G2 IMPASSE DU COQ
à une propriété dont disposait !'( ouvre et fabrique de Saiul-Jean-eii Grève. Coritet, procureur au pûrlement, était l'autre voisin de Sala, rue du Co([ ; il y succédait à son père qui, procureur également, n'en avait eu que plus de facilité à se rendre adjudicataire, en 1687, d'une maison à l'enseigne du Moulinet, dont le propriétaire était auparavant Denyau, docteur-médecin.
L'enseigne du Coq avait, sous Charles VI, modifié le nom de cette rue, qui s'était appelée d'abord comme plusieurs de ses habitants : André- Mallet, dès l'273 ; Lambert-de-Rasle, auparavant ; Henri-Mallet, en 1243, et elle é^,ait dt\jà séculaire 1» celte date.
Rue Saiiit-:ilai'éiii. (i)
Origines de la Rue. — Ses Affluents. — Chapelain.
— Les Fiacres. — Saint-Merri. — L' Industrie . — Les Coches. — Le Passage Jabach. — La Maison de V Annonciation. — Assassinat d'ioi Agioteur.
— Saint- Julien-des- Ménétriers. — Le Théâtre Molière. — L'Abbaye de Reignij. — L'Hôtel de Vie. — L'Échelle. — Le Vin Médecin. — La Maison Detouche. — Saint- Martin-des-Champs.
— Saint- Nicolas-des- Champs. — La Prison. — Le Bal.
0 versatilité parisienne ! N'est-ce pas déjà se montrer un peu archéologue que de parler des rues de la Planche-Mibray et des Arcis, réunies h la rue Saint-Martin en I80I? Leurs maisons séculaires ont disparu, depuis l'annexion. A la rue des Lombards commençait la rue Saint-Martin proprement dite. Une maison à cinq étages, sans compter la boutique, mais à une seule chambre par étage, était la première de la rue ; le notaire Monnier la laissa en l'année 1683 à Anne Monnier, veuve de Tisseney, marchand ù Bordeaux, et le bonnetier Gautier en lU l'acquisition en 1767,
Cette même rue finissait à la porte de la
(1) Notice écrile eu 1860. Le passade des nouvelles rues Turbigo et Réaumur n'ctvait. pas encore fait perdre à la rue Saint-Martin un nombre de maison?, qu'a augmenté son propre élargissement aux abords de l'église Saint-Nicolas-des-Charaps et du Conservatoire des Artsct-Métiers, plus la formation d'un square en face de ce Conservatoire, ancien monastère de Saint-Martin-des- Champs.
deuxième enceinte de Paris, c'est-h-dire au lieu appelé rArchet de Saint-Merri, près de l'église Saint-Merri, avant que Gérard de Poissy contribuât î'i l'établissement du pavé de Paris, en donnant il, 000 marcs d'argent à Philippe-Auguste. Elle ne tarda pas à arriver rue Grenier-Saint-Lazare ; elle touchait sous Charles VI à la rue Neuve-Sainl- Denis, enlin sous Louis XIII au Rempart, converti de Cours en Boulevard.
Au nombre des maisons h citer en bordure de cette voie, qui était encore la plus droite de Paris au commencement de l'Empire, figure le 81, qu'a sans doute habité Chapelain, et comme il était poète, une vieille mansarde ajoute à la vraisemblance de cette indication, qui ne se justifierait qu'approximativement. Toutefois Chapelain fut-il, comme la majorité de ses confrères du Parnasse, un pauvre diable ? Fils d'un notaire, il arriva de bonne heure à la réputation ; mais sa Puceile demanda trente ans de travail, et elle obtenait par surprise un grand " succès quand Boileau se mit h la traverse. Piichelieu l'avait pensionné et fait siéger de premier choix h l'Académie ; Colbert prit son avis en grande considération pour distribuer aux savants et gens de lettres les libéralités de Louis XIV. La lin de Chapelain se ressentit de ce qu'il était nonpas pauvre, mais avare : il se mouilla un jour d'orage k mi-jambe, en rentrant chez lui, pour épargner le peu qu'il fallait donner au savoyard dont la planche permettait de passer la rue à pied sec, et il en contracta une maladie mortelle. N'est-ce pas dans la rue Saint-Martin que coulait le ruisseau fatalï Chapelain ne devait pas s'interdire jusqu'à un changement de domicile ; il n'était même pas homme k se priver toute sa vie du pavillon hospitalier que plus d'un grand personnage réservait Il un poète. Nous savons qu'il a demeuré à l'entrée
d'une ruelle Saint-Fiacre, cul-de-sac ensuite, et plus d'un coin de rue de Paris a invoqué ce saint sur son inscription. Mais ii est constant que l'auteur de la Pucelle a reçu l'inhumation à Saint- Merri.
Les voitures publiques de Paris ont eu leur grande remise à l'image de Saint-Fiacre, rue Saint-Martin, en lace de la rue du Cimotière-Saint-Nicolas (Chapon). Jacques Sauvage y dirigeait l'administration des tiacres, en 1637, et Galland possédait la maison. Là un entrepreneur avait été le premier à mettre des voitures de place au service du public. N'a-t-on même pas dit que cet innovateur s'appelait Fiacre ? Néanmoins il se peut que ses véhicules n'aient été dits des fiacres qu'en raison du premier usage qui en aurait été fait, le jour de la fête du saint, pour le transport des voyageurs à fhospice qu'il avait fondé auprès de Meâux.
