QUAI DE LA TOURNELLE
l/hètel du Palm. — Lei^ d'Artol». — L' hôtel tfe Bar. - l^) danseur Kloitdi. — H. de nesmond. — Mme de IMlramlon. — Le« mlraniionea. — Mme de !%c*mond. — La rue devenue quai. — Le président Rolland. La noite à [Perrette. — M* de Ciermont-Tounerre. — M* Leroy de suint-Arnaud.— Le eoebe de Fontainebleau. — Le port. — La|porte Natnt-Kernard.— Le ebnteau de la Tournelle.— Le 3 «eptcnibre %3»«
Non loin d'une petite rue au Pain, qui donnait rue Traversée et rue Saint- Victor, l'hôtel du Pain ne se trouvait-il pas, en vérité, des mieux placés? Il s'élevait même sur l'ancien clos de Garlande, dont une partie avait été donnée en fief par l 'abbé de Sainte-Geneviève, sous Philippe-Auguste, à la femme <le Mathieu de Montmorency. Plusieurs membres de celte famille se trouvèrent investis, comme grands panetiers de France, «le la maîtrise impliquant le droit de justice sur la boulangerie de Paris, et aussi, pour toutes les affaires concernant la
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discipline et les statuts, sur toutes les auties communautés de boulangers du royaume. Mais l'hôtel dont nous vous parlons Me fut pas érigé en chef-lieu de cette juridiction par un Montmorency. Le chapitre de Saint-Victor avait cédé à l'abbaye de firon, du temps de saini Louis, un droit de cens sur le terrain, pareillement grevé au profit de l'évêché de Paris, et la maison elle-même avait appartenu aux religieux de Tiron, à Févêque de Paris et à celui d'Arras, avant de passer à Robert de Mahaud, grand panetier sous Philippe le Bel.
Robert III, comte d'Artois, en hérita; mais, moins heureux dans le comté d'Artois, que sa tante Mahaud avait apporté enmariage à Olhon, comte de Bourgogne, il perdit contre elle un procès en revendication. Comme fiche de consolation, cet époux de Jeanne de Valois, fille de Charles de France, comte de Valois, reçut de Philippe VI, dont il soutenait d'abord les droits contre les prétentions du roi d'Angleterre, la terre de Beau mon l-le-Roger„ érigée en pairie. Néanmoins le plaideur malheureux revint à la charge, et cette fois il produisît despièces dont on ne tarda pas à reconnaître la fausseté. On. l'accusait en même temps d'avoir empoisonné sa tante et d'avoir voulu faire assassiner le roi. lise déguisa en marchand pour se sauver en Angleterre, où Edouard 1H le reçut à merveille ; puis il débarqua en Bretagne, à la tète de 10,000 hommes, avec les titres de comte de Richemont et de lieutenant du roi d'Angleterre, pour combattre en faveur de la maison di; Montfort contre celle de Blois, que défendait Philippe VJ. JJes suites d'une blessure, en 1343, ce comte d'Artois passait de vie à trépas; mais il avait eu le temps de faire jurer à Edouard
(qui avait déjà repris, à sod instigation, le titre de roi de France) que sa mort serait vengée : représailles posthumesqui durèrent un siècle, malheureusement pour le royaume de France !
Le comte de Boulogne, sous Charles V, disposait de l'hôtel du Pain , et les ducs de Lorraine en firent l'hôtel de Bar, dont s'arrangèrent les ducs de Montpensier, puis différents particuliers, au nombre desquels nous remarquons Despaisse, avocat du roi, et Blondi, fameux danseur de l'Opéra. Ce maître «le ballet, chef d'école, interdisait à ses élèves l'étude de son art dans les livres. Est-ce que les livres, effectivement, ne travestissent pas la chorégraphie en manière de science algébrique, où des lettres de l'alphabet représentent les grâees, comme des quantités, depuis le traité tout spécial dû à Tboinot Àrbeau, chanoine de Langres, vers 1588, jusqu'à Y Encyclopédie de Diderot et de d'Alembert?
Mettons x pour l'époque à laquelle se divisa l'hôtel de Bar, où se trouvait un jeu de paume. Le principal corps de bâtiment avait été restauré pour François-Théodore de Nesmond, président à mortier , surintendant de la maison du prince de Condé. Pendant les guerres de la Fronde, ce nouveau venu s'était montré passablement habile dans ses négociations avec les Parisiens, au nom du roi, et à la même époque M™ de Miramion, qui n'était pas encore sa voisine, avait fait preuve du plus grand dévouement, en pansant des blessures, en distribuant des secours, en vendant diamants et vaisselle, pour procurer du pain aux affamés.
