‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 3)Chapitre 4 sur 66 · RUES DES GRÈS ET SAINT-ÉTIENNE-DES-GRES · texte numérisé non relu

RUES DES GRÈS ET SAINT-ÉTIENNE-DES-GRES

Le rartoir-aai-Bourgcoiii.— Le Collège de Llsleui.— Saint- Kl Icnnedeo-»rèo.— Le Collège des Ctaoletn.— Le Couvent des Jacobin».

Le greffier en chef de la ville de Paris, sitôt qu'il entrait en fonction, rendait foi et hommage au roi, dans la tour de Jules- César au Grand-Châtelet, à cause des cens portant lods et ventes, sur cens et gros cens, dus au domaine de la Ville, dans les fiefe du Parloir-aux-Bourgeois et du Franc-Rosier. Jusqu'à la suppression définitive de tous les fiefs, chaque greffier eut à faire ledit aveu et dénombrement, au nom des prévôts et échevins, bien qu'en sa qualité d'homme vivant et mourant ; et, en effet, M. Veytard remplit cette formalité en devenant dépositaire des actes de l'édilité parisienne, le 30 août 1784, comme son prédécesseur Taitbout n'avait eu garde d'y manijifër le 11 avril 1755. L'un des deux fiefs tirait son nom du Parloir-aux-Bourgeois, ancien siège de la justice et du conseil de la Ville, situé entre les rues Saint-Jacques et de la Harpe, dans l'enclos du couvent des jacobins. D'autre part, le collège de Lisieux relevait de deux censives différentes, celle de l'abbaye de Sainte-Geneviève et celle des religieuses de Longchamp, alors qu'il occupait l'emplacement de l'école de Droit, dont Soufflof dessina le plan en 1764. Ce collège disposait là de deux hôtels, que Pierre Bournaseau avait acquis le 9 août 1372, et qui alors tenaient d'une part au jardin de l'abbaye, ainsi qu'au jardin qui fut M. de Mornay, d'autre

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part à la maison de Charonton et à son jardin, et par derrière à l'enceinte urbaine. Or, les abbés et religieux de Sainte- Geneviève avaient coutume, en ce temps-là, de marquer les limites de leur justice et seigneurie au moyen de grès, comme il y en avait un près de Saint-Julien-Ie-Pauvre. Deux de ces pierres déliraitatives flanquaient une autre église, sise entre les jacobins et le collège de Lisieux, c'est-à-dire Saint- Étienne-des-Grès. Le clos du Parloir-aux-Bourgeois avait été voisin du clos Saint-Étienne-des-Grès, et ce dernier avait été un fief. Un seigneur des Grez pouvait bien n'avoir dû son titre qu'audit clos cultivé en vignes et pôiirvu d'un pressoir du roi. Que les porteurs de ce nom eussent tenu du roi, ou bien au nom du roi, le fief qui se trouvait réuni au domaine, toujours est-il que Jean de Chatainville avait vendu à l'évêque de Paris, en Tannée 1231, des vignes du même clos, originairement plus étendu, et que Henri I er en avait donné trois arpents, deux siècles auparavant, aux chanoines qu'il autorisait le chapitre de la cathédrale à établir à Saint-Étienne-des-Grès.

Cette église, dont on attribue la fondation à saint Denis, avait été brûlée par les Normands; ses biens dans les pays chartrain et blésois avaient facilité la reconstruction. Une confrérie de la Sainte-Vierge y fut érigée au xv e siècle, dansla chapelle de Notre-Dame-de-Délivrance, où, plus tard, saint François de Sales s'en vint prier chaque matin, pendant le cours de ses études. L'église, tout en ayant sa grande porte rue Saint-Jacques, s'élevait me Saint-Étienne-des-Grès; son édifice peu remarquable ne tenait pas beaucoup de place. On la vendit en 1792, le 16 et le 17 avril, et le marteau en eut

bientôt raison. On voit seulement de nos jours, à l'angle des deux rues susnommées, l'ancienne habitation des membres du chapitre. Ils étaient onze chanoines, pins un chefeier, tous à la nomination de deux chanoines de Notre-Dame ; ils n'avaient à nommer eux-mêmes que le chapelain de leur collégiale.

Le collège des Cholets , fondé en 1281 et réuni en 1678 à Louis-le-Grand , était à l'encoignure de la rue Saint-Etienne et d'une rue qui donnait en face du collège de Lisieux. Le 22 avril 1387, Nicolas Jonglet, prêtre et maître es arts, avait donné aux boursiers des Cholets une maison à l'enseigne du Miroir, vis-à-vis la petite "porte de l'église; et vers le même temps , Raoul Desmarets avait gratifié le même collège d'une maison contiguë, à l'image du Sabot. En 1730, le Miroir et le Sabot firent place à une maison plus grande, qu'on retrouve près du mur actuel de Sainte-Barbe , et laquelle était prise à bail, vingt ans après sa construction, par Ansion, marchand de dentelles, moyennant 1 , 600 livres de loyer, plus 13 livres 1 6 sols pour les boues et lanternes , et 6 livres pour la vidange. Des bourses étaient encore entretenues par le revenu des biens de la fondation des Cholets.