L'église dédiée à Saint-Merri doit son origine cl une chapelle, connue dès le siècle xi% que les chanoines de Notre-Dame ont érigée en collégiale sous le règne de Robert IL Reconstruite vers 1520, parachevée en 1612 et restaurée en 1836, elle a été le temple du Commerce pendant la grande révolution. Quelle paroisse commerrante que la sienne, en tout temps! N'était-ce pas le cœur de la place? On y avait des correspondants sur toutes les autres places de commerce, et les alïaires, malgré co qu'elles comportaient déjà d'aléatoire, n'y semblaient pas un jeu. La rue Quincampoix elle-même s'était contentée de faire jouer les ressorts ordinaires du commerce, avant de se livrer aux accès d'un agiotage l'urieux. Dans la rue Saint-Martin il y avait dès-lors un café du Commerce, et le siècle précédent y avait mis en état de rivalité deux traiteurs, au Pressoir-d'Or, à l'Hôtel-de-Ri-uxelles. On venait assez dans cette rue pour allVanchii' souvent ses habitants de la
nécessité du déplacement; ony avait toutefois inventé les fiacres, comme nous venons de le voir, pour faire des courses en ville et des parties de campagne, et le coche y prenait des voyageurs depuis la même époque. Deux services réguliers de carrosses partaient d'une maison à l'enseigne du Cardinal-Lcmoine, l'un à la destination de Reims, tous les vendredis, l'autre à celle de Soissons, Laon et Notre-Dame-de-Liesse, tous les jeudis.
Le n" 89, qu'on qualifie maison de l'Annonciation, nous montre un bas-relief, à côté d'une rue du xiw siècle, élargie çà et là, que M, de Corbière, en 1822, a fait appeler La Reynie, pour ne plus dire Troussevache. L'immeuble provient évidemment d'un des ordres religieux et militaires institués en l'honneur du mystère de l'Annonciation, et probablement des servîtes, autrement dits blancs-manteaux, ordre aboli en France sous Louis IX.
Le n" 103, haut, étroit et non sans sculptures, est. à l'enseigne du Chapeau-Rouge: il a déjà eu sa mention quand nous nous arrêtions rue Aubryle-Boucher. Une maison presque à la hauteur de cette rue et à l'image des Trois-Maillets appartenait sous Louis XV au président Meillant.
Aux n"' i08 et 110 est le passage Jabach, formé en 1824 par MM. Rougevin, Mélier et Néron, à l'entrée d'un hôtel dont se maintient le bâtiment et qui devait son nom au linancier Jabach. Le o et le 6 juin 1832, l'insurrection républicaine fit du passage un théâtre de luttes. Ce qu'on appelle la maison gothique, un peu au-dessus, nous paraît un pastiche: on reconnaît toutefois des colonnettes d'une finesse authentique dans ce décor plus que brossé, où un bas-relief semble dû au merveilleux système reproducteur de notre ami Lottin de Laval.
L'image de Sainte-Geneviève servait déjà à
RUE SAINT-MARTIN. 2o7
distinguer le n" 121 alors que la Ville adjugea à Nicolas Moreau la maison de la fontaine Maubuée, située en face: année 1733. La fontaine remontait déjJi à quatre siècles, encore qu elle eût la rue de son nom pour aînée. Du même âge est la rue de Venise, qui traverse la nôtre un peu plus loin : une largeur de 6 pieds n'y étant excédée que par exception, ses maisons paraîtraient tout de suite vénitiennes si peu qu'y vint à luire le feu éternel des madones et des beaux yeux de lilles. On l'a dite rue Plâtrière et de la Corroieric, d'une part, rue Erembourg-la-Tréiilière et Bertaut-qui- Dort, d'autre part, avant que le xvr siècle la vît ceindre un Écu-de-Venise, qui pendait h l'une de ses portes. On doit retrouver rue de Venise la maison oîi un comte de liorn, capitaine réformé, assassina, pour le voler, un agioteur de la rue Quincampôix, attiré dans ce coupe-gorge sous le prétexte d'actions à négocier : Horn et un de ses deux complices furent roués en place de Grève. Presqu'en face de cette rue le sieur Bidot, au Colombier, tenait magasin d'ardoises d'Anjou.
Le tleuve do<it nous suivons le cours a toujours eu pour attluent une autre rue, celle des Vieilles- Étuves, où, au coin de la rue Beaubourg et à l'image du Lion-d'Argcnt, les femmes se baignaient, mais seules : ce qui ne ferait plus l'alTaire des babitantesdu n" 14, construction d'ailleurs vénérable.
Toutes les maisons île la rue Saint-Martin ne se contentent pas du petit ménage de deux fenêtres par étage. Le 141 ne fut-il pas un petit hôtel, et le 153 un grand? Les sculptures du 160 ne prouvent-elles pas qu'il a commencé par être plus enfant gâté que bien d'autres '.''
