‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 3)Chapitre 53 sur 66 · RUE GRÉGOIRE-DE-TOURS · texte numérisé non relu

RUE GRÉGOIRE-DE-TOURS

Raoul d'Aubusson avait acquis, en l'an 1254, de l'abbé de Saint-Gcrmain-des-Prés, moyennant 40 sols parisis de rente, un terrain sis sur un chemin qui, à la fin du siècle suivant, tirait encore sa dénomination d'une propriété, dite la Folie-Reiiiier. Des boucliers survenaient qui firent dire : rue de l'Escorcherie. On sait que les règnes de Charles V et de Charles VI se ressentirent vivement de la turbulence d'une communauté de bourgeois, principalement composée de bouchers, qui eut pour chef

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Caboche, un écorcheur de bêtes, et qui, lors des factions entre le duc d'Orléans et le duc de Bourgogne, se déclara pour ce dernier, en commettant les plus affreux désordres : à ces causes la rue de l'Escorcherie passa rue des Mauvais-Garçons. Une rue de Graon prenait le même nom le jour où Pierre de Craon, qui y demeurait, assassina Olivier de Glisson, connétable de France ; mais elle était située entre les rues de la Tixéranderie et de la Verrerie, c'est-à-dire dans la ville, et l'ancienne rue de l'Escorcherie ne se trouvait alors qu'à Saint-Germain, qui ne faisait pas encore partie de Paris. Une ordonnance royale, en 1846, fit de celle-ci la rue Grégoire-de-Tours. Quant à celle du Coeur-Volant, qui la continuait depuis la rue des Boucheries (maintenant de l'École-de-Médecine) jusqu'à la rue des Quatre-Vents, elle s'est appelée ruelle de la Tuerie, de la Boucherie et de la Voirie avant le xvi e siècle, et elle n'a été absorbée qu'en 1851 par la rue Grégoire-de- Tours.

La plaque municipale n'honore ici qu'un historien, et t peu importe qu'il ait été évêque ou capitaine ; néanmoins on dirait qu'une révolution vient de passer par là, pour y gratter ce qui manquait, en 1793, à la rue Honoré et à la rue Antoine. Mieux ne valait-il pas laisser une inscription qui rappelait historiquement les nombreuses boucheries que ces parages n'ont pas gardées moins de cinq cents ans? Dans la rue des Mauvais-Garçons il y aurait plus de filles que de garçons, et l'enseigne du

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Cœur-Volant y conviendrait surtout à deux ou trois maisons, par la môme raison sans doute qui la fit jadis adopter dans la rue qui a modifié plus récemment son estam • pille indicative.

On retrouve au n° 6 un Sauvage sculpté, qui a servi d'enseigne. Mais une de celles en saillie que M. de Sartines a supprimées, par ordonnance de police du 17 septembre 1761, représentait, à l'un des angles delà rue du Cœur- Volant, une Devantière. On nomme ainsi une jupe que mettent les femmes pour monter à* califourchon sur un bidet. La nommée Pigault abritait sous ce pudique pavillon la fabrication clandestine des vestes dites de petits-soupers, qui, Thabit une fois dégrafé, montraient des peintures licencieuses. Le sieur Passavant, limonadier, disposait de la Justice-Royale, à rentrée de la rue des Mauvais-Garçons, où le prêtre J.-B. Passavant avait eu pour prédécesseurs Philippe, bourgeois de Paris, et sa famille. En face de cette rue et de cette maison se trouvait établi, rue de Buci, Landelle, cabaretier en réputation, bien que tailleur de son état. Grébillon et Gresset, en sortant de chez Landelle, pouvaient se rendre à la Comédie-Française par la rue des Mauvais-Garçons, où un passage conduisait à leurs loges les comédiens ordinaires du roi. Un corps de garde de pompiers veillait sagement au seuil de ce passage. Comme ladite salle de spectacle menaçait ruine, les comédiens l'abandonnèrent en 1770, pour occuper le théâtre des Tuileries. Mais il resta encore dans la

rue des Mauvais-Garçons un jeu de paume, tenu par Fran oois Farolet, paulmier du roi.

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