RUE DES GRAVILLIERS
Avec la cendre gravelée, on ne colore ni les peaux, ni les étoffes; mais on les prépare à recevoir la teinture. Cesi de la lie de vin séchée, puis calcinée. On en faisait usage près Saint-Martin-des-Champs, avant même que Paris ne
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détendît jusque là. Une rue aux Graveliers, que l'on y connaissait déjà en l'an 1250, se trouvait encore habitée sous le règne de Louis X par des tanneurs et des pelletiers, en même temps que par des maçons, des charpentiers, des chauciers, des couteliers et des orfèvres, sans compter le taunier Adam de Brou, sergent à cheval. Les historiens se bornent à rappeler qu'en cette rue, so as le règne précédent, un boucher s'appelait Gravelier; mais il ne faut pas oublier qu'à cette époque d'éclosion pour tant de noms patronymiques, l'œuf en était quelquefois le hameau, le quartier ou la rue que le ci-devant anonyme habitait.
On se contente aussi de qualifier propriétaire ce Jean Robert dont le nom passa vers 1710 à une portion de la rue des Gravilliers, entre les rues Beaubourg et Saint-Martin. Ne convient-il pas d'ajouter que ce parrain, farceur de son état en même temps que marchand de cirage, débitait par les rues encore plus de facéties et de calembours que de noir ? Assez d'autres ne broient que du noir ; mais ceux-là ne font pas fortune. En la rue Jean-Robert, alors qu'elle emprunta cette dénomination si populaire, 30 maisons et 7 lanternes faisaient suite directement aux 61 maisons et 13 lanternes de l'autre rue, plus fidèle à son nom du xm e siècle. Ces bâtiments, comme on peut s'en rendre compte, n'ont fait depuis lors que croître; ces réverbères n'ont fait qu'embellir.
Au n° 69 d'à présent, le grand hôtel d'Estrées garde su la cour une madone dans sa niche; il fut bâti pour un grand maître de l'artillerie de France, père ou grand-père
de la belle Gabrielle. On retrouve au 70 le petit hôtel du môme nom. L'un et l'autre nous reportent au bon temps des mansardes ; elles ne couronnaient alors que peu d'étages, et il ne tient qu'à nous d'en revoir deux au n° 37, qui sont à cheval l'une sur l'autre, et qui semblent si entichées de leur célibat respectif qu'on les ferait tomber en poussière plutôt que de les accoupler.
Le passage de Rome, qui répond de ce côté au n° 24, nous rappelle qu'une rue des Cordiers, puis du Puits-de- Rome, relia la rue du Temple à la rue Aumaire, où elle se réduisit ensuite à l'état de cul-de-sac. Le plan de 1652 marque tout simplement la place dudit cul-de-séc, maintenant passage, avec un seul mot, le mot : Rome.
Baletti, acteur de la Comédie Italienne, demeurait en 1761 vers le n° 30 actuel. Lebel, premier violon au môme théâtre, musicien ordinaire du roi, habitait la même rue vingt ans après. Le chimiste Cadet de Vaux y avait, à la même époque, sa pharmacie, qu'il vendit, afin d'appliquer plus librement, par ses expériences et ses écrits, la chimie aux besoins ruraux et domestiques. Cette officine portait le n° 16. Mais alors le n° 1 faisait le coin de la rue Transnonain, et le n° 2 suivait, sans changer de côté; Arbinet, serrurier notable, occupait le n° 14, et rivalisait avec Georges, établi n° 27 ; les angles de la rue du Temple portaient les chiffres 46, 47, et Naturali, banquier, habitait le n° 84.
Ce dernier numéro est assez élevé pour faire croire que la rue Jean-Robert, ne se distinguait déjà plus, sous
Louis XVI, de celle des Gravilliers. Toutefois, MM. Lazare ne rapportent ce rapprochement qu'à Tannée 1851. Ils racontent en même temps que, le 4 germinal an xii, Joyaut, Burban et Dutry, compromis avec Georges Gadoudal, furent arrêtés au n° 24 de la rue Jean-Robert, depuis lors n° 88 de la rue des Gravilliers.