Fille du financier Bonneau, orpheline à 15 ans, et veuve. Tannée suivante, du magistrat Beauharnais de Miramion, qui
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la laissait enceinte dune fille, M rae de Miraraion n'avait échappé que par une défense héroïque, deux ans après, à un autre malheur auquel sa beauté l'exposait. Le comte de Bussi- Rabutin, comptant trop sur sa bonne mine pour s'attendre à une résistance qui ne fut pas feinte, avait osé faire enlever la jeune vejuve à la faveur des premiers troubles; mais il n'avait pas même obtenu, en la gardant enfermée pendant 38 heures au château de Launoy, qu'elle y prît la moindre nourriture. L ue délicatesse relative, plutôt que des remords ou des craintes, avait fait lâcher prise au ravisseur, qui ne se tira ni sans peine ni sans frais des poursuites exercées par une parenté, à laquelle n'était pas offert ou ne convenait pas le seul genre de. réparation usité entre gentilshommes. Mais la frayeur avait rendu malade l'héroïne de l'aventure, pour quelque temps retirée chez les sœurs grises, et depuis elle avait fait vœu de chasteté, avant d^étre âgée de 20 ans, le 2 février 1649. Sa fille, en 16(>1, épousa Guillaume de Nesmond, à qui son père awu'i cédé au parlement son siège présidentiel.
La conclusion de ce mariage permettait à M n,b de Miramion de fonder personnellement une petite congrégation, dite la Sainte-Famille, qui ne se composait encore que de G membres, au quartier Saint-Antoine, mais qui se rapprocha avant peu de Saint-Nieolas-du-Chardonnet. Une autre communauté, sous le nom des filles de Sainte-Geneviève, avait été établie moins récemment par M 11 * Blosset, à l'angle de la rue des Boulangers et de la rue des Fossés-Saint-Victor. Féret, curé de Saint-Nicolas, était le supérieur des deux inslilulions, et l'on ne se vouai {;as moins dans l'une que dans l'autre, sans prise d'habit, a
la visite des malades, à la préparation des médicaments et à la tenuedes petites écoles. La fusion s'opéra avecfacilîté. M me de Miramion avait acquis une maison bâtie ou refaite pour Martin, riche partisan, proche l'hôtel de Nesraond. et une maison de campagne à Ivry ; elle en gratifia la communauté, qui, de plus, acheta80,0001ivresdeM.deNesmond. évêquedeBayeux* et de ladite fondatrice, une propriété contiguè. Les miramiones, filles de Sainte-Geneviève, continuaient à distribuer onguents, emplâtres et juleps, comme à faire pratiquer des saignées gratuitement ; mais elles reçurent, outre des enfants pauvres, de jeunes pensionnaires pour lesquelles on payait de 4 à 500 livres par an. Des retraites de quelques jours avaient lieu périodiquement dans la maison : deux fois par année pour les dames, à la disposition desquelles 50 cellules étaient mises, et quatre fois pour les femmes, plus nombreuses, qui y prenaient pendant les jours de retraite leur nourriture, sans la payer, mais qui retournaient chez elles tous les soirs, fût- ce à la campagne, pour revenir le^lendemain matin. La supérieure desmiramiones avait aussi fondé l'institution du Refuge à Sainte-Pélagie ; de plus, le séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet avait participé à ses libéralités. Les maisons religieuses ne s'en ressentaient pas seules ; mais il faut dire que M me de Maintenon et Louis XIV, à l'occasion, s'associaient à ses bonnes œuvres. Elle avait consolé M mo de Montespan, et Saint-Cyr lui était ouvert, un jour, entre autres, où I on jouait Esther. Un autre jour, le 2-4 mars 1696, M m * de Miramion mourut en telle odeur de sainteté que M nu ' de Sévigné écrivait à M. de Coulange : « Pour M ,n " de Miramion, celte mère de l'Kglise, ce sera une
perte publique. * M mc de Sévigné honorait d'autant plus la mémoire de cette femme vertueuse qu'elle connaissait à fond son Bussi-Rabutin I
M me de Nesmond eut moins d'esprit que sa mère, mais plus de vanité ; c est la première femme de magistrat qui fit graver en lettres d'or le nom de son mari sur une porte, où aujourd'hui encore nous lisons : Hôtel ci-devant de Nesrnond. Le temps ne manqua pas à cette présidente pour tourner à la dévotion; elle mourut, en effet, centenaire et directrice en titre des séminaire et communauté des sœurs hospitalières de la Providence, rue de l'Arbalète. La direction de la Salubrité occupait encore son hôtel au commencement du présent règne, et on ne prépare que plus en grand de quoi faire des potions et des emplâtres dans l'ancienne maison des miramiones, devenue pharmacie centrale des hôpitaux.
Il fallut abattre, en 1738, trois des maisons de la rue du Pavé-Saint-Bernard ou de la Tournelle, prolongeant celle des Grands-Degrés, pour que les filles de Sainte-Geneviève demeurassent réellement au quai de la Tournelle, autrement dit des Miramiones, antérieurement port Saint-Bernard. C'est encore sur la rue des Grands-Degrés que donnait à ladite date une maison, avec la Tournelle pour enseigne, et elle appartenait à Lecamus, ancien major des gardes de la Ville, qui succédait à Passart, maître des comptes, et précédait le chevalier deCreih le marchand de vin Bonnet , le rôtisseur Cormiolle ; celte maison était pourtant située entre les rues de Bièvre et des Bernardins, vis-à-vis les grands degrés, et à côté d'une maison à Lavit, marchand de chevaux. La rue de la Tournelle finissait
au coin de la rue des Bernardins/qui devait sa dénomination, ainsi que la porte Saint-Bernard, au collège des Bernardins.
