‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 3)Chapitre 35 sur 66 · RUE SAINT-LOUIS-EN-L'ILE · texte numérisé non relu

RUE SAINT-LOUIS-EN-L'ILE

L'aie au moyen âge. — Christophe Marie- — te eh «pitre. - Les marchands de foin. — Le* fermiers. — L'enquête. — Lee ponts et les «vais. — roulletler et Le Regrattler. — Mm seigneurie. — Jean «le i .a grange. — E,e syndicat.— i.e chien de 11 ontargls — l/église.— Le» bétels et lea maisons. — Charles «le Valois. — Les psreheminiers.— Bulllard. — Le général Charton. — La Révolution. — Le prince Cxartortskl. — L'archevêque de *»arls.

En passant du quartier de la Tournelle au quartier Saint- Paul, par eau , on relâchait ordinairement dans Tune des deux îles dont la réunion forme l'île Saint-Louis. Un pont de bois y avait disparu, depuis le xiv e siècle, époque de sa construction. Les deux bras de la Seine, qui plus est, n'avaientils pas porté une double chaîne, en guise de bracelets? Cette barrière de la ville en pleine eau faisait ressembler la future île Saint-Louis à un forçat, avant que les galériens encore ne fussent au fort de la Tournelle. L'île, qui était bordée d'une ceinture de peupliers, servait parfois, au moyen âge, de théâtre à des fêtes publiques. Elle se laissa embrasser, après cela, par un double pont, que noble homme Christophe Marie, bourgeois de Paris, s'était engagé à bâtir, par un contrat en date du 16mai 1614. Dans cet acte, signé par Nicolas Brulart do Sillery, chancelier de France, qui stipulait pour le roi, avec l'assistance de Guillaume de Laubespine, Pierre Jeannin, Gilles de Maupeou, Isaac Arnault, Louis Dolle, membres des conseils d'Etat et privé, à Christophe Marie était faite la concession du terrain insulaire, pour le couvrir de quais, de rues et de maisons : les deux

îles à réunir s'appelaient Notre-Dame et aux Vaches. Mais les chanoines de la cathédrale y exerçant de longue date des droits difficiles à récuser, on ne pouvait, sans compter avec eux, remplir les engagements pris envers le concessionnaire. Le chapitre résistait d'ailleurs à l'exécution du contrat, sous prétexte que la sûreté de l'église métropolitaine et de l'hôtel épiscopal, à l'extrémité de l'île de la Cité, avait tout à craindre des constructions nombreuses qu'on se proposait d'élever dans l'île Notre-Dame. Cette considération seule, à ce que disaient les chanoines, leur avait fait refuser précédemment 50,000 écus et 800 livres de rente, qu'offrait le sieur Carel, les livrant en pure perte à la tentation d'aliéner les mêmes terrains. On leur opposait toutefois, à juste titre, que dès le 5 février 1542,- aux termes d'une conclusion capitulaire, M. Desvoisins, un chanoine, avait été chargé de solliciter l'intervention de M. de Paris, à l'effet d'obtenir du roi la permission, en faveur du chapitre, de transformer l'île Notre- Dame en un nouveau quartier de Paris.

Le fait est que la possession capitulaire, tout en paraissant remonter à l'année 867, avait été troublée par le corps de Ville à différentes dates : 1304, 1462, 1473, 1557. Louis XI avait reconnu aux chanoines le droit de confisquer, sur le territoire insulaire, le foin qu'on y débarquait pour le faire sécher au soleil; la prévôté de Paris, malgré cela, permettait aux marchands d'en étaler et d'en botteler, par sentence du 4 janvier 1609. Cette sentence était confirmée le 30 juillet suivant par un arrêt, qui condamnait le chapitre à souffrir cette servitude d'usage sur un espace où, de tout temps, avaient abordé et stationné les

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mariniers de la Seine. Comment le fermier du chapitre y trouvait-il son compte? Il tenait, le plus souvent lui-même, un cabaret, pour abriter au frais maints promeneurs qui débarquaient si librement l Bail avait été fait au mois de janvier 1591, tant pour Tîle Notre-Dame que pour celle aux Vaches, à Jacques Guchery, commis de barrière ; mais comme il y avait déjà plus d'une maison ou maisonnette de construite, la division était possible. Ledit fermier avait eu pour prédécesseurs:

Jehan Lchoux, marchand boucher; Mathurin Perrotet, charretier; Nicolas Baullurd, lequel payait 25 livres tournois par an, de 1561 à 15*70; Etienne Mutet, dont le loyer courait sur le même pied, depuis 1559; Etienne Pinot, manouvrier, 20 livres; Etiennette Desnoyers, veuve de Guillaume de la Perrelle, sous le règne de François I er ; Sanson Luillier, marronnier ( c'est-à-dire pêcheur sans permission) 14 livres en 1513, 10 en 1509, et Jean Blondel, 8 livres, même année.

