‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 3)Chapitre 54 sur 66 · RUE DE SURÊNE · texte numérisé non relu

RUE DE SURÊNE

Oùprendriez-vous rue de Surône une maison Cournand ou Courmont, ayant eu Chevallier pour architecte en 1789, qui figure honorablement dans les cartons de la Bibliothèque impériale, et dont parle le dictionnaire de Latjnna? M'est avis qu'on Ta démolie au profit du boulevard Malesherbes ; mais qu'elle ne montrait en dernier lieu sur la rue de Surône, ni son fronton ni la porte de sa cour carrée. Elle donnait plutôt rue de la Madeleine, où un ancien hôtel séparait effectivement la rue de Surône de la rue de la Ville-l'Evôque. Trop beau logis, de toutes les façons, pour que nous en fassions sans hésiter les honneurs à un cuistre d'abbé, Antoine de Cournand, qui devint membre, après le 10 août, de la commission administrative remplaçant le département de Paris, et qui concourut à la nomination des conventionnels Danton, Robespierre et Marat! La police du Collège de France

qu'il exerça, en y ayant une chaire, l'obligea vraisemblablement à résider dans cet établissement, comme son confrère Delille. Celui-ci avait môme reçu Tordre d'y garder les arrêts ; aussi le citoyen Gournand, un jour qu'il passait au jardin des Tuileries en costume de garde national, fut-il surpris d'y rencontrer Delille, et le ramena-t-il au Collège. Puis, l'auteur du Mérite des femmes ayant été appelé à suppléer le traducteur des Gêorgiques, Luce de Lancival fit d'une pierre deux coups, et même trois, en lançant le distique suivant :

Legouvé sait, dit-on, le latin à peu près Comme Gall sait le grec et Coumand le français.

Il est vrai que la rue de Surêne, qui commençait plus bas en 1789, pouvait s'y montrer encore moins esclave de la ligne droite que dans tout ce qui reste. Elle avait même pris antérieurement sa source plus près de l'endroit où commence la rue de la Ferme que de l'entrée du boulevard Malesherbes, puisqu'elle touchait, à son point' de départ, l'hôtel de Chevilli à gauche, et le mur des bénédictines de la Villc-rEvêquc à droite. Même longueur et même direction sont attribuées, sur le plan de 1(552, à un chemin sans nom reconnu : on le prenait pour aller à Surêne. Le cimelière de l'ancienne église de la Madeleine donnait sur ce chemin, où s'élevait en 1697 une maison destinée à loger des soldats.

Joseph-Antoine d'Aguesseau, conseiller honoraire au parlement, M. de Ghamperon et M me de la Vergne furent autorisés en 1723 à établir le marché d'Aguesseau dans un marais situé entre les rues de Surône et du Faubourg- Saint-Honoré, au-dessus de la rue d'Aguesseau. Des lettres patentes, datées du camp d'Alost le 16 août 1745, permirent de transférer ce marché à la place qu'il occupe encore, rue de la Madeleine et rue Royale ; seulement le terrain Tendu à cet effet par l'avocat André Mol de Lurieux ouvrait rue Basse-du-Rempart, en attendant qu'il y eût une rue Royale et qu'elle s'étendît, jusque-là.

Sur remplacement primitif du marché fut édifié l'hôtel de Ghoiseul-Meuse, au coin de la rue d'Aguesseau. Or François-Joseph de Choiseul, dit marquis de Meuse, était guidon des gendarmes bourguignons en 1767, et mari de M 1 e de Braque depuis plusieurs années. Son habitation est par le temps qui court hôtel de Merci-d'Argenteaiu depuis que n'y demeure plus le comte d'Espagnac. Les trois dernières propriétés de la rue de Surône, môme coté, appartenaient l'une à M. Bienfait, et les deux autres à M. de Champeron, du vivant de M. de Ghoiseul-Meuse. Un des angles de la rue d'Anjou se trouvait occupé, plus bas, par des dépendances de l'hôtel du maréchal de Contades, qui s'est depuis converti en mairie. Plus bas encore il y avait un passage conduisant à la cour des Coches.

Que vous semble, par devant, du n° 28 ? Il a l'âge d'un gandin à peine. Mais par derrière, rue de la Ville-l'Evê-

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que, c'est l'ancien hôtel de Boufflers, déjà centenaire en Tan 1806. En regard du jardin de l'hôtel de Contades, un bâtiment se reliait par un autre jardin à une autre maison de ladite rue parallèle, et toute cette propriété, sur un plan de 1728, s'appelait la Charité.

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