Par exemple, malheur aux piétons qui ont h faire pour la première fois dans la piltores(|ue rue du Maui'C et que le temps presse ! Elle tombe dans la rue Saint-Martin en y dissimulant
son embouchure. M. Rousseau, notre éclaireur, l'avait prise tout bonnement pour l'allée du 168. Rappelez-vous, cher monsieur Rousseau, que nous avons déjà parlé de la cour et de la rue du Maure, qui ont été la rue Jean-Palée, puis Saint- Julien, à cause de l'hospice Saint-Julien-des- Ménétriers, établi en 1330 par deux ménétriers, au profit des joueurs d'instruments : les fondateurs étaient représentés en joueurs de violon sur le portail de la chapelle, qui fut affectée en 1649 aux prêtres de la Doctrine-Chrétienne et convertie en maison particulière à la Révolution. On avait continué à se pourvoir, rue des Ménétriers et rue du Maure, de musiciens, qui se louaient pour les noces, pour tout ce qui était une fête : de nos jours, c'est à l'angle des rues Thévenot et du Petit-Carreau que se tiennent, tous les dimanches, des musiciens à embaucher.
Vis-à-vis de la cour du Maure, dans les commencements du règne de Louis XV, M. Route avait une propriété, qui par-derrière donnait rue Quincampoix : un vieux balcon et une lucarne aident à la reconnaître. C'est l'un des anciens logis de la belle Gabrielle, et la Compagnie des Indes-Occidentales y recevait, vers la fin du xvn'' siècle, l'engagement des émigrants. Pareil bureau pour les Indes -Orientales se tenait derrière le théâtre de l'hôtel de Bourgogne. Le Boursault qui fut membre de la Convention et qui avait été comédien et directeur de spectacle à Marseille, fonda dans ladite maison Tourte, en 1792, le théâtre Molière, qui fut celui des Sans-Culottes, (juand on y jouait les Crimes de la Féodalité; des Troubadours, pendant le Consulat, et des Variétés-Etrangères sous l'Empire, époque à laquelle s'y représentaient des pièces traduites. Réouverture en 1831 ; item en 18oiî, avec aussi peu de succès. Puis ce fut un théâtre d'élèves, où M"*"
Racliel reçut de Saint-Aulaire ses premières leçons d'art dramatique. On y donne maintenant des bals publics.
L'impasse d^ Clairvaux s'est substituée jadis, entre 178 et 180, à une ruelle de la Petile- Troussevache, grâce à la contrucliou d'un bôtel qui prenait façade rue Beaubourg : l'abbaye de Clairvaux y avait eu sa maison de ville avant l'abbaye de Reigny, qui était aussi de l'ordre de Citeaux. L'image de la Croix-d'Or y pendait en l'année 1587, et les moines de Reigny, établis dans le diocèse d'Auxerre, en étaient dès-lors propriétaires. II vendirent h Hussenot, marcband de dentelles, en 1788.
L'hôtel de Vie, n" 203, fut bâti sous François P' pour le savant Guillaume Budé, seigneur de Marly-la-Ville, ambassadeur, maître clc la librairie du roi, gi-and-audiencier et prévôt des marchands, dont les dépouilles mortelles furent déposées en 1510 h. Saint-Nicolas-des-Champs. A la place de Guillaume Budé résidait Jacques Sanguin, prévôt des marchands, une soixantaine d'années après. Le vice-amiral Dominique de Vie a sans doute habité l'hôtel : il aimait beaucoup Henri IV et mourut trois mois après lui, le 15 août 1610, des suites du saisissement qu'il avait éprouvé la veille en passant rue de la Féronnerie. Seulement on est beaucoup plus sûr du séjour de Merri de Vie, garde-des-sceaux, dans cette propriété, dont il renouvela l'édifice, postérieurement restauré pour Nicolas Chopin, trésorier du marc-d'or, et occupé en 1752 par l'agent-de-change Papillon.
A l'encoignure de la rue au Maire se dressait l'échelle patibulaire de Saint-Martin-des-Champs ; des petits-maîtres en goguette la brûlèrent une nuit, sous Louis XV ; le prieur la ht relever, quoique sa seigneurie se bornât déjà à l'exercice du droit de cens, qui se maintint jus(iu'à la
Révolution. La censive de Saint-Marlin, quand le prieur commeiidntaire en était messire Jules-Paul de Lionne, en résidence chez M. de Lionne, le ministre, avait prise en 34 rues, comme la censive des chanoines de Saint-Merri en 33.
Au 215 l'utile et l'agréable se donnent rendezvous chez un marchand de vin, qui panse gratuitement les blessures que se sont laites les ouvriers ; le cabaret à certaines heures se tranforme en infirmerie : au débitant a succédé l'interne. Les excellents effets de sa charpie, de ses baumes et de ses liniments ont valu ii Permiseux l'autorisation de pratiquer ouvertement une médecine contre laquelle se gendarmait d'abord l'autorité. Il emplâtre ses consommateurs, en buvant avec eux h leur santé. Quant au débit de vin, c'est un vieux fonds de commerce : un Baroche l'exploitait aux jours où le Pactole du système financier de Law coulait dans la rue Quincampoix, et l'hôtel des Quatre-Provinces florissait au même temps rue Saint-Martin en regard de celle aux Ours.
