‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon IIIChapitre 27 sur 65 · RUES NEUVE DES-PETITS-CHAMPS · texte numérisé non relu

RUES NEUVE DES-PETITS-CHAMPS

Bouillon, avait assez perdu au jeu pour épouser la lille de ce parvenu, et comme elle n'était âgée que de douze ans, ses deux millions de dot se mangèrent pendant qu elle apprenait encore h lire et à chanter. La mère de la comtesse d'Evreux de celte fabrication avait reru de telles visites, h l'occasion du mariage, qu'elle n'osa môme pas les rendre, dans la crainte d'ajouter aux sacrifices d'amourpropre qu'avait déjà dû coûter la première épreuve aux personnes que sa modestie dispensait de la seconde.

A notre compte, Laborde aurait été prédécesseur, dans une maison disparue, de M. Lenoir, lieutenantgénéral de police, qui organisa le Mont-de-Piété et qui abolit la torture. M. Thiroux de Crosne, qui succéda à Lenoir dans ses fonctions et dans sa résidence, avait révisé, en qualité de maîtredes-requêtes, l'arrêt rendu à Toulouse contre Calas. Sa mère, la présidente Thiroux d'Arconville, avait écrit des ouvrages historiques. Il fut une des victimes de la Révolution, après avoir donné son nom il une rue du fiuartier, maintenant fondue dans la rue Caumartin. L'hôtel de la Lieutenance de police devint en 1789 celui de la Mairie de Paris. Bailly et Péthion l'occupèrent l'un après l'autre, pour finir aussi mal que le dernier chef de la police royale. La maison fut ensuite livrée au ministère des allaires étrangères, pour ses archives, et M. Mignet, l'historien, y demeura, comme directeur desdites archives, sous le règne de Louis-Philippe.

Ce ministère lui-même siégeait à l'angle de la rue Neuve-des-Capucines et du boulevard, substitué à l'ancien rempart, que longeait le jardin du ministre. Berthier, prince de Wagram, maréchal de l'Empire, avait eu le même hôtel, originairement Bertin. A la porte môme du ministère une fusillade militaire, habilement provoquée par un

coup de pistolet républicain, a commencé la révolution du 24 Février.

La duchesse d'Orléans, comtemporaiiic de M. de Meulan, avait eu ses écuries aux ir* o, 7 et 9.

Rue l\euve^Saiiiil''»\uj8;nstîn,

V Ancien Panorama. — Girodet. — Les Hôtelleries. — Le Marchand de Vin et le Plombier. — L'Architecte Gabriel. — La Place Gaillon. — Les Censives. — Les Hôtels d'Antin, de Lorges, de Pons, d'Uxelles, Robert, Desmarcts, de Grammont, de Grancey, Ménars, de Mouy, de Lionne, de Tresmes, de Pom.ponne et de Bragelonne.

Le premier cirque Franconi s'installa, au commencement de notre siècle, dans le jardin, devenu public, des ci-devant religieuses capucines, et ce jardin prenait de notre rue Neuve-Saint-Augustin nonseulement son extrémité à partir de la rue de la Paix, mais encore un espace équivalent à la moitié de celui-là, sans solution de continuité. De la même foire ont fait partie un petit théâtre et des jeux de toutes sortes, voire même un panorama, qui a pu succéder au cirque. Avant que lesdites religieuses eussent quitté la rue Saint- Honoré pour s'établir entre la place Vendôme et le rempart, leur jardin était occupé par un immense marché aux chevaux. Or la rue Neuve- Saint-Augustin aboutit depuis 1806 au boulevard des Capucines, et un panorama, qu'il soit ou non la transformation de l'ancien Franconi, a fait place en 1830 aux deux maisons qui portent dans la rue les n"^ 58 et 60.

(1) Notice écîite en 1800. Depuis lors la rue Mon?ijiny s'est prolongée au-delà de la rue Neuve-Saint-Augustin, (^ue doit aussi traverser une avenue nouvelle, qui n'y donne encore que d'un seul coté, à l'endroit où la croise déjà la rue I-ouis-lc-Grand.

