étendaient sur l'emplacement de ladite rue, et les rois de la seconde race résidaient encore dans cet ancien palais des empereurs romains, qui fut tout à fait délaissé pour le palais des comtes de Paris. À l'époque où Robert Sorbon, chapelain de Saint-Louis, établissait le collège qui prit-son nom, la rue des Maçons, meus cemmtariorum, commençait à se faire connaître comme telle; néanmoins elle était tracée depuis le règne du premier capétien, et elle preqait naissance à la rue des Poitevins, pour se prolonger sur le terrain de la place de la Sorbonne. Ce fut assurément le siège de la confrérie des maçons, qui avait une chapelle sous l'invocation de son patron, saint Biaise, juxtà sanetwm Julianum veterem, et in parochiâ sancti Severini. La rue des Maçons, presque entière, était de la paroisse Saint- Séverin, sous Louis IX, bien que la rue de la Sorbonne fût principalement de la paroisse Saint-Benoit, et la chapelle Saint-Biaise attenait à la petite église Saint-Julien-le-Pauvre, où l'université de Paris tenait habituellement ses séances, et

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qui relevait de Saint-Séverin. En 1655, Saint-Julien devenait la chapelle de THôtel-Dieu ; mais son chapelain restait à la nomination de Saint-Séverin, et, quant àla chapelleSaint-Blaise, comme elle menaçait ruine vers le milieu du siècle dernier, le service en fut transféré à Saint- Yves, dans la rue Saint-Jacques. La confrérie des maçons se disait instituée sous les auspiees de Charles Martel; ses statuts, reconnus par Louis XI, portaient : « Amende de vingt sols parisis à la chapelle M" Sainct Biaise pour le maistre qui prendrait un apprentif à moins de six ans de service. » Charles IX, Henri IV, Louis XIII et Louis XIV signèrent d'autres lettres-patentes en faveur de cette compagnie. Le maître du métier était devenu en titre maître général des bâtiments du roi, ponts et chaussées de France. Trois architectes, qualifiés conseillers du roi et maîtres généraux de ses bâtiments, composaient le tribunal de cette juridiction. L'appel de leurs sentences so relevait en parlement. Coût de la maîtrise: 2,000 livres.

Guillaume de Bonnet, trésorier de l'église d'Angers, rachetait en 1298, de Simon le Mercier et de sa femme, une rente de 60 sols parisis qui grevait sa maison, située rue des Maçons, au fief du Franc-Rosier, censive de la Sorbonne. Puis il passa évêque de Bayeux, et sa maison prit les proportions plus vastes d'un hôtel. Il y créa le collège de Bayeux, entra les rues de la Harpe et des Maçons, en l'approvisionnant d'une partie de la succession du cardinal Gervais de Quincampoix, à laquelle s'ajoutaient ses propres donations, augmentées ensuite par ses legs. Philippe le Bel, en 1309, accordait Tinféodation d'une ruelle entre les deux rues au fondateur du collège de Bayeux,

et cet évêque mourait à trois ans de là. Les boursiers de son collège divisèrent dans la suite sa propriété en cinq maisons.

Bernard de Fagès, archevêque de Narbonne, proche parent du pape Clément V, consacra à une œuvre pareille, en Tannée 1317, une propriété voisine. Le collège de Narbonne se trouvait placé entre celui de Bayeux et celui de Séez : les plans de Paris se trompent lorsqu'ils intervertissent cet ordre. Pierre Roger, boursier de l'établissement ouvert par Bernard de Fagès, devint Souverain Pontife sous le nom de Clément VI.

