RUE DES CHARBONNIERS
Sous^ cette invocation il Bxiste deux rueB, Tune faubourg Saint-Antoine, l'autre faubourg Saint-Marceau ; la première donne rue de Charenton/ et te seconde rue des Bourgui-
Celle-<ri date de 4540; sous le nom de Chemin des Charbonniers, elle se trouvait encore dépourvue de maisons au XVI* siècle ; mais déjà Henri IV eût pu y appliquer son grand mot, qui est deveiîu si populaire : «Charbonnier est oc mattre chez soi. » Deux constructions qui datent de ce règne, le 4 et 6, masures déjà vides, implorent le marteau de la démolition; on dirait presque d'un suicide. L'enseigne des Trois Chapelets décorait autrefois le 7. Le 9 tient"bon, il porte ses deux siècles avec une certaine aisance : maison de petite bourgeoisie. Dussault, qui avait rédigé avec Fréron V Orateur du peuple j feuille rivale de celle de Marat, dut s'y soustraire aux regards, après le 48 fructidor, et la découverte de sa retraite le contraignit à en chercher une autre ; mais le \ 8 brumaire lui permit de quitter ensuite rincognito, pour concourir, non sans éclat, à la rédaction des Débats. Une poterie, n** 12, a succédé à un jardin, et l'école des Frères, qui lui fait vis-à-vis, tient elle-même la place d'une serre. La maison contiguë aux classes n'a rien encore. Dieu me pardonne ! qui seate le sac à char-
sous NAPOLÉON Hl. iT
boa ; on y vit et on y respire sans poussier qui monte à la gorge et uu jardin eacore s'épanouit derrière la muraille du 1 i, dont la seconde porte est rue des Bourguignons. Cette dernière rue et la nôtre étaient privilégiées, comme une partie de celle de rArbalète, en ce que les ou- Triws pouvaient s'y passer de maîtrise.
L'autre rue des Charbonniers portait antérieurement la désignation de Clocfaepin, et d'abord celle du Port-au-Plâtre. Elle a changé du blanc au noir; ce n'est pourtant pas une me politique. Sur le plan de Turgot est très-bien indiqué son n"" S15, maisonnette qui déjà ouvrait sur la rue de Charenton, mais qui en ce temps-là possédait un jardin longeant la petite rue. Une jolie fille, nommée Rose-Marie, que le maréchal de Soubise avait lancée dans la circulatioa galante, et qui, au lieu de monter en grade, ce qui eût été difficile, avait fini, de chute en chute, par s'affoler d'un simple mousquetaire de la S^ compagnie, casernée rue de Charenton, Ic^eait dans cette maison en 1 757, et elle finit par s'y jfter dans un puits : elle avait vu la veille défiler, sous sa feôétre, ceux des mousquetaires noirs qui venaient d'assister à la funeste bataille de Rosbach, et une recrue occupait daQ9 les rangs la place de son dernier amant, frappé d'une balle sous les yeux du premier. Les prières suprêmes de l'église Airent refusées à Rose-Marie, et son corps retiré du puits fut inhumé la nuit par deux soldats. Pour purifier enfin ce coin de rue de la souillure que, disait-on, lui avaient
J8r , LES ANCIENNES MAISONS M PARIS
imprimée le genre de vie de cette fifle et sa fin, on mit dans la maison votsitie, qui se bftît vers le même temps, présentement n* 23, une pdtite statue de la Shinte-Tierge, dans une niche que chacun peut y revoir. Le reste àe la rue n'était que marais en 4789,