A-t-on jamais besoin de consulter sa montre près de la rue Chapon? Un superbe régulateur est placé li la devanture d'une des trois maisons déjà vieilles, mais rajeunies, qu'occupent les magasins et les ateliers de M. Detouche : cet appareil si compliqué donne à la fois l'heure de quinze méridiens, indique les phases de la lune, les jours de la semaine, etc. Que de jeunes femmes cependant oublient l'heure, en s'arrêtant sous cette horloge ! L'orfèvrerie, la joaillerie, la bijouterie et l'horlogerie, branches distinctes autrefois, ont fait un pacte d'alliance pour inaugurer un bazar où les pendules sont si nombreuses qu'on ne saurait les remonter toutes, ce qui permet à l'amateur le plus exigeant de s'y croire à l'heure de son choix. Le cliquetis des alliances d'or y annonce d'avance l'ouverture du paradis légitime
de l'amour, avec une pudeur qui semble mettre une sourdine au timbre, tandis que beaucoup d'autre bijoux, plus isolés, pendent coqueltement à la montre, ou bien entr'ouvent la coquille de récrin qui les retient dans la mollesse, et ceuxlà lancent de provocantes œillades jusqu'à la mise en branle qui leur donne une partie ù faire dans le galant carillon de l'heure du berger. M. Detouclie est aussi l'inventeur des tourniquets-compteurs, que les petits spéculateurs maudissent, à la porte de la Bourse. Les pièces astronomiques, des appareils uranographiques et des pendules électriques ont élevé cet industriel au rang de savant praticien. Il vient de faire, en bon voisin, présent d'une horloge remarquable au Conservatoire des Arts-et-Métiers, fondé par la Convention dans l'ancienne abbaye de Saint-Martin-des-Cliamps. La sonnerie de cette pièce merveilleuse peut, à volonté, répéter l'heure après chaque quart : n'est-ce pas un perfectionnement éminemment ingénieux et utile, au point de vue des horloges publiques?
L'abbaye Saint-Martin-des-Champs remonte probablement au W siècle: les rois de la troisième race y ont eu un séjour. Henri P' y a fait rebâtir le royal manoir que Robert-le-Pieux, son père, avait eu en prédilection, et Philippe P'', flls de Henri, l'a donné à l'ordre de Cluni, avec l'abbaye converiie en prieuré. Fortifié au siècle XI", le monastère entier a été réparé dans le cours du suivant. Pierre de xMontreuil y a laissé dans le réfectoire un chef-d'œuvre; le cloître est de la fin du règne de Louis XIV ; le grand dortoir, bien qu'achevé en 1720, s'embellissait encore peu d'années avant la Révolution. La conservation de ce beau monument n'est sans doute due qu'à la destination nouvelle qui a été votée sur la proposition du conventionnel Grégoire, évêque constitutionnel de Blois. L'enclos de Saint-Marlin étant lieu
de franchise, tout artisan pouvait y travailler pour son compte sans avoir été reçu maître. Ce domaine avait embrassé, dans le principe, tout l'espace compris entre le boulevard et la rue Grenier- Saint-Lazare, cL rien n'en était alors dans Paris.
Un prêtre h la nomination du prieur n'y desservait que depuis l'an 1184 l'église Saint Nicolasdes-Champs, déjà ancienne ^comme chapelle et avant peu paroisse indépendante, mais dont la circonscription n'est devenue parisienne dans son entier que sous Charles V. Cette autre église de la rue Saint-Martin a été rebâtie vers l'année 1420, puis agrandie à différentes reprises.
La tour de l'ancienne abbaye a servi de prison, mais en changeant de sexe ; c'était la maison d'arrêt des femmes de mauvaise vie, dont un certain nombre étaient menées le premier vendredi de chaque mois au Chè'itelet, où le lieutenantgénéral de police les jugeait. On supprima cette prison Saint-Martin en 1785, en transférant ci la petite Force les iiUes publiques enfermées dans sa tour. Sous le Consulat et sous l'Empire, le bal public de Terpsichore s'ébattait de l'autre côté du ci-devant monastère, peut-être même dans une autre de ses dépendances, au carré Saint-Martin.
Rue Tii*o«*liapis
Tous les lundis, avant la grande révolution, les marcliandes îi la toilette tenaient un marché sur la place de Grève, au nord de rHôtel-de-ville ; on l'appelait marché du Saint-Esprit, îi cause de l'hôpital dudit nom, fondé en cet endroit au xiv' siècle et démoli en 1798. La misère, la saisie et la mort aidant, jamais la place ne chômait de garde-robes de hasard, k vendre jusqu'aux dernières chemises ; mais on y étalait aussi de riches toilettes, que la comédie, le souper et d'autres plaisirs avaient IVippées la veille, la prudence et la coquetterie commandant de les renouveler au profit de l'amour, aux frais de la jalousie. Les marchandes du Saint-Esprit ne se contentaient pas d'attirer l'attention sur ce luxe de rencontre en débitant i\ qui voulait l'entendre : — Voici, ma petite dame, des dentelles qui ont coûté les yeux de la tête ii la présidente d'Hennin, et plus encore au président ; voilà une robe de M"* Dulhé, qui sent son prince h quinze pas ; cet éventail vient d'une ambassadrice, et voulez-vous savoir, ma mie, quelles sont les jambes, tournées comme les vôtres, qui ont chaussé ces bas de soie ? les jambes d'une princesse qui ne va jamais à pied!... On tirait par la manche, tout en parlant ainsi, on prenait par le bras chaque femme qui passait ; tant pis pour la bourgeoise, qui se voyait traitée aussi familièrement que la grisette et que l'entremetteuse : les récriminations de la
(1) Notice écrite en 1864. Le n" IG de Ja nouvelle rue du Pont-Neuf est maintenant tout ce qui reste de l'ancienne rue Tirechape.
prude poussaient elles-mêmes à la vente. De nos jours, les marchandes du Temple s'y prennentelles bien différemment pour arrêter tous les passants ?
