‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon IIIChapitre 28 sur 65 · RUE NEUVE.SAINÏ AUGUSTIN · texte numérisé non relu

RUE NEUVE.SAINÏ AUGUSTIN

grand-fauconnicr do France, gendre du président Robert, y fut mitoyen avec les Ferriol. La comtesse de Clioiseul-Beaupré a disposé plus tard du même hôtel et des deux encoignures de la rue de Clioiseul.

Un hôtel d'Arles, marqué sur le plan de Paris en 171-4, était-il autre que celui dont nous venons de parler ? Le n" 3 de la rue de Ghoiseul n'en a-t-il pas lui-même lait partie, d'après le plan de 1739, bien que celte rue ne fut pas encore tracée ? De toute façon le 3 Ghoiseul a été aux Grammont, qui ont principalement donné leur nom à l'ancien hôtel du partisan Monerot, formant saillie sur notre rue à l'endroit où s'y est ouvert postérieurement celle de Grammont. Les familles Ghoiseul et Grammont avaient contracté, d'ailleurs, une alliance que deux rues jumelles nous rappellent. Auxdils Grammont appartenaient aussi le 8 et le 6 de la rue Neuve-Saint-Augustin. Le 4 n'élait-il pas la demeure de M. de Crrancey, avant que le président Ménars y disposât de nombreux rayons pour la bibliothèque de Thou ? Gomme le jardin de Thévenin, que Sauvai a décrit, cette maison a fait partie sûrement- de l'hôtel Ménars, qui avait plusieurs portes rue Richelieu.

De l'autre côté, avant la mort de Louis XIV, Frémont d'Auteuil avait une maison ; reconnaissons-la dans le fond des n'" 29 et 3L L'hôtel de Mouy n'était pas autre à l'époque où le marquis de Mouy, mari d'une Grozat, avait pour vis-ii-vis ]\'lmc (Jq Marsan et le marquis de Pons.

Le ministère des finances, entre les rues Neuve des-PetitsGliamps et Neuve-Saint-Augustin, avait été l'hôtel du Gontrôle-général, des Ambassadeurs extraordinaires, de Pontchartrain et de Lionne. La division des Eaux-et-Forôts y avait encore ses bureaux, rue Neuve-Saint-xVuguslin et rue Marsollier, quand le théâtre Ventadour se bâtissait

248 RUE iNEUVE-SAL\T--AUGUSïIN.

sur l'ancien jardin du ministre, vers le milieu du règne de Louis-Philippe.

De l'hôtel de Lionne avait pu sortir, en totalité ou en partie, celui de Boisfranc, ensuite de Tresmes, que le duc de Tresmes affermait, sous la Régence, au comédien Poisson, avec une permission de jeu, moyennant 10,000 livres par mois. Une grande salle y retentissait du bruit de castagnettes fêlées que produisaient incessamment les dés en sautillant dans les cornets, et c'était comme l'antichambre de l'appartement où recevaient le pharaon et le lansquenet; les salons du trictrac et de la toccadille venaient au-delîi, puis une pièce où quantité de tables se dressaient pour le jeu d'à l'ombre. Là résida bientôt le duc de Gesvres, gouverneur de Paris. Nous croyons que cet. hôtel de Gesvres a légué le gros-œuvre de sa porte et le fronton qui la surmontait au passage Choiseul ; nous ne doutons même pas qu'il ne reste plus encore de cet hôtel au-dessus du passage, près de ladite entrée, dans un ou deux immeubles de la rue Monsigny, par-là parallèle au passage.

A la veuve du marquis de Louvois, lequel avait perdu la vie au moment même où le pouvoir lui échappait, le n" 13 appartenait en 1692, avec deux maisons contiguës: l'hôtel Louvois de la rue Richelieu n'avait-il pas eu là comme une aile ? Ah ! que de grands noms défilent en celte parade ! Le 5 est lui-même, à n'en pas douter, un hôtel de l'ancien régime, qu'on a refait en diminuant de moitié l'élévation de ses étages. Enfin le 1, dans le cours de l'autre siècle, a eu pour habitante la nlarquibc de Villarceaux. Nous savons, d'ailleurs, qu'en l'an de grâce 1754 l'hôtel sur cette ligne le plus voisin de la rue Richelieu était au marquis de Pomponne, descendant d'Arnauld d'Andilly, et un autre, entre celui-là et celui de Tresmes, à M. de Bragelonne.

