‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 3)Chapitre 22 sur 66 · RUE DES PETITS-CHAMPS · texte numérisé non relu

RUE DES PETITS-CHAMPS

■.es Damei de Montmartre. — l*érll en demeure pour l'honnenr do Courent*— i.e ror-aux-Damea. — i.e fief ttaint-werrl. — i*a reine Blanebo.-l c» l»ctlt»-t bampM.— Hurle de Beauvllller».— Cahrlelle d'Katrée».— -Le rachat de* droit» ftelfcnenrlanx.— l,a Confrérie des Ménétrier*. — l.ea Maitrea à dam>er. — l,cs uae4rlnalrca. — I<e Chapelain. — l.a Mciko des Agent» de change. — Salnt-Jullen-dea- Ménétrier*.

Le domaine accordé aux religieuses de Montmartre par Louis-le-Gros et par sa femme, Adélaïde de Savoie, comportait le fief du For-aux-Dames. Les droits seigneuriaux de ces dames furent aulhenti piement confirmés par les cinq derniers rois de la branche des Valois; mais elles n'étaient plus alors propriétaires de la maison sise rue de la Heaumcrie, près Saint- Jacques-la-Boucherie, qui servait de Fiége audit fief dès la fin du xm c siècle. Un incendie, sous Henri II, et puis la guerre civile, avaient fort compromis leur temporel, sans profit pour le spirituel. L'abbesse en était quitte pour transférer, pendant les plus mauvais jours, sa résidence personnelle dans un hcMel garni, comme cela avait eu lieu pendant l'invasion anglaise, et bailli, greffier, procureur, agent-voyer, ne couraient pas grand risque, à l'ai baye; mais le relâchement absolu de la règle n'était pas plus de nature que le désœuvrement de la misère a sauver l'honneur du couvent. « Peu de religieuses, dit-on, chantaient l'office ; les moins déréglées travaillaient pour vivre et mouraient presque de faim ; les jeunes faisaient les coquettes ; les vieilles allaient garder les vaches et servaient de confidentes aux jeunes. » Catherine de Clermont, abbesse depuis longtemps, fut obligée de plaider pour obtenir, en

4587, l'accès d'une pièce au rez de-chaussée que ses officiers appelaient encore local des plaids du For-aux- Dames. Ces dames n'y avaient aliéné une propriété, en 1319, qu'à la réserve des prisons et du plaidoyé, encore que le bailliage du For-aux-Dames fût réuni à celui de Montmartre. Or la moitié de la rue des Petits-Champs était dans la justice et censivedudit fief, comme s'y trouvaient des maisons de la rue Saint- Martin et de la rue Neuve-Saint-Merri. Aussi M mo de Clermont avait-elle pour tributaires, dans la première de ces trois rues :

Du 0 côté droit : — Thibault, conseiller au parlement. — Le Sueur. — Claude Breteau, à l'image de Saint-Claude. — Les héritiers de Jacques Emond, pour une maison appartenant avant à l'église et hôpital Saint-Julien. — Martin et consorts , pour 2 maisons de même provenance. — Pierre de Caen, 2 maisons. — Les hoirs Jacques Emond. — Du côté gauche : — Boucliet, succédant à M ,u Dufaï. — Ciassot. — Les religieuses de Montmartre. — Henry Gérard, hôtel avec jardin. — Perronne de Ranguet, veuve de Jean le Gresle.

Le reste relevait féodalement des vénérables chefeier, charwines et chapitre de Saint-Merri, aux deux extrémités de la rue, du côté gauche, et à rentrée, du côté droit, y compris le n° 8, qui appartenait alors aux héritiers de Guillot Diguet, et qu'on regarde comme un des nombreux logis de la reine Blanche en ses promenades. Les Petits-Champs, à la vérité, ont tenu assez de place pour que plusieurs hôtels aient commencé par y ètredes villas, et, comme pour nous en faire mesurer l'étendue, trois rues de Paris en retiennent le nom. Celle dont nous parlons, et qu'on a longtemps dite la rue des

Petits-Champs-Saint-Martin, est désignée dans un accord passé entre Philippe le Hardi et le chapitre de Saint-Merri, en 1273.

Chacun sait qu'en braquant des canons sur sa bonne ville de Paris, Henri IV remporta, à l'abbaye de Montmartre, une victoire amoureuse, qui lui parut de bon'augure. Les frais en étaient faits par la nonnain Marie de Beauvilliers, pendant qu'une abbesse nouvelle s'enfuyait devant les gens de guerre, avant d'avoir reçu ses bulles. On sauva bien les apparences, en racontant que le droit de la guerre n'avait fait entrer le Béarnais chez ces religieuses qu'après le départdes jeune» réfugiées à Senlis sous la protection tant de M me de Sourdis, parente de Marie de Beauvilliers, que de la maréchale d'Aumont, grand'mère de M me de Montmartre. Cependant le prince remuait ciel et terre pour rendre le séjour de cette ville agréable à la jolie transfuge, qu'une surprise du cœur gagnait à son parti. Gabrielle d'Estrées, néanmoins, fit bien lestement oublier Marie de Beauvilliers, sa cousine, et Paris, beaucoup mieux gardé, continuait à se défendre; mais, dans le cœur même de la belle Gabrielle, Henri IV ne succédait à Henri III qu'après un intérim principalement rempli par Zamet, le cardinal de Guise, le duc de Longueville et le duc de Bellegarde. Elle fut pourtant plus constante en matière d'amour qu'en fait de résidence, cette maîtresse en titre de Henri IV. Un de ses logis ne fut-il pas l'hôtel (actuellement n° 15) qu'avait Henry Gérard rue des Petits-Champs, près d'une maison aux religieuses de Montmartre? Marie de Beauvilliers, ayant pleuré sa faute encore plus que son royal amant en l'abbaye de Beau-

