RUE DES BOURGUIGNONS
Le géûie élevé de Bossuet, qui à cdup sûr fut gallican/ ne saurait nuire à celui de Bourdaloue, que le^ ultramontains de notre temps ne sont pas seuls à honorer. Le génie rapproche les distances, comme la vapeur, qui au xix* siècle en est Timage longtemps cherchée; il semble que* la grâca ait revêtu en lui son unique expression supérieure à la controverse. Il est vrai que du vivant de l'immortel ami de M"* de Mauléon, on hésitait déjà à le classer parmi les jansénistes^ comme parmi tes molinistes; on lui eût reproché, tout au plxis, le mauléoni&me. Sous le même rapport de divergence d'éèoles, la topographie de Paris eût alors donné lieu a d^ divisions plus tranchées; les jansénistes eussent frappé d'un nefat les abords de Tancien collège de Clermcmt, de même que les jésuites n'eussent signé aucun laissç^-passer pour les rues qui avoisinaient les académies de Port- Royal, par conséquent pour celle des Bourguignons. Aujourd'hui la querelle semblie éteinte, le feu n'en est du moins que souterrain et laisse à l'industrie leprivil^e d'attiser le feu des chaudières, où le génie moderne fait cuvée neuve. En tant q;ue raisonneurs, les disciples de Jansénius. ont fait faire plus d'un pas à renseignement ; mais comme Eglise dans l'Eglise, il n'a pas été molnà utile que ces rénovateurs vinssent renchérir sur la rigueur de toutes les pratiques religieuses, qui tendaient
sous NAPOLÉON m. t5
frop aû relftchement. On pourrait comparer en quelque diose le jansénisme à ces modestes pensions hiaurgeoises, si. nombreuses de nos jours dans le quartier qui a été son quartier général 9 et où vivent i^n comnuin àvoc ude quiétude monacale^ en regrettant au lieu de prôtôiikeï!, maipts célibataires des deux sexes , vieillards, convalescents et petits rentiers y astreints au mèn^e régime sain, économique et réglé par Tordonnance d'un médecin et par l'état de leur fortune. Les sectaires qui^ appelaient de la bulle Unigenitus s'étaient lait là, avant ces.iavâlidos de ta bourgeoisie de Paris, mais à bien plus grands frais de patience et d'esprit, d'éloquence, et de. savoir, une petite église de santé; on y pro tintait moins par conviction, que pour avoir une raison de plus de s'imposer des pénitences , de nature à racheter jusqu'aux fautes du parti adverse.
Hôtel de la Santéy ainsi s'appelait il y a dix ans le n"" 95 de cette rue des Boui^ignons. Les balustres de bois de son petit escalier ne disent^ils pas l'âge de sa modèle construction antérieuire aux querelles du jansénisme? Avant d'être une pension boargeoise> cette maison à jardin a logé pendant un siècle, de père en fils, une Emilie de jardiniers-fleuristes, qui avait succédé à Louis-Facile Csxnté de Montgeron, acquéreur en 1711 d'une charge de conseiller au parlemeart. Remontons donc jusqu'à oe noagistrat, dont la jeunesse a été livrée aux plaisirs, mais qui ,
16 LES ANmESWES MAIS(ÏNS4)E PARIS
parvenu à l'âge fnûi*, appélle/pmi» rëapp^Ilê â6 la b^He^ et qai passe à Fétat de ooryphée de sm parti à Pépoque dés fiiiracles opérés sur la tombe du uiémorable diacre Paris. Il est de la paroisse Saiot-Jacques^du-Haut-Pas, église d0Dt Samt-Médard n'est qitô ta succursale comme ebef* lieu des opinions nouTelles ; mms il prend à toute heure la rue t<Hl;ueuse de l'Arbalète, pour se rendre au citnetière de Saint-Médard, rue d'Orléans^ où il assiste, plein d'eutboùsiaisfDie, aux gu^risons miraculeuses produites sur les con* vulsionnaires , devenus insenstUes aux coups et aux piqûres par les mérites du saint que Rome jusqu'à la fiu refile de canoniser^ I^riscpte Farchevêque Vintimil te succède au cardinal de Noaiiles, qui s'était monU^ favorable, ainsi qu'une partie duolergé et la moitié du parlement, aux opinions de Pascal et d'Arnaud, mais non aux frénésies de Saint-Médard, le cimetière transformé par les con* Yulsionnaires en un véritable théâtre, est rigoureurement fermé, et Montgeron exilé momentanément en Auvergne. Dès qu'il petit revenir à Paris, il fait de son humble maison Fasile des fugitifs à la poursuite desquels s'emploie. Hérault, le lieutenant de police. Puis, par un beau jour de juillet, en l'année 037, il se fend à Versailles, présente eœ^abrvpta au roi son livre, Shi la Vérité des miràeks du diacre Péris; il fait eosuite la même surprise axi duc d^Orléans^ au prunier i»ésident et au procureur général. . C'est un héros ! disent les iras ; voilà un fou 1 s'écrient les
