‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 4)Chapitre 80 sur 85 · RUE DAUPHINE · texte numérisé non relu

RUE DAUPHINE

de Genlifl. — HAIel Danphine. — I«e nar de Philippc-Aocouite. — lies preniéni pvepriélàire* dé la nie. — I«a» porte Daaphine.

Les petits pains au beurre de la rue Dauphine jouissent d'une célébrité à poste fixe depuis un demi-siècle ; tous les soirs, après l'heure du bal et du spectacle, maints danseurs du Prado, maints spectateurs de l'Odéon, viennent tremper dans un verre de lait un ou deux de ces gâteaux, bavaroise du quartier Latin, dans la boutique de Cretaine. Depuis le quai Conti jusqu'à la maison aux petits pains , en y ajoutant celle qui suit, l'uniformité de construction révèle une origine simultanée, et celle-ci remonte assuré^ ment jusqu'à l'ouverture de la rue. Protégée par Henri IV.^

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une compagnie, dont Nicolas Carrel était le chei^ acheta eo 1606 le collège ou Tlkôtel de Tabbé de Saiot-Denis, une ruelle touchant à l'hôtel de Nevers, et la maison Ghappes pour 76,500 livres, et se mit e» devoir de percer la voie nouvelle, que croisait l'ancien mur de ville entre les portes de Nesleg et de Buci. Mais il fallut encore, pour déboucher sur le pont Neuf, prendre au jardin des Grands-Augustins quelque chose que des experts évaluèrent 30, 000 livres tournois, et il fut stipulé, en outre, que les matériaux de démolition reviendraient à ces religieux, et qu'il serait établi aux frais du roi : 1 "" un mur de trois toiâes de chaque côté de la rue; 2? deux voûtes souterraines pour mettre les pères en communication avec des maisons qui leur appartenaient du côté de l'hôtel de Nevers. Comme les Augustins, néanmoins, se plaignaient au roi de tout ce dérangement, comme sont toujours disposés à le faire les expropriés de tous les temps : — Ventre-saint-gris! mes Pères, dit Henri lY, les maisons qu^.Vous bâtirez mix la rue nouvelle vaudront mieux que vos choux... Or, ces fiches de consolation furent mises bientôt sur le tapis, et la plupart des maisons de la rue dédiée au fils de Henri IV, notamment entre l'hôtel de Neverà et le couvent , appartenaient encore aux Augustins dans le siècle dernier.

Presque toutes ces constructions qui avaient établi un revenu aux Grands-Augustins étaient ou sont encore à petites portes. Mais parmi celles qui faisaient exception, on remarque, sur le plan de 1652, un hôtel de laCarce, plus tard Demouy, et que nous revoyons n** 16; en dépit de sa porte cintrée, qui, certainement a pris la mesure des car-

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roe^e^ du tempi^ de laFropdç, le.oôrps de b$..tiroent smr.la rue y est* moia$ auoieu que celui du milieu qui surmonte, deux beaux beyce^aux de caves ; celui du fond fut d'abord un jardin.

Au 18, ^u'on a refait en 1826^ nous ne trouvons plu$ que vestiges, de ce théâtre des Jeunes-Élèves ou débutèrent Firmii;! et H"* D^^azet. Pendant les six premières années du siècle, on y joua tous lesgenres, depuis latragédie jusqu'à la pantomime, de six heures et demie à dix ; ensuite, la comédie bourgeoise; pui3, (^n en fit une salle de bal. Au même endroit, pendant la R^ublique, avait tonné le club des Cordeliers, et le tableau des Droits de l'homme, qui décorait le lieu de réunion, avait été voilé par Leclorc au fort de 1 793, parce que les citoyens dantonistes, maratistes, hébertistes,. chaumettistes qui composaient la société reprochaient à la Convention, et qui plus est, aux Jacobins, de w pas être h la hauteur des grands principes de Tère nouvelle. Le siège de ce club avait été aussi une salle de vente, un corps-degarde. Au reste, jamais les Gordeliers n'eu^senl; consenti à dire : Nous nous assemblons rue Dauphine. Dès !ç samedi soir, 27 octobre 1792, le conseil général avait décidé que quatre-ving[t-deux rues porteraient le nom des quatre- vingt deux départements, et qu'en outre, pour que gratitude fut montrée à deux villes qui menaient d'être le boulevard de la liberté , la rue Dauphine s^ajppeUerait de Thionyille , aiusi que de Lille la rue Bourbon,

M. Rousseau n'a pas été heureuse en ce gui C^CHPde h 31 f où des ferrures d'un autr« temps sqnt deiuç^urées inflexibles à sa curiosité, muettes £^u^ qu«stipns ^'U leur a &itefl dans

le but d'édifier la rédaction des Anciennes Maisons âe Paris; tout ce qui n^est pas loyer à percevoir y regarde uniquement la portière , laquelle s'est obstinée à prendre notre mandataire consterné, qui ne pouvait placer un mot, pour un agent de la salubrité.

