‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon IIIChapitre 53 sur 65 · RUE DES MOULINS · texte numérisé non relu

RUE DES MOULINS

Paris? Parfois le roi, plus souvent ses ministres faisaient mieux que de tolérer ce genre de libertinage ; ils l'encourageaient tacitement, en de certaines circonstances, pour qu'il servît de contrepoids à l'intluence prépondérante du clergé.

Le n" 24, où demeurait la présidente de Bussy, jouait le rôle de trait-d'union entre la salle-àmanger de XEncyclopédie et une maison iniiniment moins raisonneuse.

Déjà, quelques années avant. M"'' Daigremont y avait mené le train de maison irrégulier qui sied aux femmes galantes : tous les frais en étaient-ils faits par Prévost, inventeur des chapeaux de soie, qu'elle avait pour ami intime? La propriétaire actuelle de l'immeuble exerce plus en grand la même hospitalité, par l'entremise d'un petit corps de jeunes femmes sous ses ordres. Elle succède à M""' Guérin, dont les salons venaient en première ligne parmi ceux oîi un homme du monde entrait sans ôter son chapeau.

Rue «le Liixeiiihoiir^. (i)

iV- 9, 19, 21, 23, 2o, 26, 27, 28, 29, 31, 36, 37, 38, 41, 43, 49.

Le maréchal de Luxembourg a rendu le dernier soupir, le 4 janvier 1691, à Versailles. Son hôtel était contigu à la maison des filles de la Conception, du tiers-ordre de Saint-François, établies rue Saint-Honoré, vis-à-vis de la communauté de l'Assomption, en l'année 1634. L'architecte Leduc avait l'hôtel en sa possession quand l'ouverture d'une rue a été décidée sur son emplacement par des lettres-patentes enregistrées au parlement de Paris en 1722.

La rue a commencé tout de suite à se border d'hôtels h mascarons; mais encore plus de murs que de façades y étaient indiqués sur le plan de Turgot. Voici le recensement des propriétaires de la rue pour l'aniiée 1757, tant en raison de constructions debout qu'eu égard à des jardins et cl des places ii bâtir :

d'Herbecourt, Le Corps, charron, de Tavenot, Ja Chancellerie,

(ï^aufljc :

de Launay, de Croixmare, Chomel, Germain, Langibou&t, veuve Rousseau, de l'Epée, de Bouvard,

(l) Notice écrite en 1800.

de Tugny,

Mme ctc Pont char train, M.

de Casianier, ili^e Desvieux.

Houssrau,

Mme de Villemur,

de la LivC;

M "10 de Ponichar train, M. de

Lannay, M. Batte, M. de

la Livc.

Les noms propres en italiques, dans le tableau cidessus, s'appliquent à deux lots indivis, aux deux extrémités de la rue.

Sous le règne suivant, M'"'' de Wattevillo était ppopriétaire de deux maisons qui se ressemblaient, au coin du boulevard, et le marquis de Toulongeon, d'une autre moins considérable. M. de Bronville, pendant ce temps-là, percevait le loyer du grand hôtel Viliequier-d'Aumont (n"** 49 et 47). Le duc de Viilequier, gentilhomme de la chambre et gouverneur du Boulonnais, en survivance du duc d'Aumont, son père, était veuf de la fille du marquis de Courtenvaux, dame d'honneur de Mesdames.

M. Hatte, fermier-général, disposait du 43 aA^ant son gendre, le marquis de Girardin, grand-veneur de Louis XVL L'hospitalité qu'a offerte ce dernier h Jean-Jacques Bousseau, dans sa propriété d'Ermenonville, le recommande lui-même à la postérité qui, dans sa gratitude pour les hommes de génie, aime à se rappeler aussi leurs protecteurs. De nos jours, M. de Janzé a voué un culte intelligent à l'idolâtrie des curiosités, dans l'ancien hôtel Girardin.