0 rue d'agents de change et d'avoués, de dentistes et de layetiers, de modistes et de couturières, qui te croirait dans le passé aussi ministérielle et aussi patricienne, aussi puissante et d'aussi bonne maison? Je t'aimais, et pardessus toutes, avant de soupcomier ton aristocratie native. Ne se cache-t-elle pas au fond d'écuries transformées en boutiques tant surlarucque sur la cour, ou derrière des croisées bariolées d'écriteaux et dans des escaliers où chaque porte a sa plaque indicative, avec un bouton qui tourne en sonnant? Faut-il que je m'y sois trompé, moi qui croyais si bien connaître la rue! Ma famille l'habitait déjà quand je faisais mes classes et ne l'a pas encore quittée.

Itiic Viviciiiic. (i)

Comme quoi elle ne doit rien que nous sachions à sainte Vivienne, vierge martyrisée à Rotne sous Julien-V Apostat et honorée par t Église le 2 Décembre.

« Avant la Révolution, dit Prud'homme en 1809 [Miroir de Paris, tome V),- pas une boutique rue Vivienne; à présent elles affluent et brillent par l'élégance. » Le commerce, depuis lors, n'a fait que croître et embellir dans cette avenue des galeries du Palais-Royal, auxquelles nuit la rivalité du boulevard sans que la rue Vivienne s'en ressente. Il y aura tantôt un siècle que les écussons de ses" hôtels se doublent d'enseignes.

La Tynna dit, de son côté, dans son dictionnaire de nos rues, que le passage du Perron fait partie de la rue Vivienne depuis 4806. Mais aujourd'hui les numéros commencent au delà de la rue Neuvedcs-Pelits-Cliamps, et nous doutons qu'ils soient jamais partis de la rue Reaujolais, qui borde la galerie Beaujolais.

Nos n"^ 2 et 4 ont fait partie de l'hôtel Colbert, substitué rue Neuve-des-Petils-Chanips à celui de Bautru, comte de Saint-Serran, l'un des membres originaires de l'Académie. Le ministre y avait en vue l'ancien hôtel de Mazarin, dont il avait été l'intendant et qui, <i l'article de la mort, l'avait recommandé à Louis XIV. Colbert, tout en mettant de l'ordre dans les hnances, remplissait mieux au

(1) Notici: éciite en 18G0.

service de l'tltat que des fonctions d'intendant : il donnait autant d'impulsion et d'encouragements aux lettres qu'aux sciences, aux arts qu'à l'industrie. Le duc de la Meilleraie-Mazarin, neveu par alliance du cai'dinal, avait hérité de la portion de son palais qui bordait les rues Neuve-des-Petits-Champs et Vivienne; cela devenait ensuite l'hôtel de la compagnie des Tndes, et peu d'années après on y réserva à la Bourse une galerie, qui la retint jusqu'en 93 et que remplace présentement un parterre, séparé de la rue Vivienne par une grille. Colbert, archevêque de Rouen, avait succédé, de son côté, au ministre, son oncle, dans l'hôtel d'en fiice, oui fut celui des écuries du duc d'Orléans avant de passer à l'administration des Domaines du roi. La dette publique y avait ses bureaux quand l'année 18:2(5 le vit mettre en \^ente, ainsi que l'hôtel du Trésor, anciennement do la compagnie des Indes, leurs deux services se réunissant au nouveau ministère des finances.

Dès 1666 Colbert avait acheté des héritiers de Bautru deux maisons, voisines de la sienne, pour y transférer la Bibliothèque du roi, qui lui devait d'être tout-à-fait publique et trop de richesses littéraires pour s'en tenir au local qu'elle encombrait rue de la Harpe, derrière Saint-Côme. 11 y avait adjoint le cabinet des Antiques, formé au Louvre par nos rois. Sans compter que l'une au moins des académies don' il était le fondateur, celle des Sciences, tenait ses assemblées dans une autre chapelle du même temple, consacré à la religion universelle de l'esprit. Les acquisitions d'imprimés et de manuscrits faites à l'étranger par ordre de Louvois, continuateur de l'œuvre, avaient rendu à son tour insuitisante la double maison, n"s 8 et 10, dont l'archevêque de Rouen était aussi le détenteur, et le grand dépôt de livres changeait encore de place sous la Régence. L'hôtel de Nevers,

qui le recevait rue Richelieu, était la portion du palais Mazariii clans laquelle Law avait établi les l3iireaux de sa banque, mais qu'il avait achetée secrètement des fonds de l'Étal, en vue d'y tixcr détulitivement la Bibliothèque. Celle-ci n'a ramené que plus tard à l'unité les bâtiments dont s'était composée la résidence du cardinal, pour s'y mettre encore plus à l'aise.

