RUE COLBERT
La Destaioville fut connue, elle aussi, des chalands de l'amour vénal : mais elle en était l'aeent de change. Aiïx
débauches de ce genre, sous la Restauration, «'ouvraient comme deux comptoirs rivaux, la maison Germancey, la maison Destainville. Celle-ci se trouvait rue Colbert; mais elle emprunte de nos jours son nom à une femme Alexandre^ qui en a respecté les traditions locales, à peu près comme a fait le wagon de celles de la diligence, en augmentant le nombre des voyageurs. Depuis soixante-dix ans, dans ladite rue Colbert, la pantomime abrège incessamment cette comédie des amours, que les gens de cœur tiennent à prolonger, dût-elle se terminer en drame. Mais une déplorable confusion a £ait que la nommée Destainville passait, aux yeux de sa clientèle, pour une véritable comtesse. La terre de Stainville, qui appartenait aux Ghoiseul, a plusieurs fois servi, comme dénomination, à distinguer un membre dé cette famille ; une parente de l'illustre homme d'État, Vun des successeurs de Colbert, a dû habiter la maison, dont: un ou plusieurs œils-de-bœuf et un joli perron, sur le derrière, surmonté de plate-forme à balustres, donusût alor» sur un jardin. Le bâtiment en est visible sur le plan de Paris en 1739, et pourquoi n'eût^elle pas compté comme une des deux maisons reconnues dans la rue Colbert, un quart de siècle auparavant, ainsi cp'une fontaine, quatre lanternes, par FédiUté parisienne? D'origine révolutionnaire est Téquivoque relative au titre de comtesse, comme la profanation d.u lieu. La Destainville continua son commerce,, moins honorable (jue lucratif, après la rçntrée des Bourbons^
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que leur préfet de police eût odieusement trahis^ en tolérant qu'une parente du ministre de leur aïeul Mt descendue à ce département! Pure plaisanterie, par conséquent, que la couronne de comtesse attribuéeà la pourvoyeuse, qu'il cori'venait de remettre à sa place pour l'honneur d'un nom qui ta de pair avec celui que la rue porte !
Sur requête présentée à Louis XIY, par Jean*-Baptiste Colbert, marquis de Chasteauneuf, secrétaire et ministre d'État, contrôleur général des finances, surintendant général des bâtiments de Sa Majesté, arts et manu&ctures de France, l'ouverture de la rue a été autorisée sur un terrain qui appartenait au ministre; une arcade a été percée sous la galerie de l'hôtel du duc de Nevers, un des deux héritiers de Mazarin, et cette arcade avait pour vis-à-vis l'hôtel Louvois, de même qu'à l'autre extrémité la voie nouvelle débouchait en faee de l'hôtel de Torcy. Bile a porté, moiàs d'une année, la dénomination de rue Mazarin, pour prendre celui de son fondateur, imntédiatement après sa mort.
Le duc de Nevers, héritier de la moitié' du palais Màza^ rin, ne faisait pas usage de la portion de galerie dominant la nouvelle arcade et reliée à l'hôtel qu'on rçtrouve de nos jours au n"" ISS, rue Colbert ; en 1698, il en avait cédé ta jouissance à la nuarquisedeLamb^, à titre de viager. M""" de Lambert, élevée par Badiaumont, amie de Fontenelieet estimée par Féoelon, a beaucoup emtbelli Thôtel, pour en faire lin Jiureau d'esprit^ éioargé de l'hôtel RambouiUet.Les mànfiset
iefi mercredis, on y dtnait ; le premier de ces deux rendez- vous faebdomadâdres était le grand jour, pour les réputations dont le cours allait à la hausse; mais souvent la marquise ^ppelait^ au cercle du lendemain, des arrêts prononcés par celui du loardi. AaAic&ambre de TAcadémie, son salon éj;ait le seul où le jeu n'empiétât pas sur le terrain du bel-esprit. Combien de fortunes, en revanche, se faisaient ou se défaisaient tout près de là, quand le financier Law eut translonné le palais de Son Ëminence en hôtel de la Banque royale et de ia Compagnie des Indes ! De cette métamorphoseï, qu'a opérée l'architecte Mollet, date la prolongation ide kl galerie dite Mazarine jusqu'à la rue Colbert, ainsi que FouvertuDepwitiquéeàrédificerueNeuve-des-Petits-Champs. La