‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 3)Chapitre 57 sur 66 · RUE DE JOUY ET RUE PERCEE · texte numérisé non relu

RUE DE JOUY ET RUE PERCEE

DO 1404 tk f£«S.

« Le (flic de Bcrry, aux termes d'an contrat d'échange en date du 22 juin 1404, cesde au duc d'Orléans son liostel des TourneUes assis prez du Gliastel ou Bastide de Sainct-Antoine, lequel hostel fust paravant à Pierre d'Orgemont, jadis chancellicr de France, et depuis à Pierre d'Orgemont, son fils, evesque de Paris, joignant d'une part aux hoirs feu Braulard, maison en laquelle demoure presenctement Jean Thibaut, et à l'hostel et jardin qui fusrent à Nicole de Kancé et depuis à Pierre de Giac, d'austre aux maisons de GuiUaume Petitt Sainct, aboutissant par-devant sur la rue Sainct-Antoine et par derrière à la cousture Soincte-OaUierine. Et en contre-échange le dic-

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duc d'Orléans cesde audict duc de Berry son hostel qui fust à Hugues Aubriot, prévost de Paris, et depuis à Pierre de Giac, tenant d une part à la ruelle nommée la rue Percée, par laquelle on va de la rue de Jouy à la granCrue Sainct-Antoine, (Taustre part aux murs de l'ancienne closture de la ville, aboutissant par-devant à la rue de Jouy et

Sar-derrière aux hostels qui fusrent à Pierre de Montigny et à Pierre 'Orgemont, et depuis à Guillaume d'Orgemont, son iils, et à un hostel nommé la Pomme-de-Pin, appartenant à Jacques Guérard, et à Tliostel de Jean Ghanteprime qui joinct auxdicts murs. »

Quoique d'une naissance obscure, Hugues Aubriot était devenu surintendant des finances, puis capitaine de la ville de Paris, autrement dit prévôt de Paris. Il avait posé, le 12 avril 1369, la première pierre de la Bastille, forteresse destinée à couvrir de sa protection le royal hôtel de Saint-Pol, contre l'es incursions des Bourguignons et des Anglais; mais la Bastille s'était montrée bientôt d'une ingratitude sans pareille en servant de prison à Aubriot, que l'université de Paris accusait de presque tous les crimes. En 1383, le roi avait donné l'ancien hôtel de ce prévôt de Paris, ainsi que l'ancien mur de la ville compris entre la rue Saint- Antoine et le jardin dudit hôtel, à Pierre de Giac, chancelier de France. La même propriété était connue sous le nom de maison des Marmousets, quand le duc d'Orléans en disposait. Le duc de Berri, frère de Charles V, la donna, dès qu'il en fut maître, au surintendant Jean de Montaigu. Cinq ans après, pour ce dernier, le sablier de la faveur était vide et ne devait plus se remplir : le prévôt Pierre des Essarts, créature du duc de Bourgogne, arrêtait près la porte Saint- Victor, en plein jour, Jean de Montaigu, qui eut la tête

tranchée. Guillaume, duc de Bavière, tint le môme hôtel de Charles VI, avant que ce roi n'en gratifiât Jean de Bourgogne, duc de Brabant, contre l'occupation duquel se pourvut Louis de Bavière, comme héritier de Guillaume. Morcellement de la propriété, au commencement du xvT siècle. Acquisition d'une dernière part de cette propriété, en 1629, moyennant 105,000 livres, par les jésuites, pour l'agrandissement de leur maison professe, ouvrant principalement rue Saint-Antoine. Plus d'un mur se reconnaîtrait de l'ancien hôtel d'Aubriot, tant dans la ruelle vénérable qui n'était, de son temps, ni plus ni moins Percée, que dans le passage Gharlemagne et dans la rue du môme nom, qui fit partie de la rue de Jouy. On sait que le lycée Gharlemagne occupe, depuis sa création, le ci-devant séminaire dans lequel Louis XV, par lettrespatentes du 23 mai 1767, avait donné aux jésuites exilés pour successeurs les chanoines réguliers de Sainte-Catherine-du-Val-des-Écolier?.

Cette rue Percée cache si peu qu'elle existait déjà au xnr siècle ! Qui oserait dire qu'elle n'a rien conservé, non-seulement du logis prévôtal, mais encore des hôtels de Jouy et de Ghaalis, dont notre rue de Jouy n'a certainement plus pierre sur pierre ? L'abbaye de Ghaalis, de Tordre de Giteaux, s'était formée sous les auspices de Louis le Gros, dans un domaine offert, près de Senlis, par Guillaume de Senlis, seigneur de Chantilly et grand bouteiller de France : saint Guillaume de Gorbeil, arche-

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vêque de Bourges, avait été lui-même abbé de Ghaalis. Les religieux et l'abbé de cette maison eurent pendant quelque temps une succursale urbaine dans la rue à Vabbè de Jouy. Du même ordre, l'abbaye de Jouy devait sa fondation, en 1124, près de Provins, dans la forêt de Jouy, à deux gentilshommes du canton, Pierre de Gastel et Milon de Naudé. La propriété entretenue par les religieux de Jouy, dans la rue qui portait ce nom, ne fut aliénée qu'en 1G58 par Pierre de Bellièvre, abbé commendataire. La rue de Jouy, à cette date, se prolongeait encore jusqu'à remplacement de la poterne Saint-Pol, qui avait fait partie de l'enceinte do Philippe-Auguste. Cette poterne n'avait donné son nom que passagèrement et partiellement à ladite rue, de laquelle est sortie ensuite, mais pour n'y plus rentrer, la rue des Prêtres-Saint-Paul, convertie en rue Gharlemagne depuis l'ouverture du lycée.