L'une des deux maisons que la Bibliothèque avait laissées vacantes, du côté droit de notre rue, était habitée sous Louis XV par M. Bourgevin de Saint-Morris, conseiller au parlement, dont la collection de dessins était estimée, et le trésorier des États de Bretagne y avait aussi ses bureaux. Dans l'autre fonctionnait la Caisse d'escompte, rétablie par arrêt du conseil en 1776 et dont les billets circulaient, comme ceux de notre Banque de France, bien que le cours n'en fût pas plus forcé.

Le grand Colbert n'ayant pas dédaigné de faire pour son propre compte des spéculations sur les terrains dans le quartier, à ses dépens s'était élevé ce que vous voyez entre la grille de la Bibliothèque et la rue de l'Arcade-Colbert (i). Ne dirait-on pas, qui plus est, que toute la rue Vivienne fît partie de sa succession ? De l'immeuble dans lequel s'exploite de longue date l'hôtel des Étrangers à la rue de l'Arcade l'archevêque Colbert encore a été propriétaire, comme si son oncle n'avait pas eu des fils, qui ont eux-mêmes pris part aux âlfaires. L'ainé de ceux-ci, Colbert, marquis de Seignelay, qui a été ministre de la marine et à qui Despréaux a adressé l'une de ses épîtres, a disposé, nous ne l'ignorons pas, de l'autre angle de la rue de l'Arcade ; mais il n'a pas survécu plus de sept ans h son père.

(]) Aujourd'hui ruo Colbert.

Au commencement du wiw siècle, M'"'- Desmousseaux avait le n'- 12, que M. de Bonneval, brigadier des armées du roi, hérita de son oncle en i7oo ; la sœur de celui-ci, Icmme du. marquis Talaru de .Clialmazel, la'ssa la mémo l)ropriété à son lils, M. de Talaru, qui vendit à M. de Baulny, receveur des domaines. La maison, en 1800, n 'était-elle pas le théâtre d'un crime ? Le domestique du banquier Contenlin, locataire du premier étage, coupa son maître par morceaux et puis le mit dans un panier. M. de Baulny, deux ans après, vendait l'immeuble à M. Durand père.

Le n" 14, qui donnait à M'"*^ Desmousseaux pour voisin M. de la Noue, avait appartenu h la famille Vivien. Or Vivien, notaire et secrétaire du roi, seigneur de Saint-Marc-sous-Dammartin et du fief de la Grange-Batelière, 'qui vivait sous Louis XII, eut pour fils Pierre Vivien, procureur-général en la cour des aides, qui épousa Claude Leprévost. Cette dame perdit son mari en 1392 et vécut sept années de plus. Leur fils, René Vivien, conseiller du roi et général des monnaies, mourut au mois d'avril de l'année 1630. Pierre était dans la force de l'âge au milieu du xvii" siècle ; alors venait au monde la rue Vivien, sa lillcule ou sa tille, dont le sexe ne fut reconnu par une désinence féminine qu'après de longues hésitations. Cette rue se prolongeait déjà jusqu'à la rue Feydeau quand les filles Saint-Thomas la raccourcirent, pour agrandir leur domaine conventuel.

M. de Jonquières, secrétaire du roi, demeurait vers 1710 au n" 15, plus tard hôtel Boston. En ce temps-là les autres propriétaires des numéros impairs jusqu'à la rue des Filles-Saint-Thomas étaient: Anjorrand, Boucher, le duc d'Estrées et

M™» Barrois. Le duc d'Estrées n'habitait pas les lieux.

En revanche, on nous montre chez un marchand de tapis, n" 16, au rez-de-chau5sée, une pièce où a travaillé le marquis de Torcy, autre neveu, de Colbert. Cet ambassadeur qui fut ministre d'État et président de l'académie des Sciences, épousa la tille du marquis de Pomponne et mourut en 1746 à un âge avancé ; il fut remplacé rue Vivienne par le maréchal de Bezons. L'hôtel de Torcy avait été bâti, sur le tracé de Pierre Le Muet, pour Jacques Tubeuf, surintendant des bâtiments de la reine Anne d'Autriche.

Contigu est un bel hôtel qu'occupa Desmarets, encore un neveu de Colbert ! Il n'était encore que conseiller d'État, il devint contrôleur-général des linances. Sa place fut prise rue Vivienne par le fermier-général Melchior de Blair, puis par son fils, conseiller au parleiïient qui chargea Boffrand de rétablir l'édifice, puis par l'abbé Boismont, prédicateur du roi, mais h titre de simple locataire.

