RUE DU JARDINET
avoir essayé judiciairement d'aff'rancliir son bien de cette redevance seigneuriale. Les créanciers du baron Dupille de Saint-Séverin, postérieurement propriétaire, exercèrent accidentellement un autre droit, en faisant saisir cet hôtel, qu'il donnait en location. Par suite, M"'' Billard-Devaux fut adjudicataire en 1786, et son neveu vendit, l'an XIII, au géo2:raphe Delamarche, parmi les locataires duquel figura Dupré de Saint-Maur, membre de l'Académie-Française. Marves, banquier, et Méquignon, libraire, ont également précédé M. Chamerot, l'éditeur de Michelet, dans cet immeuble, qui est encore pourvu d'un agréable jardinet.
Un autre jardinet pourtant, qui dépendait du collège de Vendôme, est rappelé par l'estampille dénominative de la rue. Ledit collège avait déjà fermé ses portes sous le règne de Charles VII. C'est sur les dépendances de cet ancien établissement, et non sur ses débris, que la rue se forma. Elle se prolongeait primitivement jusqu'à la rue Hautefeuille ; mais elle s'appelait rue des Petits-Champs à partir de la rue Mignon.
Rue de» DécliarjS^eurs. (i)
N"' 3, 4, 6, 9, 10 et 11.
IS"' 3. — Il figurait pour sûr dans le dénombrement de 1714 parmi les lo maisons de la rue des Décliargeurs, paroisse Saint-Germain-l'Auxerrois, lesquelles avaient alors pour éclairage nocturne 6 lanternes; la rue, du reste, existait bien avant, puisque Guillot l'avait comprise, à la fin du xni* siècle, dans sa nomenclature rimée des rues de Paris, sous la désignation de Siège aux déchargeiirs. Les barres de l'escalier, bien qu'en vieux ter, ont gardé une rectitude et une noble simplicité, qui font contraste avec les arabesques artistement tordues dans les autres hôtels par les serruriers de ce temps-là.
N" 4: appartenait d'abord à messire Nicolas Talon, avocat, puis conseiller à la cour ; servit de résidence au jésuite du même nom, auteur de travaux historiques et qui prononça l'oraison funèbre de Louis XIII ; passa ensuite h Orner Talon, alors secrétaire du cardinal de Lavalelte, qui, d'accord avec ses cohéritiers, le vendit à François Roger, maitre-des-comptes. La fille de Roger, avant reçu en dut cette maison, qui devait cens à l'archevêché, épousa Dufos, seigneur de Méry, conseiller au parlement; mais leur fils, Louis-François Dufos de Méry, l'abandonna à ses créanciers, dont les
(1) Notice écrite en 1859. La nouvelle rue des Halles a postérieurement raccourci d'enyiron trois numéros impairs et quatre pairs la rue des Déchargeurs.
RUE DES DEGHARGEURS. 27
syndics étaient Charles-Maurice Le Pelletier, abbé de Saint-Aubin-d'Angers, docteur en Sorbonne, et Charles CoUin, conseiller du roi, substitut du procureur-général, l'un des directeurs et administrateurs de l'Hôpital-Général. Ceux-ci vendirent en 1711 la propriété à Gobert, marchand de Paris, qui l'occupait; la famille des Gobert, comptant un notaire du même nom, garda l'immeuble tout près d'un siècle. A une porte cochère, qu'il avait autre- Ibis, cet ancien hôtel a renoncé, pour agrandir un magasin, et chacun de ses étages, comme dans tous les immeubles voisins, est demeuré voué au commerce.
N" 6. — L'histoire complète de cette propriété, qui était très;coiisidérable lorsqu'un hôtel de la rue du Plat-d'Étain en faisait partie, et oîi se retrouve une porte cintrée, ainsi qu'un escalier h balustres de bois, peut être résumée dans les noms et dates qui suivent :
lf>70, Thielm.iD, notaire et secrélaire du roi; 1608, Hachette, conseiller au Cliàtelot ; 1680, Je président Séguin, dont la mère était née Hachette ; 1698, Rémy Le Grin, bourgeois de Paris; 1722, Grégoire, avocat au parlement, conseiller en Télection, ayant pour locataires ; Rollin, drapier, Dumont, autre marchand, puis Richery, ancien marchand ; 1744, Bertels, marchand, juge-consul ; 1773, Hendrickx, tailleur ; 1787, de Mauroy, h-iissier et commissaire-priseur au Chàtelet, puis directeur des Incurables (femmes), et sa femme, née Hendrickx ; 1840, Minoret, mercier de la rue Saint-Denis ; 1^54, Contour, bonnetier en gros.
