‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 4)Chapitre 50 sur 85 · RUE ET PASSAGE CHOISEUL · texte numérisé non relu

RUE ET PASSAGE CHOISEUL

JL^m Ferriol et le cMiite de Choisewl-Gouffler» — - Ii^ltôtol des Domaines. — Hf"* Tamirale Bruéys. — nffaison Deliâle. — Iiafarge. — ni. de lëartines. — Oberkampr. — IMtllI. malleC — III»« de Boufflers.

Sur le plan de Paris en 1739, vous distingueriez l'hôtel Ferriol, situé rue Neuve-Saint-Augustin ; mais ce plan de Turgot oublie de constater que, déjà depuis neuf années, M. Ferriol, beau-frère du cardinal deTencin, frère d'un ambassadeur à Constantinople, s'était entendu avec ses deux fils, Antoine Ferriol, sieur de Pont-de-Vesle, ci-devant lecteur du roi, et Charles-Augustin de Ferriol, sieur d'Argental, conseiller au parlement, pour transporter l'hôtel à ia femille de Gabriel-Florens de Choiséul-Beaupré. La veuve de • ce dernier, née Marie-Françoi&e Lallamant de Betz , conjointement avec Bon fils», le comte de Ghoiseul-Gouffier, obtient, en 1776, rautorisation d'ouvrir, sur les jardins de cette résidence , qui s'étendaient jusqu'au rempart , une impasse, ér^ée en rue trois ao$ plus tard.

En 1 786 , le créateur de la rue de Choiseul vend à Louis XVI une vaste propriété à Tangle de la rue Neuve- Saint-Augustin ; on en fait le siège des Aides et gabelles, qui devient ensuite Thôtel de l'enregistrement et des domaines. Ainsi, au commencement de TEmpire, le domicile de M. Duchâtel, directeur de l'enregistrement, se trouve au premier étage, n**2, rue de Choiseul, et les bureaux de son administration occupent les deux maisons suivantes. Au mois d'avrif 1 830, l'Etat vend la totalité , qu'il a divisée en trois lots. Tout nous^ laisse croire que le fond des constructions de l'ancien siège des Domaines a fait partie de l'hôtel Ferriol, séparé par la rue nouvelle d'un de ses propres corps de bâtiment, que nousrevoyonsn**3, et dontM. Paris de Lamaury, avoué retiré, était propriétaire avant 1 830. Le fils d'un tailleur enrichi dispose de ce dernier immeuble, où demeure aussi un avocat d'élite, M. Boînvilliers.

Le comte de Choiseul-Goufïier a fait, au surplus, autant de parts qu'il s'est présenté d'amateurs du territoire disponible. La plupart des maisons de la rue sont donc contemporaines du 9, édifié par Nisard, un maître charpentier, l'an 1781, puis adjugé, le H floréal an xin, à Leclercq, avoué, père du libraire du même nom. L'architecte Louis a faitcomme Nisard, quant à l'immeuble contigu ; on veut toutefois que les prémices en aient été cueillis, sous le manteau, parle duc d'Orléans, Philippe-Egalité, dont c'eût été la petitemaison. Rien de particulier à dire des autres maisons b(wr-

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dant la même rive, sinon que Tétat civil du 15 reconnaît pour auteur de ses jours l'architecte du duc de Penthièvrè.

Transbordons la pêche aux souvenirs une seconde fois sur la rive droite, qui est plus poissonneuse; le courant froid des maisons neuves, près de l'embouchure du boule-' vard, fait pulluler le fretin sur l'autre bord. Les Betmann, riches banquiers de Francfort, ont occupé len'' 10, lors de la rentrée des Bourbons, et ensuite Huvé, architecte, qui a mis à la Madeleine la dernière main. La vénérable comtesse de Bruéys jouit, comme revenus, de cette propriété. L'amiral, son mari, qui était de la famille du poëte, auteur de r Avocat Pathelin^ a commandé en chef la flotte conduisant en Egypte le vainqueur d'Italie ; le combat naval d'Aboukir lui a coûté la vie. Une statue s'érige à tJzès en l'honneur de ce brave marin, que Napoléon regretta comme un ami, et justice enfin lui sera rendue par les soins de l'amirale, sa veuve, que n'a pas refroidie un retard de soixante-dix années.