mont-lez-Tours, fut rappelée à Montmartre pourvue du titre d'abbesse, qu'elle prit, vers la fin du règne de Henri IV, avec un grand cérémonial qui lui donnait la M ke de Sourdis et la C te " c de Sagonne pour assistantes, et ce jour-là un capucin célèbre, Anne de Joyeuse, prononçait le sermon. Pendant plus d'un demi-siècle, qui ne fut pas entièrement employé à lutter contre l'indiscipline et les désordres de ses subordonnées, cette abbesse eut le temps d écrire posément ses Conférences d'une supérieure avec ses religieuses Elle racheta de Jean Bourgeois et consorts, en 1604, l'hôtel du For-aux-Dames, pour le compte de l'abbaye, et Nicolas Hardy, greffier de la justice du fief, prit cet hôtel à bail en 1655. A cette date, 56 ans déjà s'étaient passés depuis que M n,e de Sourdis avait fermé les yeux de Gabrielle, et Marie de Beauvilliers ne cessa que l'année suivante, en rendant à son tour le dernier soupir, d'exercer des droits respectés sur une des maisons où il régnait toujours un souvenir de Gabrielle. Il y avait alors à l'abbaye :

Noble dame Marie de Beauvilliers, abbesse, dame de Montmartre, de Clignancourt, des Porcher ons et du For-aux-Dames; illustre princesse Françoise-Renée de Lorraine, coadjutrice; sœur Jacqueline de la Noue, prieure à Montmartre; sœur Marguerite Langlois, prieure aux Martyrs; sœur Élisabeth Poullet, sotcs-jirieure à Montmartre ; sœur Catherine de Meaux, sous-prieure aux Martyrs; sœur Louise Jollivet, cdlerière aux Martyrs; sœur Louise de Morges, portière; sœur Catherine de Chanènes, dépositaire ; sœur Marie Benoit, boursière; sœur Magdeleine Picart, secrétaire du chapitre, et Claude de Sèves, célerière à Montmartre.

Quant aux propriétaires de l'ancienne maison de Gabrielle, ils n'étaient autres que Isaac Chéret, maître des comptes, et

LES ANCIENNES MAISONS DE PAHIS

Marguerite de Flesselles, sa femme. M lle Marguerite Chéretayant ensuite épousé Nicolas Leclerc, la propriété fut vendue, en 1741, parM Ile Henriette Leclerc de Grandmaison, fille majeure, à Lartigue, ancien chapelier ; mais l'adjudication en avait lieu au Châtelet, 25 ans plus tard, sur décret poursuivi à la requête de M 11 * 9 Marie-Henriette et Elisabeth Leclerc de Grandmaison, (filles mineures émancipées d'ôge sous la curatelle de leur mère, née Ledoux de Milleville) contre ledit Lartigue, qui n'avait pas rempli les engagements pris dans l'acte de vente. Les Lenoir, parmi lesquels il se trouvait un ancien greffier de la chambre des domaines, se rendirent adjudicataires, et ils ne vendirent qu'en 1792, après avoir fait aux administrateurs des domaines nationaux, par huissier, des * offres réelles de 500 fr. pour les remboursement, rachat et extinction des droits ci-devant 'seigneuriaux, tant fixes que casuels, échus et courants, dont ladite maison pouvait être tenue envers la Nation , représentant la ci-devant abbaye, sauf à parfaire, s'il y avait lieu, après la vérification de la valeur de ladite maison et la liquidation desdits droits, lesquelles offres lesdits sieurs administrateurs avaient refusé de recevoir. »

Les dames de Montmartre avaient donné gratuitement un terrain, entre les rues des Petits-Champs, du More et Saint- Martin, sur lequel Jacques Grare de Pistoye etHuet la Guette, deux ménétriers, avaient fondé un hospice, avec une chapelle dédiée à saint Genest, patron des comédiens, et à saint Julien. Une confrérie de 37 ménétriers, dont Pariset, ménestrel du roi, faisait partie, avait contribué à l'œuvre de toutes ses forces, et la constitution de cette confrérie datait de 1321 .