N" 9. — Des écuries, dont le pavé subsiste sous des planchers de magasin, étaient encore au rez-de-chaussée en 1836 ; les casiers y remplacent des râteliers, et les comptoirs des auges. Il y avait pourtant plus d'un siècle que le grand hôtel de la rue des Bourdonnais, a" 30, dont dépen-
28 RUE DES DECHARGEURS.
dait, comme arrière-corps de bâtiment, cette maison de la rue des Déchargeurs, ne se trouvait plus l'hôtel des Postes. Le lecteur a déjà pu remonter ii l'origine de cette maison à double face, grâce à la notice de ce recueil consacrée à la rue des Bourdonnais.
N" 40. — Sous la régence de Philippe d'Orléans, le docteur en Sorbonne Brayer, sieur de Chantereau, était propriétaire de cet hôtel, déjà garni de sa jolie rampe d'escalier, mais encore placé sous la censive des missionnaires de Saint-Lazare, et il y tenait â Dulin, architecte. Claude Patu, notaire, se rendit bientôt acquéreur de ladite maison, qui était contiguë h une maison de la rue des Fourreurs, où La Sadrie, dit Duchesse, tenait le bureau de l'ancienne loterie du roi, concédée à l'école Militaire. En l'an 1769, Patu, payeur de rentes del'Hôielde-Ville, cédait la même propriété h Gomel, procureur au Chàtelet, et ce Gomel était déjà ou devint propriétaire de celle de la rue des Fourreurs, qu'occupait Hauttement, pelletier: il y eut alors réunion.
N"' il. — Nous constations à juste titre, quand nous parlions de la rue des Bourdonnais, que le 32 se rattacha longtemps au 30 ; mais dès le xvi« siècle l'encoignure de la rue des Déehargeurs et de la rue de la Limace (i) s'en est démembrée, pour devenir le bureau des Drapiers, dont la chapelle était rue de la Jussienne, au coin de la rue Montmartre. Ne quittons pas la rue qui nous occupe, sans reconnaître parfaitement la porte des Drapiers, que les dessins de Bruant surmontèrent de cet ordre ionique. Il suffit même de monter un étage pour revoir en peinture plusieurs des dignitaires de la
■ (1) Cette rue de la Limace, depuis quelques années, n'existe plus.
RUE DES DECHARGEURS. 29
corporation : Desprez, grand-garde en titre d'olfice, avec cette date, 1691, indiquée au surplus par une perruque volumineuse ; François Lebrest, 1660; F. Reisdeseigle, grand-garde en 1663, avec les moustaches et la royale à la mode sous le règne de Louis XIII; J. Le.Guntier, 1661. Voici bien encore un portrait de premier consul sans désignation nominative, daté de 1658, et de même la ligure d'un grand-garde du premier corps des marchands, en 1660. Peint en pied, voilà Louis XIV h. cet âge de quatorze ans où il entra, botté, dans le parlement. Il reste encore d'autres peintures, probablement endommagées, derrière des rayons posés avant que M. Soudry, qui se rendit adjudicataire de ce domaine national, n'en iùt entré en possession. M. Enot, principal locataire et négociant en bonneterie, a bien mérité de la draperie, en disputant quelques-unes de ces toiles à la poussière et à l'oubli : n'en est-il pas à son tour le grand-garde?
Rue «les Deux-Boules, (i)
La Rue aux doubles Portes. — 17o0. — Exécution cVun Escalier dérobé. — Une Lorette d'il y a cent /1ns. — Le Jeu de Boules.
Numéro Deus impare yandet.
Aux numéros impairs, rue des deux-Boules, sont dues aussi nos préférenc.es ; ils avaient pour propriétaires, au milieu du siècle précédent : M""" de Montrevel, avec entrée rue Bertin-Poirée; M'"'^ Pigeard ; le lapidaire Brideau ; la comtesse de Sillery; le Grenier-^-sel et M. de Langey, après la maison duquel il en venait deux, sans porte sur la rue des Deux-Boules. L'autre côté de cette rue ti-ansparente est le derrière de la rue de Bivoli et, par conséquent, refait à neuf: les deux propriétés avant-dernières y appartenaient à M. Hocquard de Cuoilly en 1780. Les maisons séculaires du côté gauche ont de même sur la rue Jean- Lanlier une façade de rechange. C'est donc la rue aux doubles portes; nous la recommandons, comme telle, aux romanciers, aux auteurs dramatiques. Des deux parts dégagements pareils. Ici le commerce en profite; le parti qu'on en tirait Ih, au dernier siècle, était des plus galants.