Les portes se suivent, mais ne se ressemblent pas. De la bienveillance éclairée du propriétaire du 24-86, M. Rousseau tient assez de notes, qui confirment nos propres recherches, pour aider à l'éclaircissement d'un point capital de l'histoire de la rue Dauphine. Le 3 de la petite rue d'Anjou communiquait avec cette résidence, incontestablement une des maisons où Gabrielle d'Estrées reçut les visites de Henri lY. Par conséquent, la galanterie inaugurait alors comme aujourd'hui les quartiers neufs de la bonne ville, dont le prince en était réduit à changer fréquemment le théâtre de ses rendez-vous, à s'initier aux souterrains des moines, à en compliquer les issues, ne fût-ce que pour se dérober aux tentatives d'assassinat qui pouvaient en trouver la clef. On circulait sur le pont Neuf avant que fût créée la rue, et n'était-il pas plus gracieux, plus charmant encore que prudent, qu'un nid pour de royales amours eût été préposé de même au milieu des jardins de Nevers, de Saint-Denis et des Augustins, sur cet ancien mur de Paris qu'on assiégeabientôtdes deux côtés? L'édifice était en pierres et en briques, comme le rappelle depuis peu une décoration fidèle; par malheur un escalier de bois, qu'aux derniers jt)urs on y remarquait, s'affaissant entre là cour et le jardin, mais qui tenait bien plus de place qu'il n'offrait de sécurité, a dû être enfin sacrifié, sans qu'il en reste la sil-

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hoi\ette. Le niveau du jardin est demeuré inférieur de 8 m. 50 à celui de la rue. Peu de madifications, d'ailleurs, furent apportées au xvra* siècle dans cette habitation, devenue Thôtel de Genlis, et qui ne se trouvait pas loin de l'hôtel de Sillery-Genlis que nous avons trouvéimpasse Conti. La tradition est que M"* de Genlis a demeuré elle-même rue Dauphine; mais toute sa vie fut si peu sédentaire qu'on la prenait où l'on pouvait. Un locataire beaucoup plus stable tenait dans cette propriété, au coin de la rue d'Anjou, un magasin de mercerie, à l'enseigne du Père de famille^ qui était sous Louis XV le mieux achalandé de Paris. La vogue avait pourtant abandonné ce fonds de commerce, lorsque M. Beau l'y ramena, qui depuis longtemps a quitté cet immeuble, mais avec les titres de propriété dans son secrétaire.

Voici encore une porte cintrée, celle de l'hôtel Di^uphine, maintenant hôtel d'Aubusson, et du bureau des voitures de Fontenay-aux-Roses. Un groupe d'élèves de Sainte-Barbe que venait d'armer bacheliers M. Cousin; ainsi que le signataire de cet ouvrage, se distribua sous Louis-Philippe dans les chambres garnies de cette maison déjà fort décrépite. Les champignons qu'y faisait sauter l'hôte avaient dû pqusser sous ses lits, qu'on ne se contentait pas toujours de partager avec d'imperceptibles sauteuses trop vigilantes, qui semblaient ne s'étonner de rien, bien qu'elles descendissent en droite ligne des puces d'un cloître ou d'un chapitre. Ces étudiants d'un genre à part , tous aujourd'hui des tnieux placés, observaient les convenances dehors, mais ^'e débraillaient si volontiers, jour et nuit, dans leurs réunions à domicile, que le mattre-d'hôtel profita des vacances pour

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chaîner tous ses locataires. — Je vous louerai n^s chambr.es trente francs, dit-il à d'autres étudiante, jmais à la condition que vous découcherez.

Déjà à cette époque le paasage Dauphine avait pris, depiiis onze ans, la place d'un café et d'un jardin s'y rattachant. Mais à deux pas, au n^ 34, nous revoyons un coq servant d'enseigne, depuis un siècle, à la boutique d'un coutelier. Nous y retrouvons, qui, plus egt, une portion de l'enceinte de. Philippe-Auguste, et une tour avec ses meurtrières , avec l'empreinte d'un jnoulin de défense propre à faire pleuvoir des nuées dîe projectiles sur les assaillants ; mais ce mur de deux mètres d'épaisseur n'était jadis à fleur de terre que douze pieds plus bas qu'ià présent. X.e bureau de Nicolas Carrel, lors de la formation de la rue, àttenait à ce reste de fortification ; puis, oe fut un hôtel, précédé d'une cour d'honneur, à Jérôme Lhuillier j procureur général en la chambre des Comptes, qui obtint du bureau de la Ville ua jugement en 1 609 , puis un bail trois années plus tard^ moyennant une faible redevance, pour s'étendre jusque sur l'enceinte et pour fermer avec deux portes une allée haute qui y régnait conduisant à la rue de Nevers. JJn autre jugement du même I^ureau ratifia Iç transport du bail à Guillaume de Baïf, le 10 septembre 1613, ep ce qui regardait cet hôtel ; maïs IJiuillier possédait Une propriété contiguë et se réservait, par unedes deu^ portes, un passage de sept p;eds, de largeur sur ledit. mur; de plus, il se faisait autori^fir,.!]? 6 uiars 161 4, à établir une descente pour l'escalader tout à fait, et aç rendre ^ dans la rue au derrière de la <^ rue Dauphine^ proahe l'égout dIceUe sortapt ?tu travers

