‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 3)Chapitre 42 sur 66 · RUES DU RENARD · texte numérisé non relu

RUES DU RENARD

Deux rues ajoutent à cette dénomination celle de leur quartier respectif : Saint -Merri Tune, Saint -Sauveur l'autre.

Dans celle-ci, l'enseigne patronymique du Renard distinguait encore, sous Louis XIV, une maison appartenant à M lle Hardy, avec entrée principale rue Saint - Denis : là se trouve aujourd'hui le passage du Renard. Le duc de Goislin occupait les n os 5 et 9 actuels, son petit et son grand hôtel. L'acteur Laruette,, compositeur de musique pour les pièces à ariettes, demeura postérieurement au petit, avec sa femme, M llft Laruette, née Vitlette. Le nom dudit acteur désigne encore l'emploi qu'il rem-

SOUS NAPOI iL<iN III.

plissait à la Comédie-Italienne ; il avait réussi au théâtre comme père noble bien mieux que dans les amoureux, rôle qu'il jouait déjà à la foire Saint-Germain en 1752. L'actrice ne jouait pas avec moins d'expression que son mari, et elle chantait mieux; les opéras de Monsigny et de Grétry lui trouvèrent encore la voix fraîche, bien qu'elle eût débuté à l'Opéra en 1758, pour entrer aux Italiens trois ans après. Un agent de change habitait, au milieu du règne de Louis XVI, une maison contiguë à celle que les époux Laruette n'habitaient déjà plus, rue de Renard- Saint-Sauveur, et alors un autre agent de change était au grand hôtel Coislin, en même temps que le célèbre accoucheur Sigaud de Lafon, qui y faisait son cours. La Faculté de médecine, par gratitude, avait voulu qu'une médaille fût frappée en l'honneur de ce praticien, pour consacrer l'expérience heureuse d'une découverte spéciale qu'il avait faite é'ant encore élève en chirurgie. Utile progrès, qui ne laissait pas d'être la conséquence d'un autre progrès encore plus important! Les sages-femmes avaientelles toujours eu, pour leur donner de salutaires exemples, ces confrères, ces rivaux, ces maîtres qui différaient de leur Clientèle par le sexe? Rien qu'à ce mot : un accoucheur, combien de siècles antérieurs auraient crié à l'indécence ! Un magasin d'épongés, au petit hôtel, fut remplacé dès 1817 par le magasin de parfumerie que tient toujours la famille Dubuc-Josse. La maison intermédiaire se construisit vers le même temps, aux dépens de l'ancien jardin de M. de Coislin.

Lfe> ANCIENNES MAISONS DE PA1US

L'autre ruelle du Renard eut jusqu'à une salle de spectacle. Des amateurs y jouaient la comédie, au commencement de la République ; des acteurs plus ambitieux leur succédèrent, en ouvrant au public payant le théâtre de la Concorde. Si la rue était trop étroite pour les voitures, il en fut autrement de la salle pour les piétons, qui ne s'y aventurèrent eux-mêmes que peu de temps. Ce théâtre était-il à gauche, ou bien à droite? D'un côté comme de l'autre il y avait eu place, sur des cours ou jardins d'anciens hôtels, pour cet établissement malencontreux. Quels étaient-ils donc, les hôtels d'une voie si peu carrossable? Il se peut que le n° 1 de ce temps-ci ne soit pas absolument autre qu'une maison, située au même endroit, dont le propriétaire était Desnots, secrétaire des finances, vers la fin du! xvn e siècle. Mais ,les chiffres impairs qui suivent ne montrent plus rien d'un hôtel qui communiquait aussi par une allée avec la rue Neuve-Saint- Merri, et qui avait appartenu à René Potier, président au parlement : le conseiller d'État, René de Marillac, y avait pour voisins le président de Lesseville et M. de Buzenval; puis la maison passa au petit-fils de M. de Marillac, le duc de la Trémoille, encore mineur, mais déjà pair de France et président des états de Bretagne par droit de naissance. Quant aux chiffres pairs, ils commencent et ils finissent aristocratiquement, par une construction séculaire, sans compter le n° 10, qui se flatte d'avoir eu pour maîtres, durant le dernier siècle presque entier, les princes d'Orléans. Tl nous paraît probable néanmoins que le

SOUS JSAPOLÉuN lit.

propriétaire de cette maison, sous la Régence, fut un simple conseiller au parlement, Lucas, seigneur de Muin, qui en avait une autre adjacente, et non pas le régent. M. Lucas y tenait d'une part à Arnauld de Pomponne, conseiller d'État, garde des sceaux, abbé commendataire de l'abbaye Saint-Médard, de Soissons, qui succédait luimême à so:i père, ministre, et à son grand-père Robert Arnauld d'Andilly, dans la propriété de son hôtel, ouvrant rue de la Verrerie. Seulement M. de Pomponne tenait aussi à la marquise de Castilly, dont la maison avait sa porte sur la rue du Renard-Saint-Merri.

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