RUES CHATEAU-LANDON ET CHAUDRON
— Qu'avez-vous vu^ mon cher moasiear Rousseau, dans cet ancien Chemin des Potences^ d(>nt le nom contribuait sans doute, avec le voisinage de Montfaucon, à éloigner tous ceux qui pouvaient craindre que dame Justice leur y assignât rendez-vous? M'est avis que tous les habitants de pareille avenue devaient être de fort honnêtes gens.
— On y trouve peu de maisons neuves et peu d'anciennes, bien que des garnis y sentent toujours le chanvre, en ce qu'une corde leur tient lieu d'oreillars. Rref, troiftou quatre masures datent sans doute de l'époque où la rue de Çhâteau-Landon n'était encore qu'un qhemia* Mais j'y ai découvert l'origine du nom qui lui reste. Château-Landon n'était ni un village, ni un nom de famille, comme l'ont cru d'autres chroniqueurs ; c'était tout bonnement un castel,. construit pour quelque sieur Landon, Sous Louis XIV, et devenu après coup la maison de campagne d'un couvent* Au n*" 39 se retrouve, à coup sûr, cet ancien lieu de plaisance; le jardin du 41 en dépendait évidemment,, aidsi que des terrains assez considérables par derrière.
— Maintenant, ô consciencieux explorateur, rendez-moi compte, je vous prie, de vos découvertes rue Chaudron • La Tynna prétend qu'une enseigne de chaudronnier, placée à l'angle delà rue Châteàu-Landon, a valu à cette autre rue, formée au*commencement du xvm*^ siècle, la dénomination qui la distingue. Mais d'autres veulent que son nom lui vienne de Joseph Chaudron, qui fit établir en 1718 une
sous NAPOLÉON ni. tô
fontaine au coin du Faubourg-Saint-Martin et du chemin de Pantin (rue Lafayette),
— La rue Chaudron , bien qu'elle date de tantôt deux siècles, à notre époque, ne paraît encore que tracée, et sur un sol fort inégal. En face du château dont nous venons de dire un mot, une vieille bicoque paratt y trébucher, dans un petit renfoncement; mais il s'en exhale une poussière à faire éternuer les gabelous de la barrière des Vertus : on y bat sans cesse des tiapis. En vue de h rue du Faubourg- Saint-Martin, voici bien une maison proprette, avec une entrée en jardin ; il est vrai qu'elle fait exception. Les autres constructions sont en petit nombre, mais elles ne marquent plus : ne branlent-elles pas un peu la tête? Quelques poules, qu'on y voit gratter au pied des murs, ne semblent pas déjà si rassurées, et il est vrai qu'aux étages supérieurs pas mal de chambres sont à louer, comme des écriteaux l'indiquent. De ce côté-là, Paris n'est jamais plein. Mais ce n'est pas qu'on y craigne, en réalité, l'éboulèment. Comment donc expliquer l'abandon et le discrédit qui font de cette rue du Chaudron, parallèle au mur de l'octroi, une sorte de second chemin de ronde? Entre chiffonniers, il est pafesé de mode d'avouer qu'on y couche à la nuit, car le quartier Mouffetard l'emporte, et pourtant le prix du gîte n'a rien d'exorbitant. Le chiffre en a valu à la rue du Chaudron le sobriquet de rue Quat'-sous.
RUE CHAUCHATj
- M. de Titrolle*. — K.a prèaidente Finoa. — lUitûmonm Cuisinier ei. Baviliier. — 1«» ferute. — M*** Ctianerey*
En 1779^ le vidame JeanJoseph de ia Borde, seigneur de la Ferté, couBeiller-secrétaire du roi, maison et couronne de France et de ses finances, préside à la formaticm d'une petite rue, dont le parrain est Jacques Chauchat, avocat^ conseiller du roi, échevin de la ville de Paris. Gelui-<îi se rend acquéreur du château de Becquet, près Montmol^ncy, sous le premier empire; mais il n'en est que plualoin^ Gomme de juste, d'habiter la rue, sa filleule. Celui-là, tout au moins, y séjourne pendant quelque temps^ dans cet hôtel, n" 9, dont Tencoignure sur la rue de Provence s'arrondit en un agréable pavillon. M. de Vitrollea, gendre de M. de* Folleville, occupe l'hôtel sous la Restauration, et combien tout Paris s'étonne, lors de l'avènement de Charries X, du silence qui se fait tout à coup autour du nom de M. de VitroUes, l'hôte assidu du pavillon^ MarsanJ II est vrai que cet agent du prince de Talleyrand a servi avec zèle la famille royale, lorsqu'il y avait du danger à le faire; il est vrai que tout le monde lui attribuait ensuite, sous Louis XVIII, une grande influence ultra-royaliste sur Monsieur. Oui, mais les bonnes grâces de la cour ont fini par mettre dans l'aisance le conseiller intime du comte d'Artois, et quand son prince, daviani roi, il demande à ne plus quitter la rue Chauchat, pendant que d'autres passent ministres !