Voilà bien un maître-escalier, où le fer contourné se joue, qui dessert par-devant la maison portant le chilTre 3 ! Par-derrière en ranpait un autre, prenant jour pai' un ojil-dc-bœul", qui louchait sur l'auli'c petite rue; sa dernière marche paraissait
(1) Notice ccrit'^ eu 1859.
résister, dans le dernier effort d'une pudeur compromise, à une porte, qui ne faisait que s'entrebâiller à des heures mystérieuses et qui ne se contentait pas d'être bâtarde pour son propre compte. Fille entrait là, femme en sortait ! Il n'y a pas longtemps que les degrés de ce fripon d'escalier dérobé expient en quelque chose, pour leur part, des fautes qu'ils ont facilitées : mieux vaut tard que jamais, n'est-ce pas? Un négociant, qui occupe le local, vient d'agrandir un magasin en supprimant, au rez-de-chaussée seulement, les marches glissantes et la rampe tortueuse du petit escalier, dont la cage reste ouverte h la hauteur de l'étage supérieur. Cette exécution ne fait-elle pas justice d'un complice, faute de tenir le principal coupable, qui se trouve ainsi pendu en elligic? L'hôtel, maintenant voué au commerce, fut la petite-, maison du régent, qui n'en prenait pas moins ses coudées franches au sein de son propre palais.
Accouplons ce ressouvenir à un autre du même genre, et pourtant il s'agit cette fois d'une exploitation différente, en ce que les victimes n'en appartenaient plus au sexe réputé le plus faible. Le siège était précisément l'immeuble contigu à celui dont nous venons de parler, et l'époque, la guerre de Sept-Ans. Un perruquier du roi, nommé Aubin, ayant eu le malheur de perdre, avec sa place, tout ce qu'il avait d'économies, fut mis à la porte par sa femme, qui avait mieux gardé les siennes. Sa lille, pour l'éducation de laquelle il n'avait pas regardé h la dépense, aurait dû lui rester plus fidèle dans la mauvaise fortune; mais elle ne se sentait déjà de vocation pour la fidélité d'aucune sorte. Cette jeune Aubin, en sortant du couvent, se forma bien vite aux contrastes chez la maîtresse du comte de Benthem, qui n'était autre que la Varenne, femme galante prenant des élèves; peu de leçons au cachet sutTirent à la postulante pour
prendre son diplôme, sous la forme d'un bon signé par le commandeur de Guynes, et auquel fit honneur un tapissier, dans un logement de la rue Grange-Batelière, que meubla ce fournisseur. Au bout de six mois, le comte de Montmorin, gouverneur de Fontainel3leau, se montra curieux de jouer un tour à son ami, le commandeur, en emmenant dans son gouvernement la fille de l'ancien perruquier royal. Puis elle vint se loger au boulevard Poissonnière, en renouant avec la Varenne, et ainsi fut achevée la ruine de M. de Kulan, chevalier de Malte, œuvre déjà mise en bon train par la fdle Deville, dite la Savoyarde. La D"'' Aubin n'en eut que plus de motifs pour porter au compte de M. de Jonville, conseiller au parlement, plus d'un enfant qu'elle porta dans son sein, après une lille au comte de Montmorin. Un étranger de l'hôtel d'Entragues, exploité rue de Tournon, la prit néanmoins à ses gages; puis ses pérégrinations de toute espèce l'amenèrent rue de Cléry, près la porte Saint-Denis, avant qu'elle rabattît sur la rue des Deux-Boules, où l'écheveau de ses amours eut une double issue pour dévidoir. C'était une grande et jolie femme, avec des yeux admirablement voluptueux; elle montrait de l'éducation, un esprit et des manières au-dessus de son état, ainsi que tant d'ex-élèves de Saint-Denis, qui ne vivent pas autrement qu'elle à notre époque. L'aménité de son caractère ne l'empêcha pas de faire saisir, par le ministère d'un huissier, les meubles de M. de Jonville, pour la sûreté des arrérages d'une rente de 600 livres, antérieurement constituée à la belle parce magistrat, qu'avait perdu de vue un des déménagements de la locataire inconstante, dont les baux se cassaient toujours.