En dehors de l'enceinte de Philippe-Auguste était l'hôpital du doyen de Saint-Quentin, avec sa chapelle de Saint-Jacques, qui donna son nom à la rue et, par dérivatif, à des religieux de l'ordre de Saint-Dominique qui s'y étaient installés pour prêcher, les premiers qui furent dits jacobins. Louis IX leur avait donné deux tours dépendant de ladite enceinte et l'ancien Parloir-aux-Bourgeois, avec une nouvelle église; maisilsavaient encore, hors de la ville, un clos, un cimetière et des con3truc-

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tions (en regard du clos Saint-Étienne-des-Grès, que dominait le clos des Poteries), lorsqu'il fallut leur démolir un dortoir et une infirmerie, pour creuser un fossé au pied du mur ; Charles V et Louis XII les en indemnisèrent par d'autres concessions. Le cloître fut reconstruit en 1556, et déjà florissaient dans le même monastère les écoles de Saint-Thomas, ouvertes par le père Binet. Les jacobins, fougueux ligueurs, élevèrent en plein air, au beau milieu de leur cloître, une chaire redoutable, et, pendant les troubles de la Fronde, la populace se rua dans l'école enseignant la théologie pour y frapper de trois coups de poignard le portrait de Mazarin. Une confrérie du Rosaire, dont firent partie Louis XIII et Louis XIV, était l'oeuvre des jacobins. Aussi bien leur église renfermait plusieurs tombeaux de rois, reines, princes et princesses de la famille royale, dont voici les noms : Charles de France, comte de Valois, chef de la branche de ce nom ; Charles de Valois, comte d'Alençon ; Agnès de France , fille du duc de Normandie ; Louis de France, comte d'Evreux ; Robert de France, comte deClermont; Louis 1 er , duc de Bourbon; Marguerite de Bourbon, fille de Robert de France ; Pierre, duc de Bourbon et comte de la Marche; Louis III, fils de Louis II ; B. de Bourbon, fille de Louis 1 er ; Anne de Bourbon, fille de Jean 1 er . A cette église étaient aussi confiés les cœurs de Philippe le Hardi et de Charles le Bel, rois de France ; de Philippe III, roi de Navarre, et de Charles de France , roi de Naples ; les entrailles de Philippe V et de Philippe de Valois, rois de France. Le critique Jean Passerai avait été inhumé aux jacobins, et , bien avant lui, Jean de Mung, dit Clopine!, continuateur du Romande la Rose,

celui-là qui n'avait pas craint de dire en face aux femmes de son temps :

Toutes vous êtes, ou vous fûtes.

De fait ou de volonté, putes.

Que reste-t-il , à l'heure que voici, du couvent tant de fois séculaire? Un des côtés de sa principale porte, à l'angle des rues Saint-Jacques et des Grès; plus un assez grand corps de bâtiment, rue des Grès, n 08 12 et 14, lequel se reliait par un pont au bâtiment du réfectoire, dont la place est en regard, même rue. Si l'aile encore debout ne comportait avant 89

• que des cellules, c'est que les 16,000 volumes et les manuscrits de la bibliothèque des jacobins étaient casés au-dessus du réfectoire, ou mieux à l'école Saint-Thomas, encore plus

> voisine du collège de Cluni, et qu'une porte latérale mettait en communication directe avec la Sorbônne par la rue de Cluni. Entre cette école et la porte de derrière, qui donnait rue de la Harpe, les infirmeries occupaient une construction à tourelles, dans laquelle notre siècle a vu se succéder nne caserne de pompiers, la prison des jeunes détenus, un quartier de garde municipale et une école communale. Depuis peu, cette maison gothique si pittoresque a disparu, et, avec elle, près d'elle, nous avons vu tomber un des bastions de Philippe- Auguste, qui avait fait partie du Parloir-aux-Bourgeois avant d'appartenir aux religieux. A notre avis, l'ancienne infirmerie des jacobins et la tour ayant dépendu de l'enceinte du xii* siècle, voire même le joli clocher de la chapelle des écoliers de Cluni, étaient des monuments à conserver, comme des anti-

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quités infiniment plus nationales que les ruines du palais des Thermes ; malheureusement les voies romaines du nouveau Paris n'y trouvant pas leur compte , il fallait leur faire table

rase.

Du côté de la rue Saint-Jacques, le monastère donnait plusieurs maisons en location à des particuliers. Derrière les«Htes maisons était son cloître, longeant l'ancien mur de la ville, et son église, séparée par une cour du corps de logis qui survit. Comme l'église tombait déjà en ruines sous Louis XYI, on célébrait la messe dans l'école.

Le passage dit des Jacobins était public pendant le jour. Le ministre Laplace en a fait la rue des Grès, Tan vin, peu de mois après l'aliénation des bâtiments conventuels , dont une partie seulement fut rachetée, en 1814, pour loger les sapeurspompiers.

SOUS NAPOLÉON Ml.

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