‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 3)Chapitre 29 sur 66 · RUE GEOFFROI-LANGEVIN · texte numérisé non relu

RUE GEOFFROI-LANGEVIN

Pruderie de Voltaire. — Étymologle des «rots premières lettres du S»»t CUL«DB-iAC.- M. «coffrel-Lensevla.- Le* dames de Salnte- Areye* — M. de le Taraigne et ses voisine, rers llto. — M. simon- Lefrane* — M. de Mesme* et ses voisins, sons fleuri IV. — M» de ■eletenea. — i/a»»é de la flletterle.— Lerfllilère. -Chanlalre.

Voltaire, bien qu'il dépassât souvent tous les historiens de Paris par le sans-gêne de ses expressions, blâmait l'emploi du mot cul-de-sac; il y substituait le mot impasse, en affichant une fausse pudeur dont le masque, pour 'nos édiles, tient encore bon ; il exagérait à plaisir une incongruité dont, à la vérité, on ne s'est effarouché qu'après: bref ce grand homme ne craignait pas d'écrire que l'objet désigné parle substantif dont il requérait magistralement la condamnation, « ne ressemblait pas plus à un sac qu'à un cul. » Rabelais eût exprimé assurément l'avis contraire, sans reculer devant les mêmes images. D'autres écrivains moins illustres ont confondu avec la rue Geoffroi-Langevin un cul-de-sac y ayant donné au xiii* siècle , et tel était son nom qu'on aurait évité un pléonasme en recourant, par anticipation, au synonyme voltairien, pour dire: Voici l'impasse Cul-de-Pet. La rue elle-même avait eu pour parrain Geoffroi (dont la famille était de l'Anjou) avant l'année 1273.

Dix années après, Jean Séquence, chevecier de Saint-Merri, achetait rue Sainte-Avoye et rue Geoffroi-Langevin une propriété, avec un oratoire sous l'invocation de sainte Avoye: cette

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sainte avait été prieure de Mécré , ordre des Prémontrés, diocèse de Cologne, vers la fin du siècle précédent. Les chanoines de Saint-Merri, dont la censive seigneuriale embrassait, dans lesdites rues, des terrains qui s'étaient détachés de leur domaine, en rachetèrent une autre portion Au moyen de cette annexion, Jean Séquence établit, en 1293, une communauté de veuves dites les Bonnes femmes de Sainje-Avoye, près la porte du Temple. De leur maison ont fait partie et le n° 4, dont la porte cochcre est condamnée rue Geoffroi-Langcvin, et le n° 6, qui a changé d'aspect : ces deux propriétés maintenant ouvrent sur la rue de Rambuteau. Les membres de la communauté, après y avoir été au nombre de 40, n'étaient plus que 9 lorsque M 8 " 6 Sainte-Beuve, née Luillier, veuve d'un conseiller au parlement, et M. Gui Houissier, curé de Saint-Merri, leur proposèrent d'embrasser la règle de saint Augustin et les constitutions des ursulines; cette dame leur offrait aussi 1,000 livres de rente. Ayant consenti, le 10 décembre 1621 , à la substitution, les Bonnes femmes accueillirent, le mois suivant, des ursulines de la rue Saint Jacques, dont elles prirent l'habit. La combinaison réussit à ce point que, pendant un siècle, des agrandissements successifs témoignèrent d'une prospérité * toujours croissante chez les filles de Sainte-Avoye. En cette rue Geofîroi elles acquéraient : une maison de M. Feydeau, dans le courant de l'année 1627 ; une autre de la succession Pellerin, en 1631; une autre, à l'enseigne du Pied de- Biche, de M. Richer, notaire, en 1646 ; une autre de M. Poulet, auditeur des comptes, en 1659; encore une de M. Réné de Verdun, avocat, en 1662 ; une autre enfin de M. Joseph de laVaraigne,

lieutenant général des eaux et forêts, en 1719. A cette date, voulez-vous connaître les dignitaires du couvent? RR. DD. Elisabeth Petit de Saint-Ignace, supérieure; Jeanne-Marie Guyenet de l' Ange-Gardien, assistante; Marguerite Armedé de Saint-Anastase, zélatoire; Geneviève Desqueux do la Conception, Judith-Marie de Mesmes de la Nativité-de-Jésus; Marie- Angélique d'Herbigny de Sainte-Thérèse, et Marie-Gabrielle Alexandre de l'Enfant-Jésus. La pension d'éducation était de 500 livres par élève, et les élèves ne manquaient pas. Le curé de Saint-Merri avait gardé les droits fondamentaux de ses prédécesseurs dans la direction de cette maison religieuse, et chaque année, dans l'église paroissiale, les ursulines de Sainte- Avoye faisaient présenter à l'offrando , le jour de la fête du saint, un écu d'or adhérant à un cierge qui pesait une livre.