sou HAFÛLiXm nu f7
^autred. Mails Iuhm XV, qu'a biôséé rhommage fort mal .venu du conseiller, trouve ua terme moyeu eu l'envoyant à U Bastille. Sur la demande de sa compag^ie^ raeaptivMé dé Montgeron estcommuéçen un autre ex^il; il peut doue écrire d'autres livres^ avant que son corps à Grenoble soit ébri^uié par une convulsion sut viede réternelle insensibilité. AuTOSte la rue des Bourguignons, dite seulement rue de Bourgogne par Gilles Corrozet, historien et libraire du XVI' siècle, avait à se purger, depuis Tannée 1 688, d'un sacrilège incontestable. Ce chemin sans pavé ne commençait en ce temps-là qu'à la Croix de la Sainte-Hostie, élevée (feus la partie dite alors Clmmp^dés-Capucins, où trois voleurs avaient jeté furtivement, au pied des murs du Val^de^Grâce, toutes les hosties du saint ciboire dérobé après effraction de tabernacle dans l'église Saint^Martin au cloître Saint-Marcel : une procession expiatoire servait d'anniversaire à la cérémonie avec laquelle on avait relevé ces hosties. Les constructions de la rue, en 17H, étaient en général petites, mais déjà au nombre de 49 et pourvues de 7 lanternes de nuit. On les retrouverait presque toutes ; seulement il en est quelques-unes qui semblent revêtir encore le ciiice de la pénitence ; elles^ ont fait vœu de pauvreté sans doute, car on y trouve moins de feu qne de cendre; leurs fenêtres à coulisses ont perdu l'habitude de joindre, et des loques sinistres fout dans les interstices l'office de bourrelets. Les locataires de ces bougés sont à
iS LES A1SC1ENNES MAISOJNS DE PARIS
coup aûr plim nombreux que Iwrâ meubler ; dès^ qu'ils ont hérité d'une chaiee à quatre pieds, d'im rideau, d'une gravure en cadre, d'on pot à l'eau et d'une seringue ^ ils exposent bien vite à leur porte oe lot d'objets de luxe à v^endre.
II n'en est pas de même du 37, pensionnat de; garçons, qui a été l'hôteLd'une famille Verteuil ou Verneuil* Les Verneuil, maison noble, originaire de Bretagne, servaient dans les armées; un des leurs était prêtre et docteur en théologie lors de l'avènement de Louis XVL Quant au marquis de Verteuil, nous avons vu des poules et des pourceaux vaguer dans son ancien château seigneurial, le Bourg-Dieu, et nous gardons un savoureux souvenir du produit de ses dépendances dans le Médoc, tout près dés vignes de Saint-Estephe* Presq^ie en face du séjour de ville dont nous parlons, s'est formé le cul-de-sac Hautefort vers la fin du xvn* siècle, sur un terrain appartenant à la famille de M^^^ de Hautefort, dame d'honneur de la reine qifô Louis XlIIa^^ aimée platoniquement. Un assez grand terrain au fond de l'impasse est cultivé enœre par un horticulteur. >
Le iO et le 12 ^nt conservé une apparence assez bourgeoise : l'un de ces deux immeubles a vu naître M. Allard, naguère le chef cb la>poilice de cureté; l'autre a été plus récemment acquis par un portier de la rué de AûvoH. Que Dieu soit.loué si sur igtotre lige de fer il «'a^vre encore plus
sous NAPOLÉON ni. 19
d'une porte d'or ! Eq continuant notre revue, nous rencontrons pour ainsi dire une patrouille de petits hôtels, dont le chef est V hôtel de Bourgogne où logent des officiers de la caserne de Lourcine. Cette maison meublée et le n^ 4 formaient jadis un quartier de gardes-françaises. Enfin deux constructions à l'un et Fautre coin de la rue de Lourcine sont comme d'immuables* sentinelles , qui ne demanderont jamais qu'on les relève: Tune d'elles, le n* 2î, se tient encore tout aussi droite qu'un garde-française devant . le maréchal de Saxe ; l'autre, dont les jambes alourdies ne plient qu'en apparence sous une consigne qui date de deux siècles, reste également .fixe au port d'arme.
