RUE POLIVEAU
Au lieu qu'on avait connu sous la dénomination de la Cendrée, locus Cinerum, se fit jour la rue qui s'appela de la Cendrée, des Saussaycs, Pont-Livaut, et que deux plaques municipales reconnaissent aujourd'hui pour les rues Poliveau et Jouffroy. Par là demeurait un Renaud dos Saussaies au xin e siècle, a ce qu'on dit; mais il prenait sans doute pour nom de terre, celui du lieu qu'il habitait, dit des Saussaies, à cause d'une rangée de saules ^ordant probablement la BièVre. Le pont Livaut ne fut -il pas luimême jeté sur celte petite rivière? La folie Eschalart, qui longeait cette rue, dérogea sans vergogne au point de se
2 LES ANCIENNES MAISONS DE PAH1S
convertir, en marché aux pourceaux, Tannée 1627, sur la demande de Jean Baudouin. Celui-ci fut bientôt obligé à enclore de murs les quatre arpents que mesurait le terrain, et à en faire paver tous les abords. Ce qui trahit évidemment l'époque où les paveurs commencèrent à refaire le lil de la rue Poliveau. Immédiatement après, Baranjon, apothicaire et valet de chambre du roi, obtint la permission d'ouvrir le mercredi, au même endroit, un marché aux chevaux, qui ne fut pas longtemps sans faire supprimer entièrement celui qui existait encore près de la porte Saint- Honoré, dans le futur jardin des Capucines. Avec son entrée par la rue Poliveau, le nouveau marché en avait trois autres.
Lacaillc a donné en 1715 le tracé de la rue Poliveau entre la croix Clamart c'est-à-dire l'extrémité actuelle de la rue Gcoiïroy-Saint-IIilaire, et le quai Saint-Bernard, dans [la partie devenue quai d'Austerlitz, et en même temps Lacaillc y a compté treize maisons et six lanternes. I/uiie de ces maisons, que nous croyons le n° 23 de notre temps, était occupée par le notaire Bouron, qui tenait d'une part à l'amidonnier Ygard, et de l'autre à un voikirier, locataire du baron Délice. Au dessous du voiturier, M. Fontenay, commissaire provincial de l'Artois, n'avait sans doute que sa petite maison, dont le sieur Marcan était propriétaire. D'autres amidonneries s'exploitaient dans la môme rue, et l'une d'elles, quelque vingt ans plus tard, était celle, du sieur Poullet.
Le n° 1 d'à présent dépendait, sous Louis XYI, du jardin de F Arquebuse, dont nous avons parlé dans la notice du boulevard de l'Hôpital. L'abbé Miolan logeait en ce.
temps-là de l'autre côté de la rue, mais plus haut ou plus bas. Il fit avec si peu de succès, en 178G, une expérience aérostatique dans le jardin du Luxembourg, que le public payant brûla le ballon, en poursuivant l'aéronaute, qui avait sagement fait de prendre de l'avance. Et ne vous apercevez-vous pas que les petits-fils de ces curieux deviennent, en semblable occurrence, d'une patience évangélique t
Cette rue était longue; aussi les plans de Paris en laissaient-ils quelquefois la moitié sous le nom de rue des Saussaies. Là donnaient les fenêtres de l'hôtel Darricau. dans la suite prison de la garde nationale, avec le sobriquet d'hôtel des Haricots.
La compagnie du chemin de fer d'Orléans a rendu délinitive, en 1836, la séparation intermittente d'une rue en deux; elle en a acheté un tronçon dont n'a pas hérité la rue Jouffroy, substituée plutôt à la rue des Saussaies qu'à la me Poli veau, mais qui n'a reçu le nom du philosophe Jouffroy qu'en 1844, entre le quai Saint-Bernard et la rue de la Gare.