RUE NEUVESAINT-AUGUSTIN. 241

Le peintre Girodet s'est fait bâtir, n" 60, une jolie maison, de laquelle nous avons parlé dans notre Histoire de Vancienne Sainte-Barbe et du Collège Roliin, parce que ce grand peintre avait fait ses humanités h Sainte-Barbe. C'est par originalité que l'artiste se contenta d'ébaucher l'intérieur de son habitation : sa chambre n'eut jamais de papier. Girodet y rendit son dernier soupir le 9 décembre 1824. David, dont il était l'élève, avait dit de lui : — C'est mon plus bel ouvrage !

Aussitôt que la démolition d'une maison de l'autre siècle eut permis îi la rue Neuve-Saint- Augustin de s'étendre jusqu'au boulevard, de nouveaux hôtels garnis servirent d'attaches, pour ainsi dire, au nouvel appendice. Bientôt le groupe s'en trouva principalement composé de l'hôtel Chatham, qui depuis n'a qu'ù peine changé de place, et des hôtels de l'Amirauté, Rasiadt et de l'Empire. Néanmoins en 1807 un autre hôlel dit de l'Empire était, dans la rue Cérutli, l'ancienne résidence de Laborde, où Latïittc s'installa plus lard. Paris n'avait alors que quatre hôtelleries princières, et celle-là en était une, où descendissent les voyageurs que suivait un train de maison, un incessant besoin de l'eprésentation ; chacune d'elles s'était arrangée d'une demeure aristocratique, abandonnée dans la Révolution. L'hôtel Beauvau, Faubourg-Saint-Honoré, s'appelait ainsi du Princede-Galles ; l'hôtel Pinon portait le nom de la rue Grange-Batelière, parce qu'il y était situé ; mais l'hôtel Richelieu, rue Neuve-Saint-Augustin, n'avait eu recours h aucun pseudonyme pour mettre jusqu'à la chambre à coucher du maréchal, neveu du cardinal, au service de plus d'un croquant qui chez lui-même n'aurait été reçu que pour y dîner à l'oJTice.

Sur la porte d'un marchand de vin, au coin de la rue Louis-le-Grand, on lit ces mots : Maison

Ui RUE NEUVE-SAINT-AUGUSTLV.

Ravaut fondée en 1640. Alors elle a connu l'époque où la partie septentrionale de la rue Gaillon, dite de Lorges, passait par-lîi, au lieu de la rue Neuve-Saint-Augustin, qui n'allait pas encore si loni, et de la rue Louis-le-Grand, qui avait encore ^ la croiser. Quel malheur que de l'hôtel Richelieu, anciennement d'Antin, pas une seule pierre n'ait été équarrie avant l'année 1707 ! L'immeuble dont le rez-de-chaussée est exploité par le comptoir d'étain qui se tlatte d'avoir désaltéré des partisans du duc de Beaulbrt ou du coadjuteur, paraît à coup sur moins ancien que le 16 de la rue Louis-le-Grand, un des restes de cet hôtel. Par exemple, le marchand de vin tient, du côté de notre rue, à l'établissement d'un plombier doiit la lumée s'en va par un tuyau presque aussi liant que la colonne Vendôme, et ce plombier serait fondé à mettre sur le devant rabougri de sa bicoque : Ancienne basse-cour de Vhôtel Richelieu. Les écuries étaient au 45, mais à l'époque du duc d'Antin. La basse-cour faisait face à un quartier d'infanterie alors qu'elle fournissait aux laits-de-poule du maréchal, qui leur devait sans doute en quelque chose d'être le plus infatigable des galants.

En 1824 celte propriété fut encore mise en vente sous son titre suranné d'hôtel ; le jardin carré qui en dépendait alors projetait des feuilles mortes par -dessus un mur de la rue du Port- Mahon, qui avait été dite de Lorges et Chamillard. Cette rue s'était ouverte avant celle de Hanovre : les estampilles de l'une et de l'autre nous rappellent deux victoires du duc de Richelieu, dont nous revoyons le pavillon de Hanovre h l'angle de la rue Louis-le-Grand et du boulevard. L'hôtel s'était sans doute étendu, dans le principe, jusqu'à la porte Gaillon. N'est-ce pas encore un de ses bâtiments qui relie le carrefour de ce nom à la

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rue Neuve-SaiiU-Augustin ? La caisse liypolhccaire avait Vd ses bureaux quand Olinde Rodrigue et Enfantin, qui appartenaient ti cette administration, en firent, à l'entresol, le berceau du saintsimonisme.

