RUE, PLACE ET PASSAGE DU CAIRE
Du 23 juillet 1798 date Feutrée victorieuse des troupes françaises au Caire. A la fin de l'autre sièele rOTionte aussi la foire du Caire, nom collectif donné pour cominencer aux passages et à la rue du môme nom, ouverts sur une partie des bâtiments et le jardin des Filles-Dieu à Paris. L'emplacement dont s'agit avait été enclavé dans la ville par Tenceinte de Charles V. Il s'était trouvé contiguà la cour des Miracles, ou plutôt à l'une de ces cours, supprimée à l'époque de la majorité de Louis XIV , et alors consistant encore en un très-grand cul-de-sac puant et boueux, habité par une fourmilière de gueux, bohème dégénérée, gui n'avaient de leurs devanciers que les guenilles et l'argot. Un roman de Victor Hugo a décrit pittoresquement la cour des Miracles sous Louis XI. Rien ne subsiste, et comment nous en plaindre? de l'ancien lieu d'asile des truands, rien du cloaque sans pavé. Notre place du Caire se contente d'être encore la grève assez loquace , le rendez-vous des cardeuses de matelas *, ces anciennes grisettes de faubourg, dont l'âge a mûri la prudence, refont maintenant des lits, état que bien des femmes apprennent sur le tard , après avoir fait le contraire. Le démêloir de ïeur jeunesse a luimême vu tomber ses dents, son aspect a varié, des griffes
sous NAPOLÉON lïL 9
d'acier lui ont poussé; bref, sans avoir changé de mains, la carde s'est substituée au peigne, que trop souvent les ravages de la calvitie réduisaient à chômer tout seul, lui qui avait chômé longtemps, coquetterie à peu de frais, les fêtes cariUcmnées, mais trop mobiles, de la rencontre, du rendezvous, du cadeau, des adieux, du retour! Plus une cardeuse est vénérable, mieux elle s'entend à rafraîchir lestement la couche de la veuve, aux matelas semi-mortuaires, dont elle fait celle d'un autre hymen ; mais, pour se rajeunir ellemôme, il fout qu'elle aille jusqu'à se comparer aux mascarons, aux sphinx, aux petits bonshommes égyptiens, ee& derniers courant sur une frise, qui décorent la maison d'en face et où commence le passage; ce musée d'un style exotique s'est inspiré des pyramides, et des générations de matelassières, depuis la formation de la place, vénèrent dam^ ees hiéroglyphes un symbole de leur profession, honorée sans doute à Memphis de la même façon cp'à Paris ; il suffit que le sphinx ait la tête et les mains d'une femme, avec des griffes, pour qu'elles voient une cardeuse de Thèbes dans cette image fabuleuse, qui ne leur parait plus un monstre. Les passages du Caire sont voués principalement à l'industrie de l'impression lithographique; c'est une ingratitude qu'on n'y ait pas illuminé, quand Napoléon III a supprimé l'obligation du timbre pour les circulaires de commerce; cette émancipation a enrichi toiit le passage. Aussi ne laisset-on plus, en cas de pluie, les parapluies ouverts dans seê>gl^
galeries^ qui m plusieurs endroits maaquaient dé couverture vitrée. Oiï compte plus de numéros que de maisons, passage du Caire-; chaque raison de commerce y veut le sien. C'est au; n* 187, qu'un élégant viveur naufragé, ayant nom Froment, a fondé un canard, soi-disant journal de spectacles,, pour en faire sa planche de salut, sous le règne de Louig^ Philippe. Notoirement illettré, il eut pour rédacteur et pouf second un comédien sans engagement, dont la plume s'exerça dès lors à la flatterie ; régisseurs, contrôleurs et directeurs étaient portés aux nues en style quelconque par l'acteur qui passait auteur. Celui-ci n'a pas eu, depuis, d'autre talent; mais c'en était assez pour prospérer; il continue ses ^ platitudes sur une échelle plus en vue. Celui-là, au con- ' traire, a misérablement fini après avoir passé trois ans à courir après des annonces au rabais et chez les divers marchanda de vin oii il avait rendez-vous tous les soirs avec les crieur? de programmes qui avaient stationné à la porte dés théâtres. Froment a succombé à la même tâch^ qui, plus tard, a mieux réussi à quelques-uns de ceui qui^ le pied leste, sans bagage qui les embarrasse, entrent furtivement dans la presse ou dans le théâtre, par quelle porte? par celle des claqueurs, dés marchands de contremarques et des coureurs d'annonces. Les mendiants de la cour des Miracles se couvraient jadis de iausses plaies ; les intrigants de notice époque n'ont de postiches que leurs qualités, leurt titres et jusqu'à leny|^.^j9iç^ç>^ux-là qui