LUS ANCIENNES MAISONS DE PARIS
HUES DU PUITS-DE L'ERMITE, TRIPERET, GRA- CIEUSE, DE L'ÉPÉE-DE-BOIS ET NEUVE-SAINT- MEDARD,
Plusieurs de ces rues-là et d'autres, qui forment des angles avec elles, ont porté simultanément : — le nom de Courtoise, alors qu'on appelait, par ironie, chambre courtoise un cul de Lasse-fosse, pré courtois un cloaque infect; — les noms du Petit-Chardonnet, du Petit-Champ et d'Alhiac, en raison du clos du Petit-Chardonnet, dont se détacha le clos ou petit champ d'Alhiac; — le nom de Saint-Médard, sur le chemin de Y église Saint-Médard; — les noms de Saint-René et d'Ahlon, à cause des vignes d'Ahlon, qui, au temps de Philippe-Auguste, rapportaient deux muids de vin à l'ahhé de Sainte-Geneviève, et à cause d'un terrain donné par cet ahhé à René d'Ahlon, en 1540; — les noms enfin de Ville-Neuve et de Françoise, parce qu'on avait hati ces rues sous le règne de François I er .
Toutefois, il n'y avait plus en ces parages, dès le milieu du xvn e siècle, qu'une petite rue Françoise, maintenant ahsorhée par celle du Puits-de-l'Ermite, entre les rues de la Clef et Gracieuse. De Sainte-Pélagie, pas encore; mais à sa place, des maisons, des jardins et l'hôtel Zaulne, dit la Gueuserie. Déjà la Pitié venait d'enlever .ù la rue du Puits son extrémité qui donnait vis-à-vis du Jardin-du-Roi. Le n° 9 ou le 1 1 appartenait alors à Pierre
Faudrin : l'image de Notre-Dame y pendait. De l'autre côté, une place nous indique où fut le puits d'un ermite inconnu. Sur cette place, auprès de la Pitié, M me Viole était propriétaire conjointement avec M me de Périgny, héritière de la présidente de Herse, et chez elles s'établirent les filles de la Crèche.
Cette communauté fut supprimée, en 1702, par le cardinal de Noailles, et ses biens passèrent à la communauté de Saint-François-de-Sales, refuge de prêtres infirmes. Witasse, le célèbre sorbonniste, avait fondé ladite institution avec son collègue Vivant, curé de Saint-Leu; elle obtint l'attribution de 15,000 livres de rente en réunion de bénéfices, lors de son installation rue du Puits-del'Ermite, et puis les biens du prieuré de Saint-Eugène de Deuil. Quel accroissement n'en résulta-t-il pas pour la communauté! Une succursale existait rue de la Clef, avant la fin du règne de Louis XIV, encore que le fondateur subît son exil à Noyon, pour avoir refusé de recevoir la bulle Unigenitus. Les prôtres infirmes n'avaient donc plus assez des cinq maisons, y compris celle de Pierre Faudrin, qu'ils occupaient rien qu'en la rue du Puits, sans compter ce qui s'y rattachait en donnant sur les rues voisines. Là se maintint encore l'hospice de la communauté, après la translation de celle-ci à Issy, en 1753.
Date à laquelle le n° 21 que vous voyez était orné d'un Saint-Michel, et à la disposition du charcutier Renouard, comme était le 23 à celle de Corvé, marchand de che-
LES ANCIENNES MAISONS DE PAKIS
vaux, que remplaça, trente ans après, le peintre François Antoine Bourdon. De l'autre côté, un peu moins haut, une maison à l'Écu-de-France, avec jardin, avait pour maître Thibert, un autre peintre.
Quand Pierre Faudrin entrait dans la ruelle Triperet ou Tripclct, par la rue de la Clef, il avait à main gauche, avant de tomber rue Gracieuse, la maison de Berthelemy Tartarin et de Catherine de Lagny, sa femme, à l'enseigne du Château-Thierry, et puis une maison à Lambert. Nous les revovons sans doute Tune et l'autre. Mais vis-à-vis. grâce aux démolitions, nous retrouverions tout au plus les terres qui, d'après Jaillot , appartinrent à Jean Tripelet, dont la rue n'élait encore qu'un chemin à la tin du xvi e siècle.
Assez près de Lambert, mais dans la rue Gracieuse, à la Corne-dc-Daim, demeurait le peintre Robert Butaye, et plus bas le sieur Clément le Seyne. Presque en face de ce dernier, Nicolas Guénin : maison et jardin donnant aussi rue de l'Épée-de-Bois, image du Saint-Esprit.