Vient après cela une grande maison de commerce, dont le nom paraît synonyme d'élégance en matière de toilettes féminines. Toutes les capitales du monde envoient prendre dans la maison Delisle l'ordre du jour officiel de la mode. Le créateur de ce comptoir du goût appliqué à la soie, aux châles et aux dentelles, a pourtant cessé de vivre sous le règne de Louis -Phi lippe; les modes passent, il passa comme elles, sans agonie, et bien plus rapidement encore,

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pour avoir niai digéré du homard. La caisse iafarge précéda dans ce local le magasin de nouveautés ; quand ce dernier s'y installait, l'année 1831, il y payait loyer à M"*^ Hubert, dont l'affection , s'il f^ut croire un on-dit, avait été la mise unique dans la tontine de Lafarge, auquel elle avait survécu. Mais avant la tontine, de qui était-ce l'hôtel? D'un ministre de la marine, plus connu comme lieutenant de police, M. de Sartines* Ni l'esprit, ni l'activité de ce prédécesseur de M. Le Noir ne faisaient doute, et il avait sur une si grande échelle organisé son espionnage, qu'à un ministre de l'empereur d'Allemagne le priant un jour, par une lettre, d'arrêter un voleur qu'on croyait à Paris, il avait répondu que cet homme était à Vienne, dans telle rue, sons tel déguisement, sortant tous les jours, à telle heure, M. de Sartines émigra en Espagne; mais son fils, maître des requêtes, paya de sa tête tribut à laR^olution, le 17 juin 1794, avec sa femme et sa belle-mère. M"*' de Sainte-Amaranthe. L'hôtel Sartines, qui, par son origine, diftèreabsolûmentdes autres propriétés delà rue, communiquait, avant que celle-ci fut percée, avec la rue Neuve-Saint- Augustin par une avenue, et avec le rempart par un passage, qu'on retrouve sur le boulevard, dit usuellement l'impasse de la Glacière; ses ailes sont devenues des façades, et il s'est transformé deux fors, pour ouvrir rue de Grammont d'abord, et puis, en outre, rue de Choiseul.

L'impasse de la Glacière se relie par derrière et à la

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Galeriô-de-Fer, étaUie en I8S0 à la place d'une galem da boifi que TincaEidie a^ait détruite^ et au SSl de Ib rae de ChoÎBetd. MM. Mallet tiennentcetimmeuble considéraèle, à titre héréditaire, du célèbre manufacturier Oberkampf^ beau-pène des deux barons MaUd;. Maïs de la Hiême succession. Dtedépendaiesit pas les terrains sur lesquels Ta- TernaâT^ leur arcikifteetey commença, ea 18^^ le passage Choisenl, à lîaaitre entrémitéde lame. Cet apipendice consi-dérable ajcmté à la rue, pour le compte des MM. Mallet^ provient, comme territoire, des andens bôtelsdeG«8vres> de Radepontet du contrôleur gtoéral ^ une portion en fut de? même acquise de l'administration de la loterie, Christophe- Kiilippe Oberkampf n'acheta danc à M** de Boufflers, le 21 floréal an ts, qae la superbe propriété qui fait retour sur le boulevard, et dont la cour s'est bardée de fer pour constituer la galerie. Taboureux, comme expert-juré, constatait en l'année 1780, l'état des constructions faites pour M""*" Hippolyte de Camps de Saujeon, veuve du marquis Edouard de Bouf8ers*Rouvere1 , sur les confins de la propriété morcelée par M> de ChoiseuT. La belle terrasse dont jouit le cercle des Arts, fondé en 1837, fut donc inaugurée par la marquise de Boufflers, qui nonobstant avait pour locataire, vers la fin du règne de Lous XVI, la comtesse de Lamassais, avec son neveu, le comte de Saint^^Laureat.

Presque toutes ces dames de BôufQers, le diable s'eir mèlait-ii ? avaioit été malheareuses en méxtage ; M* de

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Boufflers, colonel du régiment de Chartres, puis d'un régiment de dragons, avait trop négligé celle-ci, en s'àffichant avec M"*** de Sparre, et, veuve par anticipation , elle avait été presque heureuse que son fils, le comte de Boufflers, suivît de bonne heure le mauvais exemple de son père; du moins elle y avait gagné que sa bru lui tint compagnie. Il va sans dire qu'en allant de son côté, le comte de Boufflers accusait également sa femme de tous les torts ; l'usage sacré des récriminations est réciproque, en pareil cas ; seulement bien hardi qui prononce sur ces griefs contradictoires. Même position et vie commune avaient fait comme les deux sœurs de la belle-mère avec la bru|. «^l^B s'aimaient par remords ou par boBsolation, mais à n ^ii vouloir pas dé* mordre, et comme si la famille, le monde n'existaient plus qu'à elles deu;x. Un soir pourtant on demaujde à la j^us jeune: — Si vous voyiez votre mère et votre bel le-ijcière près de se noyer l'une et l'autre, laquelle des deux saïùveriez-vous? — ■ Je sauverais ma mère, répond vite la comtesse ; mais ensuite je me noierais avec ma belle-mère.

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