‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III (volume 2)Chapitre 16 sur 99 · RUE THOUIN, ETC · texte numérisé non relu

RUE THOUIN, ETC

poème La Ville de Paris, disait de cet instrument de supplice :

Enfin tu vois bien l'Estrapade, Triste et douloureuse escalade Où l'on fait monter quelquefois Ces grands Violateurs de Loix, Je parle de Loix militaires, Qui sont justes et fort sévères ; Item auprès est le gibet Où le criminel, au colet Une fois pris, n'en peut descendre, Par ce qu'il a gagné le pendre.

En face du susdit ïhiéry, la veuve Coménil, née Popin, était propriétaire. Puis venaient : une maison à Nicolas Defays, conseiller aux aides, successeur de Moreau, pelletier ; une maison et un terrain au marbrier Adam.

Le même prévôt-des-marchands avait fait, en 1684, d'un cul-de-sac la rue Neuve-Fourcy, dite également Sencée, puis de Fourcy- Saint-Antoine, au bout de celle des Nonnains-d'Hyères. Elle avait déjà 10 maisons avant le règne de Louis XV, sur la tin duquel l'abbé Terray disposait du n" 1 actuel ; M. Gomont, d'une maison un peu plus haut, et les dames de Bon-Secours d'une autre ensuite. Quant à notre n° 7, il a sans doute dépendu de l'hôtel bâti en 1706 dans la rue Saint-Antoine pour Hénault de Cantorbre, fermier-général. Les propriétaires de l'autre rangée, à partir du n" 2 actuel, étaient : MM. Laurent, Jeault, Vincent, les religieux célestins, M. de la Tour, encore les célestins et enfin M'"'' Mauduit.

Rue de Greiielle-^aint-Geriiiaiii. (i)

Revue d'hôtels et de couvents,

Cei'taines rues peuvent être rajeunies ; mais on aurait beau faire pleuvoir l'eau de Jouvence sur la tête de celle-ci, ses cheveux reblanchiraient vite, inséparables de la poudre. Changez même l'alignement, le cordon des suisses reculera : c'est le front-de-bandière du camp. Mais les hôtels resteront impassibles, au fond d'autant de cours grandes encore ; ils garderont pour nous l'habit ^ la française, avec une épée en verrouil, comme maints portraits de famille qui en décorent l'intérieur. Assez de visites se rendent rue de Grenelle à nos contemporains; déposons-y, par exception, des cartes à l'adresse de leurs devanciers, sans espérance de retour, quelque nombreuse que soit la distribution.

Le moyen d'en vouloir encore au doge de Gênes, amené à Paris, avec quatre de ses sénateurs, par Colbert de Seignelay, le fils du grand Golbert, pour faire pardonner aux Génois d'avoir fourni des frégates ii l'Espagne! Celte république bombardée, venant laire ses soumissions en l'an 1686, est descendue à l'hôtel de Beauyais, que Pierre de Beauvais, conseiller du roi, avait acquis d'une Dampierre, veuve de Foucaut de Saint-Germain, comte de Dognon, vice-amiral et maréchal de

(1) Notice écrite en 1860. Ultérieur est le percement des rues des Saints-Pères et Clerc, de l'avenue La Motte- Piquet et du boulevard Latour-Maubourg au travers de la rue de Grenelle.

France, cessionnaire elle-même cle la marquise d'Antin, née Zamot, la donataire de Zamet, évêque de Langres. Les }3etites-cordelières, religieuses de l'ordre de Sainte-Glaire, réformées sous le titre de la Nativité de-Jésus, s'établirent aussi, au moyen d'un échange, dans l'hôtel de Beauvais, après le passage du doge : elles n'avaient été que quatre ans rue Payenne, près l'hôtel d'Angoulême, en quittant leur quartier de fondation, qui était le faubourg Saint-Marcel. En 1744, le conseil d'État envoya d'office un économe à ces cordelières, leurs affaires se trouvant dans un désordre qui ne tarda même pas h entraîner la suppression du couvent. A Saint-Simon, évêque de Metz, s'adjugea la maison, et ses héritiers la vendirent en 1763 à Beaumanoir de la Boissière, capitaine de dragons. Tout près, le comte du Châtel a acheté l'usufruit d'un hôtel appartenant aux carmes de la rue des Billettes, et où des religieux de Saini-François-de-la-Terre- Sainte avaient "été établis par décret du 14 avril dG67. f.a plus considérable de ces deux propriétés contiguës s'est transformée (juand on la qualiliait grand et petit hôtels de Créqui : le marquis de Créqui laissait veuve, en 1771, la marquise sur laquelle on a publié des mémoires, et lui-même cultivait les lettres. M. de l'Espinasse, général d'artillerie, habita le petit hôtel, avant que cela fût une mairie, et le baron Boyer, chirurgien en renom, puis son fils, occupèrenf le grand : le pr(>longement de la rue des Saints-Pères menace tout au moins l'un des deux.

Contemporain de M. de Créqui, M. de Bérulle a lait bâtir le 15S ; sa petite-tille l'y remplace, M|"'" la marquise de Puybusqué. Le soi en avait dépendu de l'ancien hôtel de Beauvais, car les héritiers de Claude Cahours, baron de Beauvais, étaient encore propriétaires au coin de la rue de la Chaise, en 1763, d'une portion des bâtiments

maintenant en la possession de M. le marquis de Croix. M'"« la comtesse Ogier n'est venue au 45 qu'après Vien, une célébrité de la peinture ; de même, le duc de Bassano a précédé M""" Smith au n" 49, dans les appartements duquel figurent de jolis bas-reliefs.

Pour inaugurer, comme prévôt-des-marchands, un admirable monument de Bouchardon, la fontaine dont les récollettes de la rue du Bac avaient donné remplacement, Élienne Turgot vint rue de Grenelle à la tête d'un pompeux cortège. Raison de plus pour nous étonner que le plan de Paris, déuié en 1739 à ce chef de l'édilité, se contente d'indiquer quatre hôtels dans toute la rue : voyez vousmême s'il en passe ! La plupart des hôtels y datent de plus loin, et les simples maisons y paraissent en minorité, tant elles prennent peu de place au soleil ! L'égalité ne règne encore, h ce point de vue, que dans le numérotage, malgré la révolution qui a fait du quartier la section de la Fontaine.

Au 73, écart de l'hôtel Galiffet, M""" la comtesse d'Arlincourt perdait naguère le romancier, son mari, dont elle suit les traces en écrivant aussi. Le duc d'Albe, ambassadeur de Philippe V, était mort, en 1711, dans la grande maison du président Talon, postérieurement hôtel Galiffet, devenu sous la République le ministère des Relations-Extérieures. M. de ïalleyrand, étant ministre, résida au 75, dont l'histoire était différente. Le cardinal d'Estrées, camerlingue du sacré collège, membre de l'Académie-Française, l'avait créé au ww siècle, s'en payant le cens à lui-même comme abbé de Saint- Germain-des-Près, et il y avait eu pour successeur le prince Égon, comte' de Furstenberg, puis le maréchal de ïessé, général des galères de France, puis Phélypeaux de la Vrillière, ministre, puis Phélypeaux de Maurepas, que Marmontel qualifiait le plus séduisant des ministres, et dont le crédit

86 RUEDE GRENNELLE-SAINT-GERMAIN.

n'avait pas nui à l'établissement de la belle fontaine peu distante de sa demeure. L'ex-hôtel Maurepas, sous la Restauration, appartenait à MM. Moreton de Chabrillan, en leur qualité d'héritiers de la duchesse Du Plessis-Richelieu d'Aiguillon. La princesse de Talmond, la comtesse de la Rochejaquelein et M. de Galitfet, prince de Martigues, figurent à la suite sur les titres de propriété et n'y précèdent que M. Edmond Lafond. M""' de ïalmond a possédé également l'immeuble subséquent, où M. de Maurepas avait autrefois pour voisine la comtesse de La Mothe-Houdancourt, née de la Vergne de Tressan.