Ce dernier n'avait pas encore pour collègue à l'Académie-française l'abbé de Voisenon lorsqu'un quiproquo se produisit, dû aux rapports phoniques de leurs deux noms. Certain doyen de Valenciennes, auquel Boismont devait servir une pension sur un bénéfice, mais qui n'en recevait pas un sou, finit par venir h Paris, pour réclamer ses- arrérages, et se rendit tout droit rue de Vaugirard, où il croyait trouver son débiteur ; mais celui-ci avait changé d'adresse et un nouveau portier ne savait même plus où renvoyer une visite aussi retardataire. Un officieux qui passait indiqua par méprise le domicile de Voisenon, qui était alors à Beileville. Un petit voyage de plus fut donc fait par le créancier qui, par malheur, se présenta en l'absence du maître du logis et ne

put annoncer .que par un billet l'objet de sa démarche. Voici quelle fut la réponse:

« Je suis fâché que vous ne m'ayez pas trouvé, Monsieur; vous auriez vu la différence qu'il y a entre monsieur l'abbé de Boisraont et moi. Il est jeune, et je suis vieux; il est fort et robuste, et je suis faible et valétudinaire ; il a une grosse et riche abbaye, et j'en ai une très-mince: il s'est- trouvé de l'Académie sans savoir pourquoi, et l'on me demande pourquoi je n'en suis pas: il vous doit une pension enfin, et je n'ai que le désir d'être votre débiteur.

Je suis, etc.

VoiSENON.

Sur un sermon prononcé par l'abbé de Boismont dans une assemblée de charité, la quête produisit 150,000 livres pour la fondation d'un hospice militaire et ecclésia.stique ii Montrouge. Ses oraisons funèbres étaient pourtant loin d'elfacer celles de Fléchier. Du reste, il aimait beaucoup le monde, faisait des vers, jouait même la comédie. En 178G M. de Boismont, comme il sentait sa fin approche)', reçut le 'visite de l'abbé Maury qui, plusieurs fois, dans la conversation, ramena le malade sur des circonstances de sa vie, dont il demandait le détail. Un pareil interrogatoire, bien qu'il le subît de bonne grâce, arracha au patient cette exclamation : — Voilà un candidat qui prend mesure d'un discours de récipiendaire!

Le 20, dans l'origine, a dû faire corps avec le 22. Le premier a pourtant appartenu isolément à Debrieux, maître- d'hôtel chez le grand roi. Le second a été l'habitation du marquis de Lionne, puis de Lempereur, éclievin, qui y réunissait une galerie de tableaux, et il est depuis longtemps dans la famille de M. le baron d'Ancourt.

Au coin de la place de la Bourse, M. Onslow, le musicien, est maintenant propriétaire d'un

hôtel qui coûta 100,000 écus h Brioult d'Ailly, receveur-général des linances h Poitiers, avant qu'y résidât Louis Phélypeaux [le Pontcliartrain, que sa nomination de chancelier en lira au mois de septembre 1699. Le marquis de l'Hospital, qui occupa le même hôtel après M. de l^ontchartrain, pouvait être le mathématicien de ce nom, auteur de V Analyse des infiniments petits^ qui s'enferma quatre mois avec Jean Bernouilli pour étudier le calcul différentiel, que Leibnitz venait d'inventer. Si ce n'est lui-même, c'était son llls. Vint ensuite le savant Bignon, bibliothécaire du roi, dont le grand-père avait rempli les mêmes fonctions, après celles d'avocat-général au parlement de Paris. Quand fut démoli le couvent des hlles Saint- Thomas, dont la porte faisait vis-à-vis depuis cinquante ans à notre rue, celle-ci pour la seconde fois se continua jusqu'à la rue Feydeau, Elle poussa jusqu'au boulevard Montmartre en l'année 1829: M. Achille Pêne, propriétaire du terrain, s'était chargé, moyennant un million, d'opérer ce dernier prolongement. Un corps de bâtiment de l'ancien hôtel de Montmorency était resté debout au milieu des constructions neuves ; le duc d'Orléans, hls du roi. en fit son cercle particulier: il y recevait principalement des officiers. Un café, depuis la mort du prince, profite d'un grand salon qui a été sculpté et doré pour les Montmorency.