La petite voie qui nous occupe a gardé la longueur et la rectitude d'un jeu de boules ; elle était plus étroite et encore moins passante avant le prolonge-
ment en parallèle de la rue de Rivoli. Nous croyons que son nom lui vient de parties de boules en plein air, qu'y engagnienl tantôt les clercs de procureurs et tantôt leurs patrons, dans leur prédilection pour ce genre de divertissements, et les procureurs étaient alors aussi nombreux dans la rue que les marchands de toiles et d'autres tissus dont elle est aujourd'liui remplie exclusivement. On l'avait appelée au xni* siècle rue Guillaume- Porée et rue Malconseil. Un marchand de cire d'Kspagne en gros y était établi ;i l'enseigne de l'Empereur, en 1G91.
Rue de» Deux«Écu««. (0
Grandeur et Décadence d^un vilain Commerce. — Ce qu'on appelait Femme du Monde au XVIII'' Siècle. — Comment la Fille Satin se mit dans ses Meubles. — Lo. Succession Rouillé. — L'Enfant de la Terrenv . — Origines. — Lettre de Catherine de Médicis. — Les Carignan. — Le Marchand de Fromages. — Propriétaires sous Louis XVI. — Hôtel de Brissac. — 1705.
Après avoir dressé en raccourci le bilan des amours de la D"^ Aubin, ne nous étonnons pas de trouver rue des Deux Ecus, où demeura sa contemporaine, Françoise Brard, dite Satin, de quoi faire pendant au tableau On s'était habitué h voir le côté riant des fredaines de cette autre courtisane, dont le nom d'emprunt chatoyait: luxe et gaieté de ces parages, qu'elle habita presque toujours! Puis le quartier Bréda de ce temps-là descendit, lorsque fut construite la Halle-au-Blé, à un degré inférieur de l'échelle de la galanterie. La rue où nous entrons, comme chroniqueur, en a gardé une notoriété de bas étage, qui fait regretter l'élégance, les nuances et les demi-mots dont s'y habillait le vice, avant qu'il eût baissé son prix.
Ah ! comme ils sont rognés, les deux écus dont le vulgaire ose rapporter l'accouplement légendaire
(1) Notice écrite eu 1859. La rue des Deux-Ecus, qui lie commence plus aujourd'hui qu'à la rue de Vauvilliers, naguère du Four-Saint-Honoré, compte une douzaine de maisons de moins.
à l'âge d'or d'un vilain commerce, dont la rue s'expurge si lentement ! Exagérer les vices de l'autre siècle, c'est fournir un mauvais exemple à nos neveux, qui n'en donneront que plus librement à leurs fautes les nôtres pour excuse ; mais ne tenir aucun compte des impuretés, dans le passé, serait l'éloigner trop du présent et ne voir que le toit des maisons, au lieu de faire comme le Diable boiteux, qui l'enlevait comme un couvercle.
De cette Satin, fille de fortune, qui n'a pas écrit ses mémoires, mais dont Louis XV a reçu plusieurs fois des nouvelles, dans le journal galant que rédigeait sa police particulière, quelle est on peu de mots l'histoire? Elle naît en 1735, fille d'un fermier; l'abbé Meusnier, chanoine de la cathédi^ale du Mans, la débauche à l'âge de quinze ans. Adressée à Paris, deux ans après, elle entre chez le sous-fermier Coupart, rue Gaillon, en qualité de femme-de-chambre; mais elle en est chassée par M""^ Coupart, qui prodigue à cette servante, en la congédiant, une épithète faite pour rimer richement avec le voluptueux surnom qu'elle n'a pas encore pris, et qui ne doit môme lui être donné que bien après sa première robe de soie. La nommée Perrault, femme du monde, à une époque où l'on appelle ainsi celles qui reçoivent beaucoup de monde, initie Françoise h un art qui consiste à s'en faire des moyens d'existence. Au bout de trois semaines, on arrête l'une et l'autre, par égard pour presque tout l'état-major des Suisses, et la tille Brard passe dix-sept mois î'i l'hôpital. D'autres femmes du monde la recueillent ensuite, et chez l'une d'elles, rue de Grenelle- Saint-Honoré (i), elle lie connaissance avec un
(1) Maintenant ajoutée à la rue Jean Jacques-Rousseau,
commis aux fermes, portant vraiment le nom de Satin, qui, à les croquer avec elle, rend ses appointements insulfisants. Les consignataires du prêt sur gage reçoivent plus que jamais les visites de Françoise, et le crédit la déshabille pour plus longtemps qu'à l'ordinaire. Elle ne cesse de vivre avec son commis que sur la rencontre de Bertrand, receveur des domaines à Sens, qui a épousé sa cousine el qui resserre ce lien de parenté, en dégageant ses effets et en la remettant sur pied. Elle s'installe avec le nom de l'un, avec le mobilier de l'autre, n" 1, rue des Vieux-Augustins, avant de s'établir pluiè grandement rue des Deux-Écus, au coin de la rue du Four (i), grâce h une aventure de carnaval, qui livre h son appétition de courtisane un aliment plus substantiel. Entin la belle est richement entretenue par le comte d'Elva, brigadier des armées du roi, qui demeure à l'hôtel Carignan, chez la princesse de Carignan.
