‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 3)Chapitre 59 sur 66 · RUE DU MORE · texte numérisé non relu

RUE DU MORE

t/aftftignntion d'il y a cem ans. — Mesdames «le Montmartre. — Ancien» propriétaire». — Maint. Jullen-dea-Menetrlers. — Le poui sans eau. — î/abbajc «le Kigny — Le* inoIncM de Clair vaux. — La i»o terne. — Le cul-dc-»ac de* Anglais. — la rnc en chaînée. — Lu Mcctlon de la lit union. — Le passage. — i.c citoyen Ponhoz.

« L'un mil sept cent soixante dix le treize janvier ù la Requête de "Mesdames les afcbesse prieure et religieuses de l'abbaye Royalle de Montmartre dames du for-aux-Dames à Paris et autres lieux pour lesquelles domicile est élu on leur dite abbaye j'ai Xicolas François Simon premier huissier ordinaire du Roy en son Bailliage

du Palais à Paris y demeurant rue Montmartre paroisse Saint- Eustachc soussigné donné assignation à la D xu Giroucc propriétaire au lieu du sieur Louis Giroux d'une maison rue cour du Maure la première après celle du coin tenant d'une part à la D llc Coteîle d'autre aux représentants du sieur Bernard par derrière sur les maisons de l'abbaye de Rigny et par devant sur laditte rue cour du Maure étant ladite maison en la censive des dittes Dames de Montmartre à cause de leur seigneurie du for-aux-dames et vers elle chargée de deux deniers obol tournois de cens par chacun an en la ditte maison et domicile de la ditte D Ut Giroux parlant a sa personne ainsi qiCelle ni a dit être à comparoir à la huitaine à l'audience et pardevant monsieur le Bailly du for-aux-Dames transféré à Montmartre et messieurs les officiers tenant ledit siège cour extérieure de la ditte abbaye pour se voir condamner à payer aux dites dames en deniersouguittancesvingtneufannéeséchues le jour de saintDenis dernier d'arrérages de cens dus sur la ditte maison à raison de deux deniers obol tournois par chacun an exhiber les titres de propriété de ladite maison et passer déclaration aux dittes Dames payer les droits de lods et ventes et amendes suivant la coutume sinon et faute de ce faire que la ditte maison sera et demeurera réunie au domaine de laditte abbaye dont elle sortie sans préjudice d'autres droits le tout avec dépens déclarant que maître Pierre Georges Brunet procureur audit bailliage demeurant rue des Martirs à Montmartre occupera pour les dittes dames et j'ai à la ditte I) xu Giroux et parlant comme dessus laissé copie par extrait des lettres patentes du mois d'avril mil six cent soixante seize et arrest d'enregistrement d'ycelles du premier avrit mil six cent soixante dix sept et du présent exploit — Simon — Controllé à Paris le 10 janvier 1110 — Dl val »

Ainsi parlait un exploit dont le style était rendu encore plus indigeste par Fabsence complète de points et de virgules: la saisie reste immuable dans ses expressions pendant qu'il s'introduit plus d'une innovation dans le style de l'ameublement, dans celui de l'architecture ! Parmi les religieuses à la requête desquelles l'acte d'huissier menaçait d'expropriation M lle Giroux, on ne distinguait qu'à l'abbaye celles-ci :

SOUS NAPOLÉON il!

Marie-Louise de Montmorency-Laval, abbesse: Henriette Parry, nrieure: Marie-Catherine d'Entragues, prieure du cloitre; Marie- Madeleine Duret, portière; Marie-Madeleine Botentuit, célerière ; Catherine-Louise Narcis, secrétaire du chapitre, Marie-Catherine Lemaire, dépositaire.

Louis Giroux avait été mitoyen, dans la rue du More, avec Justin du Châtelier et avec les héritiers de François Besnard, procureur au parlement. La maison desdits héritiers touchait d'autre part et par derrière à un jardin et à une maison qui tous les deux appar tenaient aux ahbé et religieux de Rigny, de Reigny ou d'Erigny. Ces derniers avaient eu aussi un jeu de paume dont s'était. détachée la maison de Justin du Châtelier, rue du More et rue Saint- Martin. Sur la même ligne, au coin de la rue Beaubourg B un ancien contrôleur des rentes provinciales d'Orléans, nommé Gournier, eut Jacques Lefeuve, bourgeois de Paris, pour acquéreur, vers l'époque où cessa de vivre Louis XIV.