Ainsi les dépendances du grand couvent de la rue Sainte- Avoye prenaient de la nôtre la moitié d'un côté. M., de la Yaraigne vendait à M lle Marie Eudes, fille majeure, une maison contiguë, et les héritiers de M. Lecat étaient propriétaires sur

la même ligne, au coin de la rue Sainte-Avoye, présentement ajoutée à la rue du Temple. L'angle d'en face appartenait à M. Titon de Villegenoux, seigneur de Jansac, inspecteur général des magasins d'armes du roi. De ce côté-là, mais plus loin, une maison occupée par M. Chaufourneau , maître de musique, était laissée, vers la même époque, par M. Nicolas Lescot, docteur en Sorbonne , à ses neveux; M. de Faverolles en possédait une autre, et M me Mariage, le 5, dont la façade étroite et haute est encore coiffée d'un toit en forme d'accent circonflexe.

Le 1, à porte gigantesque, fit partie originairement d'une yaste propriété, dont rentrée principale était rue Simon- Lefranc , et qui comprenait trois maisons. Elle n'aurait été rien moins, pour commencer, que le château du parrain de cette rue parallèle, d'après une tradition purement orale, qui ne présente rien que de vraisemblable. Nous ne citons pourtant avec certitude, comme ayant habité l'hôtel , que M. de Mesmes , sous Henri IV; M. Essaim, valet de chambre du jeune roi, sous la régence de Marie de Médicis, et un ou deux magistrats au xvtn 6 siècle. Ledit M. de Mesmes y succédait sans doute à son père, le surintendant de la reine Louise de Lorraine, qui avait négocié avec les protestants une paix aussi boiteuse que les prières des héros d'Homère : il était, lui, le conseiller d'Etat en faveur de qui la terre d'Âvaux s'érigea plus tard en comté.

Passons maintenant au 17, pour admirer son diadème de mansardes, puis les balustresqui, comme une fraise montante, y garnissent un escalier. A-t-on gravi ces marches d'un pas léger pour pénétrer chez la belle Gabrielle? Faut-il encore que nous prêtions l'oreille au bruit qui s'en est répandu tout doucement, comme une indiscrétion? Dans tous les cas, la première crémaillère n'a pas été pendue en cet hôtel par M. Jean- Paul, seigneur de Ma intenon, qui le vendait, de compagnie avec deux maisons con ligues, le 15 octobre 1698, à M œe Françoise Sol u, épouse non commune en biens de M. François le Juge, écuyer. Mais qui diable se permettait de taire ainsi son nom de famille, pour se parer encore de celui d'une terre que Louis XIV avait achetée et donnée, nombre d'années aupara-

rant , pour faire oublier les deux noms .que portait jusque-là M m * de Maintenon? Probablement le droit en avait été réservé pour un des vendeurs, les rejetons et successeurs de Louis d'Angennes. Au milieu du siècle suivant, l'abbé Réné de la Bletterie, historien et littérateur, logeait à l'ancien hôtel de Maintenon. Il avait cessé d'enseigner à l'Oratoire la rhétorique et l'histoire ecclésiastique, à cause d'un nouveau règlement sur les perruques qui contrariait ses goûts, ses habitudes; d'ailleurs, il était professeur d'éloquence au Collège de France et membre de l'Académie des inscriptions et belleslettres.

Au 3, enfin, si ce n'est pas au 7, Nicolas Largillière, le célèbre peintre de portraits, se fit un hôtel à sa guise d'un cidevant jeu de paume, qui comportait déjà deux petites maisons, avec jardin, avec seconde entrée rue Simon-Lefranc, et qu'il avait acquis, en 1713, de M. Charles Benoît, conseiller honoraire au parlement. Largillière y forma un cabinet de peinture, qu'on ne visitait pas le dernier si l'on passait en revue les curiosités de Paris. Il mourut à l'âge de 90 ans, dans celte maison, qu'il laissait à son fils, conseiller au Chàtelet. Sous l'Empire, y demeurait le géographe Chanlaire, auteur et éditeur de V Atlas national.

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