RUE B0URTIB0CR6.
]!i««t,e,9,t«, It, 14,15, 16, 17, IS, 19, 90, tl et 99.
Rien n'est plus du marché Saint- Jean, partie de l*ancien cimetière de Saint- Jean-en-6rève et dont la place avait servi de lieu d'exécution au xvi* siècle. Des ftimilles juives, en dernier lieu, habitaient les maisons de la place du Mar^ ché^Saint-Jean ; mais eHes ne s'y ressentaient plus de la malédiction royale qui avait pesé sur le sol, en rasant l'hôtel de Craon, lequel avait tenté de faire assassiner le connétable Olivier de Glisson, en 1 399. La rue Bourtibourg à cette date comptait déjà plus do deux siècles et demi^
20 LES ANCfËNNSS MAISONS DE PARIS
etelk ajboutissait ea face de l'hôtel de Craoo; sa dénomî* ns^tion venait d'un bourg appelé le Petit-Bourg où dont le colon principal était Thibourg : les historiens de Paris se sont encore divisés sur ce point.
Le nM de cette rue n'a toutefois rien de cdduc; il a sufB d'en reprendre le rez-de-chaussée en sous-oeuvre, pour le mettre au niveau du sol/le la place englobée par la nou«velie rue de Rivoli, et il a gagné plus d'un mètre aux dépens de la cave à ce déchaussement. On ferait un fort beau jeu de quilles avec les balustres d'escalier d'un garni, au n*^ 6, petite maison dont a dû accoucher l'époque de François I" et dont le ventre s'est tassé à la longue comme tes épaules du boafTon Triboulet. Le 10, où se retrouve une belle porte, ne faisant qu'un avec le ISI antérieurement à 171 4, c'est-à-dire au dénombrement des 35 maisons de la rue, fortes alors de 8 lanternes.
Un des ducs de Vendôme, fils et petit-fils de Henri IV, eut son hôtel en face, dans une maison peinte en vert, couleur assurément locale pour l'herboriste qui y réside. Des trumeaux au-dessus des glaces, un escalier superbe à marches de pierre, à rampe de fer, un autre dans le fond à balustres de bois, une porte ayant l'ampleur de deux carrosses et des caves vraiment magnifiques, voilà ce qui a survécu des splendeurs de cette résidence, dont l'entrée principale fut néanmoins à l'origine dans la petite rue de Moussy, aujourd'hui fermée aux voitures : la façade sur
sous NAPOLÉON Uî. 2f
notre rue paraît être ub peu moins andenne. Cette maison fut^ehetée en deux lots (1674 -1681) par un savant apothicaire, Geoffroy ^ ancien ^chèvin, etbelui-ci pour l'agrandir, en 1688, prenait a bail emphytéotique pour 99 années, de la fabrique de Saint-Jean, 10 toises de terrain environ faisaisit; aussi partie antérieurement du cimeti^e de cette église et attenant au mur de rhôtél. Etienne-François Geoffroy, fils de Tancien échëvin, lui succéda, professeur éminent de chimie et de médecine, également pharmacien, membre de l'Académie des sciences, mort en 1731. Trente sept années plus tard, Claude-Joseph de la même famille, naguère commissairedes guerres , était d'accord avec les créanciers de feu son frère, avocat, conseiller du roi, pour transporter au prix de 72,100 livres l'ancien hôtel Vendôme, dont les trois corps de bâtiments rapportaient alors 4,000 livres, à Charles-Nicolas Marlot, conseiller du roi, syndic des inspecteurs des vins, syndic encore des officiers mesureurs de charbon. La propriété tenait à cette époque du côté droit à La Marguerie-Langelet, un conseilla au parlement, du côté gauche à Servilie, marchand de vins; quant aux. droits censitaires,' les parties contractantes ne savaient déjà plus à qui ils étaient dus, mais à coup sûr ce n'était pas. au Temple; l'acte en faisait tout simplement réserve. Au ccmimenoement de la République, le bail des 10 toises <le terrain étant venu à éehéanoe, la nation faisait rendre le corps dé logis s'y élevant, qui avait pour te-^