Furent propriétaires dans ladite rue Gracieuse, au xviii 6 siècle :
Côté droit : Leroy, officier juré des porteurs de «p-ains, coin de la rut: d'Orléans [maintenant Daubenton). — Koussy, chevalier de la Motte. 1756. — Le président Danès, 1760, et la veuve Lambert, née Cosson. 1771. — Danès, comte de Serres, 1754, et Savouré, 1779. — Baillet, baron de Saint-Jullien, 1764, et Brouin, faïencier, 1782 (ancienne maison Le Seyne). — Brct, greffier de la Faculté de médecine, à la
Tôtc-Noire, 1*751 . — Hocquet, écuyer, porte-manteau ordinaire du roi, 1759, et Villot, brasseur, 1770 , puis Schweinfelt, brasseur, 1180. — Bougon, archer de la Ville (ancienne maison Butaye). — Faneau, soldat, à rirnage Notre-Dame, 1*750. — Côté gauche : La famille de Jassaud, 1700, et Gond, vicomte d'Argenlieu, 1747 (ancienne maison Guénin). — Les hospitalières de la Miséricorde. — Girault, architecte, 1761, coin de la rue Neûve-Saint-Médard. — Prudhomme, au Treillis-de-Fer, autre coin de la même rue.
L'enseigne de la Tête-Noire était justement celle d'une maison qui avait appartenu à Jacques Pays, avocat, et valu à la rue Gracieuse les pseudonymes du More et du Noir, notamment dans la partie basse de cette rue, et au commencement encore de notre siècle. Au milieu du xm e , le nommé Jean Gracieuse avait été propriétaire près de là. Quant aux religieuses de la Miséricorde, elles occupaient l'ancien petit séjour d'Orléans, maintenant caserne de la rue Mouffetard.
De tout ce que la rue Gracieuse a gardé des siècles précédents, rien n'approche comme importance des bâtiments à travers lesquels deux passages mènent en la cour des Patriarches, qui, depuis si longtemps, est publique. L'hôtel de ce nom ne remplissait-il pas tout le carré compris entre les rues Mouffetard, de l'Epée, du Noir et Orléans? Telle fut la résidence de Guillaume de Ghanac, évôque de Paris, puis patriarche d' Alexandrie, qui fonda dans la rue de Bièvre le collège de Saint-Michel; du cardinal Bertrand de Ghanac, patriarche de Jérusalem, son exécuteur testamen-
taire, et de Simon Cramault, haut placé sous Charles VI. Le collège n'en était pas moins donataire de cette propriété, sur laquelle étaient dus aux moines génovéfains 3 sols de cens, 3 livres 4 sols de rente et une dîme de 13 setiers de vin, évalué 2 sols le selier. Faute de payement de ces redevances, il y eut saisie, puis adjudication, le 11 juillet 1443, au profit de Thibaud Garrache, bourgeois de Paris. Ange de Gaule, marchand lucquois, avait pris l'hôtel à ferme d'Etienne Canaye, conseiller au parlement, propriétaire par voie de succession, lorsqu'il s'y établit un prêche calviniste. Or, le 25 décembre 1761, le ministre Malo, ancien prêtre habitué à Saint-André-des-Arts, a de la peine à se faire entendre dans ce prêche, tant les cloches de Saint-Médard prennent le dessus en sonnant les vêpres; aussi envoie-t-il dire au curé d'en finir. Le clocher redoublant alors, au lieu d'arrêter ses volées, les religionnaires furieux s'en vont saccager Saint-Médard. Le lendemain, on livre le prêche à des flammes qui bientôt s'étendent hors du cercle des représailles. Le désordre à la fin n'est maîtrisé que par des supplices, dont on a ordonné l'exécution devant l'église, et le feu lui-même ne s'éteint qu'en laissant des taches bien noires. Mais celles-ci disparaissent, avec des bâtiments endommagés que fait raser le connétable de Montmorency, et les cours souveraines assistent, le 14 juin suivant, à une procession publique de Sainte-Geneviève a Saint-Médard, dont la violation sacrilège reçoit ainsi sa purification.