i< dtt macde la YiDe^ le long de la okaison du sieur dé la « Caaal. » Ce deuxième hôtel fut venda^ en 1633, à Martineau par les héritiers de Lhuillier, parmi lesquels se trouvait Moreau, prévôt des marchands, époux d'une demoiselle Lhuil lier, et les droits concédés passèrent à l'acquéreur qui paya, à son tour, les 21 sols 6 deniers par an dont ils étaient chargés. Vers 1770, fut transformé en simple liaison de rapport,, i'hôtei qui ne s'est pad séparé de la tour du xn* siècle.

A Saluste Dorelli, qui avait acheté de Simon Coursîn deux lots de terrain venant du duc de Nevers , on avait voulu vendre plus chèrement le simple droit d'avancer son logis sur la muraille urbaine; mais Dufour, son neveu et légataire, put faire dégrever sa maison en 1 6S0 de 60 sols tournois dus au doms^inë de la Ville, et cette immunité trouvait sa double raison d'être dans une obligation passée devant notaire, en 1 639, qui obligeait Dorelli et Dufour à payer 3 livres de rente à Edme Bavière, lequel s'était chargé d'édifier la porte Dauphine, en devenant par traité propriétaire de divers pans de la muraille et de quelques places dans le fossé. Mais une inscription est visible au n"" 44, rue Dauphine, nous rappelant que cette porte de création récente, mais gênant ia circulation, fot rasée en A&1% : Du règne de Louis-le-Grandj en Vannée MDCLXXIIy la porte DauphinCy qui étoit en cet endroit y a été démolie par Vordre de MM. les prévost des marchands et échevinsy et la présente inscription apposée en exécution de Varrest du conseil du xxmi septembre audit an^ pour marquer le lieu où estoit cette porte et servir d& ce iiue de rmwn.

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Que si Ratière éiiit le désagréinént d'assister au spectacle de la destructioo.de son ouvrage, il avs^it de quoi se consoler dans plus d'une bonne propriété. Toutefois il ne disposait pas de cet hôtel répondant de nos jours au n** 41, dont la splendeur passée reste attestée par une belle rampe d'escalier, par la ferrure d'un balcon sur la cour, les indices ne manqiiant pas de sa construction antérieure à répoqueoù vivait Boucher, auteur de jolis dessus de portes qui en ont été retirés. Des maisons que retenait Bavière, il y en avait toutefois une du côté de la rue Contrescarpe, entre une propriété ^u sieur Vervin et une autre à la dame Mesnard.

Sur la même ligne, le duc de Nevers avait vendu directement, dès 1607, à Claude Garlin, une place sur laquelle la Ville l'avait empêché de bâtir durant une vingtaine d'années, dans l'intention d'y ouvrir un passage entre la rue Dauphine et la porte de Buci ; le parlement et le bureau étaient en désaccord sur ce litige qui finit par s'accommoder grâce à un nouvel alignement donné aux héritiers de Garlin par le maître des œuvres de la Ville et à l'abandoa de 32 toises en longueur, sur 8 de largeur, à prendre sur l'enceinte citadine, ainsi que sur son marchepied, tout auprès de la contrescarpe, le tout pour deux livres de revenu.

Les 42, 44, 46 sont d'une architecture trop sans façon, percés de jours trop inégaux, emmanchés sur des escaliers trop à pic, trop essoufflés enfin par les deux siècles qui ont couru devant leurs portes, pour ne pas rehausser encore l'apparence valide, vigoureuse d'une maison qui se tient mieux en selle, mise à cheval sur la rue Mazarine au commencement du règne de Louis XV, par l'architecte Desmaisons, lequel afiFectionnait les encoignures.

Paris. -!> Imprimerie fie Vfiummwg el Momav, 42, me Vatin.

lu. JO

Des rues Desci^rtes, 4es Déchargeurs, des Deai-Boales, . des Deux-Écns , des Deux-Ermites, des Deux -Ponts, des D'ouzè-Portes et du Dragon.

NOTICES FAISANT PABTIE DE l'OUYRAGE INTFTULÉ :

ITAK M. X.Bt'BirTB,

UonograpMçft pnbliëcspur livraisons séparées en saivant Tordre alphabétique des rue».

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