naatSy oubre leottoyen Blarlot^ uiie autre maiison bâtie de même sur le sol de raucieb cimetière et au fond uue propriété à la citoyenne Lesseviile. L'ac^udication en eiift lieu au profit du susdit Martot, prédécesseur du détoirteuf actuel •
Que si nous jetons les yeux sur le plan de Gomboust, tUMB rencontrona un autre hôtel (actuellement n'"'' 15,17 et 19) qui avait, lui aussi, entrée rue de Moussy. D'origine ce fut le séjour des Nicolal, plusieurs fois présidents de la chambre des comptes de père en fils depuis le règne de Louis XIL Ils eureût pour successeurs rue Bourtibourg Nicolas d'Argouges, lieutenant-général des armées du roi, colonel général des dragons, en faveur duquel les baron*^ nies d'Ârnbec et deRannes furent érigées en marquisat, p^ede Louis d'Argouges, maréchal-de-camp ; ce dernier eut lui-même un de ses fils lieutenant*colonel des dragons de Cbapt et une fille, Marie-Thérèse, abbesse de Cbaillot. Un autre membre de cette' famille fut aussi lieutenant civil ; leur sépulture, sculptée par Coyzevaux, était à l'église de Saint-Paul. Toutefois, en: Tannée 1780, une partie de l'hôtel d'Argouges était louée à d'Outremont, conseiller a^ parlement.
C'est encore une porte magistrale qui se ferme sur le 1 i, qu'on a refait il n'y a pas longtemps, et que ravocatPauly, conseiller du duc de Bouillon, habitait vers 17^0. Le 16, (e 18 et le 20, sénile construction à trois corps, dont deux
sous Napoléon m. 23
sur kt rue, qui est séparée de Tautre bâtiment par une cour, nous représentent un. hôtd sans notoriété historique, bien qu'il remonte au règne des Valois. Nous y remarquons, en passant outre à une vénérable porte cintrée, un escalier à rampe de chêne, penché sous le poids des années encore moins que par inquiétude, et reculant devant maintes cheminées qui menacent ses débris futurs : il périra, en effet, par le feu, et chaque pas des générations qui se sonl éiccédé depuis trois sièles sur ses marches, l'a rapproché, mais avec une lenteur qui a pu faire des jaloux, des chenets où luira sa tombe. La division de cette propriété date des dernières années du roi Louis XV. En 1764, Guyot en acquérait de Bachelier une partie; à quatre années de là, Blanquier, baron de Trélan, payait afin de succéder, dans une autre partie de la maison, à Charron de Liancourt, son beau-frère, et la même famille en disposait encore sous Louis XVm.
Gf'est vraiment la rue aux grandes portes ; j'en atteste encore le 22, ancien logis de magistrat que desservent deux escaliers à belle ferrure. Propriété plus vaste, le 21 a eu pour fondateur un négociaiit en produits coloniaux, quand Lafayette était eq Amérique ; un appartement principal avec balcon donnait sur un jardin , supprimé depuis 20 années. Rien à vous dire des numéros suivante, en dépit d^ temps reculé ou fut posée leur première pierre.
Î4 LES ANCÏEriNES MAISONS DE PARIS
RUE BOIJTEBRIE.