SOUS NAPOLÉON III. l.i

La petite église s'est appelée avant peu Saint- Julien-des- Ménétriers : sur son portail étaient représentés des joueurs d'instruments. Aussi bien les musiciens et les jongleurs se. réunissent d'abord dans une rue voisine , celle des Ménétriers ; mais plus souvent et plus longtemps on va jusqu'à Ja rue du More, sur une place attenante à l'église , pour y louer jusqu'à des poètes , moins souvent que des bateleurs, mais principalement des musiciens, et accessoirement des danseurs. Si bien que la communauté des maîtres à danser se fixe ellemême à Saint-Julien, avec tribune dans la chapelle. Dam l Saint-Julien esl d'une grande ressource pour les fêtes parti-» culières et pour toutes les entreprises se proposant l'amusement public: noces, baptêmes , distributions de prix , entrées solennelles, bals, concerts, spectacles, mascarades, curiosités en foire, sérénades à l'espagnole, vaudevilles et charivaris à la française. Rien que de charmant jusque-là; par malheur on accuse un jour la confrérie de couvrir de ses privilèges non plus seulement un reste de ménestrels, des troubadours en survivance , des comédiens comme l'a été saint Genest, des joueurs de violon , des râcleurs de guitare , des jongleurs et des baladins, mais encore des vagabonds, des filles perdues et des voleurs. Ohl alors, la reine Anne d'Autriche favorise les prétentions des pères de la Doctrine chrétienne, nouvellement établis au quartier Saint-Victor , qui convoitent très-ardemment une succursale. Ces pères imposent aux confrères une transaction ; deux arrêts du conseil prononcent en sens contraire sur les difficultés qui en résultent. Procédure nouvelle et nouvel arrangement entre les parties, la veille de l'audience*

Conflit, imbroglio, malentendus, en somme, à n'en pas finir de si tôt 1 Sans compter que les réunions autorisées au cabaret de l'Epée-de-Bois, rue Quincampoix et rue de Venise, d'une société semi-académique, dite du Roi des Violons, se trouvent venger Mazarin de maintes mazarinades trop popularisées par les confrères de la rue du More et de la rue des Petits-Champs. À la mort de Favier, chapelain de Saint-Julien, qui a été nommé, comme ses prédécesseurs, par deux ménétriers investis des pouvoirs de la jurande, on nomme Pezé, frère de deux doctrinaires. De plus, le roi ayant créé des charges de jurés à titre d'offices dans chaque corps, celles des joueurs de violon et des maîtres à danser sont achetées par des jurés, créatures des doctrinaires. L'acle d abandonnement est consenti parlesdits chapelain et jurés; l'archevêque approuve l'union, et des lettres-patentes semblent mettre le sceau à la substitution. Voici pourtant que la vénalité des charges est supprimée dans toutes les communautés. Aussitôt les danseurs et les musiciens d'élire de nouveaux jurés, et de signer une protestation au nombre de 280 maîtres, contre tout ce qu'ont fait les jurés précédents. Pendant l'instance, qui reprend de plus belle, Pezé passe de vie à trépas ; musiciens et danseurs nomment en remplacement Charles-Hugues Galand , ancien curé de Magny. Le procès enfin est jugé, en 17 18, sur le rapport de l'abbé Pucelle, conseiller-clerc au parlement et neveu de Catinat : Galand reste chapelain.

Les pères de la Doctrine n en conservent pas moins sept maisons, qu'ils ont achetées dans la rue des Petits-Champs depuis longtemps, en vue d'un établissement définitif. La

première est l'ancien logis de la reine Blanche, où les ont précédés Philippe de Flesselles et son neveu, Séraphin Baudouin* , seigneur de Soupire. Ils tiennent les suivantes de Leroux, de Laborde et des héritiers Doussin. Les trois dernières étaient primitivement l'hospice de Saint-Julien et la demeure du chapelain; les ménétriers les ont aliénées en 1588, et elles ont appartenu, un siècle plus tard, deux à Étienne dOsbolles, seigneur d'Osmonville, et l'autre au prévôt des marchands, M. de Bernage; Amurat et Lambert, gendres d'Osbolles, en ont hérité chacun une; mais celle de Lambert, à défaut de payement d'une rente foncière dont elle était grevée, a fait retour, en 1696 3 aux joueurs d'instruments. Celle-ci est l'ancienne maison du chapelain , et les doctrinaires n'en jouissent qu'à charge de payer une rente de 300 livres. À cette époque, les maistres gouverneurs de la confrairie des Joueurs de violons et autres instrument payent le cens à M Die de Montmartre, pour la place et l'église de Saint-Julien-des-Ménétriers et un pelit logement à côté. En cette église, à partir de 1720, les agents de change font célébrer leur messe annuelle du Saint-Esprit et un requiem pour chacun des leurs qui vient à mourir.

La communauté des ménétriers n'a cessé de vivre qu'avec toutes les communautés supprimées en 1776. Le temporel de l'église qu'elle avait créée et patronnée, na plus été administré que par le lieutenant de police. Mais un chapelain titulaire n'a cessé de dire la messe que pendant la Révolution, et on démolissait presque au même temps Saint-Julien-des- Ménétriers.

RUE NEUVE-SAINT-MERRI ®rtft\h<nu$ î><?s maisons bt tttU rnt <n 17**

Gauche.

J. de Soisy,, contrôleur de l& maison du roi.

DauviHicr*, raercior au pont au Change.

Morel, pâtissier.

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