RUE DE PENTHIÈVRE
M lle Gatcnaire se donnait, au milieu du siècle fdernier. comme héritière des secrets, ou comme ayant retrouvé les recettes perdues des courtisanes peuplant le Géra- * miquc d'Athènes, qui avaient vendu cher des philtres pour raviver les sens épuisés par le libertinage, ainsi que des breuvages narcotiques pour endormir la surveillance jalouse, et {elle faisait, sous le manteau, absolument le môme commerce, dans une maisonnette solitaire de la rue du Chemin- Vert, qui succédait au chemin des Marais. Cette Circé mystérieuse ne descendait-elle pas en droite ligne de Gatenaria, inventeur de la seringue ? Le môme nom 'paraît s'être francisé pour s'attacher moins
LES ANCIENNES MAISONS DE PAUIS
indiscrètement à une spécialité qui touchait de près, si Ton veut, à celle de l'aïeul. La gloire, hélas! est comme la fortune, qui souvent ne tient qu'à un fil ! Cette Caténaire serait devenue riche sans un éclat fortuit qui la brouilla trop tôt avec la médecine et avec la justice. La femme du fermier des postes, M mc Thiroux de Montsauge, qui lui avait acheté du narcotique, fut surprise par son mari au moment où elle en versait dans un bouillon qu'il allait prendre; les aveux complets de sa femme rappelèrent aussitôt à M. Thiroux de Montsauge, que la même pourvoyeuse venait de lui fournir de l'eau aphrodisiaque, et, cette coïncidence ne faisant que doubler les périls par lui courus, il envoya directement les deux fioles au procureur du roi, qui les fît analyser par un docteur-régent de la Faculté ! On n'y trouva aucune trace de poison; mais on acquit formellement la preuve que la Caténaire se moquait du monde en aromatisant tantôt du lait et tantôt du vinaigre pour vendre un louis ce qui valait six liards.
Ladite rue du Chemin- Vert passait ensuite rue Bergère, puis rue Verte et Grande-Rue-Verte sous le règne de Louis XVI. L'hôtel de Ray, ouvrant sur la rue du Faubourg-Saint-Honoré, s'étendait à la fois sur la Grande- Rue-Verte et sur la Petite, annexée aujourd'hui à celle de Matignon. La baronnie de Ray, en Bourgogne, fut dans la maison de Mérode, et nous croyons que l'hôtel appartint à Marie-Thérèse-Apolline de Mérode, ba-
ronne de Ray, femme ou veuve du comte de Cosvaren- Loos.
Néanmoins, le marquis de Ray, en 1780, était propriétaire, et il avait le sieur David pour voisin, dans la rue qui nous occupe pour le moment. Tout dernièrement, en juin 18G4, on y a mis à découvert des peintures murales . de jardin, qu'avaient faites à l'hôtel de Ray le peintre allemand Nebel, et déjà de nouvelles bâtisses cachent pour jamais les pavillons, les arbres qu'elles représentaient si bien!
Le génie militaire avait dessiné en môme temps le plan de la caserne que trois compagnies de gardes-françaises occupaient dans la môme rue.
On y remarquait aussi un hôtel de Bachmann, pour lequel il ne faut pas prendre le n° 22, qui date seulement de l'une des dernières années du premier empire. Nous pensons que les n os 2, 4 et 6 remplacent la maison de qualité dont nous évoquons le souvenir. Le baron Bachmann-Anderlclz, Suisse au service de la France depuis l'âge de 19 ans, émigra après la journée du 10 août, pour aller servir en Sardaignc, et ce vieux général ne cessa de vivre qu'en l'année 1831.
\Jne inscription rappelle hautement que le n° 26 fut le séjour de l'illustre Franklin.
La même rue, enfin, fut habitée par Lucien Bonaparte, avant le 18 brumaire.
Elle reçut, en 1846, la dénomination de rue de Penthièvre, qu'elle a repris en 1852, après un retour de quatre ans à la dénomination de Grande-Rue-Verte.
l'aris.— Typ, Dupray de la Mahérie, boulevard Bonnc-NouTcllo, 40.— 101».
Des rues Grenier-sur-l'Eau, de Jouy, Percée, Payenne, du More, du Ponceau, Turbigo, de Lancry et Grange-aux-Belles.
Notices historiques, entièrement inédites, se rattachant à l'ouvrage intitulé :
PAR M. tEPEUVE
Monographies publiées par livraisons séparées, avec une table de concordance et une
table alphabétique par séries.