De l'autre côté de la rue, il y avait encore deux maisons ii M"'« de Watteville, qui ont fait place à d'autres. Le 34, qui a tenu bon, était le derrière de l'hôtel de Béthune, maintenant Schikler, place Vendôme. Le jardin de l'hôtel de la Chancellerie remplit encore les numéros suivants; mais, sous l'ancienne monarchie, il absorbait aussi les dépendances qui donnent une sortie sur notre rue h

l'hôtel de l'Etat-Major de la 1" division militaire. Parmi les ordres partant de là, pour être distribués sur tous les points do la circonscription, il en est un qui nous regarde. Du moins, dans ce qui nous engage à redoubler de zèle, il entre pour quelque chose de savoir ri::térêt que prend le maréchal Magnan h nos recherches sur la ville, qui lui doit une sécurité dont l'histoire offre peu d'exemples.

M. de la Live de Bellegarde, fermier-général, est celui qui a spéculé, dans le principe, sur des terrains de notre rue. Quelqu'un d^ siens, si ce n'est pas lui, a disposé du 41 et du 39, qui ont appartenu dans notre siècle à la famille de Casimir Périer, le grand homme politique, et sont maintenant h M. Barîllon, député sous le dernier règne. Le duc d'Escars, attaché h. la maison du comte de Provence, était chez lui au n° 37. Le comte de Brienne, lieutenant-général, frère du cardinal de Loménie, et qui devint ministre de la guerre en 1787, avait l'une des maisons qui séparaient M. de Brienne d'un architecte, frère de l'abbé de l'Épée, propriétaire du 31. Au n" 29 placez Gailley; au n° 27, Langiboust; au n" 25, Grandhomme ; au n<'23, Chomel, notaire; au n° 21, un comte Du Luc, autant vaut dire un Vintimille; au n" 19, M. de Launac, et vous aurez, en reculant d'un siècle, moins une vingtaine d'années, gagné la rue Saint-Honoré.

Le Chomel susnommé était probablement proche parent des Chomel, apothicaires et médecins dont la dynastie n'a pas cessé de régner à Paris sur les catharres, les fièvres et la goutte. Il possédait encore deux maisons à côté de la Chancellerie : le 26 nous en est resté.

Les consuls, par un arrêté du 1*' tloréalanx, ont ouvert la rue Mondovi, une section de la rue Mont-Tliabor et une rue Neuve-de-Luxembourg sur le territoire conhsqué des ci-devant dames de

l'Assomption. Cette maison religieuse faisait suite à celle des haudriettes, fondée sous Philippe-le- Bel dans le Marais; le cardinal François de Larocliefoucauld l'avait établie dans son hôtel, rue Saint-Honoré, en 1632, et elle avait alors cessé d'être hospitalière. Que reste-til de ce couvent à notre époque? D'abord l'église de l'Assomption, élevée au xvii*' siècle sur les dessins de Charles Érard. Il subsiste, en outre, l'ancien hôtel Larochefoucauld et des constructions successivement ajoutées par les religieuses <^ l'éditice, qui a servi de quartier aux Cent-Suisses, h la garde municipale, etc., et qui s'est transformé enfin en un dépôt du matériel et des archives du ministère des finances. On y admire à juste titre un escalier à balustres de pierre et la balustrade en fer d'une terrasse, qui sont du xvi'' siècle.

La rue Neuve-de-Luxembourg n'est plus que le commencement de la rue dont l'histoire jusqu'à nous s'arrête oîi s'arrête cette notice.

Rue de la Miehodière. (i)

Le Prévôt des Marchands. — La Particule nobiliaire. — Le Prince de Deux-Ponts. — il/™" de Lannoy. — Vhôtel à! Armenonville . — Les Bains chinois.

M. Edouard Fournier reprochait l'année dernière, dans la Patrie, à l'édilité parisienne d'avoir écrit de deux manières le nom que porte cette rue, sur les estampilles officielles chargées d indiquer aux passants où elle commence, où elle passe, où elle finit. Notre confrère connaît son vieux Paris, et nous n'en sommes que plus tlatté d'avoir en lui un lecteur assidu, parfaitement capable d'apprécier rétendue des difficultés que présente le travail de recherches qui nous occupe au jour le jour. M. le préfet de la Seine et la plupart de nos édiles nous font aussi l'honneur de suivre nos études rétrospectives sur la ville h. laquelle ils ôtent bien autre chose que ce qu'ils y ajoutent. A plus forte raison se lit la Patrie, à fHôtel-de- Ville ; on y a donc pris en considération l'observation de M. Edouard Fournier, et, pour obéir à la loi de funiformité, chaque écriteau municipal porte aujourd'hui : De la Michodière en trois mots.