L'ancien boudoir de la Satin se retrouverait au n" 13. Cette propriété avait été l'objet d'un litige, qui avait cessé de pendre en 1661, entre les héritiers de la famille Chananon, ainsi qu'une plus grande propriété, qui y touchait et qui est le n" 15.
Le nom de Louis-François Rouillé, seigneur de Plaisance, ligure dans l'état-civil de ce dernier immeuble pour l'année 1754: son vendeur, quia dû remplir bien des formalités légales, agissait en qualité de curateur à la succession vacante de Henry-Gabriel Boutet de Montlhéry, conseiller au Châtelet, payeur de rentes de l'Hôtel-de-Ville. Ce Rouillé a légué en 1775 une portion de ses biens aux cinq ou six enfants de son neveu, Pelle de Montaleau, sieur du Plessis-Saint-Antoine, maître-
(1) Maintenant rue Vauvilliers.
des-comptes ; une portion aussi à Louis Rolland, seigneur du comté de Malleloy. Mais un autre Rouillé, intendant des turcies-et-levées, tuteur honoraire des mineurs Pelle, a hérité des biens nobles du défunt, son frère. Parmi ces iiefs était le château de Plaisance, sur la paroisse de Nogentsur-Marne, donné par Charles V à Jeanne de Bourbon, sa femme, passé ensuite à divers personnages connus, tels que Philibert Delorme, Renée de Bourbon, abbesse de Chelles, et le financier Deschiens ; puis ayant fait retour au roi, avec lequel Rouillé d'Orgemont en avait traité. La maison de la rue des Deux-Écus est échue, dans les partages de ladite succession, à Rolland de Malleloy.
Après cet héritier s'inscrit, dans les titres de propriété, M. Girardin, avocat aux conseils-duroi, lequel est encore sur les lieux au moment de la Révolution. Il ne cesse de s'y croire en sûreté, pour son propre compte, qu'à force de se voir enlever par la justice du peuple ses plus chers parents et amis ; un soir même, en rentrant chez lui, il se croit poursuivi par une bande armée dépiques, et redoutant qu'on s'empare de sa personne pendant la nuit, il dépasse à tûtons le premier étage, où se trouve son appartement, et il va frapper, sous les combles, à la porte de sa cuisinière, qu'il tire d'un sommeil assez dur. L'appréhension que le maître a conçue disparaît, mais elle y met le temps, en laissant derrière elle une autre conception. Puis l'enfant de la Terreur grandit, élevé, sous le nom de sa mère, par les soins de M. Girardin, qui lui lègue en mourant sa bibliothèque. L'immeui)le appartient aujourd'hui à un architecte estimé, M. Deschamps; on y peint, au fond de la cour, force vitraux pour les églises.
N°17: porte cintrée, mansardes antérieures à la Fronde. Bonne occasion, n'est-il pas vrai? pour nous rappeler que la rue où nous passons
a commencé de bonne heure h compter ses écus, qui pouvaient être des boucliers de chevaliers ! Guillot la qualifiait, vers l'an 1300, rue des Écus; elle fut aussi appelée Traversine, au xv« siècle, et de la Hache, entre la rue des Étuves (i) et celle d'Orléans. En 1577, s'ouvrit la section de cette rue qui aboutit à celle de Grenelle.