Que de rois et de reines, déchus, captifs, exilés ou décapités, ont eu l'honneur de laisser derrière eux, glorieuse exception à coup sûr, des courtisans de leur malheur! La flatterie, en général, ne survit pas à la fortune des grands ; mais toute fidélité posthume prend, en revanche, la proportion d'un culte. Les rues-martyres, quand bien même uft palais, en lés prenant pour avenue, eût rendu leur chaussée auguste, n'ont vraiment pas à espérer cette suprême consolation des rois. La même décollation met un terme à leur vie et à leur majesté. Une rue royale peut devenir un marché, sans que personne se récrie ; une fois qu'elle a disparu, l'un regrette encore sa vieille maison qui n'est plus, l'autre en secret pleure sa déùinte chambre, un troisième se rappelle avec attendrissement le bail de sa boutique humide; mais de la voie publique, quand bien même le char triomphal de César l'eût inaugurée, plus un mot; Dire que les grands se plaignent si fort d'être oubliés après leur vie ! Si les rues supprimées parlaient, elles auraient bien, je crois, d'autres griefs contre les nouveaux boulevards, où leur ancienne place n'est pas même indiquée par une borne ou par un ormeau. La rue Boutebrie, quant à elle, n'était pas condamnée à mort; seulement on a fait choir sa couronne dans le macadam, en plein boulevaM Saint-Germain. Le chef branlant de ladite rue, construite au xui* siècle, portait tout dernièrement encore, comme un diadème, la maison de la reine Blanche. C'était l'hôte!
sous NAPOLÉON IH. . . ^ 23
d'Henri de Marie; une reine l'avait habité^ peut-être même la mère de saint Louis. Tant de pignons et de tou-* relies, il est vrai, ont passé pour être le séjour de la reine Qianche, qu'il a nécessairement fallu ouvrir les yeux^t découviir la probabilité de quelque équivoque historique. Touteis^ les reines, une fois veuves, étaient ainsi nommées dans le principe, parce qu'elles portaient le deuil en blanc. Anne de Bretagne, à la mort du roi Charles YIII, fut la première à le porter en noir.
En face de cet ancien séjour de reine, se trouvait naguère une caserne ; on avait du moins affecté à cet usage en Pan xm de la République, les bâtiments du ci-devant collège de maître Gervais. Ce nid où des boursiers étaient cléricalement couvés avant d*éclore prêtres et pédagogues, avait été formé de cinq brins de maisons, en 1370, trois desquelles étaient dans le haut de la rue Boutebrie à gauche, et les deux autres rue du Foin-Saint-Jacques, où s'ouvrait la porte du collège. Au surplus, cette fondation est posté-, rieure à celle de la rue , qui remonte à peu de chose près, nous le faisons remarquer à dessein, au règne même de saint Louis; son premier nom, rue Erembourg de Brie^ s'est raccourci bien avant elle. Construite en grande fTartie dès l'année 1SS50, elle s'est passagèrement appelée au ,xvi* siècle rue des Enlumineurs. Cette qualification professionnelle n'a sans doute eu que la durée du bail des ouvriers qui la lui avaient apportée. Bien des corps d'état, il est vrai, se disputaient ce quartier très-vivant , où se trouvait alors la grande Poste. Quelque trente ans plus t»rd, l'huile de la Ville alimentait à coup sûr 4 lanternes
aô , LES ÂNOENNËS MAISONS DE PARIS
dàBU ia rue Boutebrie ^ sur la({uôlle 1 9 toits épatichaîént l'eau du cieL
