‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 3)Chapitre 37 sur 66 · RUE MONTMORENCY · texte numérisé non relu

RUE MONTMORENCY

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L avant-dernière maison à gauche est surtout amusante à voir de l'une des croisées qui font face : elle paraît l'agglomération désordonnée de plusieurs corps de bâtiment, dont le plus élevé s'appuie sur ceux de devant. Maisaui regards des passants elle dérobe le toit figurant un V renversé qui, si longtemps, la fit appeler maison du grand pignon. Aussi bien Germain Brice, qui ne la prenait pas pour une seule maison, écrivait-il : « A l'entrée de cette rue sont des inscriptions difficiles à lire et à entendre sur de vieilles maisons ; c'était autrefois un hôpital pour les passants, fondé par Nicolas Flamel. » Déjà vieilles sous Louis XIV, ces inscriptions elles-mêmes n'en feraient qu une. Seulement deux petites boutiques, peintes de deux couleurs différentes, se sont assimilé et partagé les pierres sur lesquelles restent gravées ces lettres :

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Le cimetière Saint-Nieoias était tout près: raison de plus pour se souvenir des morts ! Mais on peut douter que Nicolas Flamel et sa femme Pernelle aient eu le temps de donner suite au projet qu'ils avaient conçu d'établir un hospice dans leur maison de la rue Montmorency. Celle-ci fut laissée, avec leurs autres biens, à l'église Saint-Jacques-la Boucherie, mais à charge d'acquitter tant de legs particuliers qu'il ne fallut pas moins de sept années aux marguillicrs pour les remplir. On avait soupçonné Flamel de sorcellerie, parce qu'il se livrait à l'alchimie, et il passait, à cause de sa richesse, pour avoir découvert la pierre philosophale ; mais cet écrivain et libraire juré de l'Université de Paris, qui, de plus, tenait une école, n'avait fait son honnête fortune qu'au moyen de spéculations heureuses sur les terrains, et tous les Parisiens de la croire sans bornes, comme sa générosité!

Le parrain de la rue n'était autre que le grand connétable Mathieu de Montmorency. L'hotel qu'il y avait fait construire en 1215, resta aux premiers connétables de cette illustre race. L'i maréchal Charles de Montmorency, comme otage volontaire à la place du roi Jean, se trouvait retenu en Angleterre, quand le prêtre Velvet, muni de la procuration du captif, et pour subvenir à ses besoins, vendit l'hôtel à Rognes, sire de Hangest. Seulement, il ne faut pas croire, avec Sauvai, que les Montmorency n'en reprirent plus possession. Hangest avait été nommé

LES ANCIEN .NES MAISONS L)l£ FAKIS

panetier de France, le 11 février 1345, sur la démission du sire de Montmorency, puis créé maréchal de France par Jeanle Bon, et les gages de la paneterie furent augmentés en sa faveur; mais Charles VI en retrancha, quelque temps après, 5 sols prélevés sur chaque boulanger. La même résidence passa-t-elle à Guillaume de Ha ngest, prévôt de Paris, Philippe le Bel régnant ? Faire se pouvait. Toujours est-il qu'au xvi c siècle, le connétable Anne de Montmorency n'avait pas moins de quatre hôtels à Paris : l'hôtel de Montmorency, rue Sainte- Avoye, l'hôtel Hochepot, rue Saint-Antoine, l'hôtel Damville, à la Couture Sainte- Catherine, et celui qui n'avait sans doute été l'objet que d'une vente à réméré 200 années auparavant. Cet aîné de tous les hôtels Montmorency était donné par Anne à Charles, son troisième fils, capitaine de 50 hommes d'armes.

L'hospitalité y fut reçue par le poète Théophile, dont le frère, Paul de Viau, était maître d'hôtel du duc Henri de Montmorency, le petit-fils du connétable et le filleul de Henri IV. C'est aussi là que Théophile succomba, n'ayant pas plus de 36 ans, mais déjà exténué par des persécutions que les récidives satiriques de Boileau firent oublier, aussi vite que les productions poétiques de la victime. On l'avait accusé de lèse majesté divine et humaine, condamné par contumace à être brûlé vif, puis chargé de fers, et il n'était que lentement parvenu à faire commuer sa peine en bannissement de la capitale, avant d'obtenir grâce entière ; il avait pourtant conservé la fidèle protection du maréchal Henri de Montmorency, et touché, sans interruption, jusqu'à la pension que lui faisait le roi. L'acharnement des poursuites s'expliquait par le

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crédit de ses ennemis auprès du cardinal de la Rochefoucauld. Mais la conduite de Théophile laissait encore plus à désirer, sous le rapport des mœurs, que ses écrits, au point de vue religieux, bien qu'ils ne méritassent, en vérité, pas même l'honneur de la persécution. La renommée du poète n'était qu'à peine, de son vivant, obscurcie par celle de Malherbe, et il avait le pas sur Mairet, chez le duc, à Chantilli comme à Paris. « C'était, dit Voltaire, un jeune homme de bonne compagnie, faisant très-facilement des vers médiocres, mais qui eurent de la réputation ; très-instruit dans les belles-lettres, écrivant purement en latin ; homme de table autant que de cabinet, bienvenu chez les jeunes seigneurs qui se piquaient d'esprit et surtout chez cet illustre et malheureux duc de Montmorency, qui, après avoir gagné des batailles, mourut sur un échafaud. » La branche directe des Montmorency était tombée avec la tête du rebelle, et la confiscation avait frappé ses biens.

Les évêques de Châlons avaient vendu leur hôtel, en 1620, aux carmélites, dites de la rue Chapon. Le couvent de ces «lames englobait, avec ses dépendances, une dizaine de numéros de la rue Montmorency actuelle, entre les rues du Temple et Beaubourg, où il survit non-seulement d'ancipns bâtiments conventuels, mais encore des murs de cette église des carmélites où fut inhumée la duchesse de Longueville, et qui se transforma dans la suite en théâtre Doyen. Du même côté, plus près de la rue du Temple, donnait la seconde porte d'un hôtel de la rue Chapon, habité par M. le lieutenant criminel, avant la fin du règne de Louis XIV. Par conséquent, cette maison touchait, ou il s'en fallait de bien peu, h l'ancien petit hôtel

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