« M- le Prérost, écri\Mt alors Catliei'iiie de Médicis au prévôt des marcliauds, pour ce que je désire fdite fermer la rue qui est près ma petite maison, et au mesme instant faire ouvrir celle que j'ay ordonné estre faicte où estoit la porte de l'hostel des Pénitantes, qui passera entre la rue de Grenelles : j'ai douuè charge à Marcel, mou receveur-général, vous aller trouver et vous bailler la présente que je vous faict à celte fin en vous priant de ma pari, comme je f>iict par icelle, de bailler incontinent la permission nécessaire pour fermer la dicte rue et ouvrir l'austre, et pour que vous entendiez par luy bien au long de mon inteu'.ion, je ne vous ferez la présente plus longue que pour prier Dieu, monsieur le Prévost, vous tenir en sa saincte et digue garde : ce faict à Poitiers le 6^ jour de septembre 1577.
Catherine. »
La petite maison de cette reine avait été et fut encore un grand hôtel ; nous donnons Ve2nto)ne de son histoire à l'article de la rue Coquillière. Il ne s'intitula de Boissons qu'au XVIP siècle. Le prince et la princesse de Carignan, qui en disposaient sous la Régence, y liront jouer à leur profit le pharaon et le lansquenet ; puis le marché aux actions de Law y fut parqué, dans le jardiiï, après avoir quitté la place Vendôme et la rue Quincampoix. Malgré les avantages qu'en tirèrent les
(1) Cette petite lue des Étuves, puis des Vieilles- Etuves-Saint-Houoré, se nomme actuellement Sauvai.
Carignan, maison princière qui règne de nos jours en Italie, leurs créanciers ne furent désintéressés' que sur la vente et la démolition de l'hôtel de Soissons par autorité de justice et autorisation royale. La Ville de Paris en acheta le terrain,, plusieurs années avant d'y mettre les ouvriers pour la construction de la Halle-au-BIé. Donc la princesse de Carignan pouvait encore y être en quelque chose usufruitière au moment où le comte d'Elva habitait, soit \h, soit ailleurs, Ihôtel de Carignan. Vers la tin du règne de Louis XV, se formèrent à la place de l'ancien hôtel de Soissons, en ce qui regarde la rue des Deux-Écus, les immeubles frappés des chiffres 12, 14, 16, 18, 20 22, 26, 28, 30, 32, 34, 36, 38, arc du pourtour de la Halle. Or le 24 fait exception, dans cette exécution du plan de Lecamus de Mézières, et comme il avance sur la rue, en y rappelant l'alignement d'un côté du quadrilatère de constructions qui formait le palais, et à l'un des angles duquel se dressait la colonne, observatoire de la reine-mère, maintenant adossée à la rotonde de la Halle, nous pouvons en conclure que ce 24 est un autre reste de l'hôtel de Soissons. Le 36 sort ]ui-méme de la règle commune par son balcon et ses sculptures, par une forte odeur de fromage, qui forme un nu?ge d'exhalaisons putrides; ce n'en est pas moins la nvàison-pn'nceps de la galerie de propriétés remplaçant le mur du jardin du palais. L'enseigne de la Providence, qui surmonte la seule porte cochère de ce segment de cercle d'habitations, laquelle a été confisquée par le commerce du brie et du marolles, cette image, disons-nous, est d'origine caséeuse; elle remonte au commencement de la fortune commerciale des propriétaires de l'immeuble.
' Le 23 est hôtel de Rennes, depuis plus d'un demi-siècle, à la place du roulage Bourget : un
bureau de diligences pour beaucoup de pays s'y desservait, avant l'omnipotence des chemins de fer, qui n'y a épargné qu'un petit nombre de services pour les environs de Paris. Unis, puis séparés, puis réunis, ont été les 27, 29 et 31.
Le 33, pour finir, est d'une apparence excellente ; son escalier à ferrure ouvragée a pour pendant une autre suite de degrés, bordés de la même manière, qui fait partie de l'hôtel des Empereurs, rue de Grenelle : la moitié de cette propriété extérieure appartient encore à M. Goiset, ancien avoué, seigneur et maître aussi dudit 33. Rien d'impossible à ce qu'y ait siégé la chancellerie de Henri IV, comme la tradition le rapporte. Mais il n'en est pas soufflé mot dans un jugement d'adjudication, en date du 27 mai 1805, qui relate une sentence du Châtelet du 8 janvier 1783, en reconnaissant MM. Bosclieron et de Thieulloy comme héritiers des droits de Pierre-Joseph Bauvin sur l'immeuble.