Le tinancier Lacour des Cliiens avait demandé à Pierre Levée le plan de l'hôtel vendu en sasixième année au duc d'Antin. Ce duc, dans sa prévenance de courtisan, avait rasé en une nuit, îi Fontainebleau, tout un pan de forêt, qui gênait la vue de Louis XIV ; ii Paris, les Champs-Elysées lui devaient, au contraire, assez d'ombrages pour qu'une avenue y fût à sa dédicace. Ne lit-il pas encore mieux rayonner autour de sa demeure son nom ducal, qui est resté à une rue et que le boulevard limitrophe, en prenant la suite du Cours, portait d'abord? Tout un quartier n'a-t-il pas eu pour souche, par-delà ce boulevard, une chaussée d'Antin ? Le passage de Michel de Chaniillard dans la môme résidence laissa bien moins de traces. Richelieu n'en prit possession qu'en 1757, pour y procéder tout de suite à de nombreux embellissements.

Aussi bien deux balcons jumeaux feraient rugir les grosses têtes de lion qui les soutiennent, si nous passions devant les lY" 47 et 49 sans leur en faire nos compliments. L'architecte Gabriel prénommé Jacques-Ange s'est donné cette résidence, où le peintre du môme nom demeurait aussi sous Louis XV. Comme celte famille a fourni plusieurs architectes de suite, désignons mieux encore celui dont nous parlons en rappelant deux de ses ouvrages : la double colonnade de la place Louis XV et l'ÉcoIe-Militaire.

Chamillard, contrôleur-général des finances, a disposé également, dans la rue, d'un hôtel édifié par Mansart pour Froment, fermier-général. Guy de Durlbrt-Duras, comte de Lorges et de Quintin,

maréchal de France, en avait été le second propriétaire et y avait annexé une place triangulaire, sur laquelle s'était élevée la porte Gaillon, et dont l'adjudicatio:! avait été prononcée à son prolit, le 10 juin 1688, par le bureau de la Ville. Donc ce comte ne pouvait pas être le Durfort-Duras duc de Lorges qui a commandé en Guienne quand le maréchal de Richelieu n'était pas à son poste de gouverneur de cette province. S. A. S. la princesse douairière de Bourbon-Conti, qui s'est accommodée de celle maison à la ville, était veuve de Louis-Armand de Bourbon, prince de Conti, qui avait épousé en elle M"'^ de Blois, Marie-Anne, lllle légitimée de Louis XIV et de M"e de Lavallière. Aussi l'hôtel était-il Lavallière en l'année 17o9. Le duc de Lavallière, héritier de la princesse, y a vendu en 1767 à Christian IV, duc régnant de Deux-Ponts, prince palatin du Rhin, duc de Bavière.

La formation de la rue de la Michodière reprit ensuite h l'hôtel de Deux-Ponts plus que le terrain de l'ancienne porte de ville n'y avait ajouté, et toutefois ne le détruisit pas entièrement. Les communs, la cuisine, l'otrice et le garde-manger ont dû sauler; mais d'autres bâtiments ont probablement résisté tant du côté de la nouvelle rue, où la basse-cour avait chanté le point du jour, que sur la rue Neuve-Saint-Augustin, dont l'alignement était dépassé par la co'jr d'entrée, précédant une plus grande cour. D'après un état qui tenait compte de l'ouverture de la rue delà Michodière, le carrefour Gaillon a mis absolument en regard du duc de Richelieu le marquis de Pons, comme lui propriétaire d'un hôtel avec-jardin au coin de la rue Neuve-Saint-Augustin.

