‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 4)Chapitre 37 sur 85 · RUE DE CHARENTON · texte numérisé non relu

RUE DE CHARENTON

2II«ii0«aeUiire« noirs* — C«ar de Bonrsosne» — Filles anflAifles. — FoUe-Ramboaillet. — Tallée de Féeainp. — H! arenyo*

Cette rue, qui compte maintenant 460- maisons, était autrefois divisée. De la petite rue de Reuitly à celle Montgallet, elle s'appelait de la Planchette; puis, de te rueMongallet à la barrière, elle portait le nom de la Vallée de Fécamp, qui lui venait d'un terrain, le bas-Fécamp, sur lequel ladite voie avait été percée au rv** siècle. M. Rousseau, notre éclair l'eur, s'est engagé dans cette longue rue, hissé sur l'impériale d'un omuibus ; c'était le moyen de voir les choses de haut. Poste d'observation roulant, qui ne l'a pas empêché de prendre ses notes comme s'il était à pied. Nous allons fidèlement transmettre sesr remarques au lecteur, en les accompagnant de notes puisées à plusieurs autres sources.

Beaucoup de vieux bâtiments, plus ou moins refaits, qu'habitent principalement des ébénietes^ bordent la partie

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kiÊérieure tie la rue, bien que Ton a'y teouvât encore. qu'un prfit nombre tie constructioas,avaût le règne de Lauiô XV. On Bsi en tmia de désnoUr celui qui porte le n"" !l 0, et qui date du xvi^ siècle tout au moins* Le SO remonte à la même époque ; sa porte cintrée est assez, basse pour qu'il soit impossible à un grenadier de notm teno^ps de la franchir, tête nue, sans se baisser : preuve nouvel le que^ depuis Louis XIIj la taille du moins n'a pas décru. Au 214, vieilles ferrures, grande porte cintrée. Une croix indique à peine, pour les passants^ qu'au fond de la cour du 3î6 est l'église Saint -An^ toine, ancienne comme diapelle, contiguë en effet à l'hospice des Quinze-Vingts, ex-hôtel des Mousquetaires noirs, édifié par la Ville dans la première année du siècle précédent, consacré aux avei^gles depuis 1780.

En face des Mousquietaires il n'y avait encore qiie des chantiers en 1739.. Maintenant plusieurs passages communiquent, sur cette rive, avec le faubourg Saint-Antoine, notamment la cour de Bourgogne^ véritable cité ouvrière, avec bâtiments uniformes , 4 l'intérieur desquels chaque pièce forme aisément logement à part, et letou^; semble avoir fait partie ou d'un couvent ou d'un hospice : les petits cari*eaux des fenêtres et la jxuargelle d'un puits supprime attesteint, dans tous les cas, une origine séculaire. N'est-il pas erroné d'y voir une des dépendances de l'ancien hospice des Enfants-Tix)uvés, recpplacé de nos jours par l'hôpital Sainter Eugénie ? Nous ne doutons pas^ quant à nous^ que ce n\jiQ

n'ait fait corps avec une maison fondée dans le Êuibourg en 1646, sous le titre de la Providence, par le prêtre Antoine Barberé, et fermée dès le milieu du xvm'' siècle. C'est bien de ce côté de notre voie, mais c'est plus haut, que les Enfants-Trouvés avaient leur porte de derrière. Sur la riye des numéros pairs^ au coin de la rue Moreau, nous reconnaissons plus sûrement encore une portion d'un ci-devant couvent de Filles anglaises, dit aussi de Bethléem* Ces religieuses de la Conception s'étaient réfugiées à Paris et derrière la Bastille dès 1635, dit l'abbé Lebeuf ; trente ans plus tard, sdon d'autres historiens; et nous en concluons qu'elles ont eu là un établissement provisoire, avant de s'y installer d'une façon définitive. De leur chapelle donnant rue Moreau, la première pierre ne fut posée que le % juin 167SI, par la chancelière Le Tellier, et il y avait alors deux ans qu'elles s'étaient rendues acquéreuses d'une maison avec jardin à l'encoignure de ladite rue, après un court séjour faubourg Saint-Jacques; tout cela, sous la conduite de M"*" Jernigan, abbesse. Leur propriété fiit criée en trois lots, les 7 et 17 vendémiaire an VIIL

Au 80, qui vient après d'autres masures, ses contemporaines, nous remarquons encore une porte bâtarde, à cintre bas, qui démontre sans doute l'exhaussement du sol après, coup : l'ancienne édilité de Paris était pourtant avare de ces surprises. W 90 et 9S! : façades du temps de Louis XYI, qui semblent avoir toujours été celles de deux grandes

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fabriques. Au 103 commençait jadis le jardin de l'Abbaye royale de Saint^Antoine. Aussi bien^ le reste de la rue, à cela près d'un petit nombre de chantiers, de manufactures, et aussi d'étalages de marchands d'ustensiles de ménage d'occasion, est demeuré cultivé en marais.