Le tumulte d'Àmboise avait été bien autre que ce va carme, comme on disait alors, qui avait éclaté un jour de Saint-Etienne, fête du propriétaire déjà cité. Mais la famille Ganaye se composant alors de plusieurs membres, pas un d'eux, n'avait eu, selon nous, la totalité de l'hôtel des Patriarches. Jean Ganaye devait être encore plus innocent qu'Etienne de ce qui s'était passé chez ce dernier; néanmoins, il avait chargé son frère Jacques, avocat éminent, de déclarer au parlement qu'il abandonnait sa maison et ses dépendances, au profit des bonnes œuvres qu'il plairait à la cour d'en avantager. Voilà pour sûr ou ce que le connétable avait rasé de la propriété, ou ce qu'il en avait épargné, si le parlement n'avait pas accepté un sacrifice faisant double emploi avec ladite exécution. Le terrain déblayé, au lieu dit Les Canayes^ car on ne voulait plus le désigner comme avant, fut acquis par Michel Charpentier, afin d'y exploiter le brevet qu'il avait obtenu du roi, le 8 février 1574, pour la teinture des draps. Mais un maître des comptes, ayant nom Jean Ganaye, disposait encore bel et bien, sous Henri IV, de la maison des Patriarches, et pareillement Elisabeth Rousseau, veuve de Philippe Ganaye, en l'année 1640. Est-ce le cas d'oublier que Philippe Ganaye, sieur de Fresnes, avocat comme son père Jacques, et conseiller d'Etat, avait abjuré le calvinisme? Un autre Jean, de la même famille, marquait bientôt dans la compagnie de Jésus, et puis un autre Etienne encore plus à l'Oratoire.
JE La place carrée du Pctit-Champ-d'Albiac, où était casernée une compagnie de gardes-françaises, a quitté la première encoignure des rues du Noir et de l'Epée-de-Bois, en vertu d'une décision ministérielle du 2 germinal an xiii. Sa mauvaise réputation remontait à de grands désordres qui avaient eu lieu en 1554. Les 14 arpents du champ d'Albiac avaient été vendus, vingt ans avant, par les héritiers du conseiller à l'élection Acasse d'Albiac. Dans un hôtel du même nom, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, le collège dès Trente-Trois s'installait en 1057.
Marguerite Bourgeois, veuve de Pierre Carlault, avait à cette date, sur la rue Neuvc-Saint-Médard, à l'enseigne du Monde-en-travail-d'argent, une maison qui passa plus tard aux Incurables. On la retrouverait sans doute dans cette rue, forte de [vingt-quatre maisons en 1714, et qui en compte vingt-trois à l'heure qu'il est. Par exemple, ne cherchons plus l'hôtel d'Ablon, qui s'y trouvait des plus mal habités ù la fin du xvi e siècle, et à ce point que tout le voisinage avait fini par demander pour la rue, jusquelà d'Ablon, un changement de dénomination qui effaçât de crapuleux souvenirs. Probable que René d'Ablon y avait résidé précédemment.
RUlE DES MARMOUSETS.
IteMeouienlr» eiubraMMant «cpt «iècle*.
Ça, ne remontons, pour commencer, qu'à l'époque où M. Regnaud, honnête marchand de papier, occupe tranquillement, avec les siens, un coin de la rue des Marmousets. On ne parle pas encore de Robespierre; la famille Regnaud n'en est que plus éloignée de se douter que Robespierre fera tomber la tête de quatre de ses membres, dont deux femmes, soupçonnés d'avoir essayé d'avancer le 9 thermidor. De leur temps, dans ladite rue, l'ordre numérique part de là où nous voyons présentement l'établissement de la Belle-Jardinière, et il s'arrête vis-à-vis, après avoir fait tout le tour. Nous croyons le marchand de papier installé au n° 1 de son époque. Mais il y a plus sûre exactitude dans les indications suivantes :
Bureau des imprimeurs en taille-douce, dans Tune des premières
maisons de la rue M. Lepage, greffier des bâtiments, n° 10. —
Cabinet de sculpteur, ou plutôt de sculpture, du sieur Burthélemy , n- 18. — Bureau des horlogers, n° 22. — Lanterne du sieur Dorival, commissaire de police, n° 30. — Bureau des insinuations ecclésiastiques, sous la direction de M. Ghauveau, n° 32. — Porte latérale de l'église archiprcsbytéralo de la Madeleine, n° 45.