L'enquête de mmmodo vcl inœmmixlo avait soulevé d'autres dificultés encore que l'opposition du chapitre. Des objections formulées après expertise avaient produit, dès 161 1 , un avis tout à fait contraire à l'exécution du projet. Mais ensuite d'autres experts s'étaient prononcés pour. En ce temps-là, avant d'ouvrir une rue ou de la fermer, comme on réfléchissait mûrement, comme on délibérait libéralement ! Prévôt, échevins, trésoriersgénéraux, maîtres ès œuvres des bAtiments du roi et de la Ville, s'étaient déjà transportés sur les lieux , en compagnie de marchands et de voituriers, ayant tous voix consultative, avant qu'on eût déterminé exactement l'emplacement des deux ponts; une visite nouvelle y ramenait dix notables, marchands

«t bourgeois, en présence des mêmes édiles, et c'est alors que « Tous unanismement ont esté d'asvis de laditte construction duditpont, comme ne se pouvant faire œuvre plus publique et plus nécessaire pour la commodité de tout le peuple et bien «le ladite ville, pourveû que lesdits pilliers fussent de pierres «t de bonnes étoffes. » Jusque-là il n'était question que d'un double pont de bois, en vue duquel on avait déjà fait des études et des commandes. Le bureau de la Ville avait octroyé à Marie, le 7 janvier 1613, la maîtrise dudit pont, avec autorisation d'y élever des maisons comme dans les deux îles. De plus, il pouvait être établi six moulins à eau, des étuves, des bains et un jeu de paume par l'adjudicataire privilégié. Mais ces concessions et d'autres, qu'il avait aussi obtenues, ne permirent pas aux travaux de s'achever dans le laps de six ans, que lui-même avait fixé comme suffisant. Louis XIII et la rëine mère posaient la première pierre du pont Marie avant la Un de 1014; puis les échafaudages du pont delà Tournelle firent pendant à ceux du pont Marie, et quant à la passerelle en bois que, dès 1617. on se disposait à jeter sur la Cité, elle eut beau se faire lentement, le procès intenté par les chanoines voisins n'aboutit que plus tard encore.

Poulletier, secrétaire de la chambre du roi, n'était devenu l'associé de Marie qu'après s'être chargé, dès l'année 1611, de la fourniture des bois nécessaires à l'entreprise ; les désordres de la guerre civile avaient fait perdre les deux tiers de 4,600 pieds de chêne, achetés par lui sur la frontière picarde 18,500 livres, et le reste n'arrivait à bon port qu'au moment où l'on exigeait des pierres de taille à la place de bois. Mauvais

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début pour la grande entreprise, dans laquelle Le Regrattier s'était également intéressé l

Le chapitre, de son côté, forme opposition, en 1616, et puis croyez-vous qu'il se tienne, quoique débouté, pour battu ?On lui présente encore, Tannée suivante, un projet qui convertirait Tîle Notre-Dame, si elle se retrouvait sous sa coupe, en un vaste magasin pour la Ville! I n arrêt du conseil d'État ordonne, en 161 8, que les chanoines jouiront de 1,200 livres de rente sur le domaine de Paris et qu'ils rentreront dans tous leurs droits de cens, lods et ventes, après les 60 ans de jouissance accordés aux entrepreneurs. Ceux-ci, quelques années après, interrompent les travaux, faute d'argent et de crédit; les commissaires du roi mettent en leur lieu et place Jean de Lagrange, secrétaire du roi, et le chapitre offre aussi, mais trop tard, d'achever l'entreprise aux mêmes conditions. L'impulsion rendue aux travaux par le nouvel adjudicataire est heureuse pour quelque temps; mais les autres se plaignent si fort d'avoir été mis à l'écart au moment le plus favorable, qu'ils finissent par reprendre le dessus. Les chanoines eux~ mêmes obtiennent 50,000 livres à titre d indemnité, plus 7,000 pour les frais, et les propriétaires des terrains insulaires acquittent cette contribution à raison de 3 livres par toise. Des lettres patentes transfèrent auxdits chanoines les droits réservés au roi par le cahier des charges, contre Marie, Lagrange et consorts. De plus, la justice du chapitre est reconnue dans ce quartier tout neuf, où il est défendu aux lieutenant civil et officiers du Châtelet d'empiéter sur la juridiction du bailli de la barre ca- k pitulaire, et à la même seigneurie reviennent décidément les

droits decensive, qui ne feroot retour au roi qu'au 1 er janvier 1684. Là finit un antagonisme, mais qui fait place nette à un autre. Les insulaires, mécontents du peu de solidité des ponts et des négligences qui retardent la formation définitive des quais, adressent, le 9 janvier 1643, une requête aux commissaires du roi, pour se débarrasser enfin d'une administration qui ne vise qu'à se perpétuer. Cette levée de boucliers est due à l'initiative de Denis Hébert, maître couvreur, que Poulletier a fait déguerpir tout récemment d'une place mal acquise, et ce dernier, en ripostant, énnmère ainsi les compères du principal plaignant:

Guillaume le père, naguère receveur du domaine de Paris, auquel est réclamée judiciairement une place, évaluée 15,000 livres, en échange de laquelle il n'a donné à Lagrange qu'un office de servent au Châtelet, en valant 800; — Simon Huguet, procureur* la chambre des comptes, qui redoute les mêmes recherches, pour un lot de 34,000 livres, payé ainsi la moitié de son prix ; — Antoine Lemarié, procureur au Châtelet, dont les 230 toises, achetées 55 livres la toise, devraient être cotées trois fois autant ; — Pierre Lemercier, confrère de Lemarié, contre lequel s'exercent des poursuites à fin de restitution des pièces de criée relatives à un autre lot ; — enfin Michel Guillaume, marchand, de qui il a fallu arracher, par le moyen extrême d'une prise de corps, le prix de 11 toises, généralement estimées te double de ce prix.

Les récriminations de maître Poulletier à rencontre de tels Peignants ne les empêchent pas d obtenir gain de cause. En ^o^équence, les intérêts communs des propriétaires de l'île son<5onûés à leur propre gestion, par la création de leur syn-

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