Pour fêter le baptême de la maison d'après, il faut que le curieux se reporte un peu avant la fin du règne de Louis XIV : l'enfant est tenu sur les fonts de sa première pierre dans un marais, appartenant aux Lefébure, famille d'un grandaudiencier. Cotte, premier architecte du roi, a tracé le plan ; arrivent les maçons, et un superbe hôtel sort de la terre pour la duchesse d'Estrées. Celui-là se divise également en grand hôtel et petit. Le premier, tenant à l'autre et à l'hôtel La Mothe, est vendu en 1754 par le duc de Biron, légataire de sa tante, la duchesse d'Estrées, à une princesse du sang, Charlotte-Aglaé d'Orléans, épouse du prince d'Est, duc de Modène. Puis le marquis de Beuvron-d'fiarcourt, commissairegénéral de la cavalerie, achète des héritiers de la duchesse de Modène. Le duc de Feltre, maréchal de France, prend possession de l'immeuble sous l'Empire et le cède sous la Restauration à la marquise de Tourzel, après laquelle vient le duc de Tourzel, puis M""^ la duchesse d'Escars, née Tourzel. Quant au moindre hôtel, autrement dit le 81, il a eu pour acquéreur le comte Annibal de Montmorency-Luxembourg ; mais les héritiers de celui-ci en ont accommodé M. de Beuvrond'Harcourt, qui a réattelé ensemble les deux

maisons à grandes guides, après lesquelles prenait la filé l'hôtel de Bonneval, marquis de Martonne, équipage domestique ultérieurement mené par le marquis de La Salle, lieulenant-gënéral.

Les Luxembourg, au reste, ont été, comme les d'Estrées, propriétaires sur plusieurs points de la rue à laquelle se consacre cette monographie. Un hôtel Desmarest, ensuite Rivié, que 'l'architecte Lassurance avait dessiné, est devenu Luxembourg, du chef d'un duc. La duchesse de Châtillon, femme de M. de Montmorency-Luxembourg, duc de Châtillon, a disposé, en outre, du 97; mais elle habitait rue du Bac, et cette maison de la rue de Grenelle n'était pas de qualité : Filz, avocat, et Boullet, le concierge du palais d'Orléans, l'avaient eue, avant M. de Vertilly, père de la duchesse. Là n'a jamais été l'hôtel de Luxembourg ; mais nous ne serions pas moins empêché de vous le montrer du doigt que ceux du Rourre, de Dillon, de Konski, de Mirepoix, de Caumont, de Castellane, de Feuquières et de Bréant, qui ont marqué même rue. En revanche, pour en dire autant de l'hôtel d'Avaray, il faudrait être aveugle : les lettres d'or d'une inscription n'y laissent aucun doute aux passants. Le duc d'Avaray, qu'eut pour favori le comte de Provence et qui décéda en 1810, y avaitil remplacé le marquis d'Avaray, lieutenant-général, ambassadeur près les cantons suisses, gouverneur de Péronne, etc ? Les châteaux eux-mêmes restent rarement plus d'un siècle dans la même famille ; mais ils ne changent pas de noms comme de maîtres, et les hôtels n'en font souvent pas d'autres. Les d'Avaray peuvent, h notre insu, se contenter des restes d'un Mirepoix ou d'un Caumont-Laforce. Nul doute qu'un Lamoignon a lésidé en regard du couvent de Panthemont, et qu"un hôtel de Portugal, vraisemblablement occupé par l'ambassadeur de ce royaume, avait eu le même vis-à-vis ;

mais il n'y a pas certitude que la demeure de celui-ci fût l'ancienne de celui-là : le monastère tenait trop de place pour ne faire face qu'à un seul hôtel.

De l'hôtel Seignelay à celui de Maillehois toute la distance pouvait n'être que celle d'une génération : le comte de Maillehois, lieutenanl-géiiéral, avait pour-oncle Colhert de Seignelay. Mettons-les donc l'un après l'autre au n" 87, si nous osons nous contenter de conjectures vraisemblables.

Le ministère de l'Intérieur n'a pas été que la résidence de Le Voyer de Paulmy d'Argenson. L'hôtel principal y remonte à 1704, et Lassurance encore en est l'auteur. Le marquis de Rothelin y a précédé le financier Hoguier, baron de Presles, dont les appartements ont été mis en 1716 à la disposition d'un ambassadeur extraordinaire du roi de Suède, le comte de Sparre, et qu'a remplacé sur saisie, en 1734, l'adjudicataireThomas Legendre, seigneur de Calandre, maréchal-de-camp. Celuici a vendu l'année suivante à Mademoiselle, Louise- Anne de Bourbon-Condé, princesse de Charolais. D'où l'hôtel a passé Conti, autrement dit Condé de branche cadette, et Jaillot ajoute: De la Marche.

Clément de Ris, au nom et comme fondé de pouvoir de Guy Guérarpin de Vauréal, évêque de Rennes, ancien ambassadeur, grand d'Espagne, grand-maître de la chapelle du roi, se rendait adjudicataire, au milieu du xvni*^ siècle, de notre n" 125, licite par les hoirs de la marquise de Rochechouard, née Pincy de Saint-Luc. Or cet hôtel de Rochechouard, œuvre de Cherpilel, attenait d'une part au Cours, dit impi'oprement le Rempart (i), qui n'était encore que tracé, d'autre

(1) Autrement rJit jjour nous la rue d'Iéna.

part à M"** de MonestroUe et anx héritiers d'Hauteibrt, par-derrière à un clos, propriété des Invalides ! Il avait commencé par être Pompadour et le devait à Glianac, abbé de Pompadour, qui descendait de la famille de Guillaume de Chanac, évêque de Paris au xiv siècle. La marquise Duchàtelet, lille du baron de Breteuil, y avait passé quelque temps; vous savez tous que cette femme savante, qui s'était mariée jeune avec un lieutenant-général, avait su mériter de célèbres amis et surtout la reconnaissance de Voltaire. Le même toit a abrité: sous Louis XVI, le duc de Guicbe, mari d'une Polignac, père du menin du duc d'Angoulême et grand'père du duc de Gramont, le plus beau gentilhomme de notre temps; sous l'Empire, le duc de Cadore; sous la Restauration, les bureaux de la liste civile, quand l'administration de la maison du roi occupait le palais archiépiscopal d'à-présent ; sous Louis-Philippe, l'ambassade d'Autriche. Jusqu'en 1838, notre rue s'est arrêtée là, elle se poursuit depuis dans le quartier du Gros- Caillou.