Dès le xni*-" siècle, n'en doutez pas, les fripiers arrêtaient, comme ù présent, les gens dont la mine valait mieux que l'habit, pour leur en offrir un qui montrât moins la corde. Dans la rue Tirechape, qui doit son nom à leurs moyens coercitifs de faire des offres de service, elles réhabilitaient commercialement le procédé qu'une passio:: malheureuse avait discrédité jadis entre les mains de M""^ Puliphar. Le souvenir de cette chape-chute encourageait, il est vrai, d'autres femmes, aussitôt qu'il passait le soir quelque Joseph, à le tirer de même par son manteau, qui leur restait h défaut de sa bourse : m.aintes petites rues comme celle qui nous occupe furent bercées, en naissant, par de pareilles nourrices. D'autre part, on appelait tire-laine, au moyen-âge, un voleur à la tire, et tire-chape en paraît trèsfort le synonyme.
Quoiqu'on ait de force habillé et déshabillé les passants en cette rue Tirechape, au frontispice de son histoire, deux de ses maisons ont été grevées d'une rente de 4 livres parisis, léguée en 1275 au chapitre de Notre-Dame par Agnès, veuve de Jean Sarrasin, pour fonder son anniversaire.
Deux frères, Jean et Thibaud Paclet, bourgeois de Paris, avaient â la même époque le fief Tirechape, seigneurie de la rue, bien que celle-ci dépendît partiellement du For-aux-Dames. Lesdits tenanciers ayant refusé de rendre foi et hommage â Renoul, évêque de Paris, en raison de leur tief, qui consistait dès-lors en 21 maisons, rapportant 20 livres, 11 sols, 6 deniers parisis de cens, un procès s'ensuivait ; mais il y a eu tran-
saction entre les parties avant solution judiciaire : les droits de lods et ventes sont restés aux frères Paclet et à leui-s successeurs, moyennant reconnaissance au prélat de la justice et dé l'hommage, mais ce dernier rachetable par convention au prix de 2 marcs d'argent doré. Or Tirecliape était encore au nombre des fiefs de rarclievêché de Paris en 1789.
Pellisson-Fontanier, de l'Académie-Française, n'a pas dédaigné la rue dont vous tenez le dossier liistorique entre les mains. Courageux avocat, il est resté fidèle dans la disgrâce à Fouquet, qui l'avait fait premier commis des finances, puis conseiller d'État, et les mémoires écrits pour la défense du surintendant sont, devant la postérité, le meilleur titre de son protégé. Les cinq ans de Bastille qu'il lui en a coûte ont formé l'éducation d'une araignée, travail de patience. Aussi bien cet ami de M"* de Scudéri, auquel la veuve de^ Scarron a dû oOO écus de pension royale, n'était-il pas des plus patients ? Il jouait aux échecs mieux que personne de son temps, et il fallait que l'amour rançonnât de belle sorte la laideur du bonhomme pour que Boileau ne craignît pas de proclamer :
L'or même à Pellisson donne un teint Je beauté.
Etienne Salle, qui était propriétaire au coin de la rue Saint-Honoré en 1672, tenait sur la rue Tirecliape à Magdeleine Porcher, veuve de Claude Amant, qui tenait de même h Barbe Duménil, veuve de Nicolas de Pugny. Quelque vingt ans plus tard, les deux dernières maisons, c'est à-dire les n"* 23 et 28 actuels, appartenaient : la première, qui portait l'enseigne du Grand-Monarque, à Julienne d'Assy, veuve de Robert, et l'autre à Noblet, secrétaire du roi, du chef de sa femme,
née Contenot. La rue ne comptait pas en ce temps-là moins de 38 maisons. Il y en avait une II deux portes, qui servent aujourd'hui de passage à l'impasse des Bourdonnais, par l'allée d'un marchand de vin, îi l'enseigne du Panier- Fleuri. Or, sous le règne de Louis XÎV, un gros traiteur, ayant nom Bédoré, était établi dans la rue à l'image du Petit-Panier, et le traiteur Baron avait, tout près, des pratiques qui regardaient plus h la dépense.
Rmc de VeuÎKe. (i)
Sommes-nous bien à Paris? Ne luit-il pase comme ii Venise, une madone, derrière un cierge, au fond de chacune des boutiques de cette étroit, rue? La plupart des rez-de-ciiaussée sont malheureusement voués au sombre et fétide commerce des chiffons, qui se borne à donner le bouquet des odeurs qu'exhale en détail le réalisme des étages populeux d'au-dessus : pas plus de poésie ne paraît fleurir en haut qu'en bas. Dame! nous avons affaire à une ruelle où des usuriers du moyen-âge avaient amassé pièce h pièce des richesses qui, au temps de Law, en sortirent à la fois par la rue Quincampoix, sous la forme de papier-monnaie ! Au fort de la mêlée des agioteurs, en se pressant les uns contre les autres, on se volait, pour jouer au plus adroit, quand on n'était pas le plus heureux ; mais on allait jusqu'à tuer rue de Venise. De Horn, membre d'une famille princière de l'Allemagne, un gentilhomme piémontais et le fds d'un banquier de Tournay y assassinèrent, en plein jour, le capitaliste Lacroix, pour s'emparer d'un riche portefeuille, au cabaret de l'Épée-de-Bois. A la même place, n" 27, l'enseigne d'un marchand de via est aujourd'hui le Cerf-Galant. Celle du Port-de-Venise fait vis-à-vis, sur. la porte d'un petit restaurant.