a&os NÂjp©LÉew ffl. 81
La cifroyeatie le Boulaûger H leiïïtoyen Thétenm, propriétaires, obtiennent, dès 1793, î*aiitorisation de prolonger la ree Chauchat jusqu'à la rue Pinon, maintenant Rossini, le long de^ bâtiments de l'ancienne halle de l'octroi, transformés plus tard en un temple; mais l'exécution de ce projet n'a guère lieu qu'en Tannée 18SS1 . C'est à tort que plusieurs auteurs, à ce propos, avancent le veuvage de cette dame le Boulanger : son mari, le président Pinon, propriétaire de la Grange-Batelière, n'est qu'arrêté sous la Terreur, et il échappe même, à l'aide d'un déguisement, à la curfe parlementaire du 20 avril 1 704 ; son beau-frère, le président de Gourgues, est moins he ureux, et tout le reste tl« grand banc de la cour sert de pâture à l'échafaud, le premier président, M. de Sarron en tête, ainsi que. le doyen, M. Pasquier, père d'un futur chancelier de France.
Pour en revenir aux maisons, jetons un coup d'oeil sur le 17, pourvu d'une autre issue rue de la Victoire : cet avantage n'est-il pas lait déjà pour lui mériter la confiance du corps de ballet de l'Opéra? Mais des locataires moins volages ont eu accès dans ce charmant petit hôtel , que s'était fait bâtir le père de M. Cuisinier, propriétaire d'à présent, musicien-amateur et Mécène des artistes. De ce nid de mélodie, au reste, rossignols et fauvettes ne se sont envolés qu'en emportant attachées à unç aile maintes ro* mances signées A. de Montis. MM. Sanson et Davillier, à côté de là, ont rajeuni une propriété, dont le fond seulement date de l'ancien régime.
Une ferme, qui remontait à l'époque oii le terrain de cette rue se trouvait hors de ville, apparaissait encore au
n LES ANCIENNES MAISONS DE PARIS SOUS NAPOLEON ffl.
pM 8, il y a trente ans ; une masure et une cour, ses dépendances, en demeuraient visibles rue du Faubourg-Mootnjartre il n'y a qu'une année. Le prolongement de la rue Drouot va faire à son tour disparaître la remise du loueur de voitures qui a succédé à la ferme , du côte de la rue Chauchat.
Mais le 16, quant à lui , est un hôtel refait, bien que M. le baron Evain n'en ait pas modifié beaucoup les proportions ni le caractère extérieur. M"* Chameroy, danseuse, saurait encore le reconnaître, pour avoir abrité ses amours à la fin dji siècle précédent; par exemple, elle n'çiurait jamais assez de mémoire pour faire ensuite T appel des mêmes amours. Aussi bien cette jeune femme eét morte en couches, à peu près en 1802, et l'enfant qu'elle avait conçu était regardé comme le sien par Eugène de Beauharnais. Quoique le concordat entre le pape et le premier consul fût encore tant soit peu récent, le clergé a tenté d'abord de refuser à la danseuse les dernières prières de l'Eglise? mais le gendre du premier consul a fait gronder vicaires et curé, à cause de leurs hésitations, et le service funèbre, en fin décompte, s'est célébré. M"* Chameroy, il n'en faut pas douter, était une bonne fille : elle demandait pour donner. Béranger n'avait qu'elle en vue en composant une jolie chanson sous le titre de la Sœur grise et la Danseusey et il y faisait dire à la défunte :
Avec le prix d'une caresse "Souvent j*ai sauvé Ja vertu!
Paris. ^ Imprimerie de Pohmiut et Moft>AU| A2, rue Vâvtn*
Il Y. 13 LES ANCIENNES MAISONS
Des rues du Chaume, de la Chaussée-d^Aptin , de la Chau8sée*des-MiDimes« et du Cherche-Midi.
NOTICES FAISAWT PARTIE DE L*OUVRAGE INTITULÉ l
PAR X. IiSrSVTX,
Monograpliics publiées par livraisons séparées en suivant l*ordre alphabétique cles rve».