QUAI DES CÉLESTINS
Hôtels Fieubet et IVîeolaV.
Ne disoQB jamais de mal des maiBons de rapport, nous trouverions trop d'incrédules ; les méchants buveurs d'eau, s'écri^ait-on , médisent dé l'ambroisie! Mais chacun comme il peut remplit son verre^ et sans mépriser la piquette, qui a la quantité peur elle, nous préférons à ce vin fugitif et qui n'est pas de garde , celui qui représente à nptre époque le vieux falerne d'Horace, Torquato consule. Si vieux, diront alors les convives les plus positifs, qu'il en est éventé, qu'il a perdu sa force! C'est égal, j'y recon-nais Je cru de la Camp'anie, l'essence fumeuse, mordante et suave qui distingine encore du villum et de la vappa , piquettes aigres-douces des Romains, la langueur suprême du falerne. S'il y a, du reste, une limite d'âge pour le vin
généreux 7 elle e«t bien modas rappi^ocliée de la jeunesse que rage de plaire pour les faibles humains. Ninon et Richçlieu n'ont eu que parexeepiîcm le mérite de séduire passé la soiuntsûne. C'est, autre chose pour les monuments de l'art^: pour les maîsoiiis à souvenirs ; ils gagnent constamment à vieillir, et si nous retrouvions le nid d'Adam et Ève^ il nous inspirerait à coup sûr plus d'intérêt encore qu'à eux^nêmes, soit avant, soit après le péché. Il y a bien à porter en compte, pour la peinture, la sculpture , la dorure, l'œuvre du temps qui les dégrade ; mais les corps d'édifices n'y perdit rien , grâce aux restaurations, qui l'emportent quelquefois sur la construction primitive. Tout est sauvé, si les réparations ne sacrifient pas trop la maison historique à ee qui étaUit par elle nn revenu.
Nos comptiments sont dus à M. le ixmie de Lavalette , lequel vient de présider arec beaucoup de goût au rétabUiP^ sèment d'un vi^l hôte), 6, quai des Gélesttns, qui ne méritait pas de dénier. Une campanille, qui ^kmne à l'édifice quelque apparence monacale, n^est que la cage d'un charmant belvéder, d'où s'étend une vue admirable ; la galeriede balustresqui couronne presque la maison et les statues qui la rehaussent sont en tout cas une addition heureuse. Est-elle moderne, ou du fait de Hardouin-Mansart, qui a déjà restauré cet hôtel? Nous penchons pour l'époque actuelle; en tout cas c'est une véritable renaissance. Man-
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sapt eet^aort raornée 1708^ ^t nous a^ofis igious Je^ yeux une gravure de 16&0^ dcmt l'auteur est P^relie , qui re^ présente la maiisoia. dé M. de Lavalette^aTeejBOu double pavillon par devant , mais décapitée de l'auréole que lui font cette balustrade, ces figures de plein relief et ce petit clocher à jour.
Cet hôtel a porté le nom de €ombourg et celui de Fieubet; il a étéMti,.lui aussi, sur remplacement de l'ancien hôtel royal de Saint-Pol, qui ouvrait de même sur le quai, que les roî^ avaient £d)andonné pour celui des Tourneurs, «t que François P' avait cédé en grande partie "à Jacques Geaouillac, dit Gaillot, grand-maître de l'artillerie, pour y établir un arsenal. Anne de Béthune, veuve de Timoléon Beauvcrt, baron de Couruay, fille ou petite-fille du baron de Moncrif, a vendu la maison en 1558 à Henri de Sennetêrre , ministre d^État ; Gaspard de Fietjbet, baron de Lauûac, coBseiller-secrétaire dii roi , Ta achetée de ce dernier, et c'est précisément à l'église des Célestins, dont le cloître esst occupé de nos jours , au coin de la rue^ de Sully, par la caserne des Gélestins , que les secrétaires du roi fsûsaient dire leurs messes , célébrer leurs cérémonies, depuis Charles y ; ils étaient tous de ia paroisse, qu'ils habitassent ou non ce quartier-là. Gaspard a été nomifté, pour surcroît, èhancelier de te reine Anne d'Autriche, en 4671 ; auteur de petits vers bien faits , qui avec lui couraient las ri»lles, c'était. un homme de plaisir^,
marié et puis veuf sans enfants, d'une politesse d'esprit fort agréable aux gens de lettres dont il aimait la société, ami surtout de Saint-Pavin auquel il fit cette épitapbe ï
Sous ce tombeau gît Sain^Pavin :
Donne des larmes à sa fin.