Cette Madeleine de la Cité, qui donnait principalement sur la rue de la Juiverie, maintenant de la Cité, était une
ancienne synagogue, confisquée par Philippe-Auguste ou par Philippe le Bel, et puis donnée à l'évêque de Paris. La grande confrérie de Notrc-Damo-aux-Seigneurs-Prêtres-et-Bourgeois-de-Paris avait pu se fonder, comme on le dit, à l'église Saint-Étienne-des-Grès, près du clos aux Bourgeois, dont une portion appartenait à cette compagnie; elle avait pu se transporter ensuite à la Madeleine de la Cité, où jusqu'à la fin fut son siège. Toutefois, la rue des Deux-Ermites, qui donne dans celle des Marmousets, assez près de l'endroit où s'élevait l'église, s'appelait en l'an 1300, rue de la Confrérie-Notre-Dame. Etait-ce à cause de la même compagnie déjà, ou bien d'une autre, sous la même invocation ? L'élection conférait ordinairement le titre d'abbé de cette confrérie au prélat chargé de la conduite du diocèse de Paris, et le titre de doyen au premier président soit du parlement, soit d'une autre cour. La compagnie célébrait sa propre fête en même temps que celle de l'Assomption, et sa procession annuelle avait lieu le lundi, dans l'octave de ladite fête.
Au bureau des insinuations ecclésiastiques, on enregistrait les dispenses obtenues à l'archevêché, les provisions des bénéfices, etc.
Le centre professionnel des horlogers devait toucher de près le cloître Notre-Dame, dont toute la rue Ghanoinesse faisait partie. Toutefois ce bureau n'était pas depiûs longtemps établi rue des Marmousets, puisque la corporation avait son siège, à l' avènement de Louis XVI, place du
Parvis-Notre-Dame. Une messe à faire dire pour le roi, ainsi que pour les princes de sa maison et les seigneurs de son conseil, le premier dimanche de chaque mois, était l'objet d'un des articles ajoutés en 1646 aux statuts de cette compagnie, que Louis XIV confirmait alors, à l'exemple de Henri II, de Charles IX et de Henri IV, mais qui avaient été donnés dès l'année 1483 de par Louis XL * Saint Eloi, patron des orfèvres, l'était également des horlogers. Apprentissage : 8 ans, hrevet : 54 livres, et maîtrise: 800, avec production obligatoire d'un chef-d'œuvre.
Moins ancienne, partant plus modeste, se trouvait la communauté des imprimeurs en taille-douce, dont l'institution ne remontait qu'à l'année 1694. Ils s'étaient mis sous le patronage de saint Jean-Porte-Latine, comme les imprimeurs typographes. Leurs apprentis, au bout de quatre ans, passaient compagnons pour deux ans; puis le brevet leur coûtait 33 livres et 600 la maîtrise. Dans la rue du Plâtre-Saint- Jacques avait été tenu le bureau des imprimeurs en taille-douce, avant de passer dans la rue des Marmousets.
Et quant au sieur Lepage, qualifié ci-dessus greffier des bâtiments, ne marchez-vous pas sur ses traces, vous qui franchissez de nos jours la porte cochère du n° 30, en passant sous le mascaron qui la surmonte?
D'autres maisons de la môme rue conservent depuis plus longtemps des niches à madone ou à saint, par-devant, et comme des chapelets à gros grains de chêne, dans
la rampe de leurs escaliers. D'un pareil rosaire est garnie ce qui s'appelait autrefois la montée, au n° 1, par exemple. On adjugea ledit immeuble comme bien national, le 24 septembre 1791, au plus offrant, qui n'était autre que M. Neveu, père du propriétaire actuel. Une clause des baux consentis en 1760 et 1775, pour cette maison, alors canoniale, en obligeait le locataire à souffrir que Ton supprimât, si le chapitre l'exigeait, un vieux mûrier s'élevant dans la cour, près du mur qui la séparait d'une propriété claustrale de la rue Ghanoinesse. Mûrier, cour et maison sont encore là, et le chanoine Boitet, propriétaire sous le règne de Louis XIV, ne les trouverait pas trop changés; mais ils devaient déjà dater à cette époque de plus d'un siècle. Derrière la propriété se trouvent des restes de la petite église Sainte-Marine, paroisse des domestiques de l'archevêché, dans la circonscription de laquelle vingt maisons se comptent à peine. Lemaire dit, dans Paris ancien et nouveau, qu'on mariait à Sainte-Marine, par autorite de justice, v des filles dont l'honneur n'était pas intact, et auxquelles un usage ironique avait fait, dans les premiers temps, passer au doigt un anneau de paille pour alliance. Ajoutons que les mariages de cette sorte furent assez rares, et toujours ordonnés par l'ofticialito dans le cas où la faute ne demeurait pas indigne de cette réparation.