Grand train de maison chez l'abbé de Pompadour, dont le petit hôtel, ouvrant en face de l'autre, est devenu Bezenval. Courtisan de Marie- Antoinette, le baron de Bezenval était inspecteurgénéral des gardes-suisses, et sa galerie de tableaux avait de la réputation: chargé d'un grand commandement, avant d'avoir désespéré du salut de la monarchie, il ne sut se ménager que des passeports ; encore fut-il arrêté dans sa fuite et jugé, mais absous. S. A. le prince Lucien Bonaparte habite, par le temps qui court, l'ancienne demeure du baron.

Elle ne venait la dernière que comme hôtel, sur le tlanc droit de la lue. Il y avait place encore pour Sainte-Valère, petite église et communauté religieuse. Un refuge de filles repenties

y avait été autorisé en 1710. L'église n'a disparu qu'en 1840.

Aussi bien l'hôtel de Luxembourg-Châtillon, qui nous taisait tout-à-l'lieure tâtonner, est-ce qu'il n'était pas de ce côté? Appreuez toujours que le comte de Ciiàtillon vendait en 1719 au duc de iSoirmoutiers le terrain sur lequel s'exécuta un plan deCortonne. Son altesse sérénissime Mademoiselle, comtesse de Sens donnait, quinze ans après, au marquis de Matignon 200,000 livres du grand et du petit hôtels Noirmoutiers. Les gardes-du-corps de Monsieur, comte d'Artois, y ont eu leur quartier ; c'est maintenant l'École impériale d'état-major.

Le 184 servait de logement aux officiers su périeui'S de la caserne Bellechasse, un peu avant que le duc de Duras, gentilhomme de la chambre de Louis XVIII, s'y installât personnellement. Nous serions étonné qu'il n'eût pas fait partie de l'établissement des carmélites de Sainte-Thérèse, venues là de la rue du Bouloi vers 1688. Le temporel de ces religieuses ayant souffert, elles le mirent en direction ; M. d'Argenson, lieutenantde-police, régularisa leurs affaires et lit tirer, le 13 février 1715, une loterie que le roi leur avait accordée: le principal en montait à 478,000 livres, dont il ne revenait net à la maison que lo/ioo.

Du doyen des hôtels de la rue, qui lui aussi en formait deux, le moindre reste au 118. Jacques Le Cogiieux, président à mortier, qui s'était signalé comme frondeur, y avait donné ses ordres avant le maréchal duc de Navailles, prédécesseur de Charles de Lorraine, duc d'Elbeuf, et de l'illustre maréchal de Villars, dont la famille conserva nu bout du jardin la statue, ouvrage de Couslou l'alné. Les bâtiments de l'ambassade ottomane sont tellement de notre siècle que M. de Forbinjanson, évoque de Nancy, en a

fait les frais. Cet immeuble touchait presque, avant la révolution de Février, à l'ancien hôtel de Brissac, où siégeait l'ambassade napolitaine. Le ministère de l'Instruction publique, au dire de M. Girault de SaintJFargeau, est un ancien hôtel Rocliechouard, du dessin de Cherpitel ; mais quelque chose nous paraît s'en étendre sur lancien territoire des religieuses de Bellechasse. BuUet ne laissait guère, en 1676, sur sa carte de Paris, que de quoi bâtir une maison entre les derrières de ce monastère et un hôtel de Noailles, pour lequel il prenait sans doute celui de Navailles.

Ces dames de Bellechasse tenaient de l'autre côté à celles de Panthemont, qui succédaient indirectement à des augustines du Verbe-Incarné, établies là, dès 1644, dans l'ancienne orangerie du roi, mais n'ayant pu s'y maintenir que vingtdeux ans. Les biens de la communauté supprimée avaient été appliqués à l'Hôpital-Général, qui, moyennant échange, avait transmis la propriété disponible aux religieuses de Panthemont, abbaye fondée de longue date en Picardie. Coûtant et Fransque ont construit cette église à coupole de leur monastère de Paris ; elle est depuis le Consulat un temple protestant. L'administration du génie . utilise un bâtiment qui faisait partie du monastère.

Entre Panthemont et le jardin des dames de la yisitation-Sainte-Marie, la comtesse de Fontaine, née Marie Pelart de Quincy, acquit en 1724 et laissa après elle à son mari, qui était lieutenantgénéral, une maison dessinée par de Lisle-Mansart au commencement du dernier siècle. Le nôtre y vit au prince de Rosbeck succéder des Larochefoucauld, avant qu'un cai-rossier s'en emparât. Portons cela au compte du 102.

La marquise de Noaillac disposait, sous l'ancien régime, d'un hôtel où le premier empire vit le

comte Chaptal, et qui appartient encore à M. le baron Delaage, le gendre du chimiste que Napoléon eut pour ministre: 88-86. On donns en ce moment une face nouvelle au n" 84 ; c'est masquer un ouvrage de Pierre de Lisle-Mansart, qui y travaillait pour lui-même k la lîn du xvn'' siècle.

En vue de la Seine et de la Marne, présentées à la Ville de Paris par Girardon, dans son allégorie en marbre, deux maisons, touchant par-derrière à l'hôtel de Luynes, étaient payées 131,200 livres par Marie-Thérèse Guyot, veuve de Jubert de Bouville, maître-des-requêtes, aux D"'''Potherat, dans le milieu du siècle dernier ; toutes les deux avaient appartenu à l'évêque de Nevers, et elles étaient occupées, l'une par la présidente Portail, l'autre par le sellier Rigaud.

Vis-k-vis la rue de la Chaise, auprès d'une maison appartenant aux cordeliers. Desbordes était marchand de vin en 1734, ainsi que Pierre Carteron l'avait été en 1681 : il paraît que la place est bonne, car il y reste encore un cabaret. Près de là, un hôiel-garni a conservé le titre de Clarence, après avoir été, dit-on, le séjour d'un duc de ce nom. Et pourquoi pas? Nous pouvons ajouter que l'immeuJDle a été coiniu, auparavant que d'être maison meublée, pour petit hôtel de Beauvais, eu égard au plus grand hôtel d'en l'ace, dont il était le frère de lait. Le premier propriétaire n'en fut pas Robert de Bragelonne, capitaine au régiment d'Épagny ; Louis de Beauvais, baron de Gentilly, son successeur, changea la face de l'édifice en 1687 ; les Séneclerre, marquis de Saint-Victour, y sont venus moins de trente ans après. Pourquoi ne pas dire au 24 qu'il avait pour propriétaire; peu d'années avant la Révolution, Pierre Vignon, l'un des douze marchands de vins du roi? Voilà un titre de noblesse i»our sa cave! L'enseigne du

RUE DE GRENELLE-SAINT-GERMAIN. n3

Bon-Lafontaine est celle d'une autre hôtellerie, parce qu'un petit-neveu du tabulisie a possédé l'immeuble principal qu elle exploite ; l'établissement n'a englobé qu'ensuite le ir' 18, qui conserve un petit jardin, et que des Beauharnais ont habité quand c'était un hôtel de maître.