En revanche, demandez l'ancien hôtel d'Aumont, et le n° 7 de la rue de Jouy s'empressera de répondre : « Présent !» La pharmacie centrale de France y remplace la pension Petit, qui elle-même y succédait à la mairie du IX e arrondissement. L'administration de cette pharmacie est purement civile et libre ; elle se propose l'approvisionnement de toutes les pharmacies, bien qu'elle ait pour clients des corps constitués, tels que la garde municipale. Un fameux financier, l'abbé Xerfay, a occupé le même hôtel, auquel se rattachait le n° 5; ce ministre de Louis XV

SCL'S NAPOl KOH III.

était en même temps propriétaire à l'angle de la nie de Fourcy. Un siècle s'était déjà passé depuis que François Mansart, le vieux et le grand Mansart, avait dessiné l'hôtel d'Aumont, et depuis que Lebrun l'avait illustré d'un plafond, Y Apothéose de Romtihts, plus stable que la Vénus à demi couchée d'Auguier, qui était l'honneur du jardin. Le premier occupant se trouvait un duc d'Aumont que sa majorité précoce, comme celle des rois, avait fait colonel de cavalerie à l'âge de 10 ans, capitaine des gardes à 16. Vie bien remplie que la vie de ce duc, servant avec honneur et gouvernant le Boulonnais ! Sa mort date de 1704, et il s'était entouré à Paris d'un si grand nombre de curiosités et de meubles précieux, qu'il fallut plusieurs mois pour les vendre publiquement dans ses appartements de la rue de Jouv.

Bien moins connu est un hôtel adjacent, qui paraît quelque peu plus ancien. Il a partagé le nom de Henri de Fourcy, qui était prévôt des marchands de 1684 à 1692, avec un cul-de-sac qui survivait à la rue de l'Aviron, antérieurement ruelle Hélic-Annot. Ce cul-de-sacde Fourcy, bien que déjà donné à M. de Fourcy, subsista encore quelque temps, comme cour ouverte à tout le monde ; sa place était entre les n°* 9 et 11, où il n'en reste plus de traces. En revanche, la rue de Fourcy-Saint- Antoine, qui eut le môme prévôt des marchands pour parrain, est florissante encore. *

La cour Guépine, qualifiée impasse sur une plaque au

coin de la rue de Jouy, nous remet en mémoire qu'un bourg de la Gucspine avoisinait la porte Baudet, sous le règne de Louis IX.

Le n° 12 de cette rue dépendait de l'hôtel de Beau vais, situé dans la rue Saint-Antoine.

A Tépoquc où ledit hôlel appartenait au comte d'Eck, M. de Bligny était propriétaire, au milieu de la rue Percée, d'une maison plus que séculaire. Elle s'était détachée pour sûr d'un des premiers hôtels dont fait mention la présente notice.

Une toute autre rue Percée, dite Percée-Saint-André, n'est plus môme une impasse depuis qu'une porte en bois la bouche du côté de la rue Hautefeuille, au pied d'une jolie tourelle. De l'autre côté, un immeuble lui ferme le boulevard Sébastopol. Cette ruelle, qu'on connaissait déjà comme viens Per forains, donnait encore rue de la Harpe, avant le percement dudit boulevard. Mignot, le plus célèbre des pâtissiers-traiteurs, avait sa boutique rue de la Harpe, vis-à-vis de la rue Percée, dans la seconde moitié du grand siècle. Ses charges de maître queux de la maison du roi et d'écuyer de la bouche de la reine l'avaientelles préservé de ce qu'on appellerait actuellement de la diffamation ? Qu'on reprenne la parole, et le vin ordinaire sera moins extraordinaire chez les restaurateurs de ce temps-ci, lesquels tentent de supprimer jusqu'au gril et jusqu'à la broche, grâce au silence absolu de la critique ! Mignot avait beau se plaindre à M. Deffita, le lieutenant

criminel; et à M. de Riants, le procureur du roi, les satires de Boileau n'en continuaient pas moins à le traiter d'empoisonneur, vengeant ainsi de mauvaises digestions qui de nos jours resteraient impunies. De guerre lasse, que fit Mignot ? Il servit d'excellents biscuits, qui n'auraient jamais vu le jour sans la polémique culinaire qui finit par faire sa fortune : ces biscuits étaient enveloppés dans une réponse de l'abbé Cotin à d'autres critiques de Boileau.

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