DONT L'UNE EST MAINTENANT
Saint-Sauveur* (i)
Sept jardins et deux parcs dépendaient des Tournelles ; ils avaient absorbé tout ou partie du clos Margot, propriété des célestins. La rue Saint- Claude-au-Marais fut tracée en 1640 sur la lisière d'un terrain dit encore le clos Margot, adjugé par le bureau de la Ville en 1686, avec un terrain adjacent, à Gon de Vassigny, vicomte d'Argenlieu. On dit qu'une statue de saint Claude, anciennement érigée à l'extrémité du parc des Tournelles, valait à cette rue le nom qu'elle porte ; mais il est plus probable que Claude Guénégaud, trésorier de l'Épargne, propriétaire dans les rues Saint-Claudeau-Marais, Saint-Louis et Saint-Gilles, fit lui-même placer sous l'invocation de son patron, dans le
(1) Notice écrite en 1861. L'une des deux rues Saint- Claude n'honorait pas encore comme son saint particulier l'un des deux poètes Chénier, et j'aime à croire que c'est André, qui demeurait en face, rue de Cléry ; mais on a lort, en pareil cas, d'économiser le prénom sur la plaque indicative. L'impasse Saint-Saureur, qui maintenant semble continuer la rue Saint-Sauveur pardelà celle Montmartre, s'appelait encore Saint-Claude.
calendrier des rues de Paris, la nouvelle voie de communication.
Il n'en pendait pas moins une image Saint- Claude, à l'angle d'une rue Célestine, chez Françoise Amelot, veuve de Pierre Bellefin, greffier des bâtiments-du-roi, qui tenait rue Saint-Claude à Langlois, charpentier, et par-derrière aux célestins.
L'hôtel que Claude Guénégaud avait élevé sur un terrain qui avait nppartenu à Victor de Chamerayes, fut vendu en 1690 par les créanciers du fondateur à Calande de Guénégaud, chevalier, seigneur des Brosses, conseiller du roi, maître-des-requêtes de son hôtel, qui demeurait rue du Grand-Chantier, et puis il passa au chancelier Voysin, le protégé de Mrae de Maintenon. La porte en ouvre rue Saint- Louis ; mais il en reste des dépendances dans l'impasse Saint-Claude, contiguës à d'autres maisons qu'a encore possédées le trésorier de l'Épargne. Guénégaud des Brosses se trouvait, le long de notre rue, entre Dupille ou Du Pillé, receveur-général des finances, dont l'hôtel appartenait à sa femme, Marie-Anne Rollot de la Cour, et Hallé, secrétaire du roi, qu'avait précédé Gelléc du Buisson.
Quant aux maisons construites par le vicomte d'Argenlieu, elles appartenaient, en 1727, à Antoine Le Feuve de la Malmaison, conseiller au parlement, et plus tard à Petit de la Villonnière, qui siégeait à la même cour : les nos 8 et 10 nous les représentent ; seulement elles s'étendaient jusqu'au Boulevard. Le 6, par exception, paraît bien plus ancien que la rue : il a donc pu dépendre du palais des Tournelles. Au milieu du xvne siècle il ne s'élevait encore aucune église au coin de la rue Saint-Claude et de la rue Saint-Louis ; on y a vu un hôtel Levasseur, auquel pouvait se rattacher ledit 6 ; on y a vu surtout l'hôtel du grand Turenne, mais encore par des dépendances. Il fut vendu en 1684 par le cardinal de Bouillon
aux religieuses de l'Adoration-perpétuelle-du-Saint- Sacrement-de-l'Autel, avec une maison dont la façade mesurait 4 toises sur la rue Saint-Claude, où ces dames tinrent, une fois installées dans leur nouveau monastère, à M. de Sainte-Foy, à ellesmêmes, à M. de Guénégaud et à Poullain. Jacques Charnel, intendant de justice, police et finances des pays de Loraine et généralité de Metz et Luxembourg, était aussi propriétaire entre la rue Saint-Claude et quelque coin de l'hôtel de Turenne, en 1684 ; Charles Bourdin de Pierre-Blanche, secrétaire des finances, avait tout à côté une double maison, en avant du jardin du même hôtel, mais en retour sur un cul-de-sac ou rue projetée sur la rue des Tournelles. On attribuait toutefois à !a rue Neuve-Saint-Claude, vers le même temps, une propriété dans laquelle Despont, bourgeois, tenait à Nicolas Lepère par-ci, à la veuve de François, fille et héritière de Catherine Bégard, par-là, et au maréchal de Turenne par-derrière. L'une de ces maisons était sans doute celle à portecochère que le bourgeois Lapie de Soucy vendait le 44 juin 1729 à la présidente Bretonvilliers, née d'Albon ; cette veuve de Leragois de Bretonvilliers, président en la cour des comptes, était là mitoyenne avec M. Lemasson, secrétaire du roi, avec M. de Brèche et avec les filles du Saint-Sacrement. Au même couvent s'adossait une des maisons dans lesquelles on croit qu'a demeuré Mm# de Lamotte, qui a tenté de faire un infâme carcan d'un collier, en attentant à la réputation de la reine Marie- Antoinette.