Quai de la Mégisserie, (i)

Le quai de la Mégisserie aurait beau se pourvoir auprès de S. Exe. le garde-des-sceaux, pour obtenir d'ajouter à son nom ceux sous lesquels il a été connu, il n'en paraîtrait pas plus noble pour cela. Les gens qui ne reculent pas devant cette démarche se flattent d'en tirer plus de profit ; il y gagnent tout au moins un de, qui ne demande qu'à passer pour une particule nobiliaire. Des plus vilains nominatifs la déclinaison tait ainsi des génitifs qui semblent d'une autre extraction. Beaucoup de nos contemporains, nés Bardout, Chicot ou Royer, qui en veulent à leurs ancêtres de ne leur avoir pas légué une carte de visite à eflet, se contenteraient d'être dits de la Saunerie, de la Poulaillerie, de la Ferraille. Bien au contraire, le quai a répudié chacune de ces dénominations, rappelant ses spécialités commerciales, et il les regrette aussi peu que celle de Valléede-Misère, qui également a été sienne.

En face du Grenier-à-sel, situé dans la rue parallèle au quai, le poit Popin, dit Pépin attirait les sauniers : on y déchargeait bien du sel, qui venait à Paris par eau. Le port Marion recevait force blé, car des moulins à eau se suivaient sur la Seine, outre des bateaux de blanchisseuses. Les arches Pépin et Marion, sous lesquelles se vidaient,

(\) Notice écrite en J860. Le quai de la Mégisserie a perdu depuis tout ce qu'il avait eucorr, de séculaire ; son niveau s'est élevé, et il a perdu quelque chose de sa longueur au percement de la rue du Pont Neuf.

entre soldats-aux-gardes, des affaires d'honneur, protégeaient également deux entrées d'abreuvoir et deux sorties d'égout, qui ne faisaient pas du quai la promenade la plus agréable. Le cale de la Samaritaine y avait pourtant son public un siècle avant l'année qui court. Il arrivait même au quai, deux fois par semaine, de sentir bon et de prendre un air de fête, qui attirait plus de tîlles que de garçons : le marché aux fleurs s'y tenait le mercredi et le samedi. Le dimanche matin, plus de fleurs ; mais c'était le jour aux oiseaux, dont le marché hebdomadaire était la miniature et le reste d'un grand marché à la volaille. Le For l'Evèque, prison des ct>médiens au xvur' siècle, se trouvait entre les deux arches, mais plus près de celle Marion. Une barrière des huissiers et sergents-à-verge y avoisinait encore la rue de la Monnaie, en l'année 17 1 4. La mégie, c'est-à-dire l'art de préparer en blanc les peaux de mouton, avait dès-lors quitté la place, puisqu'elle avait reflué un siècle auparavant de la Seine à la Bièvre. Mais des marchands de vieille ferraille étalaient tout le long du quai, sans en occuper les bâtiments. On y retrouve en ce temps-ci, à défaut de spécialité bien accusée, des marchands de graines à semer, des oiseliers et des quincailliers, beaucoup mieux installés que jadis, en des maisons dont la serrurerie, plus que séculaire, j-orte ça et là des vestiges de dorure, des arabesques s'enlaçant avec art, des lettres faisant chercher un nom.

Des racoleurs, qui avaient leur bureau quai de la Ferraille, en plein vent, ainsi que chez les marchands de vin, il nous reste la conscription, dont les contingents sont plus sûrs, plus dignes surtout d'un peuple libre. Quand les rois, par exemple, se battent pour leur plaisir, dans un intérêt dynastique, en vue de cueillir des lauriers

OU de mariei" à leur convenance un prince ou une princesse du sang, pardonnons-leur, louons-les même de rendre volontaire, pour leurs sujets, l'impôt du sang : le sergent cherche alors des recrues pour le compte d'un colonel, dont le régiment sert le prince. Ce régime a rendu les boucheries humaines moins fréquentes el moins meurtrières, dans un temps où les rois n'y eussent renoncé qu'en passant pour d'osés tyrans. On s'engageait d'abord pour une campagne ; Louis XIV donna une année pour minimum aux engagements. Des perpectives plus modestes qu'ti-présent s'ouvraient pour les jeunes recrues ; il fallait donc suppléer aux honneurs par l'honneur même de porter l'uniforme. En entrant dans un régiment, on changeait de nom comme au couvent. La Tulipe et Brin-d'Amour n'en voulaient pas toujours au sergent-recruteur qui leur avait promis plus de beurre que de pain, moins de corvées que de bonnes fortunes et plus de gloire surtout que d'hôpital, en arrosant de copieuses libations la signature de leur enrôlement. Trop de fois l'apprenti-héros avait cédé à l'ardeur d'uu. moment, au dépit amoureux, à un accès de chagrin, à une heure de découragement, et lorsque son enVie de se dépayser se noyait dans les larmes du repentir, de l'anikié ou de l'amour, pas de retour possible : la nouvelle recrue ne s'appartenait plus. Mais aujourd'hui un mauvais numéro signe l'engagement, et la famille même que le départ du conscrit met en deuil, défraye les réjouissances inséparables de l'adieu qu'il dit au village. L'un s'enivrait en contractant la dette ; l'autre s'enivre devant la feuille de route, échéance d'un billet souscrit par la naissance. En dépit de ces différences, nos armées de l'ancien régime n'ont pas été toujours exemptes d'un Waterloo ; celles du nouveau ont vu luire plus encore de journées de Fontenoy.

Une démolition récente supprime la moitié des

immeubles sur le quai de la Mégisserie : les plus hauts numéros ont été épargnés, ils en seront quilles pour descendre de la moitié dans l'ordre numérique. Parmi les maisons disparues, il pouvait s'en trouver du temps de Charles V, qui fut le créateur du quai ; plusieurs, du moins, avaient été bâties sous le règne de François T', qui changea l'alignement. Toujours est-il qu'au dernier siècle, le 82 d'à-présent appartenait à l'évoque de Sentis, et le, 74 au marquis de Bovilion. Le marquis de Bercy avait dans le Q6 une belle propriété, alors que son maître-d'hùtel était Tallien, pérc du Tallien que la Révolution devait illustrer.

Ce dernier immeuble, ou un autre peu distant, avait été la demeure de Ticquet, conseiller ti la grand'chambre, aux jours duquel attenta son portier, assisté d'un soîdat-aux-gardes, en exécution d'un plan conçu par la femme elle-même de la victime. Sur kl plainte que ce magistrat avait portée l'année précédente à Fontainebleau, durant le séjour de la cour, Montgeorges, capitaine-aux-gardes, avait rompu, par ordre du roi, avec M'"'" Ticquet, dont il était l'amant, et elle avait tenu à en tirer vengeance. Le pauvre mari, laissé pour mort, guérit de ses blessures par miracle ; la femme subit en place de Grève la peine capitale, en présence d'un concours immense de curieux et surtout de curieuses; les deux complices avaient été condamnés au supplice de la roue.