Vers l'époque où le crime i ommis là fut expié en Grève par deux de ses auteurs,, une maison, située du même côté que le fameux cabaret, appartenait au sieur Quertin, huissier au parle-
(1) Notice écrite en 1864.
ment ; une autre contiguc, à Catherine de Comminges, veuve de Héracle Fréleau, secrétaire des llnances ; une autre après, aux héritiers de Boucher du Bouchet, seigneur de la Brosse, auditeur des comptes. M""' Pothay, fille majeure d'un serrurier, était en face propriétaire d'une maison tenant à des propriétés de la rue Quincampoix et de la rue Saint-Martin,
Parmi les beaux-esprits dont les visites valaient à l'Epée-de-Bois une célébrité attrayante, il faut citer Marivaux et Louis Bacine. Mazarin y avait autorisé antérieurement les réunions d'une compagnie de maîtres h danser et de musiciens, dont le chef se donnait pour le Roi des Violons. De ces réunions sans doute était sortie, sous les les auspices du même ministre, l'académie royale de Danse, qui tint ensuite ses séances aux Tuileries, puis chez le maître des ballets du roi. Elle ne se composait d'abord que de 13 membres titulaires ; un peu plus tard se présentèrent des candidats que leur crédit dispensa de faire antichambre, et la réception d'un nouvel académicien ne fut plus soumise à la condition d'une vacance à remplir, s'il avait déjà dansé dans les ballets de Sa Majesté. Tous les jeudis se réunissait l'Académie ; les plus grands personnages assistaient h ses exercices, sur lesquels se réglaient les danses d'une cour qu'imitaient h Fenvi toutes les cours étrangères, et le corps, juge compétent en cette matière, y regardait h deux fois pour lancer chaque pas nouveau, qui avait à courir le monde.
De nos jours, au profit du boulevard de Strasbourg a été supprimé un jîassage de Venise, dont la formation à travers le jardin du couvent de Saint-Magloire était contemporaine de l'émission des assignats. De même a commencé et a fini la cour Batave, qui, tout près, occupait la place
de l'hôpital du Saint-Sépulcre et qui a fait appeler impasse Batave, jusqu'en 1-806, un ancien cul-desac de Venise et Quincampoix, confinant au jardin des filles de Saint-Magloire. Ledit cul-de-sac, également disparu, avait fait partie d'une rue de Bièvre et de Berne, entre les siècles xni= et xvn°. Bièvre est l'ancien nom du castor et le nom toujours d'une petite rivière, qui paraît devoir à la tainierie une teinte jaunâtre, mais dont Rabelais attribuait la source, tout crûment, au pissat des chiens. Aussi bien la rue de Venise fut en partie celle de la Corroierie, dénomination également d'une rue qui fut ensuite des Cinq-Diamants, maintenant ajoutée à la rue Quincampoix. On y faisait, dans le principe, l'apprêt et le commerce des' peaux ; par conséquent, il y avait de l'eau. Mais quelle distance encore entre un ruisseau, ii l'entrée de l'un de nos anciens Paris, et les lagunes de Venise!
L'enseigne à l'Écu-de-Venise, qui pendait rue Bertaut-qui-Dort, n'en fit-elle la rue de Venise qu'au xvi'^ siècle, comme les ouvrages sur Paris le veulent généralement ? Cette rue, sous Philippele-Bel, était dite Érembourg-la-Tréfilière, et l'on y citait, sous Jean-le-Bon, à l'angle de la rue Saint-Martin, une maison qui aboutissait parderrière à la maison qui fust Bertaut-qui-dort . C'est la seconde moitié de la rue de Venise actuelle. La première moitié, qui en est séparée par la rue Sainf-Martin, ne tombe pas tout-ii-l'ait en face : cette singularité témoigne de leur origine différente. La rue de la Corroierie avait succédé, vers 1303, à une rue Plàtrière, déjà connue en 1280, date \\ laquelle demeurait, rue Érembourgla-Tréfilière, le lombard Jehanel de Sève.
Parmi les ])anquiers et préteurs sur gages, qu'on appelait en ce temps-là des lombards, il y en avait pas mal de Vénitiens par la spécialité' des
rapports commerciaux, quand ce n'était pas de naissance. L'un d'eux avait donc pu déjh arborer cet Écu-de-Venise dont parlent si vaguement tous les historiographes. Les principaux lombards de Venise qui se trouvaient établis à Paris, lors de l'avènement de Philippe-le Bel, avaient noms : Marc Roumain^ Liénart de Puille, ou de Poulie, Mare de Lorenz, Marin Maripêre, Seurin Babiîone, Antoine de Moulin, Marc d'Artigues.
