‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 4)Chapitre 8 sur 85 · RUE DE BUFFAULT · texte numérisé non relu

RUE DE BUFFAULT

Par un bail emphytéotique de 99 années, signé le V octobre 1775, Samson - Nicolas Lenoir prend un vaste terrain, à la condition d'y bâtir, des religieuses de l'hospice Sainte-Catherine, dont le fondé de pouvoir est Antoine-François Rossignol , ptêtre et administrateur de l'hospice. L'archevêque de Paris contresigne au contrat, sans doute comme titulaire des droits de cens grevant

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le soi et pour entérinenaent aeigneurial de la mutatioD. Du chapitre de Sainte-Opportune relève toutefois, dix ans plus tard, une autre suite de places à bâtir, adjacentes au Ipt de Lenoir et successivement adjugées à Pigeot de Carey, un avocat au parlement, et à sa femme, née Boullée, Les deux spéculateurs de demander ensuite la permission d'ouvrir une voie nouvelle pn prenant à leur charge la dépense du premier pavé ; le congé leur en est donné la seconde année du règne de Louis XVI, et ils obtiennent que la dédicace de la rue ait lieu au titre de Buffault, comme par gratitude d'avoir mené l'affaire à bien par le crédit de cet échevin, chevalier de l'ordre du roi , et son conseiller en l'Hôtel-de- Ville. Le percement de la voie isole l'une de l'autre les deux propriétés ; la rive gauche est à l'avocat, la rive droite au concessionnaire de l'administrateur de Sainte-Catherine. Présentez-vous -maintenant , bourgeois friands des entreprises pétries de seconde main , prenez par morceaux découpés votre part d'un gâteau , levain de beaucoup d'autres!

Les héritiers de Carey font crier au Châtelet, en 1791, les deux maisons n""" 3 et 5, que celui-ci a fait construire lui-même et qui tiennent au terrain d'encoignure loué à M. de Cossé à cette époque ; le jugement de cette adjudication a la précaution de réserver le cens et les droits seigneuriaux. C'est seulement en l'année î 844 qu'a lieu la division de la propriété; d^abord unique. Celles qui suî-

vent sont, en général, un terrain encore vague à la mort de Pigeot de Careyl Le 7 n'a de particulier que de servir de résidence actuelle à M, Lejeune, petit capitaliste déjà fameux dont le type mérite une esquisse, mais qui nous entraînerait aux anecdotes : nous ne devons la vérité qu'aux rues vivantes et aux morts. En 179S8I, DélaisseiHent, menuisier, se rend adjudicataire d'un compartiment pour élever ce n*" 9 où a cessé de vivre Tan dernier Castil'Blaze, musicien, auteuf dramatique et journaliste. L'entresol du 19 est à jours d'ouverture cintrée, des balustres de pierre garnissent, les croisées du premier ; c'est là (pourvu que les numéros n'aient pas été changés depuis) que Charles Maurice, homme d'esprit, beaucoup plus érudit que ses écrits ne l'ont fait paraître, a rédigé son Courrier des Théâtres au commencement du règne de Louis- Philippe. Vers le même temps a été édifiée ou refaite la maison qui suit, pour Mosselmann, ancien marchand plusieurs fois millionnaire, qui n'a pas craint de servir luimême ses maçons, afin que l'œil fût d'accord avec les épaules du maître pour se rendre compte du choix des matériaux, avant que la main-d'œuvre en eût fait l'assimilation. Susse, marchand de bois, acquéreur de Pigeot de Carey ou de ses hoirs,, cède en 1808 à un entrepreneur appelé MoUoy, de quoi mettre debout le 23, dont un petit jardin sépare encore à notre époque les deux corps. Le 2t5, nain passé géant, s'est d'abord contenté d'un seul étage,

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lequel depuis treize ans ne lui arrive plus qu'aux genoux. De l'autre côté de la rue, les propriétaires sont enclins beaucoup oaoins aux réparations ; chaque fois qu'ils vont porter la redevance emphytéotique semestrielle au bureau de TAssistance publique, administration subrogée dans tous les droits de l'hospice Sainte-Catherine, ils sont encore six mois de moins à demeurer propriétaires. Le bail n'expiret-il pas en \ 874 ? Les Hospices reprendront, au jour et à l'heure dites, les constructions et le terrain , tel que l'a mesuré un procès-verbal de bornage fait en 1770 par Persard et Payen, architectes-experts, entre Rossignol, pour le côté appartenant à Sainte-Catherine, et Pigeot de Carey, pour celui où se trouvent les numéros impairs. Bref celuici fait de nos jours quelque peu honte à celui-là, vers le milieu duquel on trouve jusqu'à une masure déjà abandonnée, le n^ 18, par suite d'un procès sans fin. Un petit hôtel garni, portant le même nom que la rue, donne aussi la mesure d'un laissez-aller assez triste : Lasciate ognisperanza. Le 30 et le 32, maison meublée plus consolante, n'ont, comme le précédent, qu'une moitié d'étage ordinaire et un bout de jardin. Le 6 bis, maison d'ouvriers, ne reconnaît pour son principal locataire que la matrone de la maison de tolérance voisine. La propriété où est mort dernièrement Adolphe Adam fait contraste avec celles que nous venons de citer, en ce qu'on l'a fait restaurer depuis peu ; ce n** 24, tout récrépit, porte le deuil en blanc. Soyons néanmoins de

bon compte : on trouve encore sur cette rive quelques propriétés qui flattent. Le 2, qu'a édifié Lenoirj est pourvu d'un fort beau premier. Les êtres et le balcon du 2!2! trahissent l'ancien hôtel particulier.

Le général Gérard a résidé au n** 26, après avoir épousé M"* de Valence, la petite-fille de M"^ de Genlis. C'était sous la seconde Restauration, Gérard se trouvait sans emploi, bien que l'un des généraux chargés de présenter au roi la soumission de l'armée en 1815. On sait que Louis- Philippe lui a donné depuis le bâton de maréchal ; mais il n'habitait plus alors l'hôtel, ou l'avait remplacé comme locataire le coulissier Saucède, patron du passage de ce nom, et qui a mangé 6 millions dans différentes entreprises. Cet immeuble, au surplus, n'est jamais sorti de la famille de celui qui Ta établi, c'est-à-dire de David, entrepreneur des bâtiments de l'hospice Beaujon.

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