Aussi près de l'arche Marion, et il ne m'élonnerait pas que ce fut au n*" 54, la corporation des Tailleurs d'habits tenait son bureau. Elle avait été* réunie à celle des marchands pourpointiers en 1655, et de plus les fripiers y avaient été agrégés en 4775. L'apprentissage était de trois armées, le

compagnonnage pareillement. Le brevet coûtait 24 livres et la maîtrise 800. Chaque maître ne pouvait avoir qu'un apprenti à la fois. La compagnie était sous le patronage de la Trinité, h l'église de la Trinité, rue Saint-Denis.

Place des Victoires, (il

Ses Minisires. — Ses Origines. — Ses Maréchaux.

— Ses Financiers. — Sa Noblesse. — Sa Centenaire. — La Reine de sa Façon. — Son Médecin.

— Ce qu'elle a gagné aux Journées de Juillet 1830.

François d'Aubusson de la Feuillade, duc et pair, maréchal de France, colonel des gardesfrançaises, prit un jour la résolution d'élever un monument à la gloire de son roi ; il donna donc 500,000 livres du grand hôtel de M. de Laferté- Séneclerre, autre duc et pair. Mais il n'y eut lieu d'en appliquer qu'une portion à l'accomplissement de son projet, qu'il avait fait adopter par la Ville. Celle-ci avait acheté un hôtel d'Émery, qu'une simple rue séparait du premier, et quelques petits héritages contigus. Là sans doute avait résidé Particelli d'Emery, seigneur de la Chevrette, épouse d'une Lecamus et ami de Marion Delorme, devenu argentier du roi, puis surintendant des finances, quoique fils d'un banquier qui avait fait banqueroute h. Lyon. L'architecte Prédot, sur croquis de Jules Hardouin-Mansart, et à la diligence des prévôt et échevins, construisit cette belle place des Conquêtes, puis des Victoires, qui fut inaugurée le 18 mars 1686, et sur laquelle se faisaient les publications de paix. M. de la Feuillade avait pourvu tout seul aux frais du groupe, oeuvre de Desjardins, où était due au talent de Gilles Guérin la statue pédestre de

(1) Notice écritt! en ISCu.

Louis XIV, drapé dans le manteau du sacre et roulant aux pieds la Discorde : la figure ailée de la Victoire déposait la couronne sur le iront du monarque. .Pour assurer la conservation de cet ouvrage, le maréchal constituait pour l'aîné de sa race une sorte de majorât, qui devait passer à la Ville en cas d'extinction de postérité mâle, et cet apanage consistait dans le duché de la Feuillade, produisant 2ïJ,000 livres de rente, h charge pour le bénéficiaire de réparer le monument tous les vingt-cinq ans.

Mort en 1691, La Feuillade laissait pour héritier principal son fils, encore mineur comme sa fille, et pour principal créancier le marquis de Clérambault, qui avait hypothèque sur les biens du défunt, parmi lesquels figurait son hôtel, précédemment de Sénecterre ou Sennetene, et des maisons qu'avait données au duc le corps de Ville, en échange du terrain que lui avait ôté la place. De cet hôtel, que l'archevêque d'Embrun, évoque de Metz, se proposait d'acheter, un angle en saillie dérangeait la symétrie de farchitecture de la place et la perfection de son ovale ; l'édilité eut à donner une nouvelle indemnité pour en opérer le retranchemei.t, nécessaire au couronnement de l'œuvre de Mansart. La maison de La Feuillade recula donc, ce qui ne nous empêche pas d'en retrouver encore la porte, surmontée d'un joli balcon, rue La Feuillade, n" 4, et les derrières rue Neuve-des-Petits- Pêres. Tant que le maréchal avait vécu, on avait négligé aussi de régulariser le cens pesant sur ce nouveau quartier: le contrôleur des domaines réclama. Tout l'ancien territoire del'hôtel Senneterre et plusieurs des lots de fautre hôtel, son contemporain, avaient porté antérieurement les fortifications de 1358 et relevaient, par conséquent, du roi. L'archevêque de Paris gardait en sa censive plusieurs lots de l'hôtel d'Émery; il demandait,

en outre, des dédommagements pour la construction du Palais-Royal, pour la formation d'une place au lieu de l'hôtel de Vendôme, pour l'ouverture de celle des Victoires et en raison de la transformation de l'hôtel Séguier, le tout sis dans les mêmes parages et ressortissant, en général, mais pas exclusivement, des fiefs et censives de l'Archevêché de Paris : le conseil du roi avait chargé M. de Poncliartrain, contrôleur des finances, de lui présenter un rapport sur la validité de cette prétention. Quant au milieu de la place, des épigrammes suffirent à en faire ôter, avant la fin du xyu*^ siècle, les quatre lanternes qui éclairaient le soir la figure d'un roi dont le soleil était l'emblème dans les beaux-arts. Cette auguste figure, du moins, était-elle immuable ? pas davantage. Un Louis XIV de Coysevox se présentait avecune telle autorité en tenue de Romain triomphateur, malgré sa perruque ample, qu'on donnait celui dont la pose rappelait saint Michel écrasant un dragon, h M. de Fourcy, leprévôt-des-marchands, qui le reléguait dans sa maison de campagne de Chessy.

Le n" 3, derrière lequel paraissent subsister des restes de l'hôtel d'Émery, fut acquis, dans l'année de la mort de La Feuillade, par M"'' de Soyecourt, veuve de l'homme de cour qui avait servi de modèle au personnage du chasseur bavard, dans une pièce de Molière, Les Fâcheux. C'est le marquis de Rrown qui occupait la maison de M""" de Soyecourt.

Nous n'aimons pas à nous inscrire en faux contre les traditions locales, car elles ont toujours une raison d'être, directe ou indirecte. Le moyen, néanmoins, d'accorder au n° 5 l'honneur d'avoir logé Turenne ! Avant que le plan de la place fût tracé, le grand capitaine était mort, l'histoire de France dit comment ; il n'avait pu avoir pour résidence que le logis préexistant. Rendons au 5

plusieurs Péreuse-d'Escars, qui lui oiU mieux appartenu. Le Poreuse qu'avait anobli l'acquisilion d'une charge de secrétaire du roi, en 1638, était médecin et était Gourtenay de son nom patronymique.

Aussi bien les maréchaux de France ne brillaient que par leur absence dans les hùtels du pourtour. Le fameux Antoine Crozat n'y était séparé, comme propriétaire, que par M. Cormery du fermier-général Jean Rémi Hénault, père du président et arrièrepetis-tils d'un laboureur. L'Hénault et le Crozat dont nous parlons furent condamnés en l'année 1716 h restituer de profits illicites, celui-ci 1,800,000 livres, celui-là 6,600,000 livres : l'amende élevée à cetle puissance, quel brevet de solvabilité! Entre M. Prudot et le marquis de Pomponne débouchait la rue Pagevin. Les autres propriétaires étaient M. Glérambaut, qui venait après le marquis, M. Nivet, M. Roland, M'"-^ Pelet, M'"- de Mailly, M. Raquin, M'"'' de Normande, M. Jérémie, M""' Pelet, M. Legras. Il suffisait, au reste, qu'un financier fût entré dans la place pour que d'autres suivissent. Bientôt la caisse du chevalier Bernard était au 7. Ce traitant, beaucoup plus connu sous le nom de Samuel Bernard, avait fait sa fortune sous le ministère Chamillard; Louis XIV, qui avait hguré parmi ses débiteurs, lui avait accordé des lettres de noblesse. M. de Boulainvilliers possédait encore, sous Louis XVI, la propriété de Bernard, son aïeul ; ^eulement un Voyer-d'Argenson y avait fixé sa demeure. De Monchy et Lemée, qui étaient fermiers-généraux, occupaient deux des autres maisons de la place, du vivant de l'opulent Samuel. Disons plus : le célèbre Law fut quelque temps au 2 et au 4, échus plus tard à M. Bergcret.