Jean Richard, secrétaire du roi, qui avait fait bâtir visà-vis de Gournier, y tenait par derrière à Philippe de Flexelles, propriétaire dans la rue des Petits-Champs, dont on vient de faire la rue Brantôme. Le quatrième angle était occupé par la petite église Saint-Julien-des-Ménétriers, que remplace en façade sur la rue Saint-Martin le n° 1G8, qui monte cavalièrement en croupe sur notre petite rue du More. S'en faut-il de beaucoup que cette chevauchée traditionnelle dure depuis trois siècles ? Robert Rouelle, conseiller au parlement, qui se trouvait locataire

18 IXS ANCIEN M. S MAISONS WV iUUIS

à long bail au coin de la me Saint-Martin, acheta 00 livres, en 15G8, de la confrérie des joueurs de violon, gouverneurs de l'hôpital des Ménétriers, le droit d'ajouter à son logis une pièce attenante au jubé de leur église, en bâtissant au-dessus de la ruelle, et depuis lors il y régnait un pont.

Le monastère de Rigny, du vivant de maître Robert Rouelle, avait pour succursale, pour maison de ville, une portion de l'ancienne succursale du monastère deClairvaux, et à l'entrée de cet hôtel monacal il pendait une Groix-d'or sur la rue Saint-Martin. Il s'y retrouve de nos jours une impasse de Glairvaux, entre les n°' 178 et 180. Cette abbaye de Rigny, fille de Glairvaux, ordre de Citeaux, était située près Vermanton, dans le diocèse d'Auxerre; l'abbé commendataire en retirait par an de 6 à 8,000 livres, au xviii 0 siècle. L'abbaye de Glairvaux était beaucoup plus riche et chef d'ordre de la filiation de Citeaux. Quant à la propriété dans laquelle les moines de Rigny succédaient à ceux de Glairvaux, elle avait une porte sur la rue du More, qui s'était dite rue Paléc au xiv° siècle

(probablement à cause de Jean Palée, fondateur de l'hôpital de la Trinité) et ensuite rue Saint-Julien, puis de la Poterne ou Fausse-Poterne. Ladite maison conventuelle touchait aussi à l'impasse des Anglais, dénommée Gul-de- Sac-sans-Téte en 1200, et Petit-Gul-de-Sac-près-la- Poterne en 1370. La poterne ou fausse porte Nicolas-Huidelon ou Hidron se rattachait à l'enceinte urbaine de Phi—

lippe-Auguste, et alors le cul-de-sac tenait d'une part à ce mur, d'autre part à un jeu de paume. Sous le règne de Henri IV on connaissait déjà la rue ou cour du More, et pourtant, sous le règne suivant, on l'appelait aussi des Anglais. Le plan de Gomboust, qui est venu ensuite, ferait croire à une origine sépulcrale par la façon d'écrire : rue de la Cour-des-Morts. Mais de nouveau s'oriente l'orthographe, plus d'un demi-siècle après, sur la plan de Lacaille, où se lit : nie de la Cour-des-Mores.

Il y eut môme plusieurs cours dépendant, de ladite rue, et le prévôt de Paris Antoine Duprat autorisa, on 1559. îa fermeture de celle-ci aux deux bouts, celles-là étant devenues pendant la nuit des repaires de filous, dont les bourgeois voisins se plaignaient fort. L'une de ces cours fut absorbée plus tard par le passage de la Réunion, qui se formait sous les auspices de la section du même nom. Ladite Réunion, qui plus est, n'avait-elle pas pour chef-lieu rue du More, n° 0, l'ancien hôtel de Rigny, que les moines deRigny avaient cédé avec ses dépendances, en 1788, à Hussenot, marchand de dentelles, moyennant une rente foncière et non rachetable de 8,000 livres ? Le citoyen Possoz s'établissait, peu de temps après, marchand de mousselines en gros, dans le passage.

RUE DU PONGEAU.

La «cet Ion. — l.o poneean. — 1/ escalier de résout. — La fontaine* — Les pasrtagc*. — Le perruquier bourgeois. — L'entrepreneur de réduirais*». — F,es lanterne* et le» réverbère». — -Les amants.— LCM vulciii-H, — Le guet. — Les démolitions. — La rue Notre-Dame» de-Xazurcth.

Pendant la Révolution, la.scction des Amis de la patrie, dans le quartier de la porte Denis, devint la section du Ponceau, parce que son point de repère était dans la rue du Ponceau. Cette voie publique descendait elle-même en ligne transversale d'un égout. On y avait couvert, dès 1G05, l'égout sur lequel était jeté le ponceau dit de Saint- Denis, et la rue elle-même avait été tracée cette année-là aux dépens de François Miron, messire le prévôt des marchands, qui s'y trouvait propriétaire. Les eaux sales passaient depuis lors sous cette rue, en la croisant, et c'est sur la même ligne que de nos jours elle a livré passage nu boulevard Sébastopol. Tout près de là, les mêmes eaux n'étaient pas plus à découvert : elles passaient sous le boulevard Saint-Denis, quand les remparts furent plantés en boulevards.

