‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 3)Chapitre 27 sur 66 · RUE TIRECHAPE · texte numérisé non relu

RUE TIRECHAPE

Tous les lundis, avant la grande révolution, les marchandes à la toilette tenaient un marché sur 'la place de Grève, au nord de l'Hôtel-de-ville ; on l'appelait marché du Saint-Esprit, à cause de l'hôpital dudit nom , fondé en cet endroit au xrv* siècle et démoli en 1798. La misère, la saisie et la mort aidant, jamais la place ne chômait de garde-robes de hasard, à vendre jusqu'aux dernières chemises; mais on y étalait aussi de riches toilettes, que la comédie, le souper et d'autres plaisirs avaient fripées la veille, la prudence et la coquetterie commandant de les renouveler au profit de l'amour, aux frais de la jalousie. Les marchandes du Saint-Esprit ne se contentaient pas d'attirer l'attention sur ce luxe de rencontre en débitant à qui voulait l'entendre - — Voici, ma petite dame, des dentelles qui ont coûté les* yeux de la tête à la présidente d'Hennin, et plus encore au président; voilà une robe de

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M Ue Duthé» qui sent son prince à quinze pas; cet éventail Tient d'une ambassadrice, et voulez-vous savoir, ma mie, qui a chaussé ces bas de soie? une princesse qui ne va jamais à piedl... On tirait par la manche, tout en parlant ainsi, on prenait par le bras chaque femme qui passait; on traitait la bourgeoise aussi familièrement que la grisette et que l'entremetteuse, afin de pousser chaudement à la vente. De nos jours, les marchandes du Temple s'y prennent-elles bien différemment pour arrêter tous les passants ? Dès le xm e siècle , n'en doutez pas, les fripières arrêtaient, comme à présent, les gens dont la mine -valait mieux que l'habit, pour leur en offrir un qui montrât moins la corde. La rue Ti rechape passe pour devoir son nom à leurs moyens coercitifs de faire des offres de service, qui réhabilitaient commercialement le procédé qu'une passion malheureuse avait discrédité jadis entre les mains de M me Putiphar. Le souvenir de cette chape-chute encourageait, il est vrai, d'autres femmes, aussitôt qu'il passait le soir quelque Joseph, à le tirer de même par son manteau, qui leur restait à défaut de sa bourse : maintes petites rues comme celle qui nous occupe furent bercées , en naissant , par de pareilles nourrices. D'autre part, on appelait tire-laim, au moyen âge, un voleur à la tire, et tire-chape en paraît très-fort le synonyme. Qu'on y ait de force habillé ou déshabillé les passants, deux des premières maisons de la rue Tirecbape ont été grevées d'une rente de 4 livres parisis, léguée en 1275 au chapitre de Notre-Dame, par Agnès, veuve de Jean Sarrasin, pour fonder son anniversaire. De'plus, un fief Ti rechape avait eu siège en cette rue, bien qu'elle dépendît en partie de celui

du For-aux-Dames , et ledit fief Tirechape se trouvait encore réuni à l'archevêché de Paris en 1789.

En 1672, Etienne Sallé était propriétaire au coin de la rue Saint-Honoré ; il tenait, sur la rue Tirechape, à Magdeleine Porcher, veuve de Claude Amant, qui tenait de même à Barbe Duménil, veuve de Nicolas de Pugny. Quelque vingt ans plus tard, les deux maisons faisant angle sur ladite rue Saint- Honoré, c'est-à-dire les n 0B 23 et 28 actuels, appartenaient: la première, qui portait l'enseigne du Grand Monarque , à Julienne d'Àssy, veuve de Robert, et l'autre à Noblet, secrétaire du roi, du chef de sa femme, née Contenot. La rue ne comptait pas moins de 38 maisons. Il y en avait une à deux portes, qui servent aujourd'hui de passage à l'impasse des Bourdonnais, par l'allée d'un marchand de vin, à l'enseigne du Panier-Fleuri. Or, sous le règne de Louis XIV, un gros traiteur, ayant nom Bédoré, était établi dans la rue à l'image du Petit-Panier, et le traiteur Baron avait, tout près, des pratiques qui regardaient plus à la dépense.

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