Au 11, une image de la Vierge ne suffit pas à effacer entièrement le souvenir d'une légende criminelle, qui ne
SOUS NAPOLÉON lll.
devait certainement pas tout à l'imagination. Là demeurait, un barbier, chez lequel il entrait plus d'étrangers •qu'il n'en sortait : dans le nombre, ce barbier en rasait de si près qu'il avait passé un marché avec un pâtissier voisin pour l'approvisionner secrètement, par un passage souterrain, de chair fraîche pour ses pâtés, au détriment de la boucherie ordinaire. La renommée des pâtés de la rue des Marmousets grandissait depuis, sans laisser soupçonner la recette de leur perfectionnement, et le lieutenant-criminel ne fut pas le dernier à s'en lécher les barbes. Mais un jour on vit s'arrêter à la porte du barbier un chien, y jappant avec persistance, et, aussitôt que la porte s'ouvrit, l'animal se précipita sous la chaise occupée par une pratique, qui en fut quitte pour une estafilade. La main qui tenait le rasoir tremblait d'autant plus, que le chien résistait a des coups de pied, aboyait de nouveau et en môme temps grattait les fissures d'une trappe, que découvrirent bientôt les curieux altirés par les aboiements. Ce fidèle animal avait perdu son maître; il n'en retrouva que les restes, dont partie en chair à pâté. Plusieurs personnes moururent du chagrin d'en avoir mangé de pareille et de l'avoir bien digérée; des crimes post humes furent donc ajoutés par des malédictions tardives à ceux que les deux coupables avaient expiés par le supplice de la roue. La maison du barbier elle-même avait subi la peine du talion, en étant rasée à son tour, et le terrain indubitablement avait été passé au sel. Une autre
maison y fut construite, en 1536, mais en vertu d'une autorisation spéciale accordée par François I er à Pierre Bélut, conseiller au parlement; elle appartenait au comte, de Brisset, dans le courant du xvm e siècle, et vous la revoyez audit n° 1 1 .
Rien de plus innocent, en revanche, que les oublies, dites aussi du plaisir, pâtisserie on ne peut plus légère que fabriquait en cette môme rue, et que vendait également sur le Pont-Neuf, M Ue Siméon, femme de Siméon, valet de pied de Louis XIV. Les valets de pied du roi étaient propriétaires, par le temps qui courait, du terrain des boutiques portatives du Pont-Neuf. Autrefois môme la rue des Oublayers avait englobé une portion de celle des Marmousets, qui, de longue date, chauffait grand et petit fours : oublayer avait voulu dire marchand tVovblics. De tout temps ce genre de plaisir a été colporté en ville; mais on ne Ta jamais fabriqué, que nous sachions, en pleine rue, comme les gaufres. M 1,e Siméon avait son gîte et son petit four à Tune des encoignures de la rue de Glatigny. Or la maison que le greffier des bâtiments habita postérieurement n'occupe -t- elle pas un de ces mêmes angles?
C'est aussi le cas ou jamais de rappeler la préexistence d'un grand hôtel du temps de Charles VI, qui, d'après une des notes que nous avons recueillies, appartenait au chevalier Jean Jouvencl et se trouvait rue des Marmousets, mais « assis en une petite ruelle qui descendait en Gla-
SOUS NAPOLÉON III. Il
ligny et aboutissant par derrière audict Giatiguy: » Ce document, à notre avis, désigne imparfaitement un personnage historique très-connu, et il s'agit de l'ancien hôtel de Jean Ju vénal des Ursins, qui ne disparut pas entière ment en 1533, bien qu'on ouvrît l'année suivante, au milieu de son emplacement, la rue du Milieu-des-Ursins.
