RUE VILLEDO
Les journaux qui insèrent, avant qu'elles n'aient paru dans les A nciennes maisons de Paris, quelques-unes de nos notices, tiennent toujours à choisir les bonnes rues. Ainsi, les mauvaises portent, pour commencer, la peine des immoralités publiques; mais elles finissent par trouver grâce devant un public indulgent, qui nous saurait fort peu gré d'une pruderie habile à passer sous silence tout ce qui n'est pas édifiant. De compagnie vont le bien et le mal, à travers une grande ville. La rue Villedo, elle principalement, s'est perdue de réputation à voisiner avec les galeries de Bois, d'où tous les soirs les robes les plus courtes et les plus décolletées lui revenaient, suivies de près par des bottes, ou bien par des souliers à boucles. L'entretien d'un pareil commerce d'amitié ne laisse
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guère le lemps de regarder les étoiles qu'en plein midi ; car elles ne luisent, la nuit, dans aucun ciel de lit. Donc, en la rue Villedo n était pas déplacé un Spectacle uranographiqw des phénomènes de l'univers, qui y représentait, au commencement de l'Empire, la nature dans ses merveilles : cette description des corps célestes avait pour auteur Charles Roy. La plupart des maisons voisines eussent compromis une demivertu, et rarement la plus honnête fille poussait la naïveté et l'innocence jusqu'à ne pas éviter cette rue par un détour, au risque d'allonger son chemin. On y prenait le passant au collet, tout en le complimentant sur sa bonne mine, aussitôt que les réverbères s'y allumaient aux deux extrémités, et deux laitières y commençaient à peine, le lendemain, à remplir des tasses de faïence, que déjà les croisées s'entr'ouvraient pour faire : Pstf 1 Une fois exilées des galeries du Palais-Royal, les bergères d'Àraathonte tinrent bon, faute de mieux, dans les rues d'alentour ; M. Prudhomme en garde national, dit encore à plus d'une, après 1830 : — Permettez-moi de vous appeler Cypris... Courtoisie dont ne se plaignaient pas, rue Villedo, deux chefs de parties en renom : la q^anieLegrand, alors n° 10, et la Delille, que remplace au A une femme Legrand.
A ce dernier numéro près, unus mullorum, la rue Villedo s'est rangée, après un demi-siècle d'égarements, lesquels n'avaient plus pour excuse le besoin d'essuyer les plâtres.
On y rencontrait sous Louis XVI, à main droite, la manufacture de plomb laminé de Laurent et le bureau de Dufresne, agent de change ; à main gauche, l'hôtel d'Agoult. Le vicomte d'Agoult était sous-lieutenant aux gardes du corps, puis mes-
tre de camp, et son frère, évêque de Pamiers. Dans la suite, l'officier devint lieutenant-général et gouverneur du château de Saint-Cloud.
Une famille qui a beaucoup marqué dans les fastes de la chorégraphie, demeurait au n° 3, en 1771 : elle se composait deGardel père, ancien maître des ballets à la cour de Stanislas, qui ne dédaignait pas de figurer tout simplement à l'Opéra ; de Gardel aîné, danseur et maître des ballets au même théâtre; de Gardel cadet, doublure de son frère et figurant dans les chœurs delà danse; puis de M 116 Gardel, danseuse. Les représentations de l'Opéra avaient eu lieu pendant six ans dans la salle des Machines, aux Tuileries, pendant la reconstruction de la salle incendiée en 1763, entre le Palais-Royal et la cour des Fontaines. Gardel jeune, bien que déjà attaché au corps de ballets, prenait encore des leçons de violon et de latin : il avait 14 ans à peine. Homme de bonne compagnie par son éducation, il n'en grandit que mieux dans cet olympe de la chorégraphie mythologique, dont il devait écrire les derniers livrets et mimer le chant du cygne. Son frère mourut, et il lui succéda comme chef d'emploi, comme compositeur, comme premier maître à l'école de la danse : il habitait alors la rue Saint-Roch. Vers le même temps, M lle Houbert, dite Miller, passait premier sujet. Un jour, on alla jusqu'à dire de cette remplaçante de M Ue Guimard : « Elle est à la danse ce que la Vénus de Médicis est à la sculpture. » Gardel pouvait-il donc mieux faire que d épouser M lle Miller, en 1795? Les amis de leur maison étaient une société choisie. Peu de temps après les Cent-Jours, M. elM m6 Gardel se retirèrent tout à fait du théâtre;
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mais, depuis vingt années, Gardel dansait rarement, il se contentait de faire danser. Chef d'école débordé par des idées nouvelles, qui partout reniaient l'art classique , il n'en survécut pas moins un quart de siècle à son enseignement, et quelque huit ans à sa femme.
Guillaume et François Villedo, généraux des bâtiments du roi et des ponts ei chaussées de France, avaient acquis sur la butte des Moulins, le 24 décembre 1667, des maisons et une grande place. François Villedo avait assisté personnellement Louis XIV, le 17 octobre 1655, dans la pose de la première pierre de la colonnade du Louvre, en sa qualité de maître ès œuvres de maçonnerie. En conséquence, comment s'étonnerait-on que son nom ait été donné à un chemin tracé, dès 1639 sur un versant de la butte des Moulins? Toutefois, les frères Lazare en font honneur à Michel Villedo, avec le millésime de 1655. Un autre général des œuvres et bâtiments du roi avait porté ce nom et ce prénom, ainsi que son père, maître maçon d'abord, qui demeurait rue du Vert-Bois. Un des membres de ladite famille, mari de Marguerite Hanicle, abandonna, en 1683, à Jean Hanicle, architecte royal, un terrain entre les rues de Poitou et du Pont-aux-Choux, dont le quart lui avait été donné par le roi, et le reste vendu par deux valets de chambre du chancelier Boucherat. Michel Villedo, en homme de génie, avait proposé de former un canal entre le bastion de l'Arsenal et la porte de la Conférence, qui eût été un canal de ceinture, mais non pas un canal de l'Ourcq, et deux traités avaient préludé à l'exécution probable du projet, le 29 janvier 1636, le 3 octobre 1637, sous les auspices du père Jo-
seph, favori du cardinal de Richelieu et capucin, qui ne pouvait y pressentir que des commodités et non des avantages pour les religieuses qu'il avait établies au couvent des Filles-du-Calvaire. Mais tout en était resté là, par l'effet de la résistance opiniâtre de Claude deBullion, le surintendant des finances, qui en voulait au père Joseph. Sans l'opposition quand même de ce ministre. Villedo, aussi bien que Riquet, l'auteur du canal du Languedoc, méritait que la postérité lui érigeât une statue 1