RUE DE LA CHAUSSÉE-D'ANTIN
Bouffé Ml café r#7. - M— ^l'Epinay, IVMsker, de «la», RéeaMfer et I<e HOB. — lie i^énéral WÊaipemu. -^ I>« Gaimartl. — Hêfela de Padeue e( m allet* ~ lie neolptoar Clediea. — MInibeaii* — lie général Foy» r- I«e centle Rey» — Ce cardinal Fe«eli*
Que toutes nos fautes nous soient remises, aussi bien que nous pardonnons à M. Amédée Achard, dont le mérite est surtout chose de forme, d'avoir pris, dans Paris chez soiy Fancien hôtel Montmorency, bâti sur les dessins de Ledoux, pour celui de M"' Guimard, construit par le même architecte ! Mais, depuis lors, ladite maison a fait place à Une construction moderne, n"" 1, rue de la Chaussée-d'Antin ; il en résulte que nous n'avons pas plus à nous en oc^ cuper, dans ce recueil, que des hôtels Montesson, Montfermeil, etc., qui de la même rue ont disparu.
L'autre coin, sur le boulevard, est non moins veuf d'une caserne de gardes-françaises, qu'a remplacée une compagnie de garçons et de cuisiniers, commandée par Bignon, restaurateur en vogue. Les gentilshommes de l'ancien régime se ruinaient fréquemment pour le service du Roi ; mais^ à la tête du café Foy, il n'a fallu que peu d'années à Bignou pour faire sa fortune. Il est vrai qu'un ou deux dé ses prédécesseurs, à ce qu'on dit, furent moins heureux. N'appelait-on pas M. Nigaud, ou d'un nom approximatif, celui qui eut pour principal client le gros Bouffé, directeur du Vaudeville à quatre ou cinq reprises? A ce viveur fort émérite,
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Nigaud avait un jour à présenter une note assez éteTée, car il bavait beaucoup de chatnpagae et ne réglait chaque addition que par le mot sacramentel de : — Garçc»i, c'est pour moi !... Le chef de l'établissement se plaignit d'abord^ ce jour-lày de la dureté des temps, précaution oratoire n'annonçant rieti de bon ; Bouffé s'en aperçut à temps et se promit de Tempêcher, par une diversion obligée, de présenter déjà sa fameuse note. Ce fut en lui révélant, à titre d'ami, que le succès de sa maison était une question littéraire, c'est-à-dire de publicité intelligente, et que si l'opinion de la presse lui devenait enfin favorable, gloire et richesse lui seraient acquises. Cet expédient de viveur au pied dU mur reposait, au fond, sur une idée bien juste ; si jamais on écrit l'histoire des cabarets, des cafés et des restaurants, nous y verrous toujours des gens d'esprit commencer, à leurs propres frais, la fortune de maint imbécile. — Mais l'heure est venue, disait Bouffé, pour les poètes et les journalistes, de ne plus se ruiner en détail, lorsqu'ils érigent en millionnaire un gâte-sauce, un garçon de café ! Nous autres, directeurs de théâtre, nous comptons bien avec la presse, et nous sommes trop heureux qu'elle goûte, la première, à nos plats ! Il faut marcher avec le siècle. A votre place, mon cher monsieur Nigaud, je frapperais un grand coup^ en conviant des hommes influents à un banquet, digne de les captiver : tous^les petits plats dans les grands ! — Trèsvolontiers, monsieur Bouffé, répondit le restaurateur; mais
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OÙ demeurent dooc les gens d'esprit <k>nt vous parlez? — Presque tous en garni ^ et sans domicile fixe, reprit cet osé débiteur; mais je les connais, comme si je les avais feâ». Chaînez-vous de faire bien les choses, ei comptez sur moî pour les gens! — Ah! quel service vous m'allez rendre, s'écria aussitôt Nigaud, en renfonçant la note dans sa podie!