Le président Rolland, dont l'ancienne résidence est désignée par une inscription, s'appelait aussi d'Erccville. Grand ennemi des jésuites, il ne se contenta pas de coopérer chaudement à leur proscription ; il s'attacha ensuite à les flétrir, comme il les avait combattus, et publia un Plan d'études essentiellement janséniste. Les parlements, en s'emparant alors de l'instruction publique, ne se faisaient encore qu'une idée incomplète des coups d'État qui s'emparent des parlements. Nul aussi bien que Rolland n'avait poussé à la suppression des petits collèges ; il fit donc partie du cortège qui les enterrait décemment. Le bureau d'administration de leur temporel se composait ainsi :
M. de la Roche-Aimon, prince du sang, premier duc et pair, archevêque de Reims, grand aumônier de France, et, en cette dernière qualité, président du bureau ; l'abbé Terray : le président Rolland; Roussel de la Tour; Cochin ; de Samfray ; l'abbé Valette le Neveu; l'abbé Legros; Poan Lempereur; l'abbé Fourneau, grand-maître temporel ; Le Camus de Mézières, architecte du bureau.
Rolland fut disgracié avec ses collègues du parlement, en 1 77 1 , et il ne reprit ses fonctions qu'après le règne de Louis XV. Mais il ne savait plus à quel jésuite s'en prendre d une autre disgrâce qui fondit sur sa tête. Un oncle qu'il venait de perdre, M. Rouillé des Filletières, au lieu de confiera sa garde la flotte à Perrette, trésor commun du parti janséniste, dont il était dépositaire, avait légué ce dépôt, par testament, à d'autres
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personnes zélées pour la même cause! Le président atlaqua le testament; malheureusement il perdit. La bonne veine lui revint encore moins devant un autre tribunal, bien autrement impitoyable, en 1794. L hôtel Rolland était BouiTret, huit années avant cette dale.
Et en ce temps-là, un Clermont-Tonnerre occupait, sur h* même quai, une maison dessinée par (iabriel Leduc, que de nos jours habita un conseiller d État, maire de l'arrondissement, puis sénateur, M. Leroy de Saint-Arnaud, frère du maréchal Saint-Arnaud: elle porte le n" 2,7. A quelques pas, Brazier aurait fondé une maison de commerce pour les vins, en 1711 : nom et date relatés sur la devanture d'un successeur dudit Brazier. Un demi-siècle après, maître Henri, greffier en chef de la chambré des comptes, avait certainement son bureau au û\. Celui du coche par eau de Fontainebleau n'était pas loin; mais le service n'avait lieu que pendant le séjour de la cour en œtle résidence royale, et on donnait, pour faire le trajet en douze heures, 2 livres 10 sols. Un autre bureau encore percevait, mais du coté des iniramiones, les droits de la ferme générale sur les ardoises, tuiles et briques, à mesure qu elles se débitaient vis-à-vis, sur le port aux Tuiles, anciennement dit aux Mulets, où se déchargeaient pareillement des poires, des pommes, des marrons et autres fruits du (iàtinais. La halle au vin, que remplace un entrepôt beaucoup plus vaste, se trouvait au delà de laTournelle et de la porte Saint-Bernard.
Cette ancienne porte de la ville avait été rhabillée par Blondei pour passer petit arc de triomphe, alors que Louis XIV venait de supprimer un impôt sur les marchandises qui arrivaient
SOrS NAPOLÉON III.
de ce coté. La Tournelle, qui était tout près, avait dépendu également de l'enceinte de Philippe - Auguste et défendu le passage de la rivière. Vincent de Paul obtint que les galériens, au lieu d'attendre à la Conciergerie le départ d une chaîne, fussent placés au fort de la Tournelle, où des secours spirituels et temporels leuT étaient affectés par le donateur anonyme d'une rente de 6,000 livres. Déjà un dépôt de ce genre avait été établi près de Saint-Roch. dans une maison louée par Vincent de Paul, avant que le transport en eût lieu dans ce château fortifié. Le départ des chaînes pour Brest. Nocbefort, Marseille et Toulon ne s'effectuait pas plus de deux fois par an, le 2"> mai elle 10 septembre. La chapelle du fort était d'abord desservie par la congrégation de Saint-Lazare, que remplaça, en 1634, le curé de Saint-Nicolas, mais toujours avec le concours de Vincent. L'administration du temporel se trouvait dans les attributions du procureur général, et la nomination du concierge regardait le secrétaire d'État, qui avait la marine dans son département. Comme la fausse porte Saint-Bernard et la Tournelle n'existaient déjà plus au moment de la Révolution, les condamnés aui fers furent placés dans le ci-devant collège des Bernardins. Ils y étaient au nombre de 73, le jour où les septembriseurs n'en laissèrent échapper que 3.