Quant au collège de Séez, il dut sa formation aux dernières volontés de Grégoire Langlois, évêque de Séez, dont les exécuteurs testamentaires remplirent les intentions à cet égard, en achetant des maisons sises rue de la Harpe, vis-à-vis de Saint- Côme, et qui donnaient aussi rue des Maçons, trois ans après la mort du testateur, c'est-à-dire en 1407. Les bénéficiaires de cette fondation eurent des procès avec les officiers et les boursiers du collège contigu : ils étaient les uns et les autres dans la censivede Saint-Jean de Latran, quoique paroissiens de Saint- Séverin. Tout le collège de Séez fut réparé, et l'annexion d'une maison à l'image du Chapeau-Rouge l'arrondit, en 1730; il fournissait alors le contingent de deux maisons à la rue des Maçons, qui en comptait 24, et la rue des Mathurins lui en devait une.

Ces trois petits collèges étaient réunis à Louis-le-Grand, avant la fin du règne de Louis XV. Le bureau d'administration de tous les petits collèges supprimés à la fois régissait leurs biens au profit de leurs boursiers respectifs, qui n'étaient plus disséminés. Ce bureau percevait ainsi les revenus de plu-

sieurs maisons qui n'ont pas encore disparu, sur le rang des numéros pairs, dans la rue dont nous" 4 consultons les souvenirs.

Le 5 et le 7 nous représentent l'ancien hôtel de la Ferrière, antérieurement hôtel d'Harcourt : deux petites portes flanquent sa porte cochère, et l'une d'elles est chargée des initiales À M, qui ne s'expliqueront pour nous qu'à moitié. M. Souchon des Préaux, avant la grande révolution, était propriétaire de six maisons, dont l'une occupait le coin de la rue des Mathurins : les cinq autres suivaient dans la rue des Maçons, et tout le reste appartenait sur cette ligne à la société de Sorbonne. Les dépendances de l'hôtel s'étendaient originairement jusqu'à la rue des Mathurins, comme jusqu'à la rue de la Sorbonne. Or, la châtellenie de la Ferrière fut érigée en marquisat, par lettres du mois de juillet 1655, en faveur de Jean le Maistre, conseiller au parlement de Paris ; mais Jean et Gilles le Maistre, père et grand-père de ce magistrat, conseillers à la même cour et l'ayant aussi précédé dans la rue des Maçons-Sorbonne, étaient déjà seigneurs de la Ferrière, ainsi que Gilles, bisaïeul du marquis , capitaine de chevau-légers. Ils descendaient tous des présidents Le Maistre, ces notabilités du siècle précédent. Avant eux, Henri de Lorraine, comte d'Harcourt, avait eu la même résidence, et pour un cadet de famille ne joua-t-il pas un grand rôle ? On le surnomma Cadet la Perle, à cause d'une perle qu'il portait à l'oreille, et chaque fois que ses parchemins s'enrichissaient d'un nouveau titre, jusqu'à celui de grand écuyer de France, on l'affublait d'un sobriquet nouveau. Ce recors de Mazarin servit contre la France, puis il revint à bien, et puis, comme un boulet de

canon, une attaque d'apoplexie enleva ' le brillant capitaine, en plein couvent de Royaumont.

Delaunay, professeur royal de droit français, habitait ladite rue en 1690. Levasseur y gravait d'après Greuze, en 1786. Le naturaliste Bosc, de l'Institut, [que son ami Roland avait nommé administrateur des prisons, et qui n en fût sorti que dans la charrette de la guillotine, s'il n'avait pris la fuite, demeurait en 1807 au n° 15 ou 17. M. Treilhard, ancien président du tribunal criminel près duquel Robespierre était accusateur public, puis conventionnel, membre du conseil des Cinq -Cents, membre du Directoire, président du conseil d'État, mourut le l or décembre 1810, dans une maison n° 1, récemment enlevée par un nouveau boulevard : il avait négocié le traité de Campo-Formio et collaboré activement au Code pénal. Pareillement, len° 11 a vu mourir, le 9 août 1835, Dulaure, autre conventionnel, membre du conseil des Cinq- Cents, auteur d'une Histoire de Paris. Ce livre méritait, à cause des recherches dont il est gros, un succès de meilleur aloi que celui qui l'a accueilli comme diatribe.

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