^me (jg Wolcomte, sous l'un de ces deux toits, vécut 97 ans, existence emphytéotique à fin de bail vers l'année 1854 ! Quand cette vénérable dame remontait, par le souvenir, jusqu'à son enfance

si lointaine, elle voyait, à la place de ceux qui vivaient, d'anciens propriétaires : n" i, M. Autreau ; n" 3, M"*' Oré; n" Q, M. Lenoir; n° 8, les. héritiers Plé; n^lO, M. Gigault ; n» 12, M. Le Duc. Les initiales de ce dernier n'ont pas quitté la ferrure de sa porte ; il descendait d'un tailleur en réputation, lequel avait habillé Louis XIV, et la maison avait été bâtie par ce Dusautoy du grand siècle.

L'un des toits qui ont un versant du côté de la rue, ou de la place des Petits-Pères, a abrité M. Vénier, le secrétaire particulier du cardinal Dubois, premier ministre. Cet ancien frère-convers avait été tiré de bonne heure de Saint -Germaindes-Près par le maître qui, en s'élevant, l'avait haussé, et le service qu'il avait h faire ne demandait pas moins de patience que de discrétion. Dubois s'emportait vite. Un jour entr'autres, ce fut pour un papier qui ne se, retrouvait pas, et jamais sa colère n'avait dégorgé plus d'invectives pour ses nombreux commis. — Si je n'ai pas encore assez de ces gens-là pour faire mes affaires, criait-il en jurant et en tapant sur la table de Vénier, j'en prendrai dix, trente, cinquante, cent de plus; mais qu'on ne me perde aueune pièce. — Monseigneur, tinit par lui dire avec froideur son secrétaire, ne prenez qu'un commis de plus ; mais, si vous m'en croyez, il sera chargé de sacrer ol tempêter pour vous, les affaires s'en expédieront mieux et vous aurez du temps de reste...... L'homme

d'État s'apaisa en souriant, au lieu de se formaliser d'un franc-parler auquel Vénier n'avait jamais recours qu'à propos.

Oh! par exemple, il s'en fallait que la centenaire eût vu naître l'hôtel Pomponne, dont aucun historien de Paris n'a même soupçonné l'origine. Le prévôtde-Paris avait validé, en l'an 1560,' un congé donné par les religieux de Saint-Martin-des-Champs à Pasquier l'archer, de la maison avec jardin qu'il

occupait rue des PelUs-Champs, à l'enseigne du Cinge-qui-pisle, et les mêmes propriétaires en avaient fait bail h. Pasquier le riche, le 81 octobre 1561. Jean Hénault, ancêlre du fermier- général et du président de ce nom, avait pris cette propriété à ferme le 13 décembre 1578, avec renouvellement de bail le 15 novembre 1588.

Déjîi le Singe-qui-pile s'était érigé en hôtel du Hallièr quand les martiniens, en échange d'une rente de 200 livres, constituée par François de Béthune, comte d'Orval, et .Jacqueline Caumont, son épouse, le cédèrent, par contrai du 15 septembre 1628, à messire François de l'Hospital, seigneur du Rallier, chevalier des ordres du roi, conseiller en ses conseils d'État et privé, capitaine-lieutenant de sa campagnie de gendarmes, maréchal de ses camps et armées, gouverneur pour S. M. de Vitryle-Français, qui habitait ledit hôtel, sur la paroisse Saint-Eustache. Ce Du Hallier, sur la tidélité duquel comptait Louis XIII, devint ministre d'État; comme il s'était d'abord destiné ii l'état ecclésiastique, Henri JV l'avait pourvu de l'abbaye de Sainte-Geneviève de Paris et de l'évèché de Meaux. Ses services militaires eurent de l'éclat ; il commanda l'aile gauche à Rocroi. Mais son intérieur n'avait rien d'honorable. Charlotte des Essarts-Sautour, sa première femme, avait éié la maili'osse de Henri IV et d'un prince de Lorraine, dernier cardinal de Guise ; elle avait eu de celui ci cinq enfants et de celui-lh Jeanne-Baptiste de Bourbon, abbesse de Fontevrault. Veuf depuis deux années, le maréchal épousait en secondes noces, le 25 août 1653, Françoise Mignot, veuve de Pierre de Portes, trésorier du Dauphin, mais tille d'une blanchisseuse de Grenoble, qui l'avait eue pour apprentie. Il mourut en son logis à 77 ans ; c'était le 20 avril 1660. Son légataire universel était Georges d'Aubusson, seigneur de la Feuillade, archevêque d'Embrun ; seulement la maréchale restait

PLACE DRS VICTOIRES. \0n

sa donatrice et son exécutrice testamenlaire. Elle ne changea pas de domicile, mais laissa bientôt se détacher de l'hôtel de l'Hospital les bâtiments ou le terrain de celui du Languedoc, inauguré par Le Secq, conseiller du roi, trésorier de la Bourse des Estais de la Province dic Languedoc. A sa charge passait une part proportionnelle du droit de cens pesant sur la totalité au profit de Saint-Martindes-Champs, et vers le même temps Duchesiie avait pour successeurs Pierre et François Gi-and- Cerf. comme receveur-général des deux-tiers du revenu temporel du prieuré de Saint-Martin-des- Champs. Françoise Mignot.en convolant de nouveau, monta plus que jamais en grade; elle se mariait, le .4 décembre 167^, dans la chapelle d(? son hôtel, avec un roi de Pologne, représenté par son fondé de pouvoir; malheureusement pour elle Casimir V, qui avait abdiqué, n'était plus qu'abbé commendataire de Saint-Martin de Nevers et de Saint-Germaindes-Près, outre qu'il rendit le dernier soupir à Nevers dans le courant du mois. La reine si peu reine aurait pu enterrer plus de trois maris ; elle ne s'arrêtait sans doute en si beau chemin que pour ne pas redescendre ; mais ce n'est pas dans le même palais qu'elle a vécu jusqu'au 30 novembre 171 L

En son lieu, Jacques Lafosse, sieur de Villemaloux, président au bailliage de Meaux, était propriétaire et avait même pour successeui-, avant la formation de la place, Jean Laguillaumie, membre des conseils du roi, secrétaire ordinaire de son conseil privé, qui transigea, sur un procès relatif aux droits seigneuriaux, avec M. Jules Paul de Lionne, prieur commendataire de Sa!nt-Martin-des-Champs, lequel demeurait à l'hôtel de M. de Lionne, le ministre, rueNeuvedes-Petits-Champs. L'hôtel de la place des Conquêtes avait été attribué non-seulement à ladite rue, mais encore aux rues (-roix-des-Pelits-Champs, des

lOfi PLACE DES VICTOIRES.