Rue Cicoflrroi-Langfciiii. (i)
Urne Pruderie de Voltaire. — Étymologie des trois premières Lettres dit Mot CUL-DE-SAC. ■ — M. Geoffroi-Langemn. — Les Dama de Sainte- Avoye. — M. de la Varaigne et ses Voisins, vers 1720, — M. Simon- Le franc. — M. de Mesmes et ses voisins, sous Henri IV. — M. de Maintenon — L'Abbé de la Blet ter ie. — Largilliôre. — Chanlaire. — Les Trois-E toiles.
Voltaire, bien qu'il ait souvent dépassé les historiens de Paris eux-mêmes pour le sans-gêne des expressions, blâmait l'emploi du mot cui-desac et y substituait le mot impasse, en atfichant une fiiusse pudeur dont le masque, pour nos édiles, tient encore bon : il exagérait à plaisir une incongruité dont, à la vérité, on ne s'est effarouché qu'après. Bref ce grand homme ne craignait pas d'écrire que l'objet désigné par le substantif dont il requérait magistralement la condamnation, « no ressemblait pas plus h un sac qu'à un cul. » Rabelais eût exprimé assurément l'avis contraire, sans reculer devant les mêmes images. D'autres écrivains moins illustres ont confondu avec la rue Geoffroi-Langevin un cul-dc-sac y ayant donné au xni« siècle, et telle en était la dénomination qu'on aurait évité un pléonasme en l'accolant, par anticipation, au synonyme voltairien, pour dire : voici l'impasse Culde-Pet. I.a rue elle-même avait eu pour parrain
(l) Notice écrite en 18G1.
Geoffroi (dont la famille était de l'Anjou) avant l'année 1273.
Dix années après, Jean Séquence, chevecier de Saint-Merri, achetait rue Sainte-Âvoye et rue GeollVoi-Langevin une propriété, avec un oratoire sous l'invocation de Dieu, de Nostre-Dame et de Madame sainte Avnye : cette sainte avait été prieure de Mécré, monastère de l'ordre des prémontrés au diocèse de Cologne, vers la Un du siècle précédent. Les chanoines de Saint-Merri, dont la censive seigneuriale embrassait, dans lesdites rues, des terrains qu'ils avaient détachés de leur domaine, en rachetèrent une autre portion. Au moyen de cette annexion, Jean Séquence établit, en 1293, une communauté de veuves dites les Bonnes femmes de Sainte -Avoi/e, près la porte du Temple. De leur maison ont fait partie et le n° 4, dont la porte cochère est condamnée rue Geoffroi-Langevin, et le n" 6, qui a changé d'aspect : on entre maintenant dans ces deux propriétés par la rue de Rambuteau.
La communauté, au lieu de 40 membres dont elle s'était composée, n'en avait plus que 9 quand M""^ Sainte-Beuve, née Luillier, veuve d'un conseiller au parlement, et M. Gui Houssier, cure de Saint-Merri, leur proposèrent d'embrasser la règle de saint Augustin et les constitutions des ursulines : cette dame leur offrait aussi 1,000 livres de rente. Ayant consenti, le 10 décembre 1621, h la substitution, les religieuses de la rue Sainle-Avoye accueillirent, le mois suivant, des ursulines de la rue Saint-Jacques, dont elles prirent l'habit. La combinaison réussit à ce point que, pendant un siècle, des agrandissements successifs témoignèrent d'une prospérité croissante chez les fdles de Sainte-Avoye. En cette rue Geoffroi elles ac(iuéraient : une maison de M. Feydeau, dans le couiant de l'année 1627 ; une autre de la
succession Pellerin, en 1631 ; une autre, h l'enseigne du Pied-de-Biche, de M. Richer, notaire, en 1646; une autre de M. Poulet, auditeur des comptes, en 1639 ; encore une de M. René de Verdun, avocat, en 1662 ; une autre enfin de M. Joseph de la Varaigne, lieutenant-général des caux-et-lbrêts, en 1719.
Voulez-vous connaître les dignitaires du couvent à cette date ?
RR. DD. Elisabeth Petit de SàiJit-Jsnàce, supérieure ; ' Jeanue-Maiie Guj^enet de l'Atige-Gardien, assistante ; Marguerite Armedé de Saint-Anaslase, rp'/aio/re ; Geneviève Desqueux de Ja Conception ; Juiiith-Marie de Mesmes de la Nalivilé-de-Jésus ; Marie-Angélique d'Herbigny de Sainte-Thérèse et Marie- Gabrielle Alexandre de l'Enfant-Jébus.
La pension d'éducation était de 500 livres par élève, et les élèves ne manquaient pas. Le curé de Saini-Merri avait gardé les droits fondamentaux de ses prédécesseurs sur la direction de cette maison religieuse, et chaque année, dans l'église paroissiale, les iirsulines de Sainte-Avoye Taisaient présenter à TonVande, le jour de la fête du saint, un écu d'or adhérant à un cierge qui pesait une livre.
Ainsi les dépendances du grand couvent de la rue Sainte-Avoye prenaient de la nôtre la moitié d'un côté. M. de la Varaigne vendait à M"" Marie Eudes, iille majeure, une maison contiguë, et les héritiers de M. Lccat étaient propriétaires sur la même ligne, an coin de la rue Sainte-Avoye, présentement ajoutée à la rue du Temple. L'angle d'en face appartenait à M. Titon de Villcgenoux, seigneur de Jansac, inspecteur-général des magasins d'armes du roi. De ce côlé-là, mais plus loin, une maison occupée par M. Chaufourneau, maître
de musique, était laissée, vers la même époque, par M. Nicolas Lescot, docteur eu Sorbonne, à ses neveux ; M, de Faverolles en possédait une autre, et M'"'' Mariage, notre n" 3, dont -la façade étroite et haute est encore coiffée d'un toit en forme d'accent circonflexe.