Au jour dit, un couvert splendide était dressé^ au café Foy ; toutes les raretés de la saison et les merveilles de la cave s'y étaient donné rendez-vous, et le directeur déclassé en foisait les honneurs à plusieurs acteurs du Vaudeville, à des régisseurs d'autres théâtres, et à des amis personnels, fratchemeat libérés de Clichy, dont l'extérieur peu cultivé concordait, en effet, avec celui de bien des poètes. Nigaud, qui prenait tout son monde pour l'élite même de la presse, allait et venait pour veiller au service et juger par ses pro* près yeux de l'effet que produisait le menu sur les convives. Or, tout allait le mieux du monde ; la joie ruisselait dans tous les yeux, comme le Champagne dans les coupes ; deux ou trois invités entre autres avaient bien l'air de manger pour huit jours, dont la moitié pour combler l'arriéré, et l'amphytrion apparent daigna se retourner, au dessert, du côté de celui qui Tétait réellement, pour lui dire : — Ces mes* sieurs sont contents de vous, mon cher!
M. Nigaud espérait le lendemain éprouver à son tour une vive satisfaction : levé dès cinq heures du matin^ il
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sentait son cœur battre^ chaque fois qu'un porteur de jour* nal glissait une feuille sous la porte ; il se baissait avec avidité pour la débarrasser de sa bande ! seulement il n'y Irouvait pas mot du somptueux dîner de la veille. Même manège les jours suivants ; même déception pour résultat. Lorsqu'il s'en plaignit à Bouffé : — Croyez- vous, demanda celui-ci, qu'on puisse biea juger d'une grande pièce sur une seule représentation ? — Mais alors, je vais faire faillite, lui dît notre homme, et voici votre note, que je vous supplie d'acquitter entre nous. — Pauvre ami, j'ensuis désolé, répliqua, l'autre ; mais si vous faisiez tort de cette note à vos créanciers, voù» les tromperiez gratuitement. Ayez la profaftté d'en renforcer votre bilan; j'aime encore mieux (pi'eUe fonde entre les mains de personnes que je ne con* nais pas, qu'^[itre les vôtres. Tous les syndics savent ce qu'ila ont à faire de mes factures en souffrance.
Les quittances de loyers, (ue de la Chaussée-d'Ântiu, re 5» sont signées de nos jours au nom de M"''' la comtesse de Sommariva. Ce petit hôtel était au sieur Canuel dès 1784, et il avait appartenu à une femme illustre, fille de Tardieu des ClaveUes, gentilhomme de Flandre mort au service du Roi, veuve de Denishloseph de la Lived'Bpinay, introducteur des ambassadeurs. Les biens de campagne de cette protectrice de Jean-Jacques, de cette amie de Grimm, , avaient été acquis eux-mêmes, à côté de Montmorency, par le comte de Sommariva. En face de Canuel, le 9 messidor
an VI, le citoyen Crémieux achetait une maison, dont la dame Wattebled, née Larbalestrier, se trouvait adjudicataijre par arrêt du 12 janvier 1788 ; Crémieux la divisa en deux propriétés, dont Tune donne rue du Helder; Tautre^ porte le n*" 6, dans notre rue.
Le 7, ce magnifique hôtel, dans lequel se trouvent le» bureaux de la compagnie du chemin de fer de Lyon, a pour auteur l'architecte Cherpitel, agissant pour le compte de M. Necker, à qui M"'*' d'Epinay a justement écrit des lettres survivant à l'un et à Taiitre. Necker n'est encore que ministre de la république de Genève, près du Roi, et il demeure place Vendôme, lorsqu'il acquiert de divers un terrain sur la rue de laChaussée-d'Antin, ainsi nommée parce qu'elle suit une direction qui a eu pour point de départ l'hôtel du duc d^Antin. Toutefois, un des cédants du Genevois, Jean-François Letellier, entrepreneur des bâtiments du Roi, n'a eu lui-même la jouissance d'une portion de cet emplacement qu'à titre d'emphytéose, que lui ont consenti les religieux Mathurins pour 99 années, et qui court depuis plus de sept ans, lorsqu'il transporte ses droits tels quels à Tambassâdeur de Genève, en 1775. Le futur ministre de Louis XVI, né en 1732, est venu faire d'abord son noviciat commercial à Paris, chez le banquier Vernet ; puis, en qualité d'associé, il est entré chez Thélusson, et il a consacré ainsi à faire sa fortune vingt années. Suzanne Curchod de liasse, sa ^mme, accueille dans son nouvel hôtelles beaux