Risquons, à notre tour, une critique. Ne vaudrait-il pas mieux qu'on s'en tînt à la manière d'écrire du parrain lui-même de la rue ? Jean-

(1) Notice édite en 1860. c'est à-dire près de dii années avant la trouée faite au travers de Ja rue de la Michodière par la nouvelle rue du Dix-Décembre.

Baptiste de la Michodière était conseiller d'État et prévôt des marchands lorsqu'elle s'est fait jour en passant sur le corps à l'hôtel de Deux- Ponts, l'année 1778 ; la terre d'Hauteville, en Champagne, qui venait de sa mère, avait été pour lui, chevalier, seigneur de Romène, érigée en comté vingt-sept années avant, et d'autre part il avait épousé la fille de Luthier de Saint-Martni, maîtredes-comptes ; mais aucune de ces circonstances n'avait modiiié sa signature, telle que nous l'avons vue au bas de plusieurs titres. Elle ne se décomposait, à la faveur des particules, ni en trois mots, ni même en deux ; un seul trait de plume la couchée tout d'une venue sur le papier ou sur le parchemin, sans plus de façon que voici : Delamichodièrc. La particule nobiliaire, au surplus, n'avait aucun sens lorsqu'elle ne servait pas de trait-d'union entre le nom patronymique et un titre, ne fùl-il que d'une seigneurie. Le nom de lieu a servi si souvent à distinguer, dans une famille nombreuse, les membres l'un de l'autre qu'il est impossible aujourd'hui de savoir d'où viennent les de ; il s'en découvre, tout au plus, un sur vingt qui ait été synonyme de messire. L'élat-civil du de est introuvable dans les titres de l'ancien régime et constitue près des noms propres un véritable solécisme quand ils ne sont pas noms de lieu. MM. d'Arthur, de Mathieu, de Durand, du Tremplin, de l'Escarpolette, ainsi s'appelleraient à merveille des personnages de comédie ; on voit pourtant, de par le monde, maintes tilles de bourgeois qui s'estiment heureuses de devoir au mariage des noms pareils, qu'elles croient d'ancienne extraction.

La rue a été défrayée de son premier pavé par les héritiers de Christian IV, comte palatin, duc de Deux-Ponts, dont le nom retentit encore dans les catacombes de la chronique galante. Il paraît

que la Gourdan, appareilleuse de première classe, avait été à Paris le ministre des amours de ce prince étranger, qui, un jour qu'il devait s'absenter, l'avait chargée de placer jusqu'à son retour à Sainte-Périne la D'"' Lillier, dont il était le protecteur. Cette jeune femme, pensionnaire en chambre particulière, avait pris au couvent des maîtres, dont les leçons revenaient à 144 livres par mois, outre les bOO livres par an de la pension. Christian IV étant mort sans en régler le compte, les héritiers avaient dû ajouter à la dépense du pavage le mémoire de la femme Gourdan. Aussi bien l'hôtel de Deux-Ponts, antérieurement Conti, se trouvait contigu, rue Neuve-Saint-Augustiri, ci l'hôtel Richelieu, précédemment d'xVutin. Mais il n'y avait pas que les appartements du prince et de la princesse, dans le local considérable où ils ne craignaient pas d'admettre des locataires ; ce fut même quelque temps une auberge de distinction.

