‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 4)Chapitre 5 sur 85 · RUE DE BRETAGNE · texte numérisé non relu

RUE DE BRETAGNE

René Moreau, savant médecin, cessa de vivre quelques années avant le cardinal de Mazarin ; il laissait une bibliothèque considérable ; la médecine et la chirurgie, qu'il avait pratiquées et enseignées, lui avai^t inspiré différents écrits en latin, outre qu'il avait traduit de l'espagnol en français un Traité sur le chocolat y d'Antonio Calmonero (Paris, 1643, in-i**). Moreau, premier médecin de laDau* phine, possédait un terrain sur lequel fit été bâtie en i698 l'avant-dernière maison de la rue de Bretagne, côté des numéros impairs ; cette résidence, malgré la porte cochère qui lui donnait dès lors un caractère quelque peu aristocratique, a été occupée par Denis, tonnelier, qui en était propriétaire 9U commencement du règne de Louis XYI ; une

cour à cette époque précédait seule ce qui en est devenu l'arrière-corps de bâtiment.

Au n°' 63 et 61 , dont les petites portes et les façades ont été refaites, se rattache le nom de Claude Fagot, qui acquit cette propriété des religieux dits les Enfants-Rouges, en 1754; toutefois, si nous remontons cent huit années plus haut, nous y trouvons Jean de la Barre, procureur au grenier à sel. Puis, vient une construction, rez-de-chaussée surélevé d'un étage, où sont les ateliers d'une manufacture d'aiguilles, et qui appartenait aux Enfants-Rouges; le fait est qu'elle ne figure pas, comme ses voisines, dans le Papier terrier de la commanderie du Temple dressé de 1 779 à 1789, par le bailly de Crussolpour le duc d^Angoulêmej grandr-prieur de France , et cette omission prouve qu'elle ne payait pas de cens au commandeur.

Un fronton continue à décorer l'entrée du 57, propriété d'origine nobiliaire, qui en faisait deux au xvii* siècle et qui devint une brasserie en l'an xni , du côté le plus proche du Temple. L'immeuble avait appartenu précédemment au comte de Verdon,'à des Sourdis, à des d'Entragues, qui l'habitaient, au marquis de Varenne, fils du seigneur de Verdon-Ie-Bailly, qui l'avait acheté, en 1 755^ d'un curé du diocèse de Châlons-sur -Marne. Il tenait « vers orient, « dit le Terrier précité, à M. le comte de Gaucourt, et <c d'autre part, à M. Louis -Paul de Zéneaulme. » Ce comte de Gaucourt, brigadier du roi et enseigne des gen-

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darmes de sa garde, n'était que propriétaire du n** B5 ; il demeurait quai Malaquais. Fieubet, marquis de Sivry,. avait laissé à sa fille, M"** de Gaiicourt, cette maison,. qu'un autre Fieubet, chancelier de la reine, avait payée en 1680 aux d'Entragues, alliés aux Sourdis, et depuis 52 ans lès acquéreurs de Chevalier, un conseiller d'Etat. L'ancien hôtel dont nous parlons fut transformé en un poste militaire à l'époque où le Temple servait,de prison à Louis XVI ; puis Aubinot , fournisseur des armées, en fit uir magasin de farine. La roture, par exemple, peut tout revendiquer du 49, du 47 : celui-ci appartenait à un maître menuisier, quand celui-là fut bâti pour un sellier, sur un terrain aliéné par le même couvent, un peu avant la convocation des états-généraux. N'est-ce pas le cas de rappeler que des artisans nombreux se sont, bien avant cela, rapprochés de l'enclos du Temple, lieu de franchise pour les ouvriers sans maîtrise et d'asîle pour les débiteurs? Aussi bien les maisons déjà citées dépendaient toutes de la rue de la Corderie ; cette rue devait sa dénomination aux^ artisans qui de longue date y faisaient du tortis de chanvre, sous les murailles du Temple, édifice chevaleresque rappelant déjà un ordre qu'avaient aboli des supplices. Quand le droit de justice, rendue au nom des rois, mais souvent» à leur préjudice, passa pour un moment au peuple, l'heure sonna d'un nouveau martyre juridique, et l'auguste prisonmer du Temple paya une dette qui, protestée tr<^ tard^

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n'en érigea pas moins la monarchie en autorité responsable ; son droit divin changeait de caractère ; les arrhes du sang répandu retrempaient la juridiction de la couronne pour ravenir, et elles raffranchissaîent enfin des pouvoirs concourant jadis au gouvernement de l'État. Quant au donjon, geôle royale, c'était le reste d'une forteresse à laquelle Phiiippe-le-Hardi et saint Louis avaient confié la garde de leurs trésors, et Philippe-le-Bel sa personne; démolie en 1811, la tour suprême ne projette plus son ombre sur cet enclos du Temple, qui mesurait 25 arpents avant Henri IV ; réduit encore une fois, l'enclos dont il reste quelques arbres, vient de ressusciter en square, et l'image du vieil édifice reste le blason d'un quartier qui n'en porte plus qlie le nom. Le square longe l'ancienne rue de la Gorderie, qui est devenue la suite de la rue de Bretagne ; c'est une parure à coup sûr bien plus riante que les quatre bastions, le mur, les créneaux, le fossé qui en occupaient un côté. La rue de Beauce à son tour est emt prisonnée sous des grilles, qui la réduisent en impasse ; elle .a séparé autrefois la rue de la Gorderie de la rue de Bretagne, et qui plus est cette dernière s'est appelée de Bourgogne pendant un certain temps dans sa partie située entre les rues de Saintonge et de Beauce. Aussi bien en 1 806 on a classé comme rue Neuve-de-Bretagne un autre prolongement, appendice ajoutée sans autorisation légale. Que si nous reprenons notre itinéraire dans la rue, nous

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latrouToas bordée de maisons qui, en général^ sont de plus en plus roturières ; leur faite s'est néanmoins couronné, sous Louis Xlir, de ce rameau traditionnellement inaugura teur des maçons, fleur offerte, fruit à recevoir. Percée sur la culture du Temple en Tannée 1626, cette portion de la rue n'a presque rien changé à sa physionomie originelle; le plan de 1754 y a gravé parfaitement le marché et la boucherie des Enfants-Rouges, abrités comme de nos jours par leurs trois corps de bâtiment en face de la rue Beaujolois ; seulement l'hospice du même nom, fondé en 1 554 par Marguerite Âe Navarre pour les pauvres orphelins, n'encadre plus ce tableau animé et d'autant plus pariant qu'assurément les femmes y dominent.

Le 6, petite maison sculptée, a été, dit-on, un hôtel de gentilhomme, puis conventuel. Le 1, est l'hôtel de Tal lard; mais il a seuil en autre rue. Un boucher qui dispose du rez-de-chaussée de cette résidence a mis sur sa devanture : English spoken. Le fait est que le Marais, las de faire quarantaine avec tous ses petits rentiers, commence à attirer des étrangers, transfuges de l'élégant faubourg Saint-Honoré : l'Anglais ne craint les extrémités qu'en fait de viande de boucherie. Entre le boulevard Beaumarchais, la place Royale et Saint- Jacques-Ia-Boucherie, bat le cœur d'un ancien Paris, qui derechef est à la mode, bien que ses pulsations, ralenties pendant un demi-siécle par le trop fiévreux contact des faubourgs, en aient fait un cœur de province.

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