N'est-ce pas un reste de ce grand hôtel qui, dans la rue des Marmousets, convenait le mieux aux archevêques d'Embrun? La France, en prenant possession du Dauphiné, avait fait perdre à ces prélats le titre de chambellans de l'empire, leur souveraineté partielle dans FEmbrunois et le droit d'y battre monnaie, que l'empereur Conrad le Salique leur avait libéralement octroyé. Néanmoins l'archevêque d'Embrun se qualifiait encore, au xvii e siècle, prince et comte de sa ville métropolitaine., qui grandissait au souvenir des conciles qu'elle avait assemblés, et puis Julien de Médicis, le plus célèbre de ses prédécesseurs, était devenu Clément VIL
Alors que Louis le Gros n'était encore qu'associé au gouvernement du royaume de son père, il fit abattre un jour, dans notre rue, tout près du cloître Notre-Dame, une maison au chanoine Durauc, parce qu'elle était en saillie et gônait la circulation. Le chapitre aussitôt de réclamer : il y avait atteinte à ses privilèges les plus chers. Le prince, contre de pareils droits, sut tenir bon, et les chanoines, après son avènement, attendirent encore le jour de son mariage avec Alix de Savoie, fille de Hum-
bert, comte de Mauriennc, pour exiger une réparation qui leur avait été refusée. Le chapitre, profitant de cette circonstance, recevait du roi Louis le Gros non-seulemenf un denier d'or à titre d'amende, mais encore la promesse formelle de se montrer plus circonspect à l'avenir, et la bénédiction nuptiale n'était donnée aux.augustes époux, notez ceci, qu'en dernier lieu. On faisait si peu de crédit à tous les rois de ce temps-là, que l'idée ne leur venait guère de battre monnaie au moyen des emprunts! Quant à la rue, portait-elle dès lors la dénomination qu'on lui connaît, et la faisait-elle déjà partager à la porte claustrale de la rue Ghanoinessc ? Nous en sommes d'avis, sans pouvoir le prouver.
Malheureusement on sait, et voilà tout, que doûttis Marmosctorum, la maison patronale de la rue des Marmousets, florissait encore sous Louis XI et déjà sous Philippe le Bel. Complétons ce renseignement autant que possible. Les Marmousets originairement sont de grands cabarets, qu'on appelle à la même époque des Mar-utonsettes quand des jeunes lilles, au lieu de petits garçons, y servent à boire et à manger. Le plus ancien taunicr, c'est-à-dire tavernier, que nous découvrions dans la maison-mère a nom Ogier des Marmousets, et, de son temps, dans ladite rue, trois autres tauniers sont établis. Or, on en compte juste autant dans le Livre de la taille de 1313, parmi les contribuables de la môme rue désignés comme il suit :
€n la rue tes JttUucvmez ou vttu ïrener* Saine.
Henri le pastaijer [un pâtissier). — Jehan de Gournay. — Robert des Moles, cordoanier et sa famé, regratière. — Pierre le Breton, hostelier. — Adam , le barbier. — Marguerite de la Flamenge, hosteliere. — Jehan de Nangis, tavernier. — Mahiet l'Abbé, id. — Pierre Hardi, id. — Pierre de Reaiwpont, id. [et Je plus voisin du cloître).
(6ti la rue frea ittarmasej en loutre renc>
Robert le barbier (vis-à-vis du 4"** tavernier). Guillaume de Balestre, drapier. — • Tliomas l'Anglais, chandelier. — Rogier, l'tublayer. — Nicolas le Ribaut, tailleur de robes. — Huitace Plésant, cordoanier. — Symon d'Orlians et sa famé, regratière.
Par conséquent, au commencement du xiv e siècle, une espèce de courtille est formée par des cabarets, en des propriétés très-probablement canoniales, à la porte même du cloître, et l'un de ces cabarets est infailliblèment la launcrie des Marmousets.
Mais des établissements semblables, tantôt de Marmousets, tantôt de Marmousettes, sont connus dans le môme siècle sur divers autres points, notamment rue de Jouy, près l'église Saint-Paul, et dans le faubourg Saint Marcel, près Féglise Saint-Hippolytc.