Le chemin de fer de Mulhouse a jeté un pont, près du n"" SOSS, où une culture modeste représente le jardin de l'hôtel des Quatre -Pavillons, créé sous Louis XIV par le financier Rambouillet, et ce dernier n'appartenait nullement à la famille d'Angennes de Rambouillet. Ses heu* reuses dispositions, ses fruits d^élite , ses fleurs à profusion firent d'abord de ce clos une des curiosités de Paris : les dames de la place Royale, sous prétexte de le visiter, y acceptaient des rendez -vous, et l'amour y jouait aux quatre coins. Le Roi, les grands seigneurs y faisaient demander de beaux fruits. On appelait également ce lieu fort à la mode Jardin de Reuilly et folie Rambouillet; ce dernier nom est resté à une rue tracée depuis sur son emplacement. Cet autre hôtel de Rambouillet, car on appelait ainsi la maison qui s'y élevait, à égale distance des Quatre-Pavillons, dont la destination n'était pas étrangère à la galanterie; cet hôtel, disons-nous, n'était ni une contrefaçon du célèbre bureau d'esprit du même nom, ni une simple maison de plaisance ; les ambassadeurs des puissances étrangères non catholiques, celui duroideSiam comme celui du soiïverain des Trois-royaumes, s'y rendaient etiy station-

n LES ANcajENiae mabom m: paris

fiaieàt^ eoi attendant léi oaiTroEsea die Ja cour^ponr i^e leur entrée soleimeile. SoiïsJe jrègDjB suivant^ ùb noaieel ZKy quéreur,. qui préférait l'utile à l'aigyéable, changea le$ be^ cages en verg^is et te» par^rres m patagers; il a'e» laissa subsister .quelô porte principale, qui se retrouve eùr core, avec son petit guichet grillé, et le logement du jairiinier, qui a gardé deux crcwsées sur la rfte garnies de Tieilles balustrades en kx* On açsur^ que D^uinay , le gouverneur de la Bastille, poiWiédait, 60us Louis XVI, les restes du jardin Rambouillet.

Que si l'hôtel où faisaient antichambre les ambassadeur^ protestants fut (choisi par le Roi, avant de révoqua l'Edit jie Nantes, et «ans aucune arrière-peiisée , il n'en est pas j»oins vrai qu'il s'y éveillait des souvenirs peu de nature à leur être agréables. L'ancienne vallée de Fécamp, sur laquelle serpentait le haut de la rue qui nous occupe, avait été, de toute notoriété, le théâtre d'un massacre de réfoi^nés^ revenant tant à pied qu'en carrosse de leur prêche de Cha» rentoû, le 26 septembre 1 6211 . Il est vrai que cette odieuse exécution avait été l'œuvre d'une blinde de brigands, échappés de la forêt de BoiHly, et sachaut que le commerce avait fait riches la plupart de ces protestants. ~ Mais nous Voici à la barrière, devàEt laquelle Tomnibus «'est arrêté, forçant M. Rousseau à feriner son calepia, pour mettre pied à t^rre, Notjre envoyé dit que l'aspect en est tristCj et trouive étrange que. hien des gens viw?

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Aent, le lundi, ûoyer letir raison dafts le vin, sur une route ^ui mène à CharentOft. lîn juillet tÔOO, cette porte de Paris. tttii était pas moins ^m grande fête : par là rentrait en viite le premier consul, peu de temps après la victoire de Marençc^ et les acclamations de la foule ouvraient la marche! Jusqu^en 1815, la barrière de Cbarenton en a gardé le nom de Marei^^

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Vers la fin du grand règne, ua président , sieur de Chârteaugiron, recevait les visites , les paniers d^ceufs et les ehapons fins des plaideur», dans un hôtel fort respectable, qui porte le n* 18 ; la cour é» est /ermée sur la rue, de nos jours encore, par un mw que surmonte un balcon à jolie balustrade m feri C'était souvent le jour de Tan powr les juges de cette époque-là, saiid que les étrennes enga-, geassent leur conscience, l'usage autorisaiit la robe à faire bon accueil aux bourriches, que depuis on a remplacées par de simples cartes de visite. Comme président, M. de Chât^eaugiron recevait toute Tannée ; m^As comme seigneur, c*était1e premier mai ; il s'était rendu pour ce jour-là dans sSBi terre, située près de Rennes. Une tingulière coutume voulait que chaque vilain qu'il avait pour vassal vînt apporter, sur le pont-levis du château, après<^ la messe, en

présence du bailli ^ sous peine de perdre la jouissance de ses fruits pendant l'année, une ceinture de laine bigarrée^ dite la ceinture du berger, et qu'il chantât en même temps une chanson qui commençait ainsi :

Belle bergère^ Dieu vous gard^ Tant vous êtes belle et jolici; Le fils du Roi^ Dieu vous sauve et gard^ Vous et la votre compagnie ; Entrez^ je suis en fantaisie...