Tu fus de ses amis peut-être ; Pleure ton sort avec le sien.
Tu n'en fus pas? Pleure le tien, Passant, d'avoir manqué d'en être.
Elisabeth, la sœur du chancelier^ avait épousé Nicolas de Nicolaï, 1" président aux Comptes, et ce mariage avait occasionné la division de la vaste propriété; les Nicolaï, pour leur part, avaient pris possession du n" 10 d'à présent, bâtiments qui se remontent, pour ceux-là, qu'aux Fieubet, et où il reste un remarquable escalier du style Louis XIII, et des grilles*de croisées marquées à la lettre N. ^ Morte en 1656 , la présidente Nicolaï a laissé une fille ' unique , mariée à Louis de Rochechouart, duc de Morte- ' mart, pair de France, lieutenant-général des armées du . roi; celle-ci, une fois veuve, a fait donation de Thôtel, |)Our qu'il ne sortît pas de la famille, au président Jean de Nicolaï, marquis de Goussainville, lequel a eu pour héritier son fils. Le marquis de Nicolaï a vendu en l'année 1770 ladite propriété, démembrement de l'ancien hôtel Combourg, àPigoryDelavault, pensionnaire duroi,donnée alors en location à François Romieu, trésorier-général du
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sceau de la Chancellerie, époux de M"* Moncrif ; M^'* Pigory, femme Lemercier, y a succédé à son père. En 1854, cette maison a servi d'atelier pour l'habillement de lu garde impériale; puis on a procédé à une réparation qui en fait une résidence confortable.
Quant à l'hôtel Fieubet proprement dit , il était échi^ à Anne de Fieubet, conseiller au parlement, frère de la duchesse ^e Mortemart et du chancelier déoé^é aux Camaldules de Grosbois en 1694. Paul ^ç Fieubet, également magistrat et fils du précédent, y est mort subitement eu '1718- Dans là génération suivante, à Gaspard ont été enlevés tout aussi prématurément par la petite-vérole sa femme et puis son fils, inhumés à Saint-Paul dans une sépulture de famille. Le second fils de Paul, héritier de la propriété après la mort du fils aîné, avait uni sa fille à Mathias Raoul , comte de Gaucourt^ maréchal-de-camp, dernier propriétaire du chef du chancelier : les Gaucourt, souche de vieille noblesse , avaient longtemps porté , comme écuyers du roi pour ainsi dire par droit héréditaire, le titre d^enfants d^honneur du roi. M. de la Haye-des- Fosses était propriétaire, sous la Restauration, de cet hôtel, qu'il habitait avec son gendre, M. Boula de Mareuil.
Au reste, le quai des Céleslins a gardé plus de deux maisons, des siècles qui nous ont précédés. J'en atteste la vieille rampe de fer qu'on retrouve au n** 16, et la belle porte-cochère, ferrée de grosses têtes de clous qui se re-
marque n*" SSI , maison qu'habite M. Rançonnette, paysagiste recommandable^ qui a aussi voué un eulte d'artiste à tout ce qui survit au vieux Paris. Des caves subsistent sous le n** 20, qui ont appartenu au séjour de Saint-Pol. Quant au 24, il communique avec Thôtel de la Yieuville, dont il a toujours fait partie, mais qui donne surtout rue Saint-Paul.