‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 3)Chapitre 25 sur 66 · RUE DU HAZARD · texte numérisé non relu

RUE DU HAZARD

Boileau dit :

On a vu le vin et le hazard Inspirer quelquefois une muse grossière.

Et il ne parle pas, en ce passage, d'une combinaison de circonstances indépendantes de la volonté; il parle d'un jeu, proprement dit de son temps encore/e hazard, que les Grecs du Bas-Empire avaient appelé «Çapi<w, et que l'on prétendait, alors des difficultés de Philippe le Bel avecBoniface VIII, avoir vu jouer à ce pape (ludens ad azaros) en tête-à-tête avec une dame. C'était, d'ailleurs, un terme de jeu de paume et de jeu de quilles ; on y' disait d'une balle qui rebondissait d'une façon insolite, ou d'une boule qu'un obstacle imprévu dérangeait, une fois lancée, que cette balle ou cette boule faisait hasard. Mais, surtout comme synonyme d'as à l'usage des joueurs de

dés, il en était venu à servir de dénomination à un genre de partie. Un passage du Parlement d'amour, d'Alain Chartier, nous met sur la voie en ces termes :

Et elle faisoit à tous tours

Son poinct double ; et c'estoit par l'art De ses délicieux atours, S'y gardant de gecter azart.

Une maison de jeu, par extension, garde le nom duHazard et le fait partager à la ruelle où elle est située. Cette petite rue ne figure pas encore sur le plan de 1652 ; mais elle était déjà portée au censier de l'archevêché trente ans plus tôt. Par conséquent les joueurs s'y rendaient en passant devant l'hôtel Mercœur, qui appartenait alors au marquis d'Estrées, et devant l'hôtel de Rambouillet, au sieur Dufresne, avant que le Palais- Royal ne s'élevât à la place de ces deux hôtels. Combien de maisons, en la rue du Hasard, à la fin du xvn* siècle? 13. Combien de réverbères ? 4, et il n'en faut pas davantage pour reconnaître nuitamment la maison dans laquelle on remuait les dés, à pareille heure, sons la régence de Marie de Médicis. Le sculpteur Legrand en est alors propriétaire.

La même maison devient postéiieurement hôtel Séguier: les bureaux de cet avocat général au parlement y sont installés. Magistrat de la vieille roche par ses traditions de famille, il s'oppose, mais en vain, à la condamnation de Lally; il donne sa démission quand le parlement Maupeou est substitué au parlement dont il ne partage pas les disgrâces, et il ne reprend les fonctions du ministère public qu'au retour des anciens conseillers. Depuis 1757, M. Séguier fait partie de l'Académie française; par exemple, quant àsa robe de magistrat, il la jette, comme particulier, aux orties d'une robe plus facile à déposer qu'à rajuster. Il a toujours une maîtresse en titre; une année,

c'est la fille Buchet, qui ne se gône pas trop, comme on disait alors, pour jouer au reversis avec bien d'autres; l'année suivante, c'est Jeanne Vaubertrand. Cette autre fille du monde, encore un mot du temps 1 a principalement mis à contribution M. Geneste, commissaire des guerres, et un neveu du trésorier de la reine, puis M. Clausier, qui vient de l'Amérique ; elle a voulu monter sur les planches, et comme elle chante et danse passablement, Monet, auteur et directeur, l'a engagée pour les deux foires, à raison de 50 louis; mais, au lieu de faire son service, elle reçoit M. l'avocat général dans un hôtel de la rue de Thorigny, où la place d'honneur lui est avant peu disputée par Dufour, père nourricier du Dauphin. M. Séguier fait à la belle des scènes de jalousie à émouvoir tous les habitants du Marais, excepté elle, qui a un train de maison à soutenir quand même, avec équipage et laquais. D'historiettes de ce genre la biographie de Séguier regorgerait; il a près de Saint-Laurent une petite maison, que la Hecquet, entremetteuse, ne laisse pas chômer de parties fines. 11 fait des dettes, que le roi paye une fois, afin de le marier, avec un douaire de 8, 000 livres. Chez lui, du reste, l'avocat général observe si bien les convenances, qu'il se met rarement à la fenêtre, crainte de reconnaître à la sienne une des drolesses qui habitent la même rue.

La D lle Ferrière est du nombre; son visage, picolé par la petite vérole, n'en a gardé que des traits plus piquants; et puis, comme on dit la bien faite ! M. Séguier, qui connaît son histoire, l'appellerait M mc de Serres, si le mariage lui-même pouvait donner à de telles femmes autre chose qu'un nom de guerre. Élevée par sa tante, à Montreuil, elle n'a appris d'un chanoine de Vincennes que l'a, b, c de son état; De Serres l'a rencontrée chez la Montigny, où elle faisait ses humanités, et quand M. de Bregé, doyen du grand-conseil, a meublé riche-

ment cette fille, il a mis à la porte de Serres, qui n'a pu rentrer par la fenêtre qu'au moyen d'un mariage secret. M. de Bregé, plus épris que jamais, s'est débarrassé du mari en lui achetant une charge d'officier dans les gardes de la ville ou chez le roi, valant 25,000 livres, et il a placé pareille somme sur la tête de son épouse. Mais celle-ci dépense trop pour que le grand-conseil y suffise sans la cour des aides. La propagande que fait son greluchet d'époux, pour elle et pour d'autres danseuses, le dégoûte tellement des femmes, qu'il se tourne d'un autre côté.

Le Lycée de Paris, fondé en 1799 par Lebrun, mais qui fait suite au Lycée des Étrangers, à l'Athénée des Étrangers, occupe le ci-devant hôtel Séguier. Cet établissement donne des concerts et des bals pour l'agrément de ses abonnés à l'année ou au semestre, en même temps qu'il ajoute à leur instruction par des cours, par des conférences, par des lectures. Les professeurs du Lycée de Paris sont :

Duclerc, pour la cosmographie; Leblanc, économie politique; Palissot-Beauvois, géologie; Kauque, physiologie; Blanvillain, littérature italienne; Baldowinn, langue anglaise; Gautherot et Cadet, physique; Bellangé, architecture rurale; Sepz, hygiène.

Le tripot du Hazard, la maison de Legrand, l'hôtel Séguier et le Lycée, tout cela porte aujourd'hui un 6 pour point de repère. L'appartement de la D Uc Ferrière était au 1 1 , transformé en hôtel du Pérou, puis de Pologne, et occupé ensuite par une réunioa de filles du monde, sous la direction de la femme Bessières, maîtresse d'un sieur Hérault, propriétaire de l'immeuble, a laquelle Bessières succèdent la femme d'Orsay, la femme Bourgeois. On peut encore, sous ce toit galamment hospitalier, se demander avec Lucain :

Qttem tamen invcniet tam long a potentiel finem?

i .i.h.— T)|.. Dyjuay .le la Alaliérie, boulevard Bonno-Nourcllc, 20.— ifv.

Des rues Villedo, Tirechape, Venise, Geoffroy-Langevin , Simon-Lefrane , Maubuée, de l'impasse du Coq et du quai de la Râpée.

Notice» historiques, entièrement inédites, se rattachant à l'ouvrage intitulé

PAR M. 1IPEUVE

Monographies publiées par livraisons séparées, avec une table de concordance et une

table alphabétique par série.

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