Quand la voie s'ouvrit à la circulation, M. de Richelieu y était propriétaire de toute ou presque toute la rive gauche; son jardin la bordait, mais restait suspendu h plusieurs pieds du niveau pavé. Quatre maisons étaient pourtant debout, du côté de la place Gaillon; l'une d'elles, peu après la mort du mai'échal, fut occupée par deux nouveaux époux, venus des Flandres pour passer l'hiver à Paris: c'était le comte de Lannoy et sa femme, née comtesse de Coswaren. Musicienne pour son plaisir, la comtesse était loin de prévoir en ce temps-là que des procès et une révolution la réduiraient, réfugiée à Rerlin, à donner des leçons de musique pour vivre : elle publia, dans cette ville, des sonates pour le clavecin et d'autres morceaux de sa composition. Toutefois M""" de Lannoy connut, en revenant à Paris, la misère encore plus h fond et elle en fut réduite à jouer des bouts de rôle, avec ses filles, au théâtre de

la Porte-Saint-Martin. L'habitation que la comtesse avait eue en de meilleurs jours est à-présent l'hôtel Molière, que tient M"« Maxime, lasse elle-même du théâtre, après avoir joué du Racine et du Corneille, non sans quelque talent, à l'Odéon, puis à la Comédie-Française. Pauvre M">'= de Laimoy!

Il y a environ six ans que M""' Montgolfier, veuve de l'aéronaute, est morte, à l'âge de 104 ans, rue de la Michodière, n" 4. M'"'' Boulanger, de î'Opéra-Comique, a eu longtemps un autre appartement dans cet immeuble, qui date de l'origine de la rue.

Le président d'Armenonville, qui était de la même famille que le garde-des-sceaux Fleuriau d'Armenonville, demeurait au n" 8 vers le milieu du règne de Louis XVL Entre le président et M. Flandin, sénateur, maintenant propriétaire de l'immeuble, il doit y avoir place notamment pour le comte de Breteuil sur les titres de propriété. Comme on a gardé l'habitude de voir en ce 8 le logis seigneurial de la rue de la Michodière, les érudits du voisinage ailirment que l'ancien prévôt des marchands y a joui de l'appartement de M. Lambert de Sainte-Croix, ou de celui de M. Billault, conseillergénéral du département de la Seine : sur ce le quartier se mécompte. Nous gagerions, par contre, que cet immeuble, à la porte duquel s'élèverait la porte Gaillon, si elle n'était pas démolie, a fait pai-tie de l'hôtel de Deux-Ponts.

M. de Montigny a été propriétaire au coin de la rue de Hanovre, quand elle n'était encore qu'une impasse. La duchesse de Deux-Ponts, mère du roi Max de Bavière, disposait alors du n" 20 et d'une autre propriété, que faisait remarquer naguère l'établissement des Bains chinois. La construction pittoresque de ces jolis bains ne donnait-elle pas comme un spectacle, à l'angle du boulevard?

Riio de la Ville-rÉvéque et vue Caiubacéi*ès,

NAGUÈRE

de la Ville-rÉvéque. (i)

La Ville-CEvêque. — Choix fait parmi ses Citadins depuis son Origine jusqu'à nos Jours.

S. E. l'archevêque de Paris, qui honore de sa souscription le présent recueil de notices, entre ici sur un territoire qui a appartenu ii ses prédécesseurs ; les évêques de Paris en avaient pourtant déjà inféodé, avant le xni^ siècle, certaines portions, aussi bien que certains de leurs droits locaux, moyennant une redevance seigneuriale. Un notable bourgeois y disposait, sous Charles VI, d'un grand logis que le roi d'Angleterre, durant l'occupation anglaise, lui retira, afin d'en gratifier son propre chancelier, lequel avait nom Jean Le Clerc. Un autre bourgeois, nommé Jacques Carnet, vendait vers le milieu du XVIP' siècle à Henri Trésor, maître-peintre, domicilié rue de la Monnaie, 2 arpens et 10 perches de marais, qui tenaient àl'égout de la ville, sur le terroir de la Villel'Évêque, en ce temps-lii plus campagne encore

(1) Notice écrite en 1860. Le second cô'é de l'équerre que formait encore Ja rue de la Ville l'Évêque ne s'en est détaché que depuis, sous le nom du jurisconsulte Cambacérès, prinee etarchi-chancelier du premier empire. Le nouveau boulevard Malesherbes avait déjà fait perdre à la même rue ses premiers numéros.

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