RUE PAYENNE
Mme de Sévigné. — Mme de Maintenon. — L'Arsenal «!o In Ville. — Le duc du Lude. — il. du l!mipcou. — Le* rclIgleuNi 1 !*. — ira. nouille. — Le comédien Florldor. — Jfailon Dolormc. — La famille Le l»f»letiei*. — lch d'Argougcs. — La duchesse de Cbatlllon. — M. iiocquart.
Cette rue du Marais, si vous lui demandez quel fut l'apogée de sa fortune, vous ramène aussitôt en plein xvn e siècle. Attendez-vous donc à de grands noms. M me de Sévigné par-ci, et M ,nc de Maintenon par-là : le moyen de mieux commencer! Les derrières du célèbre hôtel Carnavalet, où s'écrivaient des lettres plus célèbres encore, se trouvaient d'un côté de la rue; de l'autre, une des habitations de la femme illustre qui, dans le môme siècle, devait le plus changer de place. Que M mc de Maintenon, avant de porter ce nom de cour, en ait été réduite aux charités de la paroisse Saint-Eustache, et u'elle soit sortie de cet état précaire par des expédients
MIS ANCIENNES MAISONS DU PAlUS
encore moins avouables, Saint-Simon ne se fait pas faute de le dire ; mais convient-il d'en croire ce grand ennemi de M mc de Maintenon? Croire, au contraire, Scarron assez cul-de-jatte pour que sa veuve ait pu écrire un jour à d'Aubigné, son frère : « Je n'étais pas mariée, » seraitce donner dans moins d'invraisemblance? Un poète burlesque se marier en buste : chasteté absolue singulièrement placée entre l'iiymen et la bouffonnerie! A l'hôtel du Lude, me Paycnne, l'intéressante protégée appelée a deven'r une si haute protectrice, n'était pas loin de la chambre jaune que la belle et spirituelle Ninon de Lenclos, a ce qu'on dit, lui prôta en cachette; mais on sait que Ninon refusait pour elle-même le plus petit cadeau, en ennemie déclarée de l'amour interressé!
La famille de Deslandes-Payen, ami de Scarron, pouvait avoir tenu cette rue sur les fonts baptismaux de l'édilité parisienne. Toutefois on Pavait dite Payelle, Parellc et de Guyenne, avant l'année 10:>0. Au siècle précédent, Henri II avait demandé à la Ville des granges à l'usage de l'artillerie qui avaient été prêtées à François V r en 1533, et il avait offert un dédommagement, sans le déterminer lui-même; les édiles, par délibération du 10 mars 1530, avaient choisi une grange et un terrain de la culture Sainte-Catherine, que le roi avait achetés pour établir l'Arsenal de la Mlle, et celui-ci avait été construit, par conséquent, entre les rues Paycnne et Culturc-Suiutc- Catherine, près de celle du Parc-Royal. Que si nous re-
montons encore plus haut le cours des âges, nous voyons que Jean Payen, écuyer, avait une maison dans le voisinage des Tournelles, sous le règne de Charles VI.
Henri de Daillon, comte du Lude, grand-maître de l'artillerie de France, fait duc en 1675, puis premier gentilhomme de la chamhre, gouverneur des châteaux de Saint- Germain et de Versailles, n'avait pas, en ces qualités, à jouer un mince personnage, et néanmoins, il amusait souvent de ses hons mots la galerie : il fut un dès adorateurs de M rao de Sévigné. Le plan de Bulet, achevé en Tannée 1707, indiquait encore la place de l'hôtel du Lude, aux n os 11 et 13 d'à présent, hien que depuis dix-sept ans déjà, il n'y eut plus de duc du môme nom. Le comté du Lude, avait successivement passé au maréchal de Roquelaure, dont la mère était une Daillon, et au duc de Rohan^Chahot, dont la mère avait hérité du maréchal de Roquelaure; l'hôtel avait suivi plus ou moins longtemps le môme sort que cette terre. Un plan de 1728 marquait l'hôtel Maupeou au môme endroit.
M ae de Sévigné et M n,e de Grignan, à l'hôtel Carnavalet, avaient immédiatement pour voisines, dans la rue Payenne aussi hien que dans la rue Culture-Sainte- Catherine, les annonciades célestes, ou filles hleues, couvent fondé par la marquise de^Verneuil en 1622, et dont l'église avait un maître-autel magnifiquement décoré de r Annonciation , du Poussin.
Cette inscription topographique de Gomhoust : Reli-
f/icuses de la Nativité de Jésus, et cette autre de Bidet : M. Rouillé, sont remplacées le long do notre me par les premiers chiffres impairs. Réformées sous le titre de filles de la Nativité-de-Jésus, les petites cordelières de Tordre de Sainte-Claire; venaient du faubourg Saint-Marcel: elles quittèrent pour pa rue de Grenelle-Saint-Germain, en 1687, celle où leur succéda M. Rouillé. Ce procureur-général en la chambre des comptes, nommé ensuite l'un des directeurs des finances, nous est représenté par Saint-Simon, non comme un bourru bienfaisant, mais comme un bourru débauché. Quand le duc de Noailles fut obligé de s'effacer, Rouillé se retira volontairement fies affaires, avec une pension de 1,200 livres •.•était-ce là un a^te de brusquerie qui rapportât de quoi nourrir des vices ? Sur le théâtre machiné de l'ancienne cour, comme les changements à vue s'opéraient bien! Tout n'y procédantque par cabale, quel acteur n'avait 'passes jours pour être sifflé?
