RUE DU CHAUME
I.» Merei. — I^e théâtre. — Hôtel Sovrdto-Ro«t«iac. — liefebvre . d'OnneMOB* — t^ ceAtilhoiaïue trois #•!• laort* — I«» porte de l'hAtel de Giii«e.
Un accord fut passé, en Pannée f370, entre messire Matthieu de Roquencourt, prêtre, chevalier, maîtré-d'hôtel de Charles V, au nom etcomrae gouverneur de la chapelle de Braque, et frère Luc Pasquier, procureur des religieux de l'hôpital du Temple, à l'égard des droits seigneuriaux qui d'origine grevaient cette chapelle au profit de la Cornmanderie. A cette même date, on élevait la Bastille^ et la ceinture de la ville s'élargissait de ce côté, en supprimant l'enceinte qui, depuis deux siècles à peu près, se restreignait à l'angle des futures rues de Paradis et du Chaume^ point sur lequel Philippe*Ie-Bel avait fait pratiquer la porte de Braque ou du Chaume. La voie qui nous occupe parait
avoir porté,, outre sa dénomination, celle de Grande rue de èraque jusqu'au xvf siècle ; mais, grâce à Germain Braque, échevin sous Charles VII,, la chapelle qu'y avait fondée Arnould de Braque, son aïeul, se trouvait amortie à perpétuité, en vertu de lettres patentes du roi, depuis 1447, et par conséquent érigée en fief à part. Or Tristan de Rostaing, en 1 566, avait acquis de damoiselle Deshayes un hôtel contigu à cette petite église, et Une sentence du prévôt de Paris, sous le règne de Henri III, l'avait obligé à produire ses titres de propriété, et par suite, le chevalier Tristan avait été condamné à payer diverses sommes au grand Prieur de France, seigneur du lieu.
Le» choses en étaient là, lorsque la reine Marie de Médicis, qui patronait les religieux de la Merci, ou de Notre- Dame-de-la-Rédemption-des-Captifs , établis depuis 1 51 5 rue des Sept- Voies, les aida à se transférer dans la chapellenie de Braque. L'ordre de la Merci avait pris naissaoce dès 1â18, à Barcelone, comme congrégation de gentilshommes qui se consacraient, corps et biens, à racheter des prisonniers de guerre ; les ét;ats de service de ces chevaleresques rédempteurs, ayant saint Pierre de Nolasque pour modèle, avaient donc commencé entre la quatrième et la cinquième croisade,, av^nt que la règle de saint Augustin s'imposât à leur commanderie, sans que toutefois leur ordre, comice chevalerie, s'effaçât sous la discipline mor nastique. L'église de ces pères succéda, rue du Chaume, à
la chapelle de Braque, ^ers 1631 ; des tronço&g de piliers ^t une porte en survivent, de nos jours, chez un marchand de charbons. Quant au reste de leur territoire conventuel,, une portion en avait déjà appartenu, Louis XH régnant, à leur .gouverneur et chapelain, révérend père en Dieu^ messire Charles de Hautifoois, évéque de Tournay. L'adjonction de r hôtel Rostaing vint compléter, en 1632, leur établissement définitif. Ils en traitèrent avec Antoine d'Escoubleaux, marquis de Sourdis, avec le chevalier du mémo nom, dernier seigneur de la chapelle de Braque, représen- ' t^nt Anne de Flageot, épouse du comte de Serres, avec la comtesse d'Apecher, avec dame Françoise des Serpents^ épouse de Hugues de Chasteauneuf, baron de Rochebrune, et avec la marquise d'Aligre : lesdites dames d'Aligre, de Châteauneuf, d'Apecher et de Serres, étaient les héritières de leur sœur utérine et consanguine, Marguerite de Rostaing, femme de Flageot , laquelle avait hérité, avec une autre sœur, Anne de Rostaing, de Tristan de Rodtaing, leur père. Une grande maison porte le n** 1 5, qui fut précisément cet ancien hôtel de Rostaing, dit aussi de Sourdîs dans les actes, ce qui n'expose que trop à le confondre avec l'hôtel du même nom rue Chariot ; les religieux'se Ta^pproprièrent, par une restauration complète, peu de temps après la chapelle.
Il y avait déjà un siècle et demi que oes pères étaient rue du Chaume, dans fa circonscriptiomde la paroisse
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Sainl-Nicolas-des-Champs, lorsque Christophe Dîmier, commandeur de Tordre royal et militaire de Notre-Dame-de-* la-Merciy et Jean-Jacques Aubert, docteur en théologie^ procureur de ladite communauté, renouvelèrent au comte d'Artois, grand Prieur de France, à cause de sa commanderie du Temple, la reconnaissance censitaire imposée autrefois au sire de Rostaing. Eglise et monastère furent enfin mis aux enchères, les 1 5 brumaire et 9 nivôse an YI. Le réfectoire des pères se transforma bientôt en une salle de spectacle, dont un sieur Cabanis était le directeur. Pendant que Martinyille et Barba, qui devinrent plus tard, l'un journaliste et l'autre libraire, jouaient tout d'abord la comédie au théâtre de la Cité, Lagrénée débutait sur la scène de la rue du Chaume, tant comme auteur que comme acteur.