Fossés-Montmartre et des Bons-Enfants ; son numéro actuel, 48, ne compte môme que pour la rue Pagevin. Il devint Pomponne, du chef de Simon Amauld, marquis de Pomponne, ministre lui-même et secrétaii-e d'État, mari de Catherine Ladvocat, père du second marquis de Pomponne, de l'abbé Arnauld et de la marquise de Colbertïorcy. Ensuite ce fut l'hôtel Massiac, où s'installa en 1806 la Banifue de France, ainsi que dans l'immeuble contigu de la rue des Fossés-Montmartre (i). Puis Ternaux, fabricant de châles, y eut de grands magasins. •

Avant la Révolution, les 2 et 4 de la rue Vide- Gousset appartenaient : celui-ci à M"" Pallu, fille ou nièce du ..conseiller d'État auquel Voltaire avait adressé des épîtres, et celui-là îi M"« Oré.

Plusieurs fois M""= de Wolcomte vit la statue elle-même changer de face. Dès 1790 on arrachait de son piédestal les quatre esclaves qui formaient ses quatre angles et qui actuellement décorent l'hôtel des invalides. Puis une pyramide en bois, portant le nom des citoyens morts dans la journée du 10 Août, remplaçait Louis XIV, place des Victoires- Nationales, besaix venait ensuite. La restauration de Louis XIV, sur un nouveau modèle de Bosio, avait lieu en 1816.

L'éminent physiologiste Barthez, médecin consultant de Louis XVI, s'était retiré à Carcassonne pendant la Révolution ; il prit un appartement sur la place, en i-evcnant à Paris, pour y rendre son dernier soupir le 15 octobre 1806 : Napoléon avait aussi nommé Barthez son médecin consultant. La mort du duc d'Orléans, père de Philippe- Égalité, n'en avait pas moins été imputée à la maladresse de ce praticien.

(1) D A})Oiil<ir niaintenant.

PLACE DES VKJTOIRES. 107

C'est seulement en 1830 que des enseignes commerciales purent bai-riolcr à leur aise ou dissimuler les arcades, soubassement sur lequel il s'élève un grand oidre de pilastres ioniques : des ëmigrants de la rue des Bourdonnais colonisaient la place des Victoires, le lendemain d'une révolution qui, devant au commerce de la reconnaissance, lui livrait, à titre d'à-coinpte, une place jusque-It» vierge d'inscriptions, comme la place Vendôme.

Rue l\'«tre-Daiiie-de!!i«Victoi re»

et rue Paal-Lelong;,

EN CE QUI s'en appelait NAGUERE

Saiiit-Pierre-lHoiitinairtre. (i)

Samuel Bernard. — Les Messageries-royales. — L'Escalier qui voyage. — L'Abbé de la Victoire. — Un Souper en deux Actes. — D'Hozier. — Le Couvent des Petits-Pères. — La Bourse aux Petits- Pères.

Samuel Bernard était propriétaire, rue Notre- Dame-des-Victoires, de deux maisons à tout le moins, que nous retrouvons l'une et l'autre entre les rues SainL-Pierre et Joquelet. Le n" 52 appartenait encore sous Louis XVI à un Bernard ; mais Samuel était mort en 1739, âgé de 88 ans, sans avoir l'ait mauvais usage des richesses considérables que lui avait rapportées l'autre siècle. Au surplus, ce prince des croquants avait été le père d'un président au parlement, Bernard de Rieux, et d'un comte de Coubert. Ledit titre de comte avait dû appartenir tout aussi bien au chef de la famille ; mais trop de gens eussent ri d'entendre le fils d'un graveur se faire annoncer de la sorte : on croyait encore, à l'époque do sa jeunesse, qu'il était presque aussi dillicile au roi de faire un noble avec un roturier, qui n'avait pas porté l'épée, que de changer une fille

(1) Notice écrite on 1860. La rue Saint Pierre-Montmartre et celle Paul-LeloDg en faissaient encore deux.

en garçon! Samuel Bernard ne se parait guère que de la qualité de chevalier. Sa deuxième propriété, que posséda plus tard son petit-fils, le marquis de Boulainvilliers, était vraiment un bel hôtel, dont le 28 comporte encore une portion. Son jardin a longtemps servi d'embarcadère aux Messageries royales, avant l'exploitation des chemins de fer. Lh Paris commençait à l'arrivée, finissait au départ. Que de fois une femme y mettait en voiture ou son amant ou son mari, avec des larmes dans les yeux, mais en avait d'autres à cacher, en revenant h sa rencontre ! Les Messageries impériales ont changé d'élément, pour exploiter principalement les paquebots de la Méditerrannée ; les échelles du Levant sont pour elles de simples relais ; l'administration, néanmoins, siège toujours au n" 28. Les bureaux du rez-de-chaussée sont maintenant au chemin de fer d'Orléans, qui ne rend pas h la cour toute son activité. En revanche, les voyageurs ne sont plus exposés à se tromper de ligne, à monter, par exemple, dans la diligence de Marseille quand leurs bagages prennent la route de Brest. L'escalier de Samuel Bernard a fini par céder lui-même aux besoins de locomotion qui dominent de plus en plus: n'est-ce pas entraîné par l'exemple, qui lui était donné de première main, qu'il a lui-même fait son petit voyage ? Les lecteurs n'auront pas grand'peine à le suivre, par le train-express de nos notices : il s'est arrêté l'ue Louis-le-Grand, où de nouveau il ne fait corps avec l'immeuble que par une fiction de la loi.

Le passage Saint-Pierre, reliant à la rue Montmartre ladite cour, n'a été sous l'ancien régime qu'une impasse. La rue du même nom longe des propriétés qui apjtartiennent, elles aussi, aux actionnaires de la compagnie d'Orléans, financier collectif remplaçant aujourd'hui celui de Louis XIV. Nous y retrouverions probablement

110 RUE NOTPvK-DAME-DKS-VICTOIRES.

jusqu'au logis de Pierre Pénéclier, qui amis sous l'invocation de son patron celte petite rue, ainsi que le cul-de-sac. Ou les a percés l'un et l'autre sur le clos Gautier ou des 3Iasures, Henri IV étant sur le trône, avec la qualification originaire de Petit-Chemin-Herbu : à cette époque se rapportent les deux niches du 4 et du o, rue Saint-Pierre, auxquels deux madones ou deux saints ont servi d'enseigne et d'égide. Durant la Fronderie, comme dit Tallemant des Réaux, le petit Duval de Coupeauville, qui était d'une famille rouennaise de robe, avait ici ou là sa chambre. Nommé en 1639 abbé de la Victoire, il dut à ses bons mots de la réputation. Voiture l'avait présenté à la reine qui, en passant à Senlis, alla le voir dans son abbaye et le complimenta d'y avoii- tout remis à neuf. Et l'abbé de répondre aussitôt : — Madame, si Votre Majesté m'en donnait encore deux où trois vieilles, je les accommoderais encore mieux.