chute du système de Law a permis d'installer enfin, comme sur ses ruines, la Bibliothèque royale; mais les droits de IP^ Lamibert, qui se trouvait en ce temps-là dans sa soixantenquinzième année, continuaient à être respectés. Desprooàs l'avaient éprouvée cruellement, et les infirmités de l'ttge s^étaient jointes à celle de plaicter ; souffrante se traînait sa vieillesse* Malgré elle s'étaient imprimés ses Avis à sa /{fle. Avis d*tme mère à son fûSy et^ dans ce dernier écrit, se remarquait Texcellent conseil que voici : « Mon ft fllîs, ne fiiites jamais que les sottises qui vous feront beau- « ooiip de piaish* ; i» die se mettait au Traité dt la vieillesse avec une douce nésignation, car sa plume s'était fortifiée au préalable par un Traité de V amitié. A l'âge de quatre- vingt
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six: ans, la marquise a cessé de. vivre, le 4^ juiUet, ea 173â.. Le cabinet des Médailles n'a été transféré de Yersailles: qu'après huit années d'intervalle, dans la galerie qui le retient toujours ; mais une indemnité avait été payée à la famille, pour les dépenses faites par la défunte dans la;ga-^ leriè et la maison. L'abbé Barthélémy^ auteur du Yayage éCAnacharsis, ami fidèle et reconnaissant de b maison de Choiseul, a occupé, de 1753 à 1795, comme garde du cabinet des Médailles, le logement de M"* de Lambert^ et cet hôtel, de nos jours encore, a pour hôtes des employas supérieurs de la Bibliothèque impériale.
PLACE DU œLLÉGE-LOWS-L^GEAND. /
Formée en 1 839 aux dépena de la rue <tes Poiréed^cetlei place à double titre méritait de pqrter le mm du collège, qu'elle a dégagé et qui a contribué aux frais de sonétshUssavent.
Le bouquiniste Loisel , installé au n"" 3,^prèsiavcir été: rue Saint4acques et rue des Grés , aiihàte et Tisnd dieBi livres d'occasion depuis un demi-siècle pour le moéiiiB.; chaque édition de la grammaire deBuraouf , en^dépréoiMt la précédente , lui ai foit perdre ^pielque choiie ; pourtant cet helléniste, son, cjîent^ rhonoiait autrefois, d'une pfiûè*
IQ LES ANGlEf^ES MAISONS D£ PARIS
tectiou fémOière. La boutique deLoisel était occupée, avant lui, parungargotier plus heureux, en ce qu'il regrattait à coup sûr, servant le matin en ragoût les rôtis rebutés la veille ; et ne mettant rien au pilon /ainsi que le fait un libraire des ouvrages classiques répudiés par les programmes de rUniversité. A la maison du bouquiniste est contiguë une maison du même âge, mais augmentée par douze marchands d'habits , qui se cotisèrent il y a quinze ans pour devenir propriétaires.
De l'autre côté de là place, voici le 4, qu'on a refait également ; le 6, oii bruyaient autrefois le^ ateliers d'un ser- *rurier; le 8 enfin^ devenu l'hôtel du Lot. Cette hôtellerie , qui a beaucoup gagné en vieillissant, servit longtemps d'abri aux petits métiers ; le saltimbanque y des^ndait. En 1741, quelques petites filles de la Savoie y furent casées par une commère , dans un grenier plus que modeste : elles allaient chanter par la ville. Celle qui jouait du triangle, accompagnant les autres enfants, changea de position à tout prix ; mais les gens qui l'avaient connue à ses débuts, l'appelèrent toujours la Savoyarde. Son véritable nom était Beaumier; son pseudonyme , M^^"" de Ville. Pour se &ire 8,000 livres de rente , elle avait quitté son galetas y prête à ruiner toute la teri;e ; ce qu'il lui restait dans les mains n'étant qu'une bien faible partie de ce qu'il y avait passé, sa fortune ayait coûté ch^r à Kulan, chevalier de Malte^àVarenne, avocat en parlement, ancien élève de
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Louishle-Grand ; à RoMnet j entrepreneur des hôpitaux Aè Tarmée ; à Yillarceau , conseiller au Châtelet ; à Roland de Trémeville, fils du receveur général des finances de k généralité de Riom. Permis de croire que de son temps la place du Collège eût été établie à meilleur conâpte, et de beaucoup^ que cette parvenue des amours.