RUE DE LA CROIX -DU- ROULE
Le buis du dimanche des Rameaux s'accrochait, par toutes petites palmes, à une croix, dite du Roule; la croix avait d'abord servi à reconnaître une sente bien iQodeste, n'ayant pas d'autre signature, qui, une fois nubile, se Gt rue, et cette rue, comme bien des jeunes filles, dont la croix d'or devient gage d'amour, changea peu de tejnps après de nom, aussi bien que de vocation. On l'appela rue de Milan, en 1796, à cause de la prise de cette ville. Noble hyménée, qui se termina pourtant par une séparation, faisant reprendre à la rue son nom de baptême, sous Louis XVIU.
Que de jardins encore bordent la rue! Il en est un, attenant à une maison rué du Faubourg-Saint-Honqré^ qui rappelle une mésaventure, tempérée il est vrai par de gracieuses réminiscences^ à un auteur drame^tique bien connu.
Celui-ci QÏe passe jiimàis par^là^ saufi q/ti'uD souvenir aigredoux s'y réveille, qui remonte presque à l'époque où, quittant les bancs du collège , il passait à Técole buissonnière du plaisir, premier degré de celle du monde.
M"* Pauline, des Variétés, que M. Rolet, ci-devant payeur de la gardé impériale, avait mise dans cette bonbonnière, praliuée sous l'ancien régïmepour lès menus-plaisirs d'un gourmet, ne s'étaitpas montrée tropinsensibleauxattentionsmarquées de l'homme de lettres. Le livre des amours se trouvait ainsi tenu en partie double, au coin de la rue de la Croix ; mais le comptable j ennemi du report, voulait s'assurer des mécomptes qui figuraient à son passif, et il usad'un moyen de comédietjui réussit toujours, mêmeà la ville. On appelle, au théâtre, cetexpédient: une fausse sortie. Bref, des chevaux de poste emportent M. Rolet, par un jour sombre du mois de janvier, comme si c'était la saison des voyages.
Pauline et le favorisé , qui croient à une absence de longue haleine, commeleur tendresse réciproque, reviennent ensemble du spectacle, projet caressé dès la veille, et l'actrice sémillante atout feit disparaître des traces de son protecteur ; un grand bain ya contribué, la preiive en est encoredansune baignoire, qui est restée pleine d'une eau parfumée. L*alerte est vive, par conséquent, lorsqu'on entend grincer dans la serrure la clef du payeur de la garde. L'amant de cœur n'a qu'à peine le temps de passer dans la salle de bain ; il s'y plonge dans l'onde refroidie, toQt habillé, en ramenant sur
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la baignoire le couvercle qui témoigne ordinairement du vide. Rolet fait donc de vaines perquisitions, et Pauline le suit de pièce en pèoe, ^sous prétexte âe i\n faire un crime de ses soupçons, en laissant derrière le jaloux une porte entre])4iUée^ur.lûj9rdiA* •
Après de longs moments ^angoisses, t'inforhiné baigneur sort de la cuve, plus glacé qu'elle, et de ses habits, transformés en éponge,. Teau qui dégoutte fait un bruit dangereux, mais qu'assourdit et que protège une pluie battante au dehors. Dans cet équipage de Triton, il ne réussit pas sans peine à escalader la muraille; seulement, quand îl met pied à terre, une patrouille de gardes nationaux, qui le prend pour un malfaiteur, se met en devoir de l'arrêter. Un parfumeur, qui commande la patrouille, reconnaît par bonheur l'essence qu'il a vendue à M"* Pauline, et dont le fugitif exhale l'odeur suave des pieds à la tête : cette, circonstaûce donne de la vraisemblance à ses explibatîons confidentielles. Le rival de M. Rolet en est donc quitte pour une fluxion de poitrine, qui le force à garder le lit pendant un mois.' Ses rivaux au théâtre, ses col» laborateurs, moins heureux que lui en général , se fussent assurément noyés dans cette cuve d'ambroisie !