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esprits de ce temps-là : Thomas, Buffon, Grimm, l'abbé Raynal, Saint-Lambert, Marmontei. Qui plus est, une petite place dans son salon, sur un tabouret de boi9, est réservée à M""" Necker, dont elle a commencé l'éducation avec assez de roideur, pour que l'impulsion en contraste avec le ton des réceptions; mais on sait que cette dernière, si elle a toujours été jeune, n'a jamais été un enfant. Extrêmement charitable, la mère fonde un hospice, qui porte encore le nom de son mari. Dès la première année de son installation dans cette résidence, M. Necker est appelé à la direction du Trésor, sur la demande de M. de Maurepas, et l'homme d'Etat sort tout à fait de la chrysalide du banquier. Il ajoute à sa belle propriété un petit hôtel, sis rue Bassedu-Rempart, probablement le n"* 20, peu de mois après avoir donné une première fois sa démission de ministre. Au surplus, bien des royalistes reprochent à presque tous les actes de la vie politique de M. Necker, encore ministre en 1789, d'avoir provoqué l'explosion de la Révolution française, qui ne l'en a pas moins faitfigurer au nombre de ses réprouvés. Outre qu'il laissait deux millions, bien à lui, dans les coffres du Trésor royal, il a vu ses propriétés séquestrées au nom de la Nation, et son nom a grossi la liste des émigrés. Sa fille, devenue M"* de Staël, admiratrice passionnée de Rousseau, n'était pas sans prétendre elle-même, comme écrivain, comme génie, au panthéon démocratique; confidente de Barras, elle faisait partie 4u
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cercle constitutionnel, qui siégeait à l'hôtel de Salm, opposé au club de Clichy,. et c'est elle, àcjoup sûr, (pii a présenté au Luxembourg M. de Talleyrand, au retour des Etats-Unis, débarqué sans autre ressource que cette caution féminine, qui est devenue un lien d'intimité, La Notre-Dame du 18 fructidor a ensuite usé de son crédit pour fsiire cesser la proscription de l'exilé de Coppet,. son» père, ainsi que peut no<» le rappeler la pièce inédite que voici :
a Ministère de là Pouce gékérale de la République. « Liberté, Egedilé.
« Paris, le 13 thermidor, l'an VI de la République Françoise, Une et fi Indivisible.
« Le Directoire Exécutif,
« Vu les diverses réclamations tendantes à ce que le nom de Jacques Nec- « KER soit rayé de la Liste des émigrés, et les pièces à Tappui de cette récla- «mation;
a Ouï le rapport du ministre de la Police générale^
tt Arrête :
« Article i". Le nom de Jacques Necker, ex -directeur des finances^ « sera définitivement rayé de la Liste des émigrés du Département de la « Seine, ainsy que de toutes autres Listes d'émigration où il auroit pu ■« ôkre insdîit.
à Article. 2« Lesécpuestre apposé sur ses biens, meubles et ia(iiBei;d»fos, <« sera levé avec restitution des fruits et la jouissance de ces biens.
c. Article 3. Dans le cas où tout ou partie de ses biens auroit été vendu, « en exécution desLoix, le montant lui en sera remis, à la charge par lui de «•payer tant les #ais du séquestre que ceux de la vente, si elle a e» lieu.
«^Asticle 4. Lb piésent arrêté ne sera pas imprimé, les ministnes de la
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mk Mice (àiénile et des Finances fioBt ekargés de son eséeiittoii^ chacun en « ce qui les eonceme,.
«Pour expédition conforme: t
<K Pour le Président du Directoire Exécutif, «Meioin.
