‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 3)Chapitre 60 sur 66 · RUE TURBIGO · texte numérisé non relu

RUE TURBIGO

Cette voie, née à peine, n'a encore pour histoire qu'un nom de guerre glorieusement attaché à une campagne récente, et sous de tels auspices, elle ira loin, appelée à relier en ligne transversale les Halles au boulevard du Prince-Eugène. Mais déjà elle englobe deux rues, dont les maisons viennent de tomber dru, sans qu'on en ait dit un seul mot. Deux de celles-ci, échappées par miracle à cet ahatis imprévu, regardent passer l'alignement nouveau, qui les relègue dans un angle rentrant.

La première de ces maisons, naguère 10, rue du Grand- Hurleur, répond pour le moment au chiffre 37 dans la rue neuve.

La propriété contiguë, qui doit à une moindre élévation

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et à deux mansardes d'avant Mansart sa physionomie beaucoup plus pittoresque dépend depuis plusieurs siècles, de l'Auberge du Chariot-d'Or, dont la façade sur la rue Grenéta a changé depuis peu d'aspect et d'alignement. Des rouliers, comme par le passé, descendent au Chariotd'Or; mais aucun des autres voyageurs n'y est plus amené par le coche, dont le burreau et les écuries se trouvaient dans l'hôtellerie mOmc. Le public a également fait son deuil d'un passage libre |à travers les cours du Chariotd'Or.

Un sieur Garguille, qui n'était pas le farceur Gautier- Garguille, notabilité des temps héroïques de notre théâtre, mais qui n'en boufTonna pas moins contre l'église, comme les parpaillots du xix* siècle, ce Gargiullc-là demeurait au xv c dans une rue de Huleu, dite également du Pet, qui n'est autre que celle du Grand-Hurleur. Il s'amenda après avoir donné scandaleusement dans le libertinage, et entra dans la confrérie du Saint-Esprit, fondée à l'hôpital de ce nom. Une fois reçu dans cette compagnie, on donnait ordinairement à tous les confrères un repas de corps. Garguille lit bien les choses, et qui sait, je vous prie, si ce ne fut pas au Chariot-d'Or ? Mais il se plut ensuite à se dire membre delà confrérie aux Goulus, sobriquet qui resta à cette compagnie.

Des ;37 maisons que comptait, à la fin du xvn c siècle, ladite rue du Grand-Hurleur, il y en avait une appartenant à l'église Saint-Jacques-l'Hôpital, et qui touchait à

la rue Saint-Martin, du côté opposé à celui de Fauberge. Puis venaient trois ou quatre maisons à Grenier, greffier des consignations; une autre ensuite ù un paveur des rentes, frère de ce greffier.

Dans la rue du Petit-Hurleur, sur la môme ligne, à JJanglc de la rue Bourg-l'Abbé, l'archevêque de Paris, comme propriétaire, était suivi par le 'sieur de Santeuil, qui n'avait pas moins de quatre maisons. Vis-à-vis, c'està-dire à droite en allant de la rue Bourg-l'Abbé à la rue Saint-Denis, Aubry disposait de deux propriétés; la veuve Gautier, de deux autres; Santeuil, déjà nommé, des deux dernières.

Les rues du Grand et du Petit-Hurleur avaient porté d'autres dénominations, moins difficiles peut-être à expliquer, mais qui ne méritent pas plus de regrets. Le pseudonyme de rue Sallée fut appliqué à la plus petite , qui tenait à la rue Saint-Denis : le plan de Lacaille en fait foi. Il est probable que la salle, chef-lieu de la juridiction de l'abbé de Saint-Martin-dcs-Champs, avait été dans cette voie publique, dite en conséquence rue Sallée, et qui se trouvait, du reste, au beau milieu de l'ancien bourg l'Abbé.

L'autre rue, sur le plan de Gomboust, se nomme exclusivement du Pet. La préfecture de la Seine a bien fait de n'en pas réveiller lesouvenir dans son remaniement desinscriptions municipales, et toutefois cette dénomination pou-* vait avoir une origine en odeur de saine morale. Dans son

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Instruction à ses filles, le chevalier de la Tour a raconte ceci :

« Geoffroi de Langrcs avait coutume de s'informer, quand il estoit en campagne, à qui appartenoient les chasleaux qu'il voyait: et quand on lui montroitle chasteau d'une dame de mauvais»! réputation, il se soroit destourné d'une demi-heure pour y aller: foisoit un pet à lp porte et escrivoit dessus avec de la craye, *ung pet, un g pet. »

Ce Geoffroi de Langres exprimait son mépris autrement aue bien des moralistes. Un autre Geoffroi était porté à prendre, d'après Ronsard, la môme chose tout différemment, afin de se montrer courtisan a tout prix :

Si l'Empereur foisoit un pet, Geoffroi diroit qu'il sent la rose, Et le ^énat aspireroit A l'honneur de prouver la chose.

Avant de porter ce surnom, de toute façon peu honorable, la nie de Hulcu fut connue, voire môme en Tannée 1253.

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