L'escalier de l'égout séparait, à vrai dire, de la rue du Ponceau celle nommée des Égouts;mais on prenait volontiers, s jus Louis XV comme sous Louis XVI, l'une pour l'autre ces deux rues, qui avaient été réunies et se réunirent de nouveau, avant d'être encore séparées nominativement. Gomboust en marquait-il plus d'une, au milieu du xvn e siècle, entre les rues Saint-Denis et Saint-Martin, et ne l'appelait-il j as « des Esgouts ? » Telle était en tous

points la me du Ponceau, auparavant qu'un décret impérial du 29 septembre 1854 n'en fît sauter plus de la moitié, à distance égale des deux bouts. Si la rue des Égouts avait fait lit à part du côté de Saint-Martin-des- Champs, lorsqu'il y avait eu divorce, l'autre avait eu l'air d'en pleurer avec la fontaine du Ponceau, à l'angle delà rue Saint-Denis, vis-à-vis la villa des filles de Sainte-Catherine, qui n'était habitée que quatre mois sur douze par ces hospitalières.

Au-dessus de l'escalier de l'ego ut, un passage communiquait de la rue des Égouts à la rue Neuve-Saint-Denis, présentement Blondel ; un autre, qui ouvrait plus bas, menait de la rue du Ponceau à la cour du Roi-François, qui forme aujourd'hui rue Saint-Denis le n° 328. Entre ces deux passages, d'après un plan de Paris, les derrières de l'hôtel de Milly donnaient du môme côté sur la rue du Ponceau, et puis ceux de la communauté des filles de Saint-Chaumont, un peu plus près de l'escalier.

Les sept premières maisons en partant de la fontaine, et toujours sur la môme ligne, appartinrent à Tuillier, perruquier, sous Louis XV. Les marchands bourgeois de Paris avaient tous en ce temps-là un cheval, un domestique et une servante pour le moins ; mais nous ne savions pas qu'un pareil train de maison fût compatible avec l'état de perruquier. Il est vrai que Tuillier accommodait parfois les plus grands seigneurs de son temps, soit à Paris, soit à Versailles, et qu'il avait, partant, son rang à tenir. Quel

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était ce monsieur tiré à quatre épingles et parfumé comme un bouquet de jasmin, qu'on voyait si souvent au Coursla-Reine passer sur un cheval rouan cavecé de noir ? — Beau cavalier! murmurait une grisctte, l'y remarquant pour la première fois, et qui le trouvait d'autant plus à son goût qu'elle n'avait pas encore de mobilier. — Puah ! s'écriait de plus loin un habitué, voila rôdeur du croquant de perruquier qu'on reconnaît tous les jours par ici, les yeux fermés !

Du côté opposé à celui des maisons du bourgeois perruquier, se tenaient le bureau général et le dépôt de l'éclairage public. L'entrepreneur de l'illumination de la ville et dos faubourgs de Paris, sous Louis XVI, était M. Tourtille Sangrain ou Saugrain. L'invention du réverbère, cette lampe à réflecteur pour éclairer les rues, avait été récompensée au moyen d'un prix proposé par M. de Sartines, lieutenant de police, et décerné par l'Académie des sciences. On avait donc substitué, en 1769, aux vieilles lanternes de M. de la Reynie, les nouvelles de son successeur; mais on ne s'était pas encore décidé à allumer les jours de lune. Ces jours-là n'avaient pas de nuit, dansl'almanach des lieutenants de police. Lorsque la lune faisait mal son service, n'était-ce pas féte pour les amours cachées ? Les réverbères clair-semés à la porte des commissaires luisaient assez, par exception, pour mettre les voleurs sur leurs gardes au passage de la patrouille. Par malheur, les petits-soupers étaient suivis, dans les fau-

bourgs, d'autres rencontre» plus fâcheuses pour le guet, qu'on punissait alors de ses indiscrétions réitérées en le rossant d'importance après boire.

A cette époque la rue du Ponceau prenait, immédiatement après les maisons de Ttiillier, un sens parallèle à la rue Saint-Denis ; puis elle reprenait la perpendiculaire dans l'axe de la rue des Égouts.

De celle-ci il nous reste près de la moitié entre le boulevard Sébaslopol et la rue Saint-Martin; seulement on vient de rajouter à la rue Notre-Dame-de-Nazareth.

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