«Parle Directoire Exécutif : pour le secrétaire-général^
«L. M. RftTKILLlÈHE Lépeaux.
a Certifié conforme^
« teit^iffre de la Miee générale,
4i Legubl^r. »
le iSt5 vendémiaire an vn/Necter, par Tentremise d'Uguiet, fo»dé de poovoir, (Me ses deux propriétés, au prhc de 37,383 piastres, i réau^ ; somme qui paraît stipulée fatjfMe en argent espagnol^ pour éviter le payement ea assignats* Mais la me sur laquelle donne le plus impôr» tant immeuble, «'appdie du Mont-Blanc, depuis la réunion de ce département à la France. Les preneurs de ces deux hôtels sontlacques-Roze Récamier, bs|,nquier, et «a femme,, née Jeaane-FrasiçDise-Julie- Adélaïde Bernard, qu*ont rendue célèbre sa beauté, son influence et son esprit. Elle cornmenoe par donner aux incroyables, meduHont-Blanc, de& bals dont le luxe est inouï : les éventails, les bouquets deg^ danseuses, y sont renouvelés avec munificence, autant de fois que la chaleur de la danse en a altéré la firsUcheur^ et de plus, lune provision de chaussures, préuroyanoe inconnue des fées, empêche qu'aucune invitée passe d'une gavotte à une sauteuse, avec un soulier qui s'^aisse, et qiiîtte le bal en CeadriUon. Mais à ces létes du DirectcÂre^
iê LES ANCIENNES MAISONS BE PARIS
doatié GoMulat rehausse encore l^éciat, succ^e un silenoe délicat, vers le conamencement de l'Empire. D'un <îôté, M"* Récamier a donné passagèrement refuge, dans sa maison de campagûe de Saint-Brice, à M"* de Staël, dont le père a voulu rester à Coppet, et les Necker sont des pjus mal en cour ; de l'autre, M^ Récamier a faitdes pertes d'argent considérables, disgrâce contribuant à éloigner sa femme d'un monde qui en souffre beaucoup plus qu'elle-même. Donc le 4*' septembre 1808, M. et M"* Récamier, qui/demeurent alors rue et division du Mail, n** 1 9, traitent de leurs deux maisons du quartier de laCbaussée-d'Antm, avecle riche épicier Mosselmann, établi rue Saint-Denis, en foce de celle du Ponceau. C'en est fait, allez- vous penser, des salons où M'"'* de Staël, dont le talent n'a jamais eu de sexe, jouait tout enfant avec des philosophes, ses camarades ; c'en ^t fait également des grâces, si M""* Récamier s'éloigne. Longue avenue, tu ne mènes plus qu'au deuil ; cour et jardin, que ne vous entendez-vous, pour étouffer l'édifice deux fois veuf, que vous n'embrassez plus sans regrets ! Mais teet hôtel prédestiné sourit à une maîtresse nouvdle et qui grandit sous ses lambris, pendant que les deux précédentes partagent l'exil, qui les fait enfin presque sœurs. Blonde étoile du matin, salut ! Qu'importe le pr^tige des souvenirs, puisqu'une autre séduction commence I Chaque génération veut la sienne. En un mot. M"® Françoise-Zoé-Matbilde Mosselmann, née dans Tancien hôtel Necker, porte
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à ravir ua autre ndiù, qui lui vient d^un.ambai^adewdQ roi de$ Belges ; c'est aakaiotnant; ^ow ne rien vous tuâre, M'"'' la comtesse de Hon. Cette sœur cadette ne doit rieli aux aînées, bien qu'à Paris plus d'un adorateur nvsttè ordinairement en compte les jolies feinmes Tuoe avec l'autre^ ce qui porte au crédit de la dernière venue les éconcnnies de ses devancières. C'est à peine si les hypothèques de bonnes fortune», prises counne à perpétuité par certains merveil*leux de l'époque directoriale, sont atteintes par la prescription sous le rè^ne de Louis*Philippe : le mérite n'a pas' d'â|;e, en France, et la galanterie en est un* La jeune ambassadrice n'a pas même trouvé d'inscriptions, au nom de la ^le du ministre et de la femme du banquier, sur l'hôtel qu'elle tenait d'elles : son père en avait fait place nette en s'acqaittant de ce qui restait dû tant à dame Louise-Germaine Necker, veuve du baron de Staël -Hostein, qu'à M^'Récamier, devenue l'Egerie de l'Académie française, consultée sur chaque élection dans un salon de l'Abbayeaux^Bois.