Toutefois cette petite rue était peu fréquentée ou mal habitée en 1699, quand In police y découvrit une nichée de petits voleurs.

Ce qu'on a pour 2 francs sans marcliandei', n- 3, rappelle de son mieux la spécialité luxurieuse qu'avaieiii donnée deux ou trois grands seigneurs du XYU!*" siècle à des maisons de la rue et de l'impasse. Devenues des hôtels-garnis, ces maisons ont de grandes portes, sans lesquelles n'aurait pu y entrer un carrosse. Au 10, lorsqu'il était l'auberge des galanteries de Lauzun, que de nuits blanches se succédèrent ! De laquelle lui demander compte? Levons au moins le voile qui en couvre une. Tout ce qui se passait chez Lauzun, rue Saint-Pierre, un valet l'allait rapporter îi l'hôtel du lieutenantde-police, qui le colportait h Versailles : arrêtons l'espion au passage, le matin du dernier lundi d'août 1770. Le maraud va nous dire ceci : — Mon maître a i-e(.'U hier soir bonne compagnie :

d'abord le duc de Chartres, dont la petite-maison, l'ue Blanche, garde un jieu mieux ses secrets que la nôtre: que ne puis-je y servir îi table! M. le prince d'Isengbieii, qui n'est autre qu'un de Gand- Mérode-Montmorency, le comte d'Osmond, M. de Bézenval avaient aussi leur couvert mis à ce petitsouper, dont les autres convives taisaient corps avec le menu. La D"'' Dutlié, qu'entretient maintenant !e marquis de Duras, voilà pour le morceau de roi. Mon maître n'en a fait qu'une bouchée, bien qu'on le croie amoureux fou de la D""^ Audinot, laquelle vient de recevoir de ses bijoux, sans les porter toutefois devant le prince de Soubise. Les D"''' Joinville et Legrand, c'est-à-dire les maîtresses du marquis de Villette et de M. Minute, ont été remerciées honnêtement à minuit, ainsi que M"*^ Duthé. C'était l'heure du relais pour elles, pour ces messieurs également. Ils m'avaient envoyé d'avance chez la Brissault, excellente maltressede-poste : les tilles Argentine et Fournier ont fait le reste du voyage.

Le 15 et le 17, même rue, ont du le jour à un serrurier en carrosses. Le marquis de Courtier, M. de Saint-Paul, 31. Cadeau, trois contcm|toraiiis de Lauzun, étaient propriétaires là et tout près.

Rue Notre-Dame-des-Victoires, le 4!2 était alors au comte de Durfort, le 30 au comte du Lude, comme îe 16 au président d'Hozier, grand généalogiste delà cour, auteur avec son père de V Armoriai de France: d'autres d'Hozier successivement avaient rempli la même charge ; la race en explorait, depuis Louis XIII, les vieux titres, pour y chercher des comtes, des écuyers, et elle faisait plus de nobles que le roi! Maillard, ci-devant intéressé dans les gabelles, a laissé, dans un temps plus rapproché du nôtre, le 14 à son tlls, un conseiller d'État. Que si des mascarons, des rampes de fer servent de chevrons aux immeubles précités, les états de

service du 6 comptent encore plus de campagnes : des balustres de chêne font créneaux dans son escalier. Par conséquent, il date d'une époque où sans doute le Chemin-Herbu n'avait pas encore ceint sa robe virile de rue Notre-Dame-des-Victoires. La première pierre de l'église des Petits- Pères, placée sous cette invocation, fut posée par Louis XIIL Les Petits- Pères étaient des augustins réformés ; leur territoire longeait ladite rue et n'était séparé de la rue Vivienne que par un hôtel, du côté de notre place de la Bourse où ils ont substitué eux-mêmes des constructions au mur de jardin. Ces religieux, en plein xvni'^ siècle, étaient au nomhir,e de 80, sans compter les novices, qui payaient de pension 400 livres. Les pères ne se doutaient guère que leur église, pendant un interrègne, se travestirait elle-même en une Bourse, à l'entrée de la rue des Victoires-Nationales. Fermée au Louvre le 13 janvier 1795, la Bourse s'ouvrit aux Petits-Pères le 12 janvier suivant, puis fut transférée au Palais-Royal le 7 octobre 1807.

Peu de temps avant la suppression des monastères, M. Pajot disposait des immeubles répondant de nos jours aux premiers chiffres pairs. Tout ce côté bourgeois de la rue appartenait sous la Régence aux particuliers dont la nomenclature suit:

La maréclialti d'Eslrées, au coia de la rue du Mail ; la veuve de Montarlo ; le sieur André ; le sieur Vinceut ; le sieur Penon ; le sieur Berthelol ; le marquis de l'Hospital; le sieur Leduc ; M. Orry, au premier angle de la rue Saint-Pierre ; !e président Séguin, second angle; M. Dubas, lieutenant aux gardes-suisses; la dame Rolland ; le président Séguin ; la comtesse de la Bretèche ; M. de la Touanne ; la dame Bostel, au premier coin de la rue Joquelet; la daine Avise, second coin; la même ; la veuve Masson ; la même ; la veuve

Delahîye ; le sieur Hyon, à l'enseigne de la Tourd'Argent ; le sieurGirard, pour le mur d'une propriété de la rue Montmartre; M. de Bourges, pour le derrière aussi d'une maison de la rue Montmartre ; le sieur Proux, sculpteur; le même; M. de Sérouges, à l'en coignure de la rue Montmartre.

Rue Loiiis*le«Gi*aii(l. [i]

M"^^' de Montespan. — Le Général Chasseloup- Lauhat. — M. Double. — Le Général Bertin de Vaux. — Les Hôtels d'Egrnonl et Gontaut-Biron.

— Le Duc d'Antin. — Le Maréchal de Richelieu.

— Le Pavillon de Hanovre.

Les propriétaires en celte rue étaient, sous le règne de Louis XVI :

Coté des numéros impairs: — MM. de La Fontaine de Brassard, (ie Graudbourg, Castela, de Ja Bussière, de Vdlemarais, Maurangel. Taupin, Gueffier, Dàuguy, d'Egmont, de Gonlaut, la maréchale de Nicolaï, MM. Arthur el Grenard.

Côté des numéros pairs : — M. Duval de Lépiuay, M"« Quiuon, les hériiiers Croixmare, MM. de VerviUe, Vernier, de Richelieu.

Bien qu'ouverte en 1703, elle était bordée plus encore de murs que de maisons sur le plan de Paris en 1739. Des hôtels auxquels tenaient ces murs, gardons-nous d'oublier le plus ancien, mais

(1) Notice écrite en 1860. La nouvelle rue du Dix- Déceuibre croise aujourd'hui la rue Louis-F.,e-Grand, à la rive gauche de laquelle s'arrête à Theure qu'il est l'avenue de l'Enipereiir, qui doit également passer outre, pour mettre eu communication directe' le nouvel Opéra avec le palais des Tuileries. Le changement de niveau donne l'air de s'effondier à un tronçon de la rue Louisle-Grand, reliée d'un côté par des marches à la rue du Dix-Décembre,

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