‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 4)Chapitre 6 sur 85 · RUE DE BRETEUIL · texte numérisé non relu

RUE DE BRETEUIL

^ — C'est une large avienue et non une rue, pourrait objecter un lecteur, et du domaine de l'État, elle passa gratuitement à la Ville, sous le règne de Louis- Philippe.

— C'est une place, prenez-y garde l se récrierait un autre, également à juste titre.

Pourquoi méconnaître, en effet, cette imposante avenue de Breteuil, percée dès \ 680, qui se développe derrière les Invalides, entre la place Yauban et l'extrémité de la rue de Sèvres? On compte quelques maisons sur ses deux rives ; des murailles à hauteur d'appui y bordent des marais plantureusement cultivés ; une faisanderie, diverses fabriques, un lavoir et un abattoir y fournissent maintes adresses à l'Annuaire dç Firmin-Didot- Seulement l'herbe y croît au pied des arbres, rien de plus n'y est historique. La place du même nom, tracée un siècle après l'allée, forme un cercle ; au centre nous retrouvons l'ancien puits de Grenelle, transféré là tout récemment; c'est tout au plus de l'eau à boire. On a placé à l'époque de l'Empire ce boulevard sous l'invo/jation d'un Breteuil. Nous croyoQ» que l'honneur en revient à Breteuil, baron de Preuilly^ ministre de la guerre sous Louis XV, qui avait cessé devivre en 1740 « Ce tiom lui-même n'allait pus trop à côté

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de celui de Vanban et en regard du gigantesque dôme couronnant le palais ouvert par Louis XIY aux mutilés ,des champs de bataille. Rapprochement moins direct en^ core entre le nom de Yauban et celui d'un autre Breteuil , ministre de Louis XVI^ mais non plus au département de la guerre. Nous osons craindre qu'on ait commis une faute, en attribant à l^Empereur celle de dédier une avenue militaire à cet homme d'Etat, revenu pauvre de Témigratiou à la faveur du Consulat, pour expirer l'année 1807.

Un autre membre de cette famille ministérielle , Tabbé Elisabeth-Théodore Le Tonnellier de Breteuil, prieur commendataire de Saint*Martin-des*Ghamps, a servi de par* rain à la rue de Breteuil qui ^commence rue Réaumur, tout proche des Arts-et-Métiers. Ouverte vers le même temps que la place précitée, sur le territoire prioral, cette petite voie publique, qui forme équerre pour déboucher sur la rue Yaucanson, est moins dépourvue d'antiquailles. Sous le nM , légère construction d'après coup, régnent toujours des caveaux monastiques, également fermés à la diable, qui joignaient autrefois ceux de ^int-Nicolas-des- Champs. Le S! et le 4 sont les contemporains du percement de la rue. Une bicoque de même origine, n"" 5, a donné souvent en marâtre une demi-hospitalité à un poète sans domicile; Charles Moreau, dit Hégésippe, lorsqu'il avait erré toute une nuit, y trouvait le matin, sous la porte d'une chambre sans papier, la clef d'un maître

d'études, son ami. Ce dernier avait une maîtresse, circonstance qui l'empêchait seule de partager durant la nuit avec l'auteur du Myosotis un maigre Ht qui, surtout en plein jour, avait l'air de demander grâce. Néanmoins notre vagabond, notre pauvre homme de talent, quand sa contre-patrouille nocturne était finie, arrivait rompu de fatigue, houspillé parle froid, pâle, défait, crotté ou poudreux, mais la tête fraîche et regorgeant d'idées plus rarement acerbes, que virginales, mélodieuses, colorées d'azur; il prenait à son tour la position horizontale au coup de sept heures du matin, pour y faire le tour du cadran en sens inverse. Après avoir dîné d'un somme, il soupait de bière et d'eau-de-vie principalement, dans quelque café d'étudiants. '

Au chiffre 1 1 répond une autre cassine, dont les fenêtres sont à coulisses. Le 1 5 dépendait du couvent, et ile même façon il s'accote sur le Conservatoire qui en occupe le mattre-bâtiment. Une arcade, qui ressemblait parfaitement à la voûte Aumaire, y mettait les religieux en communication avec l'autre côté de la rue ; l'arcade a été démolie sous Louis-Philippe, comme la maison d'en face, lui servant de second pilier, et dont le n"" 8; qui ne fait qu'un avec le 6^ a pris la place.

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