Fort peu de chose est à dire des maisons répondant aux chiffres 8 et 10, dont l'une seulement a gardé son jardin du côté de la rue parallèle ;- elles avaient sous Louis XVI, comme bâtiments, moins d'importance; un sieur Daniel parlait en maître dans la première, dans l'autre un sieur Périer. Entre le 10 et le 4 8, se trouvait un hôtel moins exigu, à la femille Mallebranche. Venait ensuite Pierre Noiargùe
IB LES ANCIfiNNfiS liAISONS BE PARIS
LebbBC deT^neuil, qui avait fait bAtir au milira d'un termn olmcéàé par les Matiittring pour d9 anuéei», emphyiéose appdée à expirer en 1881 ; le lendemaiB mèaie du déchê de oe détenteur pnautif, ,autrement dit le 30 floréal an Hi^ ses droite terrîtoria»sx et ton immeuUe étaiient ae- !^Ns par te cftofea Lakanai, prêtre, profeseeur, vie^ire^ ^Çânéral constitationnel, ai>ttnt d'être conventionné, plu» tard censenr au lycée Bonaparte jnsifa'en Tannée 1809, et aussi membre et organisateur de Tlnstitut évincé en i818, réintégré ensuite sous ie ministère Dec^ze. Cet admirateur ^e Marat fit élever «or le devant de sa. propriété deuK 4X>rp8 de bâtiment (n"" iS -et 99) j avec passage réservé au niiieu pour la çoustruction antérieure; il se mit sur les bras de la sorte une triple diarge, sous laquelle il ftitlat plier. Forcé de vendre en trois lots, il eut pour acquéreur de Thôtel principal le général Moreau, qui, daos le salon du resde«chausséey concerta le plan de la campagne du Rbin avec ce même général Bonaparte , dont il était encore Végal m grade. Sur les bureaux installés par Moreau, commandant iBn chef d'une armée, on a jeté depuis huit étages, au bout de Taveaue, à main droite : qpae ce fordeaui leur soit léger ! MM. de la Bouillerie, Delamarre, Letissier, Prat et Bergo^ nier, ont successivement possédé cette résidence mémorable, habitée en 1616 par un autre général, Bourmont^ dont le nom, comme celui de Moreau, réveille des souvenirs ^toufËéa. L'appartement du eomi&andant en chef, dont les
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ornements réparés n'ont pas encore changé de style, atteoaient à une salle de bain, petite construction en aile qu'il avait fait élever lui-même à la hauteur de sa chambre à coucher, c'est-à-dire du premier étage. Lorsqu'on supprima . cette annexe, on découvrit sous la baignoire, au lieu de dalles noires et blanches, qu'elle était suspendue par deux barreaux de fer sur une cachette, ménagée dans la pierre* La rue dont nous parlons est revenue, sous Louis XYIII, à ce nom de la Chaussée-d'Antin, qu'elle partage avec un quartier. Un magasin dB nouveautés a pris, la même invocation, à la place d'un hôtel, dit le temple de Terpsycbore,., érigé pour une danseuse aux frais du prince de Soubise. Son nom? le voici : la Guimard. Courtisane qu4 recevait le financier Laborde, comme l'évèque de Tareote, par la porte du prince de Soubise, sans compter les portes dérobées. Mais plus de porche décoré de colonnes ! plus de bas-reliefs, plus de peintures de Fragonard! et encore moins de de salle de spectacle où sur billets d'invitation sollicités longtemps d'avance, les prêtres et les femmes honnêtes assistaient, dans des loges grillées^ aux représentations données par l'élite des danseurs, chanteurs et comédiens, aux amis de M""" Guimard! A présent, tout est bien changé î Quelle étoffe souhaitez-vous. Madame? Cette couleur vous sied à merveille ; vous mesurez au moins t^ mètres. Le magasin de nouveautés n'a utilisé que les murs de l'hôtel qui lui a. fait placé, et ^'occupaient les bureaux de Perre^
' gaux, quand ce banquier, lequel avait refusé de prendre Laffitte pour commis, le rappela un moment après, Payant vu se baisser en sortant pour ramasser soigneusement une épingle. Laffitte, grâce à cette épingle, a pu succéder à Perregaux, dont le maréchal Marmont est venu prendre la fille, dans la demeure dont voici la place, afin de la conduire à l'autel. Ajoutons que les sections, pendant la République, avaient occupé l'ancien temple de la déesse de la danse, mis en loterie par la Guimard en 1786, à raison de 5 louis le billet, qu'il y avait eu 2,500 billets, et que le gagnant n'en avait pris qu'un seul : c'était la comtesse de Dulau.
