RUE DES PRÊCHEURS
Des lettres de Maurice de Sully, évéque de Paris, prouvent que Jean de Mosterolo avait cédé à l'abbé de Saint-Magloire, avant Tannée 1184, des droits in terrà Morinensi, et 9 sols sur la maison de Robert-le-Prêcheur. On en conclut que la rue des Prêcheurs s'est fait jour vers la môme époque sur le petit fief de Thérouenne. Mais, peu de temps après, saint Dominique envoyait à Paris des religieux qui n'avaient rien de commun avec ceux du monastère de Saint-Magloire, déjà établi rue Saint-Denis, et ils s'appelaient tout uniment frères prê*
cheurs, en arrivant, ayant de s'installer près d'une chapelle Saint-Jacques, qui leur a valu le nom de jacobins. Le xui e siècle, qui les voyait venir, voyait aussi sculpter un arbre, emblème qui apparaît encore à l'angle de la rue des Prêcheurs et de la rue Saint-Denis : cet arbre est couronné d'une Sainte Vierge et flanqué de douze rameaux, et à. l'extrémité de chaque petite branche fleurit une tulipe, qui sert de chaire à un frère prêcheur. N'est-ce donc pas le berceau d'une compagnie célèbre que trahit, à défaut des livres, cette illustration d'encoignure ? Depuis que les jacobins florissaient rue Saint-Jacques, il ne restait plus guère dans la rue des Prêcheurs que ceux-là, au nombre de douze, qui perchaient sur l'arbre symbolique. Pierre Mouton, dès 1252, figurait comme propriétaire en ladite rue auxPreescheurs, où, quarante ans après les contribuables étaient :
Jehan de Souvigny. — Clyment le Fanicr. — Aaliz la Parrice.— Ses enfanz. — Jehan de Grant-Moulin. — Jehan le Gonvers. — Gilebert de Dampierre.— Richard Lenglais, Tailleur. — Thomas le Gœdoanier. — GuilT Petit, Queu. — Gautier le Sueur. — Rcmy de Sens. — Pierre de la Fosse. — Robert de Gilvez. — Thoumas le Meire. — Alain Tyrenlire. — Tibaut de Senlis. — Jehan Navet. — Son gendre. — Aubour TEspinguière. — Jehan Potage le genne (jeune). — Ermensart de Bétisi. — Giefroi le Clerc, Mestre de Tescole. — Thoumas Chovalier. — Pierre de Nesle. — Aleire la Teilière. — Jehan Chasteaufort. — Hubelet Tonquan. — Jacques le Tounelier. »
Une maison que s'était construite Gabriel père, un des architectes de Louis XIV, portait l'enseigne de la Pomme-de-Pin, et elle n'était séparée de la rue Mondétour que par une maison
à l'image de la Pucelle-tenant-une-Licorne, qui appartenait à Langlois, avocat, puis à son fils, Langlois de Campis, maître descomptes. Toutes les deux disparurent avec d'autres, en 1853.
Dans une des maisons qui leur survivent fut le bureau des potiers d'étain. Les membres de cette communauté poinçonnaient tous les ustensiles qui sortaient de leurs ateliers, et il leur était défendu d'en vendre qui ne fussent pas fabriqués à Paris. Leurs derniers statuts, remontant à 1613, les quali- * fiaient : mailres potiers d'étain et tailleurs d'armes sur étain. Aussi pouvaient-ils armorier et graver de chiffres leur vaisselle métallique; mais ils n'avaient le droit d'enjoliver d'or et d'argent que les ouvrages destinés à l'Église. Enfin ils ne devaient se servir du marteau que depuis cinq heures du matin jusqu'à huit heures du soir. Le patron de la compagnie était saint Fiacre. L'apprentissage durait 6 ans, et le compagnonnage 3. Le brevet se payait 36 livres, et la maîtrise 500, outre qu'elle ne pouvait s'obtenir sans la production d'un chef-d'œuvre.
En 1776, les faïenciers et les vitriers entrèrent dans la même famille professionnelle que les potiers d'étain. Le cliquetis et le luisant tout battant neuf des articles de ménage dont ils faisaient commerce attiraient les nouveaux mariés, particulièrement sous les piliers des halles qui, du côté où débouchait la rue des Prêcheurs, paraissaient des piliers d'étain et étaient connus sous ce nom.