Le 7, à porte gigantesque, fit partie originairement d'une vaste propriété, dont l'entrée principale était rue Simon 'Lefranc et qui comprenait trois maisons. Elle n'aurait été rien moins, pour commencer, que le château du parrain de cette rue parallèle, d'après une tradition purement orale, qui ne présente rien que de vraisemblable. Nous ne connaissons pourtant avec certitude, des anciens habitants de l'hôtel, que M de Mesmes, sous Henri IV; M. Essaies, valet-de-chambre du jeune roi, sous la régence de Marie de Médicis, et un ou deux magistrats au xvni" siècle. Ledit M. de Mesmes y succédait sans doute à son père, le surintendant de la reine Louise de Lorraine, qui avait négocié avec les protestants une paix aussi boiteuse que les prières des héros d'Homère : il était, lui, le conseiller d'État en faveur de qui la terre d'Avaux s'érigea plus tard en comté.
Passons maintenant au 17, pour admirer son diadème de mansardes, puis les balustres qui, comme une fi'aise montante, y garnissent un escalier. A-t-on gravi ces marches, d'un pas léger pour pénétrer chez la belle Gabrielle? Faut-il encore que nous prêtions l'oreille au bruit qui s'en est répandu tout doucement, comme une caressante indiscrétion ? Dans tous les cas, la première crémaillère n'a pas été pendue en cet hôtel par M. Jean-Paul, seigneur de Maintenon, qui le vendait, de compagnie avec deux maisons contiguës, le 15 octobre 1698, h M'"'" Françoise Solu, épouse non commune en biens de M. François le Juge, écuycr. Mais qui diable se permettait de taire
ainsi son nom patronymique, en se parant encore de celui d'une terre que Louis XIV avait achetée et donnée, nombre d'années auparavant, pour faire oublier les deux noms que portait jusque-là 31""* de Maintenon? Probablement le droit en avait été réservé pour les rejetons et successeurs de Louis d'Ang'ennes, un des vendeurs. Au milieu du siècle suivant, l'abbé René de la Bletterie, historien et littérateur, logeait à l'ancien hôtel de Maintenon. Il avait cessé d'enseigner à l'Oratoire la rhétorique et l'histoire ecclésiastique, ii cause d'un nouveau règlement sur les perruques qi.i contrariait ses goûts, ses habitudes ; d'ailleurs, il était professeur d'éloquence au Collège de France et membre de l'académie des Inscriptions-et-belleslettres.
Au 3, enfin, si ce n'est ])as au 7, Nicolas Largillière, le célèbre peintre de portraits, se fit un hôtel h sa guise d'un ci-devant jeu de paume, qui compojtait déjà deux petites maisons, avec jardin, avec seconde entrée rue Simon-Lefranc, et qu'il avait acquis, en 1713, de M. Charles Benoît, conseiller honoraire au parlement. Largillière y forma un cabinet de peinture, qu'on ne visitait pas le dernier si l'on passait en revue les curiosités de Paris. II mourut à l'âge de 90 ans, dans cette maison, qu'il laissait à son fils, conseiller au Chàtelet. Sous l'Empire, y demeurait le géographe Chanlaire, auteur et éditeur de ï Atlas national.
* Sur la ligne opposée, l'auberge des Trois-Etoiles offrait le gîte et la table au milieu de l'autie siècle.
Riio ^îiuioii-Lcrraiic.
La robe et la liiiance n'avaient guère laissé, au moment de la Révolution, que des avocats et des payeurs de rentes dans cette rue Simon- Lefranc, où dominait déjà une population industrielle et ouvrière, mais encore assez parisienne pour cpje chacun, par tradition, y sût un peu l'histoire de la maison qu'il avait ou qu'il habitait. Le roman à un sou raconte par-ci par-Ui ce que furent quelques grands hôtels et quelques couvents appartenant à d'autres rues ; seulement l'édition populaire rétribue assez mal les recherches historiques pour que l'auteur se prive rarement de les emprunter à Dulaure, et le voilà traitant de Turc à More l'ancienne société française, comme si la nouvelle n'en était pas la lille ! Une rue séculaire, quelle qu'elle soit, doit h l'histoire même de la ville sa quotepart de souvenirs, sa chronique contributive. La rue Simon-Lefranc va payer, à son tour, ce nouveau genre de cote foncière, dans la mesure de ses forces. M. Rousseau y a fait sa tournée de percepteur de notes, comme en tant d'autres rues ; mais ce qu'il en a rapporté ne marque pas absolument l'endroit ou le Cigne-de-la-Croix était l'enseigne d'une modeste hôtellerie, conteml)oraiHe des Trois-Étoiîes, dont nous parlions rue Geoffroi-Langevin.
Des maisons qu'éclairaient le soir, en ll^I'i, les 9 lanternes de la rue, la plupart sont encore debout. Il y en avait une aux héritiers Biévry, deux à la veuve de Thomas le Pilleur de Grambonne, seigneur de Morlemer, capitaine au régi-
(1) Notice ccrife en lâOl.