Dans l'origine, un marais suburbain, près de la porte Gaillon, appartenait h l'abbé de Saint- Victor et il ses religieux. Celle abbaye avait, en outre,

dans sa censive quelcfues-iines des maisons de la rue, bien que le plus grand nombre d'icelles relevassent de l'Archevêché, quelques-unes du fief Popin, d'autres de la Grange-Batelière et l'hôtel de Lorges de la Ville. La rue Neuve-Saint-Augustin avait même été Saint-Victor, d'après un registre censuel de 1663; elle laisait alors suite à une rue Saint-Augustin qui régnait le long d'un mur du couvent des Petits-Pères, augustins réformés. On ne l'a dite de Lorges que près de l'hôtel de ce nom.

Le partisan Cotte-Blanche avait fait bâtir une maison qui n'attendit pas notre siècle pour former deux propriétés, le n° 22 et le n° 24 de la rue Neuve-Saint-Augustin. Le comte d'Estrées et de Cœuvres, grand d'Espagne, maréchal et vice-amiral de France, qui contribua puissamment à assurer la couronne d'Espagne au petit-tils de Louis XIV, et le cardinal d'Estrées, qui fut de l'Académic- Française, celui-ci usufruitier, celui-là nu-propriétaire, vendirent les deux maisons indivises, en 1707, à Charles de Ferriol, ambassadeur de France à la Porte ottomane. Deux domestiques de ce diplomate ont donné le jour au fermiergénéral Bouret de Vézelay.

Le 24 fut gardé plus longtemps que l'autre par la famille de l'ambassadeur. Néanmoins Renouard de la Touanne, trésorier de l'extraordinaire, qui mourut vers la fin du règne de Louis XV, avait eu le temps d'y réunir un cabinet de curiosités. Vint ensuite le marquis de Pons. Mais pour que sa propriété fît retour sur la place Gaillon, ne fallait-il pas qu'elle eût empiété sur l'hôtel de JJeux-Ponts? Quel que fût l'agrandissement, un nouveau morcellement permettait avant peu de bâtir ou de rebâtir à l'angle du carrefour.

Le 22 fut la maison mortuaire du maréchal d'Uxelles, qui avait fait partie des sociétés de

M""' de Lalayette et de M"'« de Sévigiié, et dont les biens avaient passé, faute d'enfants, dans la maison de Beringhen. Ùxelles, ayant eu toute sa vie de 1 eloignement pour le mariage, s'en était excusé par cette déclaration : — Je n'ai jamais rencontré un homme tel que je voulusse être son père.... Toutefois le fermier-général Lallemantde Betz, seigneur de Nanteau, achetait, le 23 juin 1730, ce n" 24, qui tenait i)ar-dcrrièreau mur du rempart ; ses vendeurs étaient MM Augustin de Ferriol, président honoraire au parlement de Metz, Antoine Ferriol, comte de Pont-le-Veyle, lecteur du roi, poète et auteur de comédies, ami de M""' du Delîant, et Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental, frère cadet de Pont-de-Veyle, ardent admirateur et correspondant de Voltaire, auteur présumé du roman Le Comte de Commînges, qui parut sous le nom de sa tante, la fameuse M""' de Tencin. Au fermier-général succéda rue Neuve-saint-Augustin M'"" de Marsan, et le même immeuble eut, dans ce siècle, pour locataires à citer, M"'' 3Iars, l'architecte Visconti.

Charmant séjour que le n° 20, sans qu'on s'en doute par-devant ! Un fabricant de fleurs arlihcielles y jouit d'une moitié de jardin, élevé en terrasse sur l'ancien mur de la ville et sur des écuries; une séparation à claire-voie en laisse voir l'autre moitié, qui dépend d'un corps-de-logis donnant sur la rue de Hanovre. Possible que M'ie Guimard ait profité de cette double issue, un passage en sous-sol paraissant des mieux faits pour parer aux indiscrétions qu'auraient commises, même en été, les éclaircies des ombrages du jardin ! Toujours est-il que Robert Douilly, receveurgénéral des tinances à Poitiers, avait joui de cet hôtel ; que messire Louis Robert, président à la cour des comptes, y avait fait peindre, dès 1679, trois plafonds par Jean Jouvenet, et que Desmarais,

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