De l'autre't^ôté de ce bazar immense, est le siège central d*un autre chemin de fer, la ligne d'Orléans. Naguère on y prêtait l'oreille à des accords, les yeux y étaient éblouis par les lumières du Casino, salle et jardin publics où des fêtes se multipliaient^ inauguré comme tel sous Louis-Philippe par des concerts, que Paganini y donnait; une rotonde à cet efiet avait été ajoutée par derrière à l'hôtel du duc de Padoue, faisant partie du majorât constitué par l'Empereur en faveur de ce général, par décret du 28 mars 1 84 2. Une loi du 1 juin 1 853 a autorisé le fils et héritier du général, titulaire de son majorât, à céder cet immeuble à la Compagnie dfOrléans, à la condition par le duc d'employer le prix en acquisition de rentes ou d'immeubles destinés à entrer en remplacement des biens aliénés dans la composi-.
tien du majorât. Mail» le général de Tempire, parent de Napoléon , n'avait pas eu à faire bâtir cet hôtel à fronton, précédé d'une belle avenne, et suivi d'un jardia qui , sur le passage Sandrié, finissait autrefois par une élégante orangerie, dont le pendant était une volière, séparée de la serre par un petit labyrinthe. Si nous prenons la peine de remonter à son origine, nous trouvons fout d'abord que la vente amiable en était provoquée l'année 1841, par Pierlot, receveur-général de l'Aube, acquéreur de M. etdg M'^^Cottin, le 217 pluviôse en l'anx. Ces derniers avaient acheté letout^ en 1784, de Jean-Baptiste marquis de Lavalette, propriétaire grâce à sa qualité de légataire universel, pour les biens existant en France, du marquis de Gastéra, son oncle, dé- ^cédé quatre années avant. Ce marquis s'était arrangé, très* peu de mois ayant sa mort, de ladite propriété, avec les héritiers de Louis^ie Pernon, qui avait édifié l'hôtel sur un terrain que lui avait vendu en 1768 un avocat distingué, Legouvé, père de l'auteur du Mérite des Femmes. Toutefois une partie du sol, sur lequel a surgi l'hôtel Pernon, dit plus tard dePadoue, était prise à long bail.des pères Mathurins, tant par Louis de Pernon que par Louis Signy , architecte, qui transporta ses droits à ce dernier. De ces diverses circonstances, confirmées parfaitement quand le majorât fut assis, il résultera légalement, pour les années 1767 et 1768, la distraction d'une partie dii jardin au profit du domaine, substitué aux pères Mathurins. -
Le même avocat Legouyé^ qui s'était essayé avant tout dans la tragédie, ea œmposant celle d^Attili&^ imprimée, mais non représentée, était aussi propriétaire, avec le baron de Thun, ministre de Wurtemberg, d'un terrain ccmttgu à celui de l'hôtel de Pemon, sous la censive de Saint- Denis -de-la-Châtre, et qui avait appartenu peu de temps après la mort de Louis XIV à Claude de Prat, seigneur de Plain ville. Un secrétaire du roi, ayant nom Boucher de Saint-Martin^ prit ntoyennant finances en 1769, la place de l'auteur d'AtHlié^ et par ses ordres il s'éleva une petite maison, dont la eief s'afferoia à Bouret de Yézelai, un ferouer-général ; M"""" Boucher de Saint-Martin traita ensuite de kl propriété avec l'abbé Bertin et son frère, lesquels eu^ rei^ à leur tour pour successeur M. de Mallet, ofiicter die cavalerie, fi^ls ou neveu du pErésidra.t Mallet, qui avait %uré parmi les possesseurs originaires du terrain avec M^" Quarante. En 1791, M. de Mallet transportait cet imEieuble à une famille financière du même nom, qui ne tenait nullement à la sienne. Les aînés de ces barons Mallet^ qui de nos JQurs encore dirigent là une maison de bad^ue cousin dérabte, sont justement nés so«is ce toifc; ils osA fait leur salle à manger d'une pièce consacrée parleurs prédécesseurs à un petit musée chinois. Aussi bien de l'hôtel de Necker, aurait dépendu, nous dit-on, la nmison adjacente, qui flsiit l'angle de la rue Neuve-des-Mathurins ; d'autres prétendant que sa construction remonte à 1766^ et en font les honneurs
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kW^* Dutbé: elle appsartieiit dans tcmsleâ cas^ depois plas d^uû deiai-sièele, à la faoïilted'ËFard, le facteur de piancMi.