Le Roman comique de Scarron nous montre assez que les tréteaux véritables mettent encore moins à l'abri des disgrâces le comédien de profession. Floridor, qui en avait mené la vie nomade, s'appelait réellement Josias de Soulas, sieur de Prinefosse; il avait essayé de la profession des armes, avant que de servir en province de bilboquet à la fortune dramatique, et par bonheur il était parv enu à se faire goûter du public parisien dans les premiers rôles de la comédie et de la tragédie. Ce notable comédien
portait le titre d'écuyer, à la ville; il y demeurait rue Payenne, non loin du théâtre du Marais, où avait commencé sa réputation. Mais c'est à l'hôtel de Bourgogne que Philidor et ses confrères de la troupe royale donnèrent en spectacle gratis une des premières représentations àeStilicon, ouvrage de Thomas Corneille, et un ballet. La Muse historique de Loret, chroniqueur en vers, rendait compte de cette solennité en ces termes :
Floridor et ses compagnons, Sans estre incitez, ny semons, Que par la véritable joye Que uans le cœur la paix envoyé, Pour réjouir grands et petits, Jeudi recitèrent gratis Une de leurs Pièces nouvelles Des plus graves et des plus belles Qu'ils firent suivre d'un Balet Gai, divertissant et folet; Contribuans, de bonne grâce,
Les principaux « compagnons » de Floridor, dans cett(* circonstance mémorable, n'étaient rien moins que Baron père, M Ue Béjard, les époux Brécourt et les époux Champmeslé, qui eurent, ainsi que lui, l'insigne honneur de servir d'interprètes au grand Corneille, ù Molière, à Racine. De tels comédiens ne méritaient-ils pas d'avoir un théâtre bien à eux? Leurs représentations d'alors alternaient avec celles d'une troupe italienne, que Mazarin avait installée
Par cette générozite, Autrement libéralité, Qui fut une évidente marque De leur zèle pour le Monarque.
à Thôtel de Bourgogne, et ces farceurs de Scaramoucluv Mczetin et Pantalon y donnaient l'hospitalité au tragique Stilicon. Plus tard, la reunion des comédiens français de rhAtol de Bourgogne avec ceux de la troupe du Marais et de la troupe de Molière, à laquelle la mort venait d'enlever son directeur illustre, eut lieu dans une salle neuve, au bout de la rue Guénégaud. Un genre nouveau de comédie italienne continuait à exploiter, mais sans partage, la scène où s'étaient joués le Cid, Andromaque, Phèdre et tant d'autres chefs-d'œuvre! En 1007, la représentation de la Fausse Prude, pièce dont l'héroïne ressemblait trop à M mc de Maintenon, fit fermer, par ordre du roi, la salle de l'hôtel de Bourgogne, à laquelle il ne fut permis de rouvrir ses partes qu'après la mort de Louis XIV.
Parmi les membres du conseil de régence figurait Michel Le Peloticr de Soucy, directeur général des fortifications, membre du conseil des finances, du conseil d'Etat et de l'Académie des belles-lettres, qui, âgé de quatre-vingts ans, se relira à l'abbaye de Saint-Victor. Son hôtel occupait la place de cet Arsenal de la Ville dont nous avons parlé un peu plus haut, et il y avait été précédé par Marion Delorme, cette auti r étoile de l'admirable pléiade des femmes illustres du xvn" siècle. Le Peletier des Forts, comte de Saint-Fargeau, fils de M. de Soucy, époux de M lle de Lamoignon et grand-père du conventionnel Le Peletier de Saint-Fargeau, fit partie de l'Académie des sciences et fut contrôleur-général, après cela ministre d'Etat. L'ancienne
résidence de cette famille sert maintenant de siège principal à l'administration du Factage parisien.
De riiôtel d'Argouges il survit, môme rue, le n° 3.
La duchesse douairière de Ghâtillon, propriétaire de rhôtel de Maupeou, antérieurement, du Lude, y tenait •encore, sous la fin du règne de Louis XV, à M. d'Argouges, d'une part, à M. d'Hérault, d'autre part. Sa belle maison fut acquise en 1783, par M m0 Hocquart, femme du procureur-général à la cour des aides. Celui-ci, ou quelqu'un des siens, remplissait, quelques années» plus tard, les mêmes fonctions a la cour des comptes, d'après un livre d'adresses ne signalant plus, rue Payeime, que l'hôtel et les bureaux de M. Hocquart.