Les procureurs qui habitaient le 25 et le 20 de la même rue regardaient comme très-superflu ce nombre immense dé ceintures, et ils se contentaient de remplir la leur sans musique. Gilles Charpentier, trésorier-général de Tordre de Saint-Louis, léguait vers le même temps à Jean Charpentier, conseiller du roi, le n** 21 , où il reste un bel escalier à rampe de fer; M. Charpentier de Sainsot, qui s'en défit en 1823, avait eu pour prédécesseur Charpentier de Foissel. Du même côté, pendant les derniers siècles, se trouvaient les murs derrière du couvent de l'Ave -Maria, maintenant caserne.

La reine Blanche, nous diront les voisins, a eu logis dans cette résidence, qui, sous le nom de passage Charlemagne, met la rue Saint- Antoine en communication avec ht nôtre. Une belle tour et des sculptures pleines d'intérêt laissent, en ejfet, une apparence princière à cet ancien séjour royal, puisque la tradition le veut. Les reines avaient

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alors tant de lo^îQ qu'elles . voyageaient par étapes dans Paris et aux environs, en se trouvant partout chez elles, et Tenceinte de Philippe-Auguste longeait la rue de Jouy ainsi qu'une portion de celle Charlemagne, dite de la Fausse-Poterne-Saint-Pol, parce qu'elle aboutissait à une fausse porte. Seulement la cour et les vieux bâtiments du passage dépendaient bien plus tard de la maison professe des Jésuites, dont la chapelle est aujourd'hui Saint-Paul- Saint-Louis. Le cardinal de Bourbon avait donné à ces Pères en 1580 un grand manoir, acquis de la duchesse de Montmorency, dit hôtel Rochepot, puis DamvillG. On sait que Dam ville avait pour frère l'amiral de Goligni, dont les états de service paraissent avoir inspiré les attributs de marine qui figurent parmi les sculptures, dans ce qu'il reste* de cette résidence historique. Le lycée Charlemagne, fondé par Napoléon P' dans une autre partie de l'ancienne maison professe, a donné son nom à la rue en 1 844, puis au passage ouvert au commencement du règne de Charles X. Cette ancienne agglomération de plusieurs maisons en une seule explique comment la voie qui nous occupe, ou presque tout est vieux assurément, passait en 1714 pour n'avoir pas plus de 12 maisons.

Le 9, toutefois, se' trouvait divisé auxvm* siècle en trois maisons, réunies en 1 784 par Pierre de Jassaud,. seigneur de Boumonville, ancien officier du toi. Une tour, sise du côté de l'Ave-Maria, et puis un escalier, pourvu jusqu'au pre-

%ê LES' mcmmm ^mom BE ^Asas

mier d'uiie élégante raaape <Je fer, à laquelle font suite des balustres d^ bois^ attestent une origine pliiis reculée* lassattd de BourrioavUle tenait un de ces corps de logis 4^ JMi"^ de Benoimont, émkt la hm\l\e Taillandier mm eu le père pour acquéreur. Un aatre corps de bâtiment Ini venait de Jean Pantaléon, vicomte de Buttler, €apitaiî>e aa Royal- Dragons. Plusieiirs grands-oncles de Buttler, qui descendaient de Robert, duc de Normandie^ avaient été g^éralissimes des armées de la Grande-Bretagne; la reina Elisabeth avait eu un enfant d'un membre de cette famille illustre,, son cousin au cinquième degré, et ce rejeton semi^ royal avait suivi Jacques II en, France. M"' de Jassaud^ Me de W^ de Boumonville, née Boischantel, eut en ma ? riage une dot dé 200,000 liyre$, de laquelle fei^it psu^tiç le précité n" 9, situé en cen^ive et mouvance de l'arche-r vécbé de Paris, et'mêine, dit-on^ le fragment qui subsiste encore d*un viiBu;^ séjour dans le passage Càarlemagae. . Le 7 et d'autos' maisons de la rue wt qiœiquepeul* prétention davoir servi de d^jadaiaces au piedrà-terre de -la reine Blanche, mais la plupart furent habitées^ pow -^r, par des prêtres de l'église Saint-PauJ, démolie, sous la République, et de là venait la 4én<winàtioû. que porte longtemps notre rue,. èeJte de ruedes^ Prêtres -Saint-Piul.

sous îdAPcaJON m. a??

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