Louis XYI régnaot, on traitait le 24 d'hôtel QitéyeroQ^ et M. Février (jKsposait de la iflaison d'après,. re&ite plus tard par le baron Mécfain, avec l'intention d'y ouvrir tin passage débouchant sar la rue du Helder, puis reprise par M. Mirés à titre pur et simple de plaœment« Voyez dans la maison d'ensuite aux allures aristocanatiques, et^ qui ne flianque pas de profondeur^ l'ancienne demeure de Clodion ; des ateliere de cet artiste sortaient les ravissantes terresimites y qui n'ont fait que gagner dépuis en renommée^ ^rpillées dans le monde élégant. Qu'était-ce encore que le 38? un hôtel à trois corps, répondant au nom de Montigny, et dont M. Sartoris, le banquier, a laissé une partie à M"" la marquise de T Aigle, sa fille. Ces résidences de la fin de l'autre siècle ont déjà changé de vis-à-vis ; néanmoms Ëthis de^Coray était alors chez lui au 34 , et nous retrouverions <kn8 la plus ancienne des constructions multiples du 27 bis le domicile de M. de Lavau de Pansement^ président du conseil des Anciens, gentilhomme de Bretagne^ qui avait commencé par faire la guerre d'Amérique. Traditions qui s'effacent devant le plus grand nom à coupsûr^ se rattachant à l'histoire de la rue!
En 1791, le S avnl, le peuple en obs<»nie les abords ; l'orateur vient de mourir, dont la vie poiiticpie s'expUifue par ces mots, confession asprême : -— J'ai voulu guérir
U LES ANClExNISES MAISONS DE PARIS
les Français de la superstition de la monardiW, et y isûbstituér son culte,. V Alasi a parlé Mir^éa^u qui, à rartide delà Hrôrt, n'a Voulu se réconcilier qu'avec te/prince' de Talleyrand. — S'il a expiré, crie la foulq, c'est que la cour l'a fait empoisonner !... Ainsi le peuple compte pour rien les fatigues iiioessantes, sôit travaux, soit plaisirs, soitre- 'présentâtion, de ce noiiyeàu colosse de Rhodes, ayant un î^ed dans l'île du mouvement, un autre pied rivé au conti- ;neât, dans le camp de la résistance. Quelle consternation unanime, quelle émotion et quels regrets ! Les théâtres se ferment^ l'Assemblée nationale arrête que tous ces membres assisteront aux obsèques du grand homme, et la nation, pour recevoir ses cendres, improvise le Panthéon I Rien ne manque à l'apothéose. '
Le lendemain de la cérémouie, la rue où l'orateur a cessé ^e vivre est proclamée rue Mirabeau : dénomination qu'eût ce temps-là il lui semble impossible de perdre ; puis sur une table de marbre noir, s'inscrit, au seuil de sa maison, un distique de Céenier :
L'âme de Mirabeau s'exhala dans ces lieux î Hommes libres, pleurez I tyrans^ baissez les yeux !
Ces vers ont disparu, dès 1793, et la maison a changé de face vers j 843, bieû qu'on né l'ait pas démolie; c'est le n° 46 : on y revoit une cheminée, style Louis XVI, du cabinet de Mirabeau.