C'est aussi sous le règne de Louis XVI que l'encoignure de la rue de Grenelle, côté des numéros impairs, appartenait à M. Arnaud, la maison d'avant à M. Boucheron et l'autre encoignure d'extrémité à M. Babille. Le cheval ior Desforges était propriétaire, au même temps, de l'ancien hôtel de Brissac, fort en vue au temps de la Fronde, qui se trouvait embrassé par les rues d'Orléans et des Vieilles-Etuves, et il disposait pareillement de l'un des côtés de la rue Devarenne (i). Le parrain de cette dernière rue avait près d'elle une maison rue des Deux-Ecus, et les héritiers de la marquise d'Aligre un des angles de la rue Babille.
A la place dudit Desforges, sur iiu plan sans
(1) Cette petite rue Deyarenne est à-présent Sauvai, comme celle des Vieilles EtuTes-Saint-Houoré, à laquelle elle faisait suite.
date on indique le sieur Boivin comme propriétaire de l'un des deux hôtels Brissac, le petit ou le grand, et une tour de l'ancienne enceinte de Philippe-Auguste est encore marquée dans sa propriété, aussi bien que dans celle du sieur Mouton, rue d'Orléans.
D'après un autre plan de notre rue, à la date de 1705:
Côté de nos numéros impairs. Côté de nos numéros pairs
Robinaui.
Le même.
Bernard.
Goui-don (porte cochère).
Chaffier, conseiller aux aides (deux portes cochères).
Fouquelin, secrétaire du roi.
(Rue du Four).
Massot, avocat.
Chevalier, conseiller.
Lemaire, capitaine de cavalerie.
Bastonneau, conseiller, à l'enseigne du Grand-Chasseur.
(Rue des Vieilles-Etuves.)
Desforges, petit hôtel de Brissac.
Le même, grand hôtel de Brissac.
Le M'' de Choisj'^, à la Botte-de-Flandres.
(Rue d'Orléans).
L'archevêché de Paris.
Les héritiers Tabouré.
L'abbé Biot et consorts.
Le président de Lesseville (port(j cochère).
M'i« La Loire et consorts.
Drot (porte cochère).
Braycr, conseiller.
M™» Boyer.
Perrier.
M'i<f de Bordereaux.
(Rue du Four) .
Le prince de Carignau, hôtel de Soissons.
Desforges, au Buis-Couronné (porte cochère).
M™" de N«mours, à l'Ecude-France .
(Même rue, en 1769, un hôtel des Deux-Ecus sera tenu par le nommé Douceur).
La même M""^ de Nemours (porte cochère).
Le prince de Carignan (mur de l'hôtel de Soissons).
Rue Villeliardoiiiii,
NAGUERE
des Douze-Portes, (i)
Les Familles Le Jay, de Harlay^ Duperron, de Meslay , Feydeaii,de Mesmes, Frémin, Lequesne. — ^'1' Scarroyi. — Créhillon le tragique. — Ses douMes Obsèques.
Ont-elles jamais été douze, les portes de cette rue, qui fut d'abord dédiée à saint Nicolas par Nicolas Le Jay, que le parlement de Paris eut de 1640 {\ 1656 pour premier président ? Du moins il s'en fallait de peu au moment où la seconde désignation remplaça la première, et qui sait même si la subdivision n'y suffisait pas entièrement? Ne dépend-il pas encore de nous de compter comme incorpoi'ée à la rue une propriété qui fait le coin de la rue Saint-Louisau-Marais (2), et que décore une Notre-Dame, dans l'enfoncement pratiqué sur l'arête? Dame Yvonne de la Vogardre, veuye de Charles Solu de Moulineaux, brigadier des armées du roi, en était locataire au temps delà Régence ; Chefcier, un marchand tapissier, lui succéda en 1738. De Louis-Auguste- Achille de Harlay, conseiller d'FAat, intendant de Paris, cette propriété passa, ainsi qu'une autre dans la rue, à la présidente de Crévecœur, sa
(1) Notice écrite en 1859. La. rue des Douze-Portes u'avait rien encore de coiumun avec la mémoire du clironiqucur Geoflroi de Villeliaidouiu, qui exerça un conimaiidemeiit militaire dans la IV« croisade.
(2) Actuellemeut rue Tureniie.