M. Rousseau^ que ia pluie y surprit au fort de ses reofaercbes ooDsciencieuses d'éditeur, s'estimait très-heureux alors de ce que tes plombs «modernes eussent rempiat^, pour les maisons particulières, les gargouilles élevées qui lancent encore , du haut des palais, sur les gens, des trombes d'eau a*evant les parapluies. Mais la pluie rarement tombe en ligne perpendiculaire, ce qui donne un grand avantage, pour les piétons qu'elle surprend, aux rues étroites sur les larges boulevards. Par exemple, la moitié de la rue Boutebrie reste à l'abri, en cas d'averse, pourvu que le vent soit de la partie. Ainsi M. Rousseau jouissait, en optimiste, d'une double immunité, à la porte du n* 7; seul^ienrt la maison d'en face, qu'avec fureur fouettait la pluie, parut jalouse de son échappatoire, et il reçut soudain, en plein visage, un mince filet d'eau dont le jet continu était de direction horizontale; notre éditeur de croire d'abord qu'un gamin, habilement caché, n'a pas craint de braquer sur lui quelque diminutif de l'ancienne arme des. apothicaires; enfin, après de vaines menaces, il s'aperçoit qu'un tuyau engorgé, oii l'eau se fait jour comme elle peut, est l'unique mystificateur qui fait perler de larges gouttes sur tout ce dont son buste est revêtu. D'assez méchante . humeur, il monte, un peu pour se sécher, l'escalier du^ Q"" 7, lequel toutefois est de notre ressort par son exté-« rieur vénérable. On lui indique, au S"* étage, la chambre qu'habite un vieillard, ayant accoutumé de représenter en tout, un propriétaire invisible. Les diverses questions d^r
;SOU$ NAPOLÉON m. 27
sag6 sur rage et l'origme de la propriété aoat adressées poliment à cet homme/dont le visage exprime la méfiance, et i'iatérieur une vraie médiocrité^ que n'a jamais dorée la poésie; mais avant d'y répondre, celui-K^i veut savoir dans quel intérêt on les pose. Force est donc à M. Rousseau de refaire, pour la millième fois, le prospectus de notre pu- .blication; par exemple, au lieu d'étudier, sur la figure inculte de l'interlocuteur, l'effet que produit son discours^ il copie en parlant, sur son carnet, une partie des noms, dates et inscriptions rendus lisibles mr un mur san^ papier par la décrépitude du badigeon :
Simon^ Claude etMari^Mahu^ enlumineurs^ 1572. — Germain^ {//«ffilitë.—- Sylvain aime Glorietteà tot^ours. — Pamienda^ né à Lisbonne le 26 mai 4690. — Oratîo, jejunîum, senectus^ œs triplex, — Loyson^ commis aux aides. — Naissance de Régulus Thomas le t prairial an m et de Phocion- ^ Decius Thomas le 1 4 Mmaire an v : Signé le citoyen Thomas, employé chez le citoyen Saugrain aux réverbères. — Mort à Bailly ! vive Robespierre ! vive Cavaignac! — Gagné un terne te iO janvier 1821. — Jean Pruneau, 2"® de médecine. — Atala. — Adèle Crujot. — Clara Fontaine. — Vive la charte! •*- BoquiUon et Souton, élève.s en 0iarmacie. -r- Jules Clopin, homme de lettres. — Indiana Soufflard, coloriste. — A bas Cavaignac ! vive Barbes !
•—Monsieur, finit par dire le vieillard à son visiteur, je ne lis jamais ; si mon fils n'était*pas huissier à Beaugency, il pourrait vous comprendre ; mais moi I . . . J'étais encore fruitier, rue de Rohan, il y a cinq ans,
— Alors, lui dit M. Rousseau, il était superflu , mon bràve^ de me faire d'autres objections. Heureusement la muraille parlait , j'ai écouté. Votre maison, bien qu'ellç paraisse dater d'un ou. deux siècles, est dn temps de Charles IX.
— ^Diable soit des démolisseurs Ireprend le vieillard agité.
28 LES A.^Cl£^NES MAISONS-DË PARIS
-— Bonhomme , rassurez-votifi. Au Heu d'abattre, je compte ce qui nous reste.. •
~ Oh ! que nennî, coirtlnue l'autre. Sans les démolitions, Monsieur, saTez-vous que j'aurais mené une vie très-heureuse ? J'ai eu deux avantages qui manquent à bien d'auti-es, une femme très-sage et un fils homme d'esprit.
— L'un de vos deux bonheurs , Monsieur, semble en effet très-peu compatible avec l'autre. Mais la pluie à cessé ; mes renseignements sont pris. Je vous oifre mes salutations.