RUE DE LA COLOMBE
Les colombes de l'antiquité faisaient leur nid dans des casques de guerriers, afin de prouver que la bonne intelligence régnait entre Mars et Vénus ; à plus forte raison, ces oiseaux de paix et d'amour trouvaient un refuge facile, au moyen âge, dans les mitres des saints évoques, sculptées sur la face des églises, et il n'en manquait pas dans la Cité. Paris est une forêt de Dodone ôii des colombes à voix humaine ont toujours rendu des oracles; la plupart sont belles et fêtées, tant que leur cœur est pur de fiel, comme le dit Lucrèce de ses colombes ,
Quas odium nullum, née felleus inquinat ardor.
Quand la haine succède aux caresses, l'oiseau de Cypris devient un^ chouette. r^ t
sous NAPOLÉON lU. 211
De la petite rue qui nous occupe parle une içbarte de 13SI3, sans dire quelle image douce et hlapche, quelle colombe fut d^abord sou signe particulier. Peu de filles d'Eve faisaient parler d'elles ,. depuis la célèbre Héloïse y sur le territoire canonial ; or le cloître de Notre-Dame s'étendait^ en suivant la rue de la Colombe y jusqu'à l'extrémité de la rue des Marmouzets. Un amour dénué de poésie y fut tout au pi us in$piré à un Italien , M. de Salze, secrétaire de l'ambassadeur de Naples sous. Louis XV, par une fille Mercier, dite la Cauchoise; son oncle, chantre au lutrin de l'église de Paris, logeait dans une maison , n"" 1 , dont les fenêtres à coulisses et l'escalier de bois à balustres n'ont pas du tout thangé de physionomie. Cet étranger, qui était abbé de cQur, avait rencontré la Normande en se rendant chez un chanoine : elle était grande , corsée et brune , mais d'un teint de lait , comme ses dents ; on ne lui reprochait guère qued'ôtrebêteetdesayoiroudemeurait|Ia Varenne, complaisante duègne de la rue Feydeau. M. de S »lze fit offrir une chambre garnie, rue de Beaune, à la colombe sans défense ; mais il y mit une condition , c'est que, revêtue d'un manteau de lit^ sans robe qui lui permit de sortir, elle garde** rait nuit et jour la chambre. La nièce du chantre ne dit pas non, et s'envola tout à fait de chez son oncle.
La rue ne comptait alors que 6 maisons et 2 lanternes ? c'est seulement en 1814 qu'elle a été prolongée jusqu'au quai. De ses vieilles maisons , qui plus est , ia plupart ou^
vrent sur d^autres rues ; tels sont le 9 , le 7 et le S. Cette dernière propriété comporte les restes d*une chapelle Saint- ' Aignan, que nous avons déjà rappelée. Une ancienne porte cochère est aussi condamnée au 4, dont l'enseigne à Saint- Nicolas doit remonter au moyen âge; néanmoins sa façade est décorée de rinceaux, et ses fenêtres de grillés d'appui, qui prouvent une reconstruction datant seulement du dernier siècle. On remarque au 8, grâce aux marches du café, un changement de niveau qui naturellement fait croire à l'existence d^anciens fossés , servant par là de limite au cloître ; car il est sûr que le sol de la CitéJ au lieu de s'abaisser, s'est élevé. Le 1 2, construction haute dont l'escalier est ténébreux , s'appuie depuis longtemps sur le 1 4 , dont le seuil est rue Chanoinesse ; l'origine de l'uti et de rautre remonte à celle de la rue de la Colombe.