Après avoir payé notre tribut, en passant, à de tels so^-
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venirs , nous sentons bien que l'intérêt pâlira des recherches relatives au n'^ 50, dont un bas d'escalier, décoré d'une galerie dé balustres, fait toutefois plaisir à rencontrer. Un bon bourgeois^'^M. Delore, en a gratifié ses pénates peu aprqs la mort de Louis XV; M"* Caubert, propriétaire actuelle, est une nièce de Delore. Un pont jeté sur un égout, près de là, se distingue sur le^^plan de 1739; on l'appelait pont de l'Hôtel-Dieu, et la même dénomination se donnait alors à la voie, parce qu'elle touchait à une ferme, dont jouissait ledit hôpital. Quel nom, d'ailleurs, n'apas porté la rue, qu'habi-. tent aujourd'hui les femmes qui, de cette ville capricieuse, changent le plus souvent de toilettes î A la fin du xvu* siècle, on a dit : Chemin des Porcherons, ou bien de TEgoutjde-Gaillon, ou bien encore de laChaussée-de-6ailIon: Avan^ qu'un arrêt du conseil ait prescrit, en 1 720, le redressement de la voie prolongée jusqu'à la barrière des Porcherons , on l'a désignée badhiquement comme chemin delà Grande- Pinte, eu égard à l'enseigne de ce même cabaret qu'a tenu plus tard Ramponneau. Trois petits hôtels, 33, 55 et 57, bâtis depuis un peu moins d'un siècle, dans le voisinage de la ferme, au delà du pont de l'Hôtel-Dieu, à gauche, se ressemblaient comme trois frères jumeaux ; mais leur air de femille se perd, depuis que M., le président Benolt-Champi a fait exhausser le premier*
Surélevé lui-même de deux étages, le 62! a remplacé , en outre, par une porte en chêne la grille qui le mettait à
jour. En dépit de soû travestisseBoeat, reconnaissez-y un hôtel honoré du séjour de Joséphine de Beauharnais^ beaucoup avant qu'en 482I5> le général Foy y moiffut. Des questions décisives . pour un gouvememelit En«naient encore^ pour ainsi dire, le deuil : l'enthousiasme formidable, produit aux funérailles du plus éloquent avocat de la caus« du libéralisme, fit que la contre-révolution recula, mais pour peu d'années, devait Tabîme qu'elle avait pu mesurer. La France était bien centre-gauche ! L'âme ardente du soldat qui s'était fait écrivain, orateur, planait encore et remplissait l'air de promesses, où la cour ne voyait que des menaces. Pendant que la Chambre se displosait à jouer de nouveau, mais avec un peu plus de calme, cette partie de boston interminable où se gagne et se perd une majorité, la galerie , c'est-à-dire la France pour laquelle jouaient Royer- Collard et Casimir Périer, votait un monument superbe sur la tombe du général Poy, et un million s'offrait à ses enfants par une souscription nationale.
Quelque réminiscence encore nous arrête deux maisons plus haut. Voici le domicile mortuaire du comte Roy, ancien ministre des finances. M™*"' de Talhouet et de Lariboisière, ses filles, ont vendu à M. Bonnard, fondateur du comptoîn partant son propre nom^ ce qu'on appelait d'abord le grand hôtel ; quant au petit, c'en est fait de lui, et d'une grande partie du jardin. De Charles Geyler, le ?tO frimaire an xn, Roy avait acheté l'immeuble,
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Puis au n"* 70 revient notre dernière visite ; aussi bien la rue s'y termine, au point même où se dressait la barrière des Porcherons. Or, le hasard nous a fait reconnaître, il y a peu d'années, une chapelle, qu'on avait transformée en un gymnase, dans une maison contiguë ouvrant sur la rue Saint-Lazare ; afin de mieux détourner cette chapelle de sa destination, comme une jeune fille de ses devoirs, on n'avait pas eu recours à l'enlèvement ; mais, abusant du voisinage, on l'avait distraite, à coup sûr, de l'hôtel du cardinal Fesch, oncle de Napoléon P'. Après avoir été, à la suite de son neveu, commissaire des guerres en Toscane, Fesch a repris l'habit ecclésiastique à l'époque du concordat ; il a gardé cette maison, bien que nommé archevêque de Lyon. Mais élu en 1810 président du concile de Paris, le prélat n'a pas craint de combattre les mesures de violence exercées par l'empereur sur le Saint-Père à cette époque ; unie demi-disgrâce en a été la conséquence ; elle a duré jusqu'aux Cent- Jours. Pour peu de temps, le cardinal Fesch reparaissait avec M"* LœtiRa Bonaparte ; Napoléon alors Ta embrassé et créé pair.