Rue Villctlo. (i

Les journaux qui insèrent, avanl qu'elles aient paru dans la première édition de nos Anciennes Maisons de Paris sous Napoléon III, quelquesunes des notices dont se compose celte publication historique, tiennent toujours ù choisir les bonnes rues. Ainsi les mauvaises portent, pour commencer, la peine des immoralités publiques; mais elles Unissent par trouver grâce devant un public indulgent, qui nous saurait l'ort peu gré d'une pruderie habile à passer sous silence tout ce qui n'est pas édifiant. De compagnie vont le bien et le mal, à travers une grande ville. La rue Villedo, elle principalement, s'est perdue de réputation à voisiner avec les galeries de Bois, d'où tous les soirs les robes les plus courtes et les plus décolletées lui revenaient, suivies de près par des bottes, ou bien par des souliers ii boucles.

L'entretien d'un pareil commerce d'amitié ne laisse guère le temps de regarder les étoiles qu'en plein midi ; car elles ne luisent, la nuit, dans aucun ciel de lit. A ce point de vue n'était pas déplacé, en la rue Villedo, un Spectacle uranographique des phénomènes de Vunivers, qui réprésentait, au commencement de l'Empire, la nature dans ses merveilles : cette description des corps célestes avait pour auteur Charles Roy. La plupart des maisons voisines eussent compromis une demi-vertu, et rarement la plus honnête fille poussait la naïveté et l'innocence- jusqu'à ne pas éviter cette rue par un détous, au risque d'allonger

(1) Notice écrite en 18G4.

son chemin. On y prenait le passant au collet, tout en le complimentant sur sa bonne mine, aussitôt que le réverbère s'allumait à chaque extrémité de la rue, et deux laitières y commençaient Il peine, le lendemain, h remplir des tasses de faïence, que déjà les croisées s'entr'ouvraient pour faire: — Pslt!... Une lois exilées des galeries du Palais-Royal, les bergères d'Amathonte tinrent bon, faute de mieux, dans les rues d'alentour ; M. Prudhomme, en garde national, dit encore à plus d'une, après 1830: — Permettez-moi de vous appeler Cypris... Courtoisie dont ne se plaignaient pas, rue Villedo, deux chefs de parties en renom : la Legrand, alors n" 10, et la Delille, que remplace au n" 4 une nouvelle femme Legrand.

A ce dernier numéro près, uyius multorum, la rue Villedo s'est rangée, après un demi-siècle d'égarements, lesquels n'avaient plus pour excuse le besoin d'essuyer les plâtres.

Oh y rencontrait sous Louis XVI, à main droite, la manufacture de plomb laminé de Laurent et le bureau de Dufresne, agent-de-change; ii main gauche, l'hôtel d'Agoult. Le vicomte d'Agoult était sous-lieutenant aux gardes-du-corps, puis mestre-de-camp, et son frère, évoque de Pamiers. Dans la suite, l'officier devint lieutenant-général et gouverneur du château de Saint-Cloud. Les Grussol avaient eu leur hôtel â l'un des angles de la rue Richelieu ; mais je crois que c'était sous la Régence.

Toute une famille qui a marqué dans les fastes de la chorégraphie demeurait au n" 3, en 1771 : elle se composait de Gardel père, ancien maîtredes-ballets à la cour de Stanislas, qui ne dédaignait pas de hgurer tout simplement à l'Opéra; de Gardel aîné, danseur ^t maître des-ballets au même théâtre ; de Gardel cadet, doublure de son frère et figurant dans les chœurs de la danse, et de M""^ Gardel, danseuse. Les représentations de l'Opéra

avaient eu lieu pendant six ans dans la salle des Machines aux Tuileries, pendant la reconstruction de la salle incendiée en 1763 entre le Palais- Royal et la coilr des Fontaines. Gardel jeune, bien que déjà attaché au corps de ballet, prenait encore des leçons de violon et de lai in : il avait .14 ans à peine. Homme de bonne compagnie par son éducation, il n'en grandit que mieux dans cet olympe de la chorégraphie mytholo^nque, dont il devait écrire les derniers livrets et mimer le chant du cygue. Son Irére mourut, et il lui succéda, comme chef d'emploi, comme compositeur, comme pi'emier maître à l'école de la danse: il habitait alors la rue Saint-Roch. Vers le même temps, M"'- Houbert, dite Miller, passait premier sujet. Un jour, on alla jusqu'à dire de cette remplaçante de M"« Guimard : « Elle est à la danse ce que la Vénus de Médicis est à la sculpture. » Gardel pouvait-il donc mieux faire que d'épouser M"*-' Miller, en -i79o ? Les amis de leur maison étaient une société choisie. Peu de temps après les Cent-Jours, M. et M™*' Gardel se retirèrent tout-à-fait du théâtre ; mais, depuis vingt années, Gardel dansait rarement, il se conientait de faire danser. Chef d'école débordé par des idées nouvelles, qui partout reniaient l'art classique, il n'en survécut pas moins un quart de siècle à son enseignement, et quelque huit ans à sa femme.