A l'autre angle de la rue de Braque, il existe un hôtel «dont nous nous sommes entretenus dans la notice consacrée à cette rue, et où résidait la famille parlementaire de Bailleul, sous Louis XIV. Mais sur des dépendances originaires de l'hôtel de Sourdis-d'Estaing, la rue Rambuteau commence son parcours : le président de Mesmes en avait fait l'acquisition, y comprise une maison réservée à Anne de Rostaing, veuve de René d'Escoubleaux de Sourdis.
Nous retrouvons ensuite, n* S, un hôtel à grande porte ornée de mascarons, et à vieilles ferrures servant de rampe à l'escalier, ainsi que de grilles aux croisées. Salut à l'an-
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cienne résidence d'Aadré Lefebvre, seigneur d'Ormesson près Montmorency, conseiller au graud-conseil, commissaire de la Chambre ardente I Ge membre d'une race illustre dans la robe avait été formé aux belles-lettres par le célèbre abbé Fleury, qui avait composé pour Tinstruction de cet élève une Histoire du Droit français; il eut un grand nombre d'enfants, notamment une fille, qu'épousa le vertueux chancelier d'Aguesseau, un des grands hommes de la magistrature, et une autre à laquelle s'unit François Feydeau, seigneur du Plessis, maître des requêtes. Celleci laissa l'hôtel dont il s'agit au président Feydeau, son fils; la marquise Duquesnoy, née Feydeau,. l'occupa ensuite, puis Nicolas Yernier, membre du grand-conseil.
Du 2, immeuble séculaire, nous n'avons rien de particulier à dire. Comme il est sis, de même que lé 5, entre la rue des Blancs-Manteaux et la rue de Paradis, et comme le plan de Paris, en 1739, ne fait commencer la rue du Chaume qu'au coin de la rue de Paradis, en ajoutant à la rue de l'Homme-Armé le bras de rue qu'il en retranche il en résulte un reste d'incertitude, qui, selon nous, a pour principe une faute commise dans le susdit plan de Paris. N'en sont, pas exempts les cochers, à l'époque même où nous tenons la plume ; lorsqu'on se fait conduire rue du ^Chaume, ils oublient invariablement qu'elle prend sa source rue des Blancs-Manteaux, et prennent pour le n* 1 celui de raûcien hôtel Rostaing. Nous nous réconniaîtrions beaucoup
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mieux au n* 4, si une construction moderne n'y remplaçait pas un séjour contemporain de Charles IX. Eace temps-la y résidait noble homme François Giville, qui prit dans plusieurs actes la singulière qualité de gentilhomme trois fois morty trois fois enterré^ et le fait est qu'à plusieurs reprises il avait coupé court à «es propres funérailles en s'éveillant d'>me léthargie qu'on avait prise pour la mort. De sursaut en sursaut^ il était parvenu à dépasser l'âge de maturité j^ bien qu'il fût encore fort épris d'une de ces fiUes-d'honnewr <fe Catherine de Médicis, dont Brantôme s'ébaudit à célébrer les charmes, sans se porter garant de leur constance- Sur quoi la nouvelle reparut que ce seigneur avait fermé les yeux ; sa maîtresse ne s'en émut guère, car elle comptait sur une résurrection, comme bien d'autres gens à la cour. Mais cette fois le trépas tint bon; la demoiselleffhonneur pleura, une fois perdu pour elle, ce même François Civille qu'elle avait moins aimé de son vivant, et elle semldait inconsoiafole de ne pouvoir plus le tromper. La maison de. ce gentilhomme, un quart de siècle après sa mort, servait encore de parloir amoureux, mais cette fois à Gahrielle d'Estrée, qui y recevait Henri IV. La maison edtT€0tée debout jusqu'en 1846.
Que si la rue du Chaume, au reste, doit son nom à un toit modeistement couvert de tiges de blé, elle a, depuis, abrité deB princes, et nous y voyons un palais. Les Archives de }'eiii|ipe occupent l'ancien hôtel de Guise, plus tard au
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prince de Soubîse ; nous en esquisserions l'histoire, si ce n'était pas un monument public : à cet immense dép^t de documents, nous n'adressons, en vue du présent travail, que des questions relatives aux maisons. La. porte principale, au temps des Guise, en donnait rue du Chaume ; quand François de Rohan, prince de Soubise, fit rétablir l'hôtel, sur les dessins de Lemaire, rentrée en fut portée rue de Paradis telle que nous la retrouvons; mais pour revoir la porte des ducs de Guise, il suffit de jeter les yeux sur celle de TEcole des Chartres, et justement de ce côté les Templiers avaient élevé un bâtiment, avant les princes de la maison de Lorraine. Le jardin de l'hôtel était assez considérable, Wen que diminué sous les princes de Soubise ; il en restait assez pour qu'on sût gré au grand-aumônier de France, le prince-cardinal de Rohan,.d'en avoir fait une promenade publique, pendant le règne de Louis XVI ; et du reste, il existait de longue date, à travers le palais^ sous le nom de passage Soubise, une communication pendant le jour entre la rue de Braque et celle Vieille-du-Temple. Il y eut au xvm* siècle, pendant douze ans, des concerts d'amateurs, donnés dans la résidence princière, et qui obtinrent une grand notoriété ; ils cessèrent en l'année 178D.