Le comte de Cagliostro, que cette comtesse accusait d'avoir reçu des mains du prince de Rohan, cardinal, le collier de la reine, courut tous les pays, parla toutes les langues, changea souvent de nom et fit tous les métiers ; il fut néanmoins mis à la Bastille, en vertu des dépositions de
'intrigante, ainsi que sa femme, la romaine Séraphina Féliciani, aussi belle que peu lettrée, ne sachant ni écrire ni lire. Sa mise en liberté fut un triomphe ; on l'attendait en foule pour le reconduire dans son petit hôtel du n°l,rue Saint-Claude, et ce retour était fêté par des sérénades et des vers, des acclamations populaires et les bouquets des dames de la Halle. Tant que la maison put tenir de convives, il en soupa ; des pièces d'argent et d'or furent jetées par les fenêtres aux parasites forcément éconduits. Mais le lendemain parut un commissaire : le r^i donnait vingt-quatre heures à Cagliostro pour quitter Paris, huit jours pour le royaume. Le mobilier de l'illustre aventurier ne fut vendu que cinq ans après sa mort, c'està-dire en 1810, dans l'appartement même qu'il avait occupé. C'est la marquise d'Orvillé qui avait eu pour locataire le thaumaturge du xvme siècle; le père de la marquise, Bouthillier, comte de Chavigny, capitaine des vaisseaux du roi, avait fait bâtir tant sur un terrain détaché de l'hôtel Boucherat et acquis en 1719 de Mme de Harlay, héritière de son père, le chancelier Boucherat, que sur une place vendue par Etienne Pauvel, maîtremaçon.
La chronique scandaleuse donne aussi rue Saint- Claude l'adresse d'une Dlle de Vauvignolles, entretenue par Collet fils. Ce protecteur était intéressé, pendant la guerre de Sept-Ans, dans la fourniture des fourrages de l'armée. Mais ladite pouvait bien recevoir les visites de Collet dans une autre rue Saint-Claude, ouverte en 1660 entre la rue de Cléry et la petite rue Sainte-Foy. Une image de Saint-Claude, pendue au coin de la rue Bourbon- Villeneuve (î), avait fait prévaloir ledit nom sur celui
(lj Présentement rue d'Aboukir.
de Sainte-Anne, porté antérieurement par cette petite voie de communication, qui garde à-peuprès, de nos jours, sa physionomie de l'autre siècle.
La carte de Paris ne met pas moins d'obstination à conserver deux culs-de-sac Saint-Claude. Le second est situé rue Montmartre. La D,le Beauvoisin, après avoir vécu quelque temps avec le comte Dubarry dans la rue Basse-du-Rempart, vint s'établir daus un appartement dont le balcon se voit encore à l'angle de la rue Montmartre et de l'impasse. Le marquis de Duras avait pourvu aux frais d'emménagement. Au marquis succéda le chevalier de Jaucourt, qu'elle trompa d'abord avec Tombœuf, officier aux gardes-françaises, et le comte de Sade. Jaucourt n'en destinait pas moins à l'infidèle une aigrette de diamant, qu'on lui vola dans son carrosse : il n'en avait donné qu'une pareille à la princesse de Bauffreœont.
Rue Soly. (i)
Les venelles deviennent des curiosités ; mais il faut être Parisien pour s'y engager d'un pas ferme ; l'étranger craindrait de s'y perdre, la femme honnête d'y être rencontrée. On y sourit trop au passant, d'une fenêtre ou d'une allée, pour la moralité publique ; mais il faut passer quelque chose à des coupe-gorges qui en ont fait bien d'autres. Où se trouver mieux à l'abri des accidents et des ennuis qui sont occasionnés ailleurs par une trop grande circulation ? Les petites rues supportent l'abandon avec philosophie et bonne humeur ; l'enfant y joue et la grisette y chante ; l'aveugle y chemine sans bâton. Si le ruisseau dont elles se contentent se cachait lui-même sous un trottoir, les fentes du pavé permettraient-elles encore de marcher un peu £ur la terre ? La sagesse de ces ruelles se réfugie dans le travail quotidien, le chômage y ^ est dangereux et le vice une misère de plus.
Balzac a placé rue Soly une scène de roman, qui se passe de son temps : une femme du monde s'y trouve compromise, rien que pour avoir été vue un matin dans cette ruelle, moins dépeuplée alors d'un genre de femmes qui n'y affiche plus aujourd'hui qu'une maison.
La comtesse d'Herselles, au siècle précédent, bravait sans doute le préjugé qui l'aurait empêchée de faire connaissance avec une propriété qui lui appartenait : le n# 8 de la rue. Une église, la