Guillaume et François Villedo, généraux des bâtiments du roi et des ponts-et-chaussées de France, avaient acquis sur la butte des Moulins, le 24 décembre 1667, des maisons et une grande place. François, l'un des deux, avait assisté personnellement Louis XIV, le 17 octobre 1655, dans la pose de la première pierre de la colonnade du Louvre, en sa qualité de maître-ès-œuvres de maçonnerie. N'était-ce pas une raison de plus pour donner son nom à un chemin, tracé dès

1639, sur un versant de la butte des Moulins ? Toutefois on en fait honneur à Micliel Villedo, en regard du millésime i6o5. Cet autre général des œuvres et bâtiments du roi succédait comme tel h Michel Villedo, son père, maître-maçon d'abord, qui avait demeuré rue du Vert-Bois. Un des Michel de cette famille, mari de Marguerite Hauicle, se qualitiait secrétaire du roi, en 1683, dans l'acte par lequel il abandonnait h Jean Hanicle, architecte royal, un terrain entre les rues de Poitou et du Pont-aux-Choux, dont le quart lui avait été donné par le roi et le reste vendu par deux val ets-de- chambre du chancelier Boucherat. Nous savons aussi qu'un Villedo eut pour gendre Micliel Delavigne, docteur-régent de la faculté de Médecine de Paris, dont l'hôtel était rue Saint-Antoine, derrière l'église Sainte-Catherine-du-Val-des-Ecoliers.

Le génie de la race était Michel Villedo, premier du nom. Il avait proposé de former un canal entre le bastion de l'Arsenal et la porte de la Conférence, qui eût été un canal de ceinture, mais non pas un canal de l'Ourcq, et la signature de deux traités avait préludé à l'exécution probable du projet, le 29 janvier 1636, le 3 octobre 1637, sous les auspices du père Joseph, confesseur du cardinal de Richelieu et capucin, qui devait plutôt y pressentir des commodités que des avantages pour les religieuses qu'il avait établies au couvent des Filles du-Calvaire. Mais tout en était resté Vd, par l'elTct de la résistance opiniâtre de Claude de Bullion, le surintendant des fmances, qui en voulait- au père Joseph. Sans l'opposition quand même de ce ministre, un Villedo méritait, aussi bien que Piiquet, l\ qui le canal du Languedoc était dû, que la postérité lui érigeât une statue !

Iiu|)a(^»c (lu Coq.

Un dûcrcL impérial du ol janvier 18")!, on déclarant d'utilité publique la suppression de la rue du Coq-Saint-Jean, a permis d'élever une maison qui la ferme complètement du côté de la rue de Rivoli; toutefois, à l'angle de celle de la Verrerie, l'écriteau municipal la donne encore pour une rue, en 1864.

Le mathématicien Clairaut y demeurait au xvnr' siècle, près la rue de la Tixéranderie. Ce membre de l'académie des Sciences avait composé ses Eléments de Géométrie pour M""-' du Ghàtelet, qui le suivait jusque dans ses recherches sur les comètes, sur la lune. Son ancienne habitation doit se retrouver au fond du cul-de-sac,* où survit l'ordre numérique de la rue décapitée ; par conséquent, c'est au n'' 8, ou bien c'est au n" 3, qui s"honore traditionnellement d'avoir abrité Mazarin.

Il n'y avait dans cette rue, tout à la iin du règne de Louis XIV, que 8 maisons, et il en reste 6 ; mais l'une d'elles porte le chiirre 14, et un petit escalier à balustres y remonte certainement au règne d'un Valois. Il est vrai qu'on portait au compte de la rue de la Verrerie une maison d'encoignure, appartenant aux héritiers de Forcadel, conseiller aux aides, bien fiu'clle eût sur la rue du Coq une petite porte.

Jean Sala, bourgeois de Paris, habitait une grande maison contigué, qui lui avait été vendue par la famille Dujaidinetqui